II
Les colonnes. — La première forme de la colonne égyptienne semble avoir été le pilier carré. Il apparaît dans les plus anciens monuments, et même après la douzième dynastie, époque où la colonne est décidément constituée, le pilier carré continue encore à être employé. Dans les hypogées, il est taillé sur pièce à môme le rocher. Ces piliers, qui soutiennent des plafonds rectilignes, n'ont ni base, ni abaque. Souvent, mais dans des monuments d'une date postérieure, une statue colossale de roi ou de dieu, sculptée en ronde bosse et debout sur une base particulière, est adossée à ces piliers. Nous en avons donné un exemple plus haut dans les temples d'ibsamboul.
Après le pilier carré, nous voyons apparaître la colonne prismatique, généralement connue sous le nom de protodorique. Ces colonnes, dont l'emploi est fort ancien puisqu'il remonte à la douzième dynastie, n'ont pas de chapiteau, mais sont couronnées par un simple
abaque; elles présentent douze ou seize cannelures longitudinales. Les hypogées de Beni-Hassan en offrent le type le plus complet : nous avons montré déjà (tome I, figure 89), une vue d'ensemble de ces grottes tumulaires. La figure k^2 montre une de ces colonnes dans toute sa simplicité. Notons en passant que le nom de protodorique donné à ce genre de colonnes vient d'une opinion émise par certains archéologues, d'après lesquels il faudrait chercher ici l'origine et le type primitif de l'ordre dorique employé par les Grecs.
La colonne à boutons de lotus passe pour le plus ancien type de la colonne complète avec une base, un fût et un chapiteau surmonté d'un
Fig. 492. — Colonne pmmiuique.
(Hypogées de Beni-Hauan.)
abaque. Voici comment M. Chipiez caractérise les colonnes de ce genre qui se trouvent à Beni-Hassan : u De robustes rudentures, disposées suivant un plan crucirorme, découpent Je fût et quatre minces baguettes occupent les angles rentrants auxquels cet arrangement donne naissance. Les mêmes courbes se montrent dans le chapiteau, qui
liD de la colo
iir-'^
de Boiii-Haua
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Fig. 4».
Cclonns â chapil.»
ISillo hjpoiijla d
déborde sur le fût aminci, puis bientôt se contracte et se replie sur soi. L'abaque qui le surmonte conserve toujours la forme quadrangulaire au sommet du monolithe » (fig. fi93 et h%)-
La figure 4^5 montre une colonne de U grande salle hjpostyle de Karnak : elle appartient à la même catégorie quoique présentant un type difTérenl. Ici le chapiteau n'est qu'un renncmcnt de la partie supérieure du fût. La largeur de l'abaque n'excède pas le diamètre
supérieur de la cotonoe, dont la silhouette rappelle le pilier primitif, et pourrait presque être mainleDue entre deux verticales.
Voici encore deux chapiteaui égyptiens, mais ils sont conçus d'après un type qui diSëre complètement des précédents, bien que le principe repose encore sur l'imitation de la plante. La Tigure i|96 est UD chapiteau tiré des plus petites colonnes du HnemoniumdeThëbes :
il est formé d'un seul bouton de papyrus. Le suivant (fîg. ^97), qui provient des plus petites colonnes du temple de Louqsor, se compose de huit boutons de papyrus liés ensemble. Ces deux chapiteaux, qui vont en s'amincissant par le haut, sont surmontés d'un dé cubique plus large que leur partie supérieure.
Lorsque les savants de la commission d'Égjrpte arrivèrent à Éléphantine, ils furent frappés par l'élégance des colonnes, qu'ils ont décrites en ces termes : <( Les colonnes d'Éléphaniine sont coniques h partir du tiers inférieur de la colonne et enveloppées de huit tiges presque demi-circulaires, liées au sommet par cinq bandes étroites ou rubans. Le bas de la colonne est orné de feuilles aiguës et allongées semblables aux folioles du calice du lotus azuré. La partie inférieure
376 L'ARCHITECTDRE.
se recourbe légèrement et cette diminution contribue, avec la forme conique de la partie supérieure, à produire un renflement vers le tiers de Is hauteur. La base est très-simple de proGl, peu élevée, fort large et inclinée en dessus. Le chapiteau est renQé par le bas et ressemble, pour le galbe, à un bouton de lotus qui serait tronqué. Il est divisé en huit côtes comme le fût; mais elles sont anguleuses au lieu d'être circulaires. A sa base sont huit corps arrondis, placés entre les côtés et garnis de filets ; ces lilets se revoient entre les côtés du fût au-dessous des liens, tellement que les corps arrondis pourraient être regardés comme les extrémitt'.s de ces mêmes liens. Le:j côtes du chapiteau peuvent représenter des tiges de roseaux, qui, serrées fortement par des liens, se seraient ployées angulairement comme r.'est le propre de ces plantes, à moins qu'on ne préfère y voir les tiges anguleuses du papyrus. Les colonnes sont surmontées d'un dé
Un autre type beaucoup plus fréquent que les précédents est formé d'une colonne dont le chapiteau, au lieu de se replier en forme de bouton tronqué, présente une puissante courbe en dehors du fût, avec un dé cubique qui en recouvre partiellement la surface supérieure.
1^ ]' -/mm C'est du temple de Karnak qu'est tirée la û-
WWW//WW/^Ài^, gure 498, bien qu'elle présente un type complé- Fig. 4j(i. (ement différent de lafigBrc /i95, qui provient du
Coionno i chipiicau éiu4. mgme monumcot. On sait l'admiration qu'ont iTempie d< Kirnai ) jQgpirée dc lout tcmps ces magnifiques colonnes. Les savants de l'expédition d'Egypte en avaient été particulièrement frappés, et ils en ont donné la description suivante : « Les colonnes de la grande salle hypostyle de Karnak contiennent chacune plus de doux cents mètres cubes et sont construites par assises régulières de onze décimètres de hauteur, composées de quatre pierres. Leurs fûts sont couverts, depuis le haut jusqu'au bas, de sculptures qui sont généralement en relief bas dans un creux peu profond, si ce n'est dans les parties inférieures où elles ressemblent à celles de Mcdinet-Abou. Le galbe du chapiteau est celui de la fleur du lotus épanouie; sa partie intérieure est décorée de triangles pla-
ces les uns dans les autres, dont les contours, formés de lignes courbes rentrantes sur elles-mêmes, viennent se réunir à la jonction du chapiteau et de la colonne. Au-dessus de ces triangles s'élèvent des tiges de lotus avec leurs Qeurs, dont la distribution présente une grande variété : tantAt c'est la réunion de trois tiges avec la Deur ^anouie et le boulon, qui monte jusqu'à la partie supérieure du
fig. 499. — Ctuplloau
Il lamplfl de Louqlor.
chapiteau; tantôt c'est un bouquet de lolus au-dessus duquel on voit une légende encadrée' et surmontée d'un bonnet emblématique. Le haut du ftlt est terminé par cinq licna horizonlaux. Le reste de la colonne est décoré de phrases hiéroglyphiques et d'urœus diversement combinés et de grands tableaux représentant des oITrandes et des sacrifices aux dieux. Les apophyges sont ornées de ces triangles placés les uns dans les autres, que l'on trouve toujours dans les parties inférieures des édifices. Ces ornements étant ici d'une grandeur exlraor-
dinaire, on a pu en augmenter la richesse. On voit, en eiïel, placée en avanl et sculptée trës-prafondément, une légende hiéroglyphique, surmontée d'un bonnet emblématique et accompagnée d'un double rang d'uroBus. De chaque c6té sont des éperviers avec des mitres, placés au-dessus d'un encadrement rectangulaù^ d'hiéroglyphes. Les intervalles des triangles sont remplis par des légendes et des serpents. >>
Le chapiteau représenté sur la figure 499 est tiré du temple de Louqsor et remonte au règne d'Aménophis 111. II se compose d'une fleur de papyrus, mais l'extérieur du chapiteau est décoré dans tout Bon développement de boulons de lotus et de papyrus placés alternativement.
La fleur de papyrus a également servi de type au chapiteau représenté figure 500 ; mais celui-ci, dont l'ornement est beaucoup plus riche et plus compliqué, se rattache à une date plus réceate; il provient du temple de Philœ.
C'est eocore un chapiteau évasé que nous voyons sur la figare 501, il provient du temple d'Edfou et représente un palmier à oeuf branches.
La tête du palmier, si magnifique dans la nature, a été transportée ici dans l'architecture avec un rare ttonheur, de maniëre à en faire des chapiteaux d'un style vraiment national. On sait que les feuilles qui composent la touffe du dattier sont d'une forme plane et droite à leur base, tandis que la partie supérieure décrit une courbe gracieuse en s'inclinaot au dehors. Toutes ces feuilles jointes ensemble forment une
Pig. soi. — ClwpJtMui d'an Mmple
sorte de corbeille dont la décoration est constituée parles rameaux; les régimes de dattes et jusqu'aux écailles de la tige apparaissent quelquefois dans les chapiteaux.
C'est la Oeur du lotus qui a donné le type desdeux chapîteauxreprésentès sur les figures 502 et 503. Le premier, tiré d'un temple dans l'oasis de Thébes, est formé par huit fleurs de lotus liées ensemble sur deux rangées. Le second, qui provient de Philœ, montre seize fleurs de la même plante liées ensemble sur trois rangées. Ces deux chapiteaux sont surmontés d'un dé cubique plus petit qu'eus, et n'ont plus la forme évasée des précédents : leur courbure va en sens inverse.
0 L'ARCHITBCTURB.
Un autre genre de chapiteaux, beaucoup plus rare d'ailleurs, et qui se rattache à une époque postérieure, montre sur: chacune de ses faces la tâte de la déesse Hatbor, aux oreilles de vache. Le cou se lie intimement au' fût de la colonne et la tête est surmontée d'un édi-> cule affectant la forme d'un naos qui tient lieu d'abaque (fig. bOh)-
La base des colonnes est quelquefois arrondie et présente l'apparence d'une fleur d'où le fût s'élancerait comme une tige (fig. 505). Toutefois cette forme n'est pas la plus habituelle.
« Les colonnes, dit Viollet>le-Duc, outre qu'elles affectent des formes empruntées à la flore, se couvrent, comme les murailles, de nombreux dessins en creux, c'est-à-Kiire intaillés aux dépens de la pierre et légèrement modelés, ou d'hiéroglyphes, c'est-^-dire d'inscriptions ; le tout couvert d'un trèsléger enduit qui cache les joints et les défecluo^ tés du calcaire et qui est peint de couleurs bril- ''"°rwnâ™hT "° laotes. »
On voit par tout ce qui précède que la colonne égyptienne appartient à peu près au même titre à l'art de la décora-
tion qu à celui de l'architeciure. Les formes, empruntées à la vie végé-.
LE STYLE AGYPTIEN.
taie ou animale, qu'elle affecte ne )e démontrent pas moins que les peîDtures qui s'étalent sur son enduit. Du reste, les représentationa peintes d'architectures vont nous fournir de nouvelles preuves à l'appui de celte manière de voir.'
Les peintures décoratives des monuments égyptiens montrent des colonnes dont l'exécution en pierres ne serait pas possible, mais qui
ont pu exister en boi^, bien qu'il n'en reste aucune trace. « Les basreliefs égyptiens, dit M. Chipiez (Histoire des origines tt de la formation des ordres grecs), montrent que le bois rournissail souvent la matière de supports. Un grand nombre de colonnes ont le fCit sillonné par des. bandes transversales aux vives couleurs, qui indiquent des peintures ou un revêtement, mais fréquemment aussi les fûts paraissent couverts de dessins géométriques de petite dimension, nombreux et serrés. Quelquefois les ornements semblent contenus dans des alvéoles sépa-
3Si
rées par de minces cloisons. Il est impossible d*y voir autre chose que des incrustatîODS, où l'ébène, l'ivoire et peut-être le métal jouaient un rôle considérable. »
L'attache du chapiteau à la colonne est fait par des liens Ggurés, comme on peut le voir sur ' les figures 506, 507 et 508. Toutefois
-^m msm
nous devons rappeler que ces colonnes sont peintes et ne répondent aucunement à un modèle exécuté en pierre, mais elles pourraient bien se rapporter, comme noua l'avons dit, à des supports en bois.
Les dessins que nous reproduisons dans les figures 509 et 510 sont exécutés d'après les dessins de Prisse d'Avesne, l'bomme qui connaissait le mieux l'Egypte ancienne. Des têtes de lion surmontent le chapiteau, imité, comme toujours, des formes végétales.
La figure 511 donne le type complet du chapiteau, du fût et de la base d'une colonne égyptienne» formée d'une tige de papyrus, combinée avec des boutons de lotus, du raisin et du lierre. La plante de
Fig. 511. — Le papyru», combiné avec d'aatres plantes.
Fig. 512. — Lo papyrus.
(D'après une peinture égyptienne.)
papyrus, dessinée conventionnellement comme font toujours les Égyptiens, mais non encore appliquée à l'architecture, est représentée sur la figure 512.
La décoration. — « Pour se rendre compte de l'effet que voulaient évidemment obtenir les artistes égyptiens, dit Yiollet-le-Duc, il faut.
par la pensée, restaurer ces intérieurs de leurs grands édifices, tels que ceux de Karnak, par exemple. La lumière du jour n'arrivait dans ces intérieurs que par de rares ouvertures ou seulement par les baies des portes. Mais telle est l'intensité, Téclat des rayons solaires dans cette contrée, que le moindre filet dérobé à ces rayons produit des reflets qui ont une puissance supérieure à la lumière diffuse des intérieurs dans nos climats. Les décorations intaillées et colorées sur les parements prenaient ainsi un éclat dont il est difficile d'apprécier la valeur et la chaude tonalité, lorsqu'on n'a pas eu Toccasion de s'en rendre compte sur place. Et, certainement, ce mode de décoration était celui qui convenait le mieux, les conditions admises, c'est-à-dire le climat et la destination. Ces intérieurs, maintenus frais par l'épaisseur des murs et plafonds de pierre et par l'absence des rayons solaires directs» n'eussent pu recevoir une décoration encombrante et dont les saillies auraient produit quelques points lumineux et des ombres larges en perdant des surfaces considérables. Par suite du procédé admis, tout parement recevait suffisamment de lumière reflétée, pour laisser voir les formes générales et deviner les dessins délicats qui les couvraient. Ajoutons que ces intailles peintes sont habituellement colorées chaudement sur des fonds blancs, et qu'ainsi elles pouvaient être vues jusque dans les parties les plus sombres. »
Nous avons des données positives sur la décoration des temples égyptiens, mais il n'en est pas de même pour les palais et les maisons particulières, car il n'en est resté aucun modèle. On peut néanmoins s'en faire une idée approximative, puisque le système ornemental employé par les Égyptiens est constitué d'après des principes fixes. Si la signification est souvent emblématique, le point de départ d'un ornement est toujours l'imitation de la nature et principalement de la flore.
Le lotus et le papyrus fournissent les motifs les plus fréquents de la décoration égyptienne (fig. 513 et 514). Le lotus, si célèbre comme plante sacrée, servait également comme plante alimentaire. C'est une nymphéacée, dont les racines ressemblent aux tiges du roseau de nos marais. Les anciens parlent très-souvent de cette plante, qu'ils nomment indistinctement fève d'Egypte, lis du Nil ou lotus. Elle était autrefois très-commune en Egypte, mais elle a à peu près disparu des eaux du Nil.
Voici un passage de la Grammaire de Vommient, où Owen Jones expose très-nettement les principes de l'art décoratif des Égyptiens : u Le lotus et le papyrus qui croissent au bord de leur rivière, symboles
LE STYLB ËGÏPTIKH. 3»
de la uourriltire du corps et de l'esprit; les plumes d'oiseaux rares qu'on portait devant le roi, comme emblème de la souveraineté; le rameau de palmier avec la corde torse faite de ses tiges : tels sout les types peu oombreux qui forment la base de cette immeose variété d'ornements avec lesquels les É^iyptiens décoraient les temples de leurs dieui, les palais de leurs rois, les vêtements qui couvraient leur
Fig. 513. — iB loti (D'apièi nue peiotnte égyptit
personne, leurs articles de luxe ainsi que les objets modestes destinés à l'usage journalier, depuis la cuillère en bois, avec laquelle ils mangeaient, jusqu'au bateau qui devait porter à travers le Nil, à la vallée des mnris, leur dernière demeure, leurs corps embaumés et ornés de la même manière. En imitant c«s types, les Égyptiens suivaient de si près la forme naturelle, qu'ils ne pouvaient guère manquer d'observer les mêmes lois que les œuvres de la nature déploient sans relàcbc ; c'est pourquoi nous trouvons que l'omement égyptien, tout en étant traité d'une manière conventionnelle, n'en est pas moins toujours vrai.
3iS L'ARCHITECTURE.
Nous n'y voyons jamais un principe naturel appliqué mal & propos ou violé. D'un autre cAté, les ^yptiene ne se laissaient jamais porter à détruire la convenance et l'accord de la représentation par une imitation du type par trop servile. Un lotus taillé en pierre, formant le couronnement gracieux du haut d'une colonne, ou peint sur les murs comme une oiïrande présentée aux dieux, n'était Jamais un lotus tel
qu'on pourrait le cueillir, mais une représentation architecturale de cette plante, représentation on ne peut mieux adaptée, dans un cas comme dans l'autre, au but qu'on avait en vue, car elle ressemblait suffisamment au type pour réveiller dans ceux qui la contemplaient ridée poétique qu'elle devait inspirer, mais sans blesser le sentiment de la conienance. »
La figure 515 montre trois plantes de papyrus et trois lotus en
pleioe flaur avec deux boulODs. Ces plantes, placées dans la malB d'ua roi qui ea fait l'oQraDde, montrent une disposition ornementale très-remarquable parce qu'elle se rapproche beaucoup de la nature. Nous retrouvons le lotus dans la flgure 516; il prend ici la forme d'une colonne entourée de nattes. C'est également une colonne entourée de nattes et do rubans que reproduit la Qgure 517: le chapiteau est formé par la combinaison du lotus et du papyrus.
La figure 518 et la figure 519 offrent encore diverses applications des mêmes plantes à l'ornementation.
Owen Jones, dans sa Grammaire de fornement, nous donne encore des détails intéressants sur la façon dont les Égyptiens employaient la couleur dans leurs décorations: «Les couleurs dont les Égyptiens se servaient principalement, dit-il, étaient le rouge, le bleu et le jaune, avec du noir et du blanc, poudéfiDir les couleurs nettement et distinctement; le vert s'employait généralement, mais point universellement, comme une couleur locale, pour les feuilles vertes du lotus par exemple. Ces feuiliescependant se coloriaient sans distinction, soit en vert, soit en bleu ; le bleu s'employait dans les temples les plus anciens, et le vert pendant la période ptolé- lom, oi papyru. combiné». méenne; et à cette époque ou ajoutait même le'pourpre et le brun, ce qui ne servait du reste au'à affaiblir l'efTet.
Le rouge qu'on trouve sur les tombeaux et sur les caisses à momies de
38r - L'ARCHITBCTtlRt
la période grecque où rbmaiue est plus faible de ton que celui des temps xQciens; et c'est, à ce qu'il paraît, une régie universelle qae, dans toutes les périodes archaïques de l'art, les couleurs primaires, bleut rouge et jaune, sont les couleurs qui prédominent et qui sont employées avec le plus d'harmonie et de succès. Tandis que dans les périodes où l'art se pratique traditionnellement, au lieu de s'exercer instructivement, il y a une tendanca k employer les couleurs secondaires ainsi que toutes les variétés de teintes et de nuances, mais rarement avec le même succès. "
L'ornement représenté sur la figure 520 est tiré de la partie supérieure des mura d'un tombeau à Beni-Hassan. Il est assez commun et se trouve toujours sur la partie verticale des tombeaux ou des temples, mais non sur les plafonds.
Jusqu'à cette figure les décorations que nous avons passées en revue se trouvaient dans des rapports immédiats avec la logique architecturale des monuments qu'elles avaient mission d'orner. C'est ainsi que nous avons retrouvé dans la disposition des végéuux érigés en supports, dans la colonne, un groupement de tige ou un épanouissement de feuillage en forme de chapiteau répondant parfaitement ouxnécessilês de ce rôle de support. La fantaisie décorative sa donne libre carrière, mais en cod-
ir àt pApjniL
servant toujours sa raison d'être au point de vue de l'architecture. Maintenant que uous allons nous trouver en présence de spécimens de décorations pures, nous ne pourrons plus exiger des artistes égyptiens le même rationalisme. L'imagination du décorateur servira seuls
Fig. 5sa Il égjptlDo tiré i]«
de guide, et dans les formes géométriques aussi bien que dans celles qu'elle empruntera auit règnes végétal ou animal, elle ne cherchera
qu'à se satisfaire, à se laisser aller à sa fantaisie.
1 1 1 — mil i|
fm*
PIr. sîs.
Ornemcnl i^plien tirt du lomboaui
Voici, par exemple, deux ornements tirés des tombeaux de Gourna (fig. 521 et 522) et qui dérivent de ces éléments : on y voit des fleurs de lotus dans une position pendante alternant avec des grappes de raisin.
La fleur pendante du lotus se retrouve également sur la figure 523
prise sur un sarcophase, et sur la figure 52ù. tirée de la partie supérieure d'un tombeau de Thèbea. Mais la grappe de raisin a disparu ei t'ensemble des ornements est un peu plus compliqué que dans les Ggures précédentes.
La Tigure 525 montre un ornement dont la conception première a probablement son origine dans la disposition des écailles de poisson. Ce genre d'ornement est assez fréquent en Egypte et nous en retrou-
venons l'emploi dans l'armure ou plutôt dans la cotte de mailles d'un guerrier. La figure 526 représente un ornement purement géométrique et qui ne rappelle aucune forme animale ou végétale. Il est d'ailleurs d'une construction assez simple et répond à un type dont on trouve l'équivalent, sinon l'analogue, dans l'art décoratif des Grecs.
LE STYLE ÉGYPTIEN. n«t
Des bandes colorées sur lesquelles courent des enroulemenls composent les éléments de rornemcnl représenté sur la figure 527. qui ost prise d'un tombeau de Thébes, ainsi que la figure 528 où la fantaisie commence à prendre le pas sur l'imitation.
OrnBoiïots égyptiens liiii t
Nous retrouvons le lotus, allernativement droit et renversé, dans 3 figure 529; ces fleurs forment une espèce débande horizonlale,
OincmcnU il(iyplient liiéi d"un lombeau i Thèl>oi.
séparée de la précédente par une rangée de cercles renfermant un ornement étoile. C'est le cercle et l'étoile qui constituent le principe ornemental de la ligure 530. Mais chaque cercle est formé de quatre fleurs de lotus et de quatre boutons. Ces ornements sont tirés des tombeaux de Thébes, où ils sont employés dans la décoration des plafonds.
Les éléments que nous avons vus employés dans la décoralion de l'architecture proprement dite se retrouvent dans celle de tous les objets figurés, soit qu'ils aient été réellement fabriqués, soit qu'ils apparaissent comme simple ornementation murale. Ce sont toujours les plantes et les animaux qui font tous les frais de cette décoration.
Les Égyptiens étaient passionnés pour les fleurs. Il n'est donc pas surprenant que les jardinières forment une série importante parmi les
belles pièces d'orfèvrerie dont la représentation figurée est parvenue jusqu'à nous. La manière dont les fleurs sont rendues appartient au style particulier des artistes égyptiens, qui ne se sont jamais astreints à traduire un détail ou un accident, mais ont toujours cherché à caractériser le type général d'une plante, et, ce type une fois trouvé, l'ont reproduit uniformément dans mille combinaisons différentes. C'est ce que nous voyons ici pour le lotus, la fleur chérie des Égj'ptiens.
Dans les coupes, le corps présente en lui-même une variété de formes qu'accentuent encore les détails d'ornementation qui l'enrichissent. Ici, la coupe est unie et repose sur un col long et mince, tandis que deux lévriers assis soutiennent ses bords évasés (Dg. 531).
Un beau vase à eûtes porte au centre un petit autel surmouté d'un
sphinic, emblème des Pharaons, vers lequel se penchent les lotus épanouis (fig. 532). Une rangée do petits antilopes court sous le bord da vase dont le pied orné d'écaillés est posé sur un socle en bois.
La figure 533 est en quelque sorte une variante du type que nous venons de voir. C'est une grande coupe ornée de côtes, et dont les
anses représentent des têtes d'antilopes. Elle est égalcmenl surmontée d'un autel, mais au lieu du sphinx accroupi qui surmontait la précédente, nous avons ici des petits oiseaux qui s'ébattent sur les fleurs, tandis que les lotus en se recourbant exlérieuremeni vers les anses décrivent une courbe gracieuse.
La fantaisie et l'ingéniosité des artistes égyptiens apparaissent dans la décoration d'une multitude de vases. Ainsi du milieu de l'un d'eux surgit une tour avec des hommes montés sur des chars que traînent des chevaux lancés au galop : des quadrupèdes dont il est diflicile d'assigner l'espèce en couronnent le sommet; deux léopards, élancés sur des tiges de lotus autour desquelles sont ciselés des hommes étendus, en forment les anses,
lu. 50
i L'ARCHITECTURE.
Ud graïul Dombre de vases présentent des décorations sii^lières.
Fig. Oaa. — VaM ttVM lioJ ÛCLiri.
Celui qui est représenté sur la figure 534 a pour couvercle un sphinx
FIg, 531. — Vue décati d'un ipliuii.
qui porte ses bras en avant, et deux têtes d'oie qui partent de la base se dressent pour supporter la coupe.
LE STYLE ËGYPTIEK. ZOS
Les peintures égyptieDoes nous montrent également des vases qui méritent à peine ce nom, puisqu'ils oe peuvent rien contenir. Leur
Flg. 53S. l'as. oM.
Vitsi da Tonna bioira. (D'iprèi dot pciDlum.)
exécution serait, au point de vue pratique, absolument impossible. Mais,
Vam da [ocmc biiarra. (D'aprèi dn pemlnim)
malgré les conventions admises par les peintres égyptiens, il est aisé de voir le sentiment qui a présidé à leur décoration. Les figures 535 h
358 nous offrent de curieux exemples de ce genre de vases fantastiques.
Le style et l'ornenienlation de quelques vases semblent trahir on goût étranger à l'Egypte. Les conquêtes des Pharaons du cfité de l'Aûc devaient fatalement amener ce résultat. Non-seulement nous trouvons quelquefois des enroulements qui font penser aux ornementa employés dans les contrées orientales (fig. 539), mais les dieux mêmes des Dations
étrangères apparaissent quelquefois sur les vases égyptiens. En voici un dont le couvercle représente un monstre typhonien, qui passe pour être Baal, divinilé syrienne, qu'on a parfois assimilée à Typhon, et qu'on retrouve aussi sur les manches des miroirs (fig. 5ii0).
Les Édifices. — Dans la première partie de ce travail, nous avons fait reproduire déjà les principaux édifices de l'ancienne Egypte et nous en avons donné la description à propos du lieu où ils se trouvent. Nous n'avons donc ici qu'à en résumer les caractères généraux, en renvoyant aux figures déjà parues.
Les temples ég\-ptiens, quelle que soît d'ailleurs leur dimension, présentent la même uniformité grandiose dans le plan et dans l'aspect. Des portes magnifiques auxquelles on arrive par des avenues bordées de
sphinx, de vastes cours entourées de portiques, de grandes salles dont le plafond est soutenu par de nombreuses colonnes, et de petites chambres entourant les grandes salles ou échelonnées le long des portiques, voilà les éléments caractéristiques du temple égyptien. La de^ription et le plan que nous avons donnés du grand temple de Karnak (tome I, page 116) nous font voir cette disposition de l'ensemble. Dans le même volume on trouvera (fig. 99) une porté de temple. La vue intérieure du temple d*Apollinopolis Magna (tome 1, ûg. 103) nous montre l'aspect actuel d'une de ces cours entourées de portiques qui forment toujours le centre des temples égyptiens, et la vue restaurée de l'intérieur d'un temple à Thèbes (tome I, fig. 101) donne Tidée de la décoration intérieure des salles. Enfin la vue de Philœ (tome I, fig. 106) et celle des ruines extérieures d'Apollinopolis Magna (tome I, fig. 102) montrent l'état que présentent actuellement ces ruines grandioses, quand on les aperçoit de la campagne.
Outre les édifices construits en matériaux rapportés, TÉgypte possède des sanctuaires taillés de main d'homme dans les flancs des montagnes. Les plus intéressants modèles de cette architecture sont les temples d'Ibsamboul (tome I, fig. 112 à 116), mais les types les plus anciens sont dans les grottes tumulaires de Beni-Hassan (tome I, fig. 89). Les tombes royales de Biban-el-Molouk, près de Thèbes (tome 1, fig. 92 et 93) se rattachent au même genre de construction, qui est particulier à la vallée du Nil. Nous avons déjà décrit le lac Mœris (tome 1, page9)» le labyrinthe (tome I, page 97) et les grandes pyramides (tome 1, fig. 81, 84 et 85); nous n'avons donc pas à y revenir ici. Nous rappellerons seulement les détails qui nous ont été transmis par Hérodote sur la manière dont les pyramides ont été élevées.
« Les prêtres, dit-il, assurent que jusqu'à Rhampsinite on avait vu fleurir la justice et régner l'abondance dans toute lÉgypte; mais qu'il n'y eut point de méchanceté où ne se porta Chéops, son successeur. Il ferma d'abord tous les temples, et interdit les sacrifices aux Égyptiens ; il les fit après cela travailler pour lui. Les uns furent occupés à fouiller les carrières de la montagne d'Arabie, à traîner de là jusqu'au Nil les pierres qu'on en tirait, et à passer ces pierres sur des bateaux de l'autre côté du fleuve ; d'autres les recevaient et les traînaient jusqu'à la montagne de Libye. On employait tous les trois mois cent mille hommes à ce travail. Quant au temps pendant lequel le peuple fut ainsi tourmenté, on passa dix années à construire la chaussée par où on devait traîner les pierres. Cette chansssée est un ouvrage qui n'est
39g L'ARCHITECTURE.
guère moins considérable, à mon avis, que la pyramide même, car elle a cinq stades de long sur dix orgyîes de large, et huit orgyies de haut dans sa plus granda hauteur; elle est de pierres polies et ornées de figures d'animaux. On passa dix ans à travailler à cette chaussée, sans compter le temps qu'on employa aux ouvrages de la colline sur laquelle sont élevées les pyramides, et aux édifices souterrains qu'il fit faire, pour lui servir de sépulture, dans une lie formée par les eaux du Nil, qu'il y introduisit par un canal. La pyramide même coûta vingt années de travail : elle est carrée ; chacune de ses faces a huit plèthres de largeur sur autant de hauteur; elle est en grande partie de pierres polies, parfaitement bien jointes ensemble, et dont il n'y en a pas une qui ait moins de trente pieds.
ce Cette pyramide fut bâtie en forme de degrés. Quand on eut commencé à construire de cette manière, on éleva de terre les autres pierres, et, à l'aide de machines faites de courtes pièces de bois, on les monta sur le premier rang d'assises. Quand une pierre y était parvenue, on la mettait dans une autre machine qui était sur cette première assise; de là on la montait par le moyen d'une autre machine, car il y en avait autant que d'assises; peut-être aussi n'avaient-ils qu'une seule et même machine, facile à transporter d'une assise à l'autre toutes les fois qu'on en avait ôté la pierre. Je rapporte la chose des deux façons, comme je l'ai ouï dire. On commença donc par revêtir et perfectionner le haut de la pyramide; de là on descendit aux parties voisines, et enfin on passa aux inférieures et à celles qui touchent la terre. On a gravé sur la pyramide, en caractères égyptiens, combien on a dépensé pour les ouvriers en raiforts, en oignons et en aulx; et celui qui m'interpréta cette inscription me dit, comme je m'en souviens très-bien, que cette dépense se montait à seize cents talents d'argent. Si cela est vrai, combien doit-il en avoir coûté pour les outils en fer, pour le reste de la nourriture et pour les habits des ouvriers, puisqu'ils employèrent à cet édifice le temps que nous avons dit, sans compter celui qu'ils mirent, à mon avis, à tailler les pierres, à les voiturer, et à faire les édifices souterrains, qui fut sans doute considérable. »
Les architectes. — Le titre d'architecte était une fonction d une très-grande importance, et se rattachait à l'administration publique. « Ce titre, dit M. Paul Pierrot {Dictionnaire (Tarchéologie égyptienne), est des plus fréquents dans les inscriptions. Chacun des principaux temples avait un architecte, et chaque grande ville avait un premier architecte.
L'architecte en chef du pays se nommait Chef de toutes les constructions de la haute et de la basse Egypte. Cette fonction avait une haute importance, car des princes du sang en étaient investis. Dans l'ancien empire on trouve des Chefs de toutes les constructions du roi. C'est à ces hommes que Ton doit les pyramides. »
Non-seulement ie nom de plusieurs architectes est connu, mais il y en a même dont l'image est parvenue jusqu'à nous. La statue de Nefer est bien connue des archéologues : elle est au Caire, dans le musée de Boulaq, et le catalogue en donne la description suivante : « La petite statue que nous avons sous les yeux prend une des prdmières places parmi celles qui nous montrent quel degré de perfection les artistes de Memphis avaient déjà atteint, il y a soixante siècles. Cette statue représente un architecte nommé Nefer. Si petite qu'elle soit, Tharmonie de ses formes lui donne l'aspect d*un colosse. La poitrine et les jambes sont traitées avec la supériorité qui caractérise cette époque. »
L'AssTRiE. — La Babylonie. — La Perse.
L'Assyrie. — Au commencement de ce siècle on ne connaissait aucun des grands monuments de l'art assyrien. Les voyageurs qui avaient visité les bords de TEuphrate et du Tigre en avaient rapporté des cachets, des cylindres et autres petits objets, mais rien ne pouvait faire présager qu'on pourrait, au moyen des monuments de l'art, reconstruire par l'imagination cette civilisation qui occupe une si grande place dans l'histoire. En 18^2, M. Botta, consul de France à Mossoul, entreprit de faire des fouilles sur la rive orientale du Tigre, à l'endroit que Ton désignait comme étant Templarement de l'ancienne Ninive. Ces fouilles, entreprises sur un monticule recouvert par un village dont les habitants se montraient fortement hostiles, ne donnèrent aucun
MO L'ARCHITBCTDRE.
résulut. M. Botta s'avança du cAté de Khorsabad, village situé à seize kilomètres de Hossoul, et entreprit de nouvelles fouilles qui, cette fois, furent couronnées de succès. On découvrit d'abord une salle dont les parois étaient couvertes de bas-reliefs représentant des combats. On commença alors un puits et on trouva de nombreux bas-reliefs. Enfin, après des obstacles de tous genres, parmi lesquels il faut nommer d'abord l'insalubrité du climat et l'hostilité constante des habitants, on finit par retrouver l'emplacement, l'ensemble d'un vaste palais, entière* ment décoré de statues colossales et de nombreux bas-reliefs. Les
fouilles entreprises par M, Botta ont été continuées par M. Place, et un
Anglais, M. Layard, entreprit également des fouilles près du village de Nimroud, et bientèt après dans le village de Koyounjik. Les sculptures qu'il y a découvertes ont enrichi le musée de Londres, comme celles de Khorsabad avaient enrichi celui de Paris. Ces ruines ont été décrites déjà dans le présent ouvrage (tome 1, page 173]; nous n'avons donc à y revenir ici que pour ajouter quelques détails sur la construction et surtout sur la décoration des palais assyriens.'
u Ces monuments, dit Batissier dans VHistoire de l'art monumental, offrent tous le même genre de construction. Ils s'élevaient sur un plancher formé d'un seul rang de briques cuites et portant des inscriptions. Au-dessous de ce plancher il y a une couche de sable fia de six pouces d'épaisseur qui est étendue sur un autre plancher de briques superposées et fortement cimentées avec du bitume. Les murailles sont faites. au rez-de-chaussée, avec de grandes plaques de gypse mannoriforme,
semblable à celui qu'on trouve auprès de Mossoul. Il parait qu'elles étaient reliées entre elles au moyen de clous et de bandes de cuivre doDt on a recueilli, sur place, de très-nombreux fragnien's. Au premier
étage, le mur était en briques crues ou en argile battue. Il parait certain que le toit était en charpentes, car on a remarqué dans les dé-
combres une notable quantité do bois carbonisé. Enfin, les restes d'un -^pais enduit d'un beau bleu d'azur donnent à penser que les parois intérieures des chambres étaient ornées de peintures. »
La civilisaUon assyrienne, venue après celle de l'^ypte, lui a m. 61
UARCHITKCTDRE.
uécessairemeut fait de nombreux emprunts, auxquels le caractère spécial de la nation a pourtant apporté d'importantes modificatiODa. Les monuments de l'Assyrie, comme ceux de l'Egypte, sont décorés dans toutes leurs parties de bas-reliefs et d'ornements, et cette décoration.
Fig. 544. — Briquo
malgré quelques différences que nous allons signaler, part évidemment du même principe. VoitA comment la Grammaire de Fomement de
Owen Jones apprécie les rapports qui existent entre les deux atyJes: « La maniilre de représenter une rivière, un arbre, une Tille assiégée, lin groupe de prisonniers, une bataille, un roi dans son char, dit Owen Jones, est presque identique chez l'un et chez l'autre peuple; la différence qui existe est simplement celle qui résulterait naturellement de la représentation de mœurs de deux peuples différents, u La (jgure bki.
qui montre la bordure d'un pavage assyrien de Nîmroud, conlirmc pleinement celte manière de voir. C'est ud ornement qui dilTère trèspeu de ceux qu'employaient les Égyptiens, comme on peut s'en convaincre en se reportant aux figures 523 et 524 que nous avons reproduites plus haut. La fleur de lotus alternant avec un fruit en fait tous les frais. Mais, si le détail qui constitue chaque ornement parait être un emprunt, la combinaison de ces détails entre eux ne ressemble plus autant à l'Ég^-pte, et les pavages représentés sur les figures 5f|2 et 5Ii3, bien que composés des mêmes éléments, montrent une disposition d'ensemble très-différente-
Une brique émaillée de Khorsabad, reproduite sur notre figure 5îili, est décorée d'une palmeite, genre d'ornement que nous n'avons pas rencontré en Egypte, mais dont nous suivrons le développement quand nous parlerons de l'art décoratif des Grecs. Ici l'ornementation assyrienne pourrait en quelque sorte servir de Iransiiion entre celle des Égyptiens et celle des Grecs.
L'ornementation assyrienne procède beaucoup moins que celle de l'apte d'un principe imitatif. On trouve quelquefois sur les monuments des colonnes grêles, couronnées par des chapiteaux bizarres, des couvertures de peau terminant les édifices ouverts (fig. 545), mais les formes géomé- pig. «a. - omomont utjnca. triques prédominent sur celles qui pourraient avoir leur origine dans la plante, et même dans les arbres symboliques, si communs sur les bas-reliefs assyriens, la tige est sillonnée par des formes anguleuses , et la fleur prend un caractère conven- ■ tionnel, qui laisse rarement deviner le point de départ (fïg. 5^6}.
La Babtlonie. — Les ruines de Babylone ne nous offrent malheureusement pas pour l'élude les mêmes ressources que celles de Ninive- Une immense plaine jonchée de débris marque l'emplacement de la ville sans fournir aucun renseignement sur le style des monuments qui la décoraient. Cette pénurie tient surtout au mode de construction que les Babyloniens avaient été forcés d'adopter. « Les Babyloniens,
dit Batissier dans son Histoire de Vart monumental, confinés sur un sol d'alluvion, dans un pays limité par deux empires puissants et redoutables, exécutèrent d'immenses travaux pour se garantir des inondations de l'Euphrate et pour se mettre à Tabri de^ attaques des peuples voisins. En fait de matériaux, ils se servaient rarement de la pierre qu'ils étaient obligés d'aller chercher en Arménie, mais ils employaient surtout des briques faites avec une argile très-fine, séchées au soleil ou cuites au four. On les disposait par assises, et d'espace en espace, on plaçait des couches de roseau, et Ton reliait le tout au moyen d'un ciment composé d'asphalte et de plâtre ; la plupart des maisons et des édifices étaient construits de cette façon. »
Cette manière de bâtir atteste l'ingéniosité d'un peuple qui n'avait à sa disposition ni carrière, ni forêt, mais elle ne pouvait présenter ni la solidité, ni Taspect grandiose des monuments égyptiens, bâtis avec de gros blocs de granit. Nous pouvons supposer que la décoration des monuments de Babylone devait avoir une certaine parenté avec celle des monuments de Ninive, à cause de la proximité des deux peuples et des deux civilisations, mais c'est une supposition qui repose sur des probabilités et non sur des documents. En somme les descriptions que nous ont laissées les historiens grecs sont les seuls renseignement que nous possédions sur l'ancienne Babylone.
Nous avons parlé déjà (tome 1, page 176) de la ville et de sa triple enceinte. Quelques voyageurs ont cru reconnaître la tour de Babel, dont il est question dans la Bible, dans un monticule qu'on désigne plutôt aujourd'hui sous le nom de temple de Bélus. C'était une pyramide isolée, s'élevant au milieu d'une enceinte carrée et fermée par des portes d'airain. « Cette pyramide, dit Batissier {Histoire de Vart monumental), se composait de huit étages en retraite les uns au-dessus des autres. Des escaliers extérieurs, ou plutôt ménagés dans Tépaisseur des murs, conduisaient d'assise en assise jusqu'au sommet de l'édifice. A la moitié du chemin on avait ménagé un lieu de repos et des sièges sur lesquels ceux qui montaient pouvaient s'asseoir. L'édifice se terminait supérieurement par une plate-forme surmontée d'une grande chapelle qui était le lieu très-saint. » Cette description est tirée d'Hérodote, qui y mêle de curieux détails sur les mœurs des prêtres qui desservaient le temple et sur des statues en or qui décoraient la chapelle. Bérose assure que la décoration intérieure offrait l'image d'une foule d'êtres monstrueux et symboliques, exécutés en bas-reliefs d'argile coloriés. On dit aussi que la plate-forme placée en haut de la pyramide
servait d'observatoire aux prêtres chaldéens pour leurs observations astronomiques.
Diodore de Sicile parle, dans sa description de Babylono, d'un pont merveilleux dont il attribue la construction à Sémiramis. <( Elle construisit, dit-il, dans la partie la plus étroite du fleuve, un pont de cinq stades de longueur, reposant sur des piles enfoncées à une grande profondeur et à un intervalle de douze pieds l'un de l'autre; les pierres étaient assujetties par des crampons de fer, et les jointures soudées avec du plomb fondu. Les faces de chaque pile exposées au courant de l'eau étaient construites sous forme de saillies anguleuses, qui, coupant les flots et amortissant leur impétuosité, contribuaient à la solidité de la construction. Le pont était recouvert de planches de cèdre et de cyprès, placées sur d'immenses madriers de palmier; il avait trente pieds de large, et n'était pas le moins beau des ouvrages de Sémiramis. » Quinte Curce parle également de ce pont : « 11 est, dit-il, au nombre des merveilles de TOrient; car TEuphrate charrie beaucoup de limon; il a donc fallu en retirer beaucoup de vase pour l'y asseoir sur des fondements solides. »
Les quais de Babylone avaient aussi une grande célébrité. Mais ce que les auteurs anciens glorifient le plus, ce sont les fameux jardins suspendus. Voici la description qu'en donne Diodore de Sicile: « 11 y avait dans la citadelle le jardin suspendu, ouvrage, non pas de Sémiramis, mais d'un roi assyrien postérieur à celle-ci, 11 l'avait fait construire pour plaire à une concubine. On raconte que cette femme, originaire de la Perse, regrettant les prés de ses montagnes, avait engagé le roi à lui rappeler, par des plantations artificielles, la Perse, son pays natal. Ce jardin, de forme carrée, avait de chaque côté quatre plèthres; on y montait par des degrés, sur des terrasses posées les unes sur les aut'os. Ces terrasses ou plates-formes, sur lesquelles on montait, étaient soutenues par des colonnes, qui, s'élevant graduellement de distance en distance, supportaient toutes le pied des plantations ; la colonne la plus élevée, de cinquante coudées de haut, supportait le sommet du jardin et était de niveau avec les balustrades de Tenceinte. Les murs, solidement construits à grands frais, avaient vingt-deux pieds d'épaisseur, et chaque issue dix pieds de largeur. Les plates-formes des terrasses étaient composées de blocs de pierre dont la longueur, y compris la saillie, était de seize pieds sur quatre de largeur. Ces blocs étaient recouverts d'une couche de roseaux mêlés de beaucoup d'asphalte; sur cette couche reposait une
double rangée de briques cuites, cimentées avec du plâtre ; celles-ci étaient à leur tour recouvertes avec des lames de plomb, afin d'empêcher l'eau de filtrer à travers les atterrissements artificiels et de pénétrer dans les fondations. Sur cette ouverture se trouvait répandue une masse de terre suffisante pour recevoir les racines des plus grands arbres. Ce sol artificiel était rempli d arbres de toute espèce, capables de charmer la vue par leur dimension et leur beauté. Les colonnes, s'élevant graduellement, laissaient par leurs interstices pénétrer la lumière, et donnaient accès aux appartements royaux, nombreux et diversement ornés. Une seule de ces colonnes était creuse depuis le sommet jusqu'à sa base; elle contenait des machines hydrauliques qui faisaient monter du fleuve une grande quantité d'eau, sans que personne pût rien voir à l'extérieur. Tel était ce jardin qui, comme nous l'avons dit, fut construit plus tard. »
Strabon parle également des jardins suspendus. « Ce jardin, dit-il, se compose de plusieurs terrasses voûtées qui s'élèvent les unes audessus des autres, soutenues par de gros piliers en forme de cubes. Les piliers sont creux et remplis de terre, de manière à pouvoir contenir les racines des plus grands arbres. Ces piliers, ainsi que les planchers des terrasses et les voûtes, sont en briques cuites, cimentées avec de l'asphalte. On arrive à l'étage supérieur par des gradins, le long desquels on a disposé des limaces (sortes de vis), par lesquelles des hommes commis à cet effet font sans cesse monter l'eau de l'Euphrate dans le jardin. »
La Perse. — L'architecture de l'ancienne Perse est connue depuis plus longtemps que celle de TAssyrie, dont elle dérive assurément. Nous avons donné déjà le plan ainsi que des vues d'ensemble du palais et des tombes royales de Persépolis (tome I, fig. 158 à 162). Nous nous arrêterons donc seulement ici sur quelques détails de la décoration.
Les colonnes de Persépolis, le plus souvent placées dans des salles hypostyles ou bien disposées en portiques, présentent un type tout à fait spécial (fig. 517). Le chapiteau montre les parties antérieures de deux monstres, et deux dés superposés, simulant l'extrémité des poutres, prennent place entre leurs têtes (fig. 548). Dans la base, c'est la feuille qui constitue le principe ornemental de la décoration (549).
Malgré les différences qui séparent l'architecture des Perses de celle des Grecs, il est facile de voir que les deux styles marchent parai-
lëlement. Ce n'est 'pas assurément par les proportions de l'ensemble
de Ponépalli. Pig. tiS. — Chtpiloaii pecM.
qu'on pourrait établir un rapport, mais le style oroemental des deux nations n'est pas aussi éloigné l'un de l'autre qu'on serait tenté de le croire au premier abord. Ainsi il est dilTicile de ne pas saisir une certaine parenté entre le triglyphe des Grecs et les ornements persépolilains représentés sur les figures 550 et 551.
On reconnaîtra aussi que les figures 552 et 553, quoique d'un caractère oriental plus prononcé, se marient aisément avec les deux types précédents. Quant à la figure 55£i, elle dérive de principes tout à fait dilïé- ^b- s». — s»»,
rents et on y pressent presque l'orncmeDlatioD des Arabes. C'est en
«8 L'ABCHITECTCRE.
elTct un ornement sassanide, c'est-à-diie qu'il appartient à une époque
intermédiaire entre l'art pertiaii ancieu et I art persan du moyen âge.
ai"!'';''.'"'"''" ."":.-, "(isi
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'»^:<ui!:>Sï,r-.:;)B-isiiil
pj. j^, —oraenipnl <,is..ini lo.
Notions bistobiques. — La période p^lascique. Le style hblléhiqde. — Les ordres. — L'ornement. — Les édifices.
Notions historiques. — Nous n'avons pas à signaler dans l'âge héroïque de nom d'artiste dont le caractère historique soit parfaitement établi. Ceux dont il est question dans les historiens semblent appartenir à la légende plutôt qu'à l'histoire. Dédale, qui construisit le labyrinthe de Minos, dans Tllc de Crète, est un personnage mythologique. Son nom veut dire industrieux, et pendant longtemps on le donna aux artistes comme un témoignage de leur habileté. Âgamède et Trophonius comptent parmi les plus anciens architectes dont les écrivains anciens fassent mention. L'édifice le plus fameux qui leur fut attribué était le temple d'ÂpolIon à Delphes. Quand ils l'eurent terminé, ils supplièrent le dieu de leur donner pour récompense la chose qui pouvait être le plus utile à l'homme, et ils furent trouvés morts trois jours après. Une autre légende leur attribue une histoire qui rappelle celle qu'Hérodote raconte à propos de Rampsinite, roi d'Egypte. Les deux architectes auraient été chargés de construire un trésor pour le roi Hierus dans la Béotie, et ils auraient disposé le bâtiment de manière qu'en ôtant une pierre qu'ils connaissaient, ils pouvaient entrer dans l'intérieur. Le roi s'aperçut que ses richesses diminuaient, et tendit un piège où Agamède se laissa prendre. Trophonius coupa la tête à son ami pour empêcher qu'il fût reconnu; mais la terre s'étant ouverte sous ses pieds, il fut englouti tout vivant, et il se forma là une caverne où, pendant longtemps, il rendit des oracles.
On pourrait également regarder plusieurs des travaux d'Hercule comme se rattachant à Tarchitecture. Mais toutes ces histoires légendaires n^ont qu'un intérêt secondaire pour la question qui nous occupe,
La période qui précède les guerres médiques est celle du grand développement de l'art grec. Les œuvres de cette époque ne peu-