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Vulcain avait dans ses forges un marteau, une enclume et des tenailles. C'est avec cela que ses ouvriers façonnaient le métal après lavoir allié et fondu d'une manière convenable. Les soufflets de la forge de Vulcain, si nous en croyons les scoliastes, n'avaient qu'une seule ouverture pour
FIg. 335. — Forge. (D'après uno peinture d'un tombeau égyptien.)
Fig. 330. — Tenailles do forgeron.
aspirer et pour exprimer l'air, en sorte qu'il y avait forcément interruption dans le souffle. On conçoit dès lors qu'il y ait eu dans la forge de Vulcain vingt soufflets agissant alternativement; c'était sans doute pour établir un courant d'air continu. Le métal se fondait dans des creusets, et était ensuite travaillé au marteau et ciselé dans certaines parties. Pendant toute lantiquité l'art du statuaire a été absolument confondu avec l'industrie du fondeur;
chaque artiste pratiquait lui-même toutes les parties techniques de ses ouvrages.
Les documents que les auteurs nous ont laissés sur la pratique des industries sont extrêmement restreints. Mais comme le culte de Vulcain était assez répandu, et qu'il existe plusieurs représentations montrant les idées que les anciens se faisaient de ses ateliers, nous pouvons nous faire une idée assez nette des outils et des habitudes des forgerons.
Un bas-relief en marbre représentant la forge de Vulcain nous fait comprendre comment étaient faites les tenailles des forgerons. Nous reproduisons, figure 336, l'image de cet outil avec lequel ils retiraient le métal échauffé et le maintenaient sur l'enclume pendant qu'ils le travaillaient. L'enclume dont ils se servaient est également représentée sur des monuments antiques (fig. 337). Elle se compose d'une corne saillante placée sur un billot de bois et elle
Fig. 337.
Bnclume de forgeron.
ost exactement pareille à celle qu'on emploie encore aujourd'hui pour le même usage.
Fig.SSS. — Pocga uitiquij
La figure 338 représente une forge antique d'après un baa-relief qui décore un sarcophage, à Rome. Cette forge ressemble de tous points
Pig. 330. — Pabhqua da coutuui.
à celles que nous faisons aujourd'hui. Au centre, un des personnages.
qu'OD reconnaît à son bonnet pour èlrc Vulcain, le dieu forgeron, tient le fer sur l'enclume avec des tenailles; et le frappe avec un lourd marteau, conjointement avec ses deux ouvriers. Un vase plein d'eau, destiné à y plonger le fer ou les instruments lorsqu'ils seront âchaufTés, est placé au pied de l'enclume. Au fond on voit le feu avec un homme qui fait manœuvrer le soufflet. Tous ces personnages sont nus et ont seulement une petite draperie passée autour des rein^.
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L'ouliilage habituel d'une forge est représenté dune manière encore plus explicite sur la figLire 339, qui reproduit également un bas-relief du Valican. Ici, les deux ouvriers, au lieu d'être nus, portent le costume habituel aux artisans, c'esL-à-diro la tunique, laissant le bras droit découvert. 11 est probable que nous sommes en présence d'une fabrique de couteaux, car on voit des instruments tranchants de différentes formes suspendus à la muraille.
Malgré certains attributs mythologiques, le bas-relief du Louvre, reproduit sur la figure 3IiO, peut nous donner une idée assez exacte d'un atelier d'armurier. Le maître ouvrier est en train de polir l'intérieur d'un bouclier que lui présente un de ses aides. Près de lui un apprenti, assis par terre, travaille à une pièce d'armure, et un autre apprenti, caché derrière un meuble en métal, enlève soumoiseinent le bonnet d'un vlçil artisan qui est en train d'ajuster un casque.
Les CARRIERES. — Le transport des blocs. — Les maçons.
Les charpentiers.
Les carrières. — Tout porte à croire que, dans l'ancienne Egypte, les prisonniers étaient employés au travail des carrières : Les ruines qui couvrent le pays attestent l'immense travail qu'il a fallu exécuter pour extraire des carrières les énormes pierres que nous voyons employées dans les temples.
Dans son Histoire de rhabîtation, M. Viollet-le-Duc résume ainsi les méthodes employées pour extraire les blocs des carrières. « Les ouvriers habitués à mettre en œuvre la brique crue, le pisé et les roseaux dans leurs bâtisses, n'étaient point très-habiles à tailler la pierre; ils n'avaient encore que des outils de cuivre qui s'émoussaient promptement, bien qu'on les trempât. Pour fendre les pierres dans la carrière, ayant observé que les calcaires se présentent naturellement par lits, ils dégageaient la surface horizontale extérieure ; puis, au moyen de poinçons de cuivre, ils creusaient de distance en distance, sur une même ligne, suivant la dimension qu'ils voulaient donner au bloc à extraire, des trous oblongs, étroits, et de la profondeur de quatre à cinq doigts. Cela fait, ils enfonçaient dans ces trous des coins de bois bienséchés; ils mouillaient régulièrement ces coins qui, en gonflant, faisaient fendre la pierre suivant la ligne tracée par les entailles. A l'aide de leviers de bois durcis au feu, ils faisaient sortir le bloc de sa place. Ces blocs, en raison de la nature litée de la pierre, présentaient ainsi des parallélipipèdes dont ils régularisaient les faces et qu'ils assemblaient. Comme ce peuple est patient et laborieux, il parvint cependant à tailler régulièrement tous ces blocs, à les polir môme à l'aide de pierres dures, à y creuser des traits, des figures ; car, de môme que toute chose est réglée dans la manière de vivre sur les bords du Nil, toute construction, tout objet doit mentionner les motifs en vue desquels ces constructions ou objets ont été établis et le nom de ceux pour qui on les établit. »
Pline rapporte qu'un jour des ouvriers qui travaillaient dans les car^
rières de Paros, ayant fendu un bloc de marbre avec des coins, y trouvèrent une figure de Silène. Il ne dit pas, il est vrai, que les coins fussent en bois, mais il est permis de le supposer. Il est probable que pour extraire les blocs de leur carrière, on creusait dans la partie supérieure et aplanie du bloc une petite rigole avec des trous où l'on enfonçait des coins en bois que Ton mouillait et qui, se gonflant, fendaient le bloc et le détachaient dans toute sa longueur. On employait pour travailler le marbre des scies avec du sable qu'on tirait des Indes, de rÉthiopie et des côtes de l'Adriatique.
Le transport des blocs. — La méthode employée par les Égyptiens pour soulever et faire mouvoir des masses énormes est un des problèmes qui ont le plus exercé la sagacité des archéologues. Au commencement de ce siècle, on admettait volontiers que les Égyptiens avaient eu une mécanique très-perfectionnée, dont les principes s'enseignaient dans les sanctuaires, et qui a été inconnue des Grecs. Cette théorie est abandonnée aujourd'hui, et une étude plus attentive des monuments a montré que le procédé employé par les Égyptiens consistait surtout dans le nombre énorme de bras qu'ils avaient à leur disposition. L'opinion émise par M. Letronne, dans une brochure publiée en 18^5, est celle qui a prévalu. « Je suis étonné autant que personne, dit ce savant, de la patience et de l'adresse que les Égyptiens ont déployées dans ces occasions; mais j'ai toujours été éloigné de leur attribuer une mécanique aussi perfectionnée que celle des modernes. S'ils avaient eu de telles ressources, les Grecs en auraient eu connaissance, eux qui, depuis Psammitichus, parcourant librement rÉg\'pte, furent les témoins des immenses travaux de ce prince et de ses successeurs. Dans aucune peinture égyptienne, on n'aperçoit ni poulies, ni moufles, ni cabestan, ni machines quelconques. Si les Égyptiens en avaient eu l'usage, on en trouverait la trace dans un bas-relief qui représente le transport d'un colosse. On le voit entouré de cordages et tiré immédiatement par plusieurs rangées d'hommes attachés à des câbles; d'autres portent des seaux pour mouiller les cordages et graisser le sol factice sur lequel le colosse est traîné. La force tractive de leurs bras était concentrée dans un effort unique, au moyen d'un chant ou d'un battement rhytiuné qu'exécute un homme monié sur les genoux du colosse. ))
Le soin extrême avec lequel les Égyptiens ont représenté sur leurs monuments les outils qu'ils employaient dans les travaux de Tagricul-
ture et dan» l'exercice des divers métiers peut en effet laisser supposer qu'ils auraient représenté de la même façon les machines pour élever ou transporter les matériaux pesants, s'ils en avaient fait usage. Mais quand les auteurs anciens nous racontent que Rhamsës a employé cent vingt mille hommes pour dresser un des obélisques de Thèbes. ils énoncent un fait qui seul annoncerait l'eitréme imperfection, ou mAme, pour parler comme le savant que nous venons de citer, l'absence totale de mécanique chez les ^'ptiens.
Nous n'avons pu reproduire qu'une partie du monument représentant le transport d'un colosse (fig. 3^1). Le nombre des gens qui tirent la corde est beaucoup plus considérable sur l'original, et il est certainemcnl beaucoup moindre que celui qui a dû êlrc employé dans la réalité. Dans l'atlas de Minutoli, où la gravure de ce monument est coloriée, les hommes sont peints en rouge ; la statue est blanche et le capuchon bleu. Les ouvriers, de deux en deux groupes, portent der espèces de bandelettes blanches croisées sur la poitrine, ce qui n'est pas figuré dans notre gravure.
La manœuvre est fort curieuse à étudier; le colosse, qui est lié trèsfortement, est placé sur un traîneau. Sur ses genoux, on voit un personnage debout et battant la mesure avec ses mains. C'est évidemment l'architecte, ou l'ingénieur, faisant en quelque sorte l'office de chef
d'orchestre, pour donner de Tunité aux efforts des ouvriers qui doivent faire tous ensemble le même mouvement. En face de lui, et tournant le dos aux hommes qui tirent les cordes, un autre personnage, probablement un conire-maitre, tient dans ses mains deux instruments qu'il parait frapper l'un contre l'autre, sans doute pour répéter avec plus de bruit le signal donné par celui qui commande la manœuvre. Immédiatement au-dessous de ce personnage on en voit un autre qui ▼erse de Teau sur les cordes pour les empêcher de prendre feu. Enfin la dernière rangée des hommes qui tirent le colosse est suivie d'ouvriers portant des seaux d'eau, et d'autres qui ont sur leurs épaules une poutre munie de crans.
Les inscriptions tracées sur le monument disent que le colosse avait douze coudées de hauteur. Elles n'indiquent malheureusement pas quelle est la nature du sol sur lequel il glisse. M. Wilkinson croit que ce devait être un lit de planches. On n'est pas non plus d'accord sur le liquide contenu dans les seaux, où les uns veulent voir de l'eau, tandis que les autres croient qu'ils devaient contenir une espèce de graisse ou de matière huileuse destinée à faire glisser le colosse plus facilement.
Dans une inscription traduite par M. Ghabas, un fonctionnaire de la XII» dynastie raconte le transport du colosse effectué sous sa direction. « Transport d'une statue de treize coudées en pierre de la localité. Or le chemin sur lequel elle devait aller était plus difficile que toute autre chose, et il était assez difficile d'amener des hommes de traction assez nombreux pour cela à cause de la pierre... Je ûs partir des compagnies de jeunes recrues pour faire le chemin, ainsi que des corporations â'ouvriers sacrés et d'ouvriers tailleurs de pierre, leurs maîtres avec eux. Je dis : Que des hommes au bras fort aillent pour ramener! Mon cœur se dilate : tous mes concitoyens étaient dans l'allégresse; c'était plus beau à voir que toute autre chose. Le vieillard, parmi eux, s'appuyait sur le jeune, et les forts s'opposaient à ceux dont le cœur faiblissait; leurs bras devinrent puissants; l'un d'entre eux faisait Teffort de mille. Alors cette statue à socle carré se mit à sortir de la montagne, spectacle grandiose plus que toute autre chose »
On transportait à bras d'homme les objets de petite dimension, les blocs moyens étaient traînés par des bœufs, et les très-gros se transportaient sur des traîneaux auxquels s'attelaient un très-grand nombre dhommes. Ils étaient hissés ensuite à Taide de plans inclinés, mais quand on voulait les descendre dans un caveau, M. Mariette suppose
ÏTi L'INDUSTRIE.
qu*oa les faisait poser sur une butte de sable, dont on dégarnissait ensuite les côtés, de manière que la masse s'affaissât par son propre poids, à mesure que le sable sur lequel elle était posée diminuait.
Il résulte de ce qui précède que les statues et les ouvrages de dimension colossale étaient travaillés au lieu môme où on extrayait la pierre et apportés ensuite à leur destination. C'est le contraire qui a lieu aujourd'hui; quand une statue ou un groupe de grande dimension doit décorer un édifice, on bâtit un échafaudage dans lequel le sculpteur, après avoir fait chez lui les ouvrages préparatoires, termine sur place l'ouvrage dont il a été chargé. 11 semble au contrahre probable que les sculpteurs égyptiens allaient dans la carrière même exécuter le travail qui leur avait été demandé.
Il paraît au surplus que le transport des colosses ne se faisait pas toujours sans difficulté. C'est ce qui résulte d'une aventure racontée par Hérodote au sujet d'un édifice que le roi Amasis avait fait venir d'Éléphantine, avec l'intention de le placer dans un temple et que finalement on a laissé à la porte.
« Deux mille hommes, dit-il, tous bateliers, furent occupés pendant trois ans à ce transport. Cet édifice est d'une seule pierre : il a eu dehors vingt et une coudées de long, quatorze de large et huit de haut. Sa longueur en dedans est de dix-huit coudées plus vingt doigts; sa largeur de douze coudées; sa hauteur de cinq. Telles sont les dimensions extraordinaires de cet ouvrage monolithe. Il est placé à rentrée du lieu sacré. On ne l'y fit point entrer, disent les Égyptiens, parce que, pendant qu'on le tirait, l'architecte, fatigué et ennuyé d'un travail qui lui avait coûté tant de temps, poussa un profond soupir. Amasis, regardant cc4a comme un présage fâcheux, ne voulut pas qu'on le fit avancer plus loin. Quelques-uns disent aussi qu'un de ceux qui aidaient à le remuer avec des leviers fut écrasé dessous, et que ce fut pour cela qu'on ne l'introduisit pas dans le lieu sacré. »
La manière que nous avons indiquée pour le transport des colosse^ n'était pas particulière à l'ancienne Egypte, on la retrouve dans tout l'Orient. La figure 3^2, tirée d'un bas-relief assyrien, montre un des grands taureaux ailés, comme ceux que nous avons au Louvre, qu'une multitude d'hommes traîne au moven de cordes. Le taureau est entouré d'un échafaudage, portant sur un socle auquel sont attachées les cordes. Le procédé est donc en somme identique à celui que nous avons vu sur la figure 3il. Nous n'avons pas de représentations analoi^ues pour les Grecs et les Romains, mais rien ne prouve que la mécanique
LES IKDD8TBIES DC BATIMENT.
«4 L'INDDSTRIE.
fût beaucoup plus avancée chez eux; seulement il y a lîeu de supposer que les hommes étaient, dans uue certaine mesure, remplacés par des chevaux ou des bœufs.
Les uaçons. — Les briques mêlées d'aigle et de paille étaient les matériaux les plus employés dans l'ancienne ^pte pour les maisons ordinaires. Les bypc^es de Thébes nous fournissent des documents sur la fabrication et l'emploi des briques. Dans la ligure 3£|3, nous
voyons des ouvriers venant puiser de l'eau dans un étang entouré d'arbres.
Quand l'arçile était suffisamment mouillée et pétrie, on lui donnait la forme voulue à l'aide des instruments qui sont représentés dans la figure 341. On en faisait des piles régulières qu'on transportait ensuilc jusqu'à l'endroit où devait s'élever la construction projetée. Les briques emportées étaient maintenues par des cordes fixées à un bSlon que le porteur tient sur son épaule. Quelquefois aussi les briques étaient portées directement sur l'épaule. Nous avons un exemple de ces deux modes de transport dans les figures 3ii5 et 3!i6,
Les porteurs de briques sont précédés par un homme qui ne porte
LES lA'DUSTRIES DU BATIUENT. ST&
pas de fardeaux, mais tient à la main ua petit b&tOQ et semble ériger la marche des ouvriers qui s'apprêtent à le suivre. Le bâton était en
Egi'pte l'insigne du commandement et le personnage qui le tient est toujours le chef des autres. Dans le registre sup<irieur de la figure 3^)5,
Pig. SU. — Fabricalion it»
nous voyons un autre chef de travail, représenté assis et tenant également un bâton. Il surveille le travail de la confection des briques, qui se fait devant lui.
L'IMDUSrRIlL
Enfin la figure 3f|1 nous montre l'emploi des briques dans la conslruclioD. Dans le mODumeat original, la couleur dont sont peints les persoDoages indique qu'ils appartiennent à des races différentes. Les
véritables Égyptiens, parmi lesquels sont toujours les chefs, sont caractérisés par la teinte rouge de leurs chairs, tandis que les Asiatiques sont représentés de couleur jaune. Les Égyptiens qui font le travail des
manœuvres sont peut-être des condamnés, mais les étrangers que nous voyons ici sont à coup sûr des prisonniers auxquels on imposait une tâche quotidienne souvent très lourde. On peut mémo supposer que ceux-ci sont des Juifs, puisque nous savons par les récits bibliques qu'ils étaient employés à ces. sortes de travaux. » Vous exigerez d'eux.