‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 3)Chapitre 20 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

U3 L'HABITATION

ce ne fut qu'aux approches de l'empire que le luxe s'y introduisil comme parlonl.

Les Romaius, qui, à l'origine, étaient tous laboureurs, avaient tians leurs terres une maison d'habitation oîi ils allaient, soit pour se reposer pendant la belle saison, soit pour surveiller le travail de leurs métayers. Une villa n'élait donc, à l'origine, .qu'une maison de maître annexée aux bâtiments d'exploitation. Les habitudes toujours croissantes du luxe iransformàrenl pou à peu les maisons de campagne en somptueuses résidences, et, conamo leurs opulents propriétaires avaient tous des biens dans les provinces, ils négligèrent peu à peu le ciMé agricole de leurs villas, qui ne furent plus pour eux que des séjours de plaisir. Une ëpigramme de Martial nous montre que de son temps il y avait encore quelques maisons de campagne cultivées au point dfi vue du rapport ; « Bassus, la maison de campagne de noti ami Fausiinus, à Baies, n'ombrasse point un vaste espace de terrain sai produits, symétriquement piaulé do myrtes inutiles, de stériles plalani et de buis régulièrement tondus. C'est une vraie et joyeuse campagm qu'on peut à bon droit appeler rustique. Là, les greniers regorgent di dons de Cérès, jusque dans leurs derniers recoins ; là, des vases noiubreux exhalent les parfums d'un vin vieux de plusieurs automnes. «

Sous l'empire, l'Italie entière seuibic élre un immense parc cultivé uniquement au point de vue de l'agrément. L'abandon de la culture esl un fait signalé par une foule d'écrivains latins. Horace se plaint qu'on consacre à faire d'immenses jardins d'agrément des terrains qui autrefois apparicnaiont i ragricuilurc.

La villa d'un riche Romain, et il était de bon goût d'en avoir plusieurs, devait Offrir toutes les commodités nécessaires aux jouissances de la vie : il y avait des appartements somptueux pourchaquesaison, des stades, des portiques, etc. Auprès de la vilia urbana, qui comprenait les édifices consacrés à l'habitation, il y avait la villa rustica et la villa fructuaria, desUoées aux usages économiques, étables, écuries, granges, greniers, pressoirs, etc. Les villas de Lucullus ont eu les premières une grande célébrité par leur magnificence. 11 y avait des constructions qui s'avançaient jusque dans la mer, et dans l'intérieur des parcs on voyait des viviers immenses contenant toutes les variétés de poissons. Un jour que Pompée visitait sa villa de Tusculanum, il remarquait que tout était combiné pour avoir de la fraîcheur, et fit observer à Lucullus qu'elle devait être un peu froide l'hiver. — h Crois-tu donc, répondit celui-ci, que je sois moins sage que les cigognes et les

ICS

LbS MAISONS HE CAUPAGiNE. Wi

gnîes, et que je ne change pas de demeure suivant la saison?» Les différents édirices d'une villa ne formaient pas un curré régulier. Les anciens auteurs ne le disent pas expressément, mais on peut le conclure des descriptions qu'ils nous ont laissées, et surtout des peintures trouvées dans les ruines de Pompéi ou d'Herculanura, où l'on voit très fréquemment des représentations de villas. Tous ces petits édifices, placés les uns à coté des autres et souvent joinls par des gale-

ries, étaient mêlés a des bouquets de verdure qui devaient faire dans la campagne un effet vraiment ravissant.

Quant à l'emplacement de la maison d'habitation dans la villa, il étaii toujours choisi de^façoo qu'on ei'it de toute part une vue étendue. On voil en outre que les riches Romains étaient passionnés pour les contrées pitloresques que les touristes vont encore visiter aujourd'hui. Ainsi les lacs de la'haute Italie étaient bordés de charmantes habitations où tout était combiné à souhait pour le plaisir. « Que devient Côme, les délices et les miennes? Que devient cette charmante maison du faubourg et ce portique où règne un printemps éternel ? et cet impénétrable ombrage de platanes? et ce canal bordé de verdure et de fleurs? et ce bassin destiné à en recevoir les eaux? et cette promenade à la fois si douce cl si fraîche ? et ces bains que le soleil inonde et en-

veloppe de ses rayons? et ces salies à manger où tu reçois tant de monde? et ces autres cabinets où tu en admets si peu ? et ces appartements de jour et de nuit ? Ces lieux enchanteurs te retiennent-ils et te possèdent-ils tour à tour? Ou bien le soin de tes affaires domestiques te force-t-il, comme de coutume, à de fréquentes excursions? Si tu jouis de tous ces biens, tu es le plus heureux des mortels, sinon tu n^es qu'un homme vulgaire. » (Pline à Ganinius Rufus.)

Si le pied des montagnes et surtout le bord des lacsi était embelli de somptueuses maisons de campagne, c'est le bord de la mer qui avait par-dessus tout autre endroit le don de captiver les riches Romains. Le golfe de Naples, les îles voisines et toute la côte d'Italie étaient couverts d'admirables villas dont les constructions s'avançaient jusque dans la mer. Non-seulement ce fait est relaté par les écrivains, mais nous voyons par les peintures de Pompéi comment les constructions étaient disposées. 11 faut faire, bien entendu, abstraction de la perspective, qui est nulle, et môme jusqu'à un certain point de l'architecture, dont les peintres qui ont fait ces décorations ignoraient souvent les notions les plus élémentaires. Mais si rien de ce que nous voyons représenté n*est absolument littéral, rien non plus n'est absolument inventé, et ces peintures, bien qu'exécutées de pratique, n'en sont pas moins des réminiscences d'aspects qui se ressemblent trop entre eux pour ne pas nous donner une idée approximative de ce qui existait (Hg. 683 à 686).

La lettre de Pline à Gallus fera comprendre, mieux que nous ne saurions le faire, ce qu'était une villa opulente. Rappelons seulement que, comme tous les riches Romains, Pline en avait plusieurs.

— Plim à Gallus, — « Tu es surpris que je trouve tant de charme à ma villa du Laurenlin, ou, si tu veux, de Laurente. Tu reviendras de ton étonnement quand tu connaîtras les agréments de cette demeure, les avantages de sa situation et sa distance de la racr,

a Elle n'est qu'à dix-sept milles de Rome et l'on peut s'y transporter

après avoir achevé toutes ses affaires, sans rien prendre sur sa journée.

Deux chemins y conduisent, celui de Laurente et celui d'Ostie ; mais

00 auitte le premier au quatorzième milliaire et le second au onzième.

En sortant de Tun ou de l'autre, on entre dans une voie en partie sablon-

Th»9e où les voitures roulent avec assez de difficulté et de lenteur.

\ AïfTil le trai^t est plus court et plus doux. Ce n'est partout que

n«. TintCyi la route se resserre entre deux bois, tantôt elle s'ouvre

* Vfind sar de vastes prairies. Là, de nombreux troupeaux de brebis,

'Vti3rtife H àe chevaux, dès que l'hiver les a chassés des montagnes,

s'enjfraissent "en paissant au sein d'une température printaniëre. La villa est commode sans être d'un entretien dispendieux. L'entrée, d'une élégante simplicité, fait face à un portique courbé en forme de D et qui entoure une petite cour charmante. C'est une retraite précieuse contre le mauvais temps, car on y est protégé par des vitres qui le ferment et surtout par les toits qui le couvrent. Ce perdque conduit à une cour intérieure fort gaie. De là on passe dans une assez belle salle

à manger qui s'avance sur la mer, dont les vagues viennent mourir au pied du mur quand souille le vent du midi. De tous les c^tés cette salle est garnie de portes à deui battants et de fenêtres qui sont aussi grandes que les portes, de manière que, à droite, à gauche et en face, on découvre comme trois mers différentes. Derrière soi, on a pour horizon la cour intérieure, le portique, l'aire, puis encore |e portique, enfin l'entrée, et dans le lointain les forêts et les montagnes. A la gaucbfl de cette salle à manger est une grande pièce moins avancée vers la mer, et de là on entre dans une plus petite qui a deux fenêtres, l'une au levant, l'autre au couchant. Celle-ci donne aussi sur ta rue, que l'on voit de plus loin, mais avec plus de charme.

c( L'angle que forme la salle à manger avec le mur de la chambresemble fait pour rassembler, pour concentrer tous les rayons du soleil. G*est le refuge de mes gens en hiver, c*est le théâtre de leurs exercices. Là se taisent tous les vents, excepté ceux qui chargent le ciel de nuages, et nuisent plutôt à la clarté du lieu qu'aux agréments qu'il présente. A cet angle est annexée une rotonde dont les fenêtres reçoivent successivement tous les soleils. On a ménagé dans le mur une armoire qui me sert de bibliothèque et qui contient, non les livres qu'on lit une fois» mais ceux qu'on doit relire sans cesse. A côté sont les chambres à coucher, séparées de la bibliothèque par un conduit garni de tuyaux suspendus qui répandent et distribuent de tous côtés une chaleur salutaire. Le reste de cette aile est occupé par des affranchis ou par des valets, et cependant la plupart des pièces sont tenues si proprement qu'on pourrait y loger des maîtres.

«Â Tautre aile est un cabinet fort élégant, ensuite une grande chambre ou une petite salle à manger que le soleil et la mer égaient à Tenvi. Puis on passe dans une chambre à laquelle est jointe une antichambre. Cette salle est aussi fraîche en été par son élévation que chaude en hiver par les abris qui la préservent de tous les vents. A côté se trouve une autre pièce et son antichambre. De là on communique dans la salle des bains, oiiest un réservoir deau froide. L'emplacement est grand et spacieux. Des deux murs opposés sortent en hémicycle deux baignoires si profondes et si larges qu'on pourrait y nager. Près de là est un cabinet de toilette, une étuvc et un fourneau nécessaires au service du bain. De plain-pied se succèdent deux pièces plus élégantes que magnifiques. Le bain d eau chaude s*y rattache d'une manière si admirable qu'on aperçoit la mer en se baignant.

« Non loin de là est un jeu de paume qui, dans les jours les plus chauds, ne reçoit le soleil qu'à son déclin. D'un côté s'élève une tour, au bas de laquelle sont deux cabinets ; deux autres sont au-dessus avec une salle à manger d'où la vue embrasse une mer immense, de vastes côtés, de délicieuses villas. Do l'autre côté est une autre tour où se trouve une chambre qui regarde le levant et le couchant. Derrière est une grande cave et un grenier. Au-dessus de ce grenier est une salle à manger où, quand la mer est agitée, on n'entend que le bruit faible et presque amorti de ses vagues. Cette salle donne sur le jardin et sur l'allée destinée à la promenade qui règne à l'entour. L'allée est bordée de buis ou, à son grand défaut, de romarin, car, dans la partie où le bâtiment abrite le buis, il conserve toute sa verdure. Mais, au grand air

«t en plein vent, l'eau de !a mer le dessèche, quoiqu'elle n'y rejaillisse que fort loin.

R Près de l'allée croît, dans une enceinte, une vigne tendre et touffue dont le bois ploie mollement, même sous les pledsnus. Le jardin est couvert de figuiers et de milriers auxquels le terrain est aussi favorable qu'il est contraire à tous les autres arbres. D'une salle à manger

on jouit de cet aspect, qui n'est guère moins agréable que celui de la mer dont elle est éloignée. Derrière cette salle, il y a deux appartements dont les fenêtres dominent l'entrée de la mai.son, et un autre jardin moins élégani, mais mieux fourni. De là se prolonge une galerie voîitée qu'on prendrait pour un monument public. Elle est percée de fenêtres des deux côtés; mais, du côté de la mer, le nombre en est double; une seule sur le jardin répond à deux sur la mer. Quand le temps est calme et serein, on les ouvre toutes. Si le vent donne d'un

c6li, 00 ouvre, sans aucun risque, les Tenêires de l'auire. Devant ceOi est un parterre parfumé de violelles. Le soleil, en frappai le, on élùve In température, et la galerie, en conceolrant les du soleil, repousse et chasse L'aquilon. Ainsi, d'une part. ntieot la chaleur, de l'autre ullc garantit du Troid. Elle vous défendl aussi de l'autan, do sorte que de diirérentsc&té3elleoITreuQ abricontrA I les vents opposés. L'agrément qu'elle offre en liiver augmente en été, ' Avant midi, l'ombre do la galerie s'étend sur le parterre ; après midi, sur la promenade et sur la partie du jardin qui en est voisine. Selon que les jours deviennent plus longs ou plus courts, l'ombre diScrolt, s'allonge soitd'un eOté, soit de l'autre. La galerie elle-même neressenl* jamais moins les effets du soleil que qua 1 ses rayons ardents tombenll d'aplomb sur la voùle. Je dirai plus : par ses fenêtres ouvertes, ellaJ rei;oit et transmet les brises, et l'air qui se renouvelle n'y deTieatiamai épais ni malfaisant.

«A l'oittrâmité du parterre et de la galerie s'élëvo, dans le jardin, i pavillon que J'appelle mes délices, mes vrais délices. Je l'ai construit moi-mémo. U, j'ai uoe espèce de foj'er iaire qui, d'un câté,' regardft. J le parterre, de l'autre la mer, et de tout enlnV' répond h une chambre voisine et un«i la galerie. Au milieu du côté qui a la mer poii^ cabinet cbarmaut qui, au moyen de vitres et de rideaux que l'on ouvre ou que l'on ferme, peut à volonté se joindre à la chambre ou eu être séparé. Il y a place pour un lit et deux chaises. A ses pieds on voit la mer, derrière soi des villas, en face des forêts. Trois fenfitresréuQissent ces paysages sans les confondre. De là on entre dans une chambre k coucher où la voix des valets, le bruit de la mer, le fracas des orages, les éclairs et le jour même ne peuvent pénétrer, à moins que l'on n'ouvre les fenêtres. Ce qui rend le calme de cette retraite si profond, c'est qu'entre le mur de la chambre et celui du jardin, 11 existe une place vide qui absorbe le bruit. A cette chambre tient une petite étuve dont l'étroite fenêtre retient ou dissipe la chaleur, selon le besoin. Plus loin on trouve une antichambre et une chambre que le soleil dore à son leveri et qu'il frappe encore après midi de ses rayons obliques. Quand je suis retiré dans ce pavillon je crois être bien loin, même de ma villa, et je m'y plais singulièrement, surtout aux Saturnales, tandis que tout le reste de la maison retentit des cris de joie autorisés par I9 licesce de ces jours de fête. Ainsi je ne nuis pas plus aux plaisirs de

(1 Ce qui manque à tant d'avantages, à tant d'agréments, cr sont des «aux courantes. A leur défaut nous avtfns des puits, ou plutôt des fontaines, car ils sont peu profonds. La nature du terrain est merveilleuse. En quelque endroit que vous creusiez, vous avez de l'eau à souhait, mais de l'eau pure et dont la douceur n'est nullement attOrée par la proiiniitii de la mer. Les forêts voisines fournissenl du bois en abondance, et Osiie fournit toutes les autres choses nécessaircj à la vie. Le village môme peut suffire aux besoins d'un,honime frugal et une seule mai-

son m'en sépare. On trouve en ce lieu jusqu'à trois bains publics,

ressource précieuse lorsqu'une arrivée inattendue ou un départ précipité ne permet pas de se baigner chez soi. Tout le rivage est bordé de maisons contiguës ou séparées qui charment par leur diversité et qui, vues de la mer ou mt^me de la côte, présentent l'aspect d'une multitude de villes. Le rivage, après un long calme, offre une promenade assez douce, mais l'agitation fréquente des flots le rend souvent impraticable. La mer n'abonde point en poissons délicats. On y prend pourtant des soles et des squilles excellentes. La terre fournit aussi des richesses & mon habitation. Nous avons surtout du lait en abondance, car c'est là

L'HAlIllATIOiN.

que les troupeaux se rendent en quittaol les pâturages, quand ils veulent J ae reposer à l'ombre ou se désaltérer.

[I tS'ai'je pas raisoa d'babiter, de chënr cette retraite et d'en fairçl mes délices 7 Eii vérité, vous êtes trop citadin si cite ne vous Tait pas 1 envie. Venez, je vous en prie, venez ajouter à tous les cliarmes de ma villa le prix inestimable qu'elle empru nierait de voire préscace.

Les TOLtÈHES. — Une volière était lacccssoirc obligé d'une villa. I imaine. Quand le luxe s'est introduit dans les habitudes romaines, oq i n'a plus voulu se contenter de la volaille ordinaire, mais on a voulu se | procurer des oiseaux rares et de provi étrangère. Pour les avoir |

toujours sous la main, ou a construit a-zo ières où l'on entretenait i, i ^ands frais des oiseaux, soit pour l'agrément des yeux, soit pour le 1 plaisir de la table.

Varron, dans son livre sur l'Agricul de précieux rense : a a:

d'autre volaille quc ei do

volières. Les poulek> a ), et on les engraissait. Quant aux |]i| , ou les étages les plus élevés de la v

nous donne sur cet usage s, dit-il, ne connaissaient ons; ils n'avaient pas de aaient dans la basse-cour les enfermait dans lc3 gre- . Aujourd'hui, on so sert

de volières auxquelles on donne le nom grec de ornithon, et qui souvent sont plus grandes et plus spacieuses que des maisons de campagne. C'est là qu'on élève et qu'on nourrit des grives et d'autres oiseaux. »

Le même auteur nous apprend qu'il y avait deux espèces de volières, les volières utiles et les volières d'agrément. Les volières utiles étant une dépendance de la ferme, nous vous en avons parlé déjà ; mais nous devons parler ici des volières d'agrément, qui faisaient partie de la maison de campagne et se rattachent directement à l'habitation d'ua riche Romain. 11 y en avait de plusieurs espèces : quelques-unes contenaient exclusivement des oiseaux chanteurs, d'autres des oiseaux qu'on élevait pour la beauté de leur plumage, enfm le plus grand nombre renfermait des oiseaux de table, mais qui avaient surtout pour but d'amuser les convives, car quelques-unes de ces volières étaient de véritables salles à manger.

Lucullus Avait une volière de ce genre, n Lucullus, dit Varron,, a imaginé de se donner une volière à deux fins. 11 a fait construire, à cet effet, dans l'intérieur de la sienne, à Tusculum, une espèce de salle à manger où il pouvait prendre le plaisir de la boune chère et jouir doublement du spectacle de ses grives, ici rftties et étalées sur un plat, là

voltigeant prisonnières autour des fenêtres, combinaison assez mal entendue, car les ébats de ces oiseaux ne réjouissent pas tant la vue que leur odeur désagréable n'offense l'odorat. » (Varron, de 1^ Agriculture.)

Les volières d'agrément formaient en général un pavillon contenant un salon autour duquel différentes espèces d'oiseaux étaient renfermés entre des ûlets. Lœnius Strabo est considéré comme l'inventeur de ce genre de construction. Mais la plus célèbre volière est celle qui faisait partie de la villa de Varron et dont cet auteur nous a laissé une description détaillée.

c( J'ai dans ma villa de Casinum un ruisseau limpide et profond qui la traverse en deux quais en pierres. Sa largeur est de cinquante-sept pieds, et il faut passer sur des ponts pour communiquer d'une partie de ma propriété à l'autre. Mon cabinet de travail est situé à l'endroit où le ruisseau prend sa source, et de ce point jusqu'à une Ile formée par sa jonction avec un autre cours d'eau, il y a une distance de huit cent cinquante pieds. Le long de ses bords règne, sur une longueur de dix pieds, une promenade à ciel découvert; entre cette promenade et la campagne se trouve l'emplacement de ma volière, fermée de gauche et de droite par des murs pleins et élevés. Les lignes extérieures de l'édifice lui donnent quelque ressemblance avec les tablettes à écrire, surmontées d'un chapiteau. Dans la partie rectangulaire, sa largeur est de quarante-huit pieds'et sa longueur de soixante-douze, non compris le chapiteau demi-circulaire qui est d'un rayon de vingt-sept pieds. Entre la volière et la promenade qui figure la marge intérieure des tablettes s'ouvre un passage voûté aboutissant à une esplanade. De chaque côté un portique régulier, soutenu par des colonnes en pierre dont les intervalles sont occupés par des arbustes nains. Un ûlet de chanvre s'élève du haut du mur extérieur jusqu'à l'architrave, et un semblable filet joint l'architrave au stylobatc. L'intérieur est rempli d'oiseaux de toute espèce, qui reçoivent la nourriture au travers des filets. Un petit ruisseau leur porte ses eaux. En deçà du stylobate régnent à gauche et à droite, le long des portiques, deux viviers assez étroits et qui, séparés par un petit sentier, s'étendent jusqu'à l'extrémité de Icsplanade. Ce sentier conduit à une espèce de salon en rotonde entouré de deux rangs de colonnes isolées. 11 en existe un semblable dans la maison de Catulus, si ce n'est que des murs pleins remplacent la colonnade. Au delà est un bocage de h|iute futaie enfermé de murailles et dont répais couvert ne laisse pénétrer le jour que par en bas

49S L'HABITATION

Tcspacc est de cinq pieds entre les colonnes extérieures qui sont de fiîorro 01 les colonnes intérieures, qui sont de sapin et très-minces de

fûu L'ontre-colonnement intérieur est rempli, au lieu de murs, par un filot de cordes à boyau, espèce de clôture à jour qui laisse la vue du ^^VA*^^ sans que les oiseaux puissent s'échapper. Un autre filet remplit ôcji!oinont l'entrc-deux des colonnes intérieures. L'espace intermédiaire «;.^ doux colonnades est garni de perchoirs formés par des bâtons enfoacôs dans chaque colonne et régulièrement étages comme les gradins u un théâtre.

u Cotte partie de la volière est principalement réservée aux oiseaux à voix harmonieuse, comme merles et rossignols. Un petit tuyau leur fournit de Teau et on leur donne à manger par les mailles du filet. Au pîod du stylobate règne une assise en pierres d'un pied neuf pouces d olovation à partir de la base du socle. Le socle lui-même a deux pieds do hauteur au-dessus du niveau d'un bassin, et cinq pieds de largeur ; 00 qui donne aux convives la faculté de circuler entre les colonnes et los lits. Le bassin est entouré d'une espèce de trottoir large d'un pied? une petite île en occupe le centre. On a creusé le socle dans tout son pourtour pour y faire des niches à canards. Au milieu de Tîle s'élève uuo petite colonne dans laquelle est scellé un axe qui, au lieu de table, pono une roue avec sos raies; mais ces raies soutiennent, en guise de jatius, une lable crtnisiV' tMi tain'joiir, lariçe d«^. deux pieds et demi et prot\ui(h' (1*11110 paliin\ Coiic lahie n'est servie que par un jeune esclave qui, [)ar un simple niou\onuMU de rotation, fait passer successivement, à fuwu'o do chaque oon\ivi\ los coupos ri les plats. Los lits sont dressés Nvii* Iv' socle, du soin duquel sortent los canards pour nager dans le iM^Nin, kquiîl coniniuniquo par un petit ruisseau avec les deux viviers, vie soiie qu'on voit les petits poissons passer librement de l'un à l'autre. i\»i:hliais do vous dire que do la table qui se trouv(^ à l'extrémité des i IU-. vie la vour coule à la volonté île chacjue convive do l'eau chaude vM .U' IvMU rroid«\ si'lon le robinet qu'il veut ouvrir. On voit dans la so.' /e\' vpii couvre ce salon l'étoile Lucifer pcMiilant le jour et I étoile .!.•..* i . -. iKMidant la nuit; elles en suivtMit le bord el marquent les

. ■. .' . Pans le haut de celle coupole est peinte, autour d'un tourillon,

i v'./ vL-. huit \ents, ri une aiguille supportée par le tourillon se j ^ i.i.^vui à uwliquer ([uol vent souille au dehors. » (Varron, (fc

.■■ ^ ■.•.■:.v".ulauuueni des Nolioros, OU pla(;ait dans les jardins des oiseaux V • - ' V -. V» MMU\. on h»s faisait soiivont venir dos contrées loin-

taines, et on recherchait surtout ceux dont le plumage était cnridit ds-3 couleurs éclalantes. Ces oiseaux faisaient en ({uclque sorte partie do la i dùcoratiou des jurdios, comme od peut le voir par la figure CS7, qui reproduit un coin do jardin d'apriis une peinture.

On entretenait surtout des paons, et il parait jnëine qu'à Borne on j en mangeait; mais c'était un mets de luxe, et Horace, le Dn gastronome, n'a pas l'air de trouver celabien délicieux. «Une faligue heureuse, dit-il, est le véritable assaisonnement du bon appétit. Vois-tu ce riche obùse et pâli par la gourmandise ? Il touche à peine à ces huîtres, à ce sarget, à ce faisan. Mais, merci de moi et de ma déclamation! Qu'on te serve un paon, diras-tu : Emportez cet oiseau, une poularde me iitlfit! Non, par caprice et par vanité, tu garderas le bel oiseau ; il est rare, il est cher, et sa queue étale aux yeux les plus riches couleurs; voilà pourquoi toQ palais le prù'tère i quelque volatile de basse-cour. Ce sont pourtant J d'inutiles accessoires. Ce beau plumage, est-ce qu'on le mange 7 est-co j qu'il résiste au feu du tourne-broche? et quelle différence, au bout du.l compte, entre l'on cl l'autre rôti ? «

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE

Les fouhnb*ux. — Les anciens se servaient de deux espèces de fourneaux: ceux qui étaient à poste fixe et engagés dans la constnictioo, comme le montre la figure 688, et les fourneaux portatifs. Dans les premiers, la fumée s'échappait quelquefois par un trou placé sur le fourneau. Toutefois l'usage des cheminées et des tuyaux n'était pas trèsrépandu dans l'antiquité, et on choisissait généralement un endroit découvert pour allumer le feu.

Dans toute l'antiquité le foyer était considéré comme un lieu sacré dans la maison et on le confondait souvent avec Tautel domestique.

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE MU

Comme construction, le foyer consistait en une plate forme carrée de pierre ou de briques qu'on élevait un peu au dessus du sol On allu> mait le feu avec des bûches de bois posées sur des chenets

L'emploi des fourneaux por tatifs était beaucoup plus fré quent que chez nous et il était aussi beaucoup moins gênant i cause de l'aération de la cour près de laquelle on pouvait ai sèment établir son feu.

Le fourneau portatif re présenté sur la figure 689 était un réchaud aussi bien

qu'un fourneau, car on' pouvait le porter de la cuisine à la salle à manger de telle façon que le mets pssé sur le feu pût arriver et

Fiff. «SS. — Foninuu.

Kg. «89.

se maintenir chaud. On iniroduisatt le charbon par la petite porte qui est en bas et la fumée s'échappait par deux ouvertures latérales ornées de têtes de lion. L'anse était placée au sommet de manière h enlever facilement le fourneau; -le récipient destiné à contenir les aliments

«os L'UAIllTATlOiN.

ilait placé dans la partie suptirieiire. Celte disposition esl très-visible datu la figure 690 qui est une coupe prise sur le fourneau représenta

à côté et qui offre cela de tout à fait particulier qu'il est eDiiërement contenu dans une sorte de bûche creuse dont l'écorce est très visible extérieurement.

Les soufflets pour aviver le feu étaient à peu près semblables à ceux dont on se sert encore aujourd'hui. Ils étaient composés de deux planches unies ensemble par une peau de bœuf ou de chèvre et étaient pourvus d'une soupape à air. Le soufflet que reproduit la rig:ure 691 est représenté sur une lampe antique.

CHAUPFAGB BT ECLAIRAGE. 497

Les trépieds. — Les trépieds étaient employés dans l'aatiquité pour différents usages, mais oous ne voulons considérer ici que l'usage domestique. Nous parlerons ailleurs des trépieds sacrés dont on se servait dans les temples et de ceux qu'on donnait en prix aux vainqueurs des jeux publics. Les trépieds étaient connus dès la plus haute antiquité et il en est fréquemment question dans Homère. On en a trouvé un trës^aud nombre sur divers points de la Grèce et de l'Italie.

Fig. en. — chaudron lur un liipied.

Fjg. ma. — Tiéplod éiruique

La forme même du trépied indique la manière de s'en servir sans qu'il soit utile pour cela d'entrer dans de grandes explications. On plaçait un chaudron de manière à l'adapter à la partie supérieure du trépied et la flamjie était dessous. Sur plusieurs monuments on voit une espèce de marmite posée sur un trépied et contenant les aliments en train de bouillir. La figure 692 montre un chaudron sur son trépied. Ce trépied est d'une forme absolument rudimentaire. Mais il y en avait même parmi ceux qu'on employait exclusivement aux usages domestiques qui sont remarquables par leur élégance décorative. Dans celui

ronds s'employaient également. Ils sool presque toujours supportés par des pattes d'animaux (Dg, 695 à 697). Les artistes ont aussi cherché un motif de dtjcoralion dans les créneaux que forme quelquefois le bord circulairii du brasier. Ces créneaux sont tantôt disposés en escalier^(fig.^698 et 699), tantôt alignés, quelquefois arrondis, d'autrefois carrés. Les parois extérieures du brasier sont généralement ornées de feuillages, de méandres, de têtes d'animaux ou de masques humains. Le style caprï-

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE

d'eux des ornements varie souvent sur chacun des côtés, mais les supports sont presque toujours composés avec des pattes de lion.

Le fond des brasiers était un gril de fer très-épais, mais garni et maçonné en briques, de manière que les charbons ne pouvaient ni tou-

Fig. 696. — Brasier avec gravures.

■cher le dessus du gril, ni tomber au travers par le bas. L'usage des brasiers était général dans toute l'antiquité. On s'en sert encore aujourd'hui dans plusieurs parties de Fltalie et de TEspagne.

Une lettre de l'empereur Julien montre que dans les contrées moins favorisées que la Grèce et l'Italie, l'usage des brasiers pour chauffer les -chambres n'était pas toujours sans inconvénients, u Cette année-là, dit-

Fig. 607. — Brasier avec gravures.

il, l'hiver à Lutôce était plus rude que de coutume ; le fleuve charriait comme des plaques de marbre. Vous connaissez la pierre de Phrygie ; c'est à ces carreaux blancs que ressemblaient les grands glaçons qui roulaient les uns sur les autres; ils étaient sur le point d'établir un passage solide et de jeter un pont sur le courant. Dans cette circonstance, devenu plus dur que jamais pour moi-mômc, je ne souffris point que l'on chauffât la chambre où je couchais à Taide des fourneaux en

xtsage dans presque toutes les maiBons du pays et bien que j'eusse tout ce qu'il fallait pour me procurer la chaleur du feu. Je voulais m'babituer à supporter cette température; cependant, l'hiver prenant le

iife4%v#vjaiF{gvîMt^^

dessus et devenant de plus en plus rigoureux, je permets à mes domestiques de cliauiïer ma chambre. Mais de peur que' la chaleur ne Ht sortir l'humidité des murs, je recommande d'y porter du feu allumé et quelques charbons ardents.

Toutefois ce brasier, si faible qu'il soit, attire des murs une vapeur si intenseque je m'endors, la I6te appesantie. Je manque d'être asphysié; on m'emporte dehors, les médecins m'engagent à rejeter la nourriture que je venais de prendre, il n'y en avait pas beaucoup, Dieu merci; je la remis et je me sens soulagé au pomt que, après une nuit tranquille, je pus le lendemain vaquer à mes affaires.» (Julien, Misopogon.)

Les lampes. — La très-grande quantité de lampes qu'on a retrouvées s'explique par la multiplicité des usages auxquels on les employait. Les Romains célébraient les réjouissances publiques par des illuminations. Sous l'empire on suspendait des lampes aux fenêtres le jour où il naissait un prince, ainsi qu'à toutes les solennités religieuses. On usait aussi beaucoup de lampes dans les fêtes nocturnes ; c'est ainsi que Domiiien a donné dans le cirque des chasses et des combats de gladiateurs éclairés à la lueur des lampes.

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE

On faisait souvent, comme jouets d-enfants, de toutes petites lampes qui étaient Téquivalent de nos ménages de poupées. Il était aussi d'usage de donner une lampe à ses amis le jour de leur ^naissance. Saint Jean-Chrysostome rapporte à ce sujet une coutume assez singulière. Il dit que de son temps quand on devait donner un nom à un enfant, on allumait plusieurs lampes, on leur donnait à chacune un nom et l'enfant recevait le nom de la lampe qui s'était éteinte la dernière.

Autrefois, on n'éteignait pas la lampe quand la table était desservie. Pliitarque dit que cet usage était pieusement respecté dans les anciens temps, mais il ajoute que maintenant on éteint la lampe immédiatement après le souper, pour ne pas brûler inutilement rhuile. Parmi les causes de Tusage ancien, il y en avait une qui était sacrée et se rattachait sans doute à la difficulté qu'on avait dans les sociétés primitives à se procurer du feu. En raison de Tanalogie avec le feu inextinguible et sacré, les anciens se faisaient scrupule d'éteindre toute espèce de flamme, u 11 y a pour le feu comme pour riiomme deux manières de périr, soit qu'on Téieigne avec violence, soit qu'il meure en quelque sorte naturellement. Pour le feu sacré, l'on conjure ces deux sortes de destruction en le nourrissant et l'entretenant toujours.

Quant à l'autre feu, on le laisse mourir de lui-môme, sans violence, sans jalousie, comme on priverait de la vie un animal afin de ne pas le nourrir inutilement. »

Le caractère sacré qu'on attribuait au feu est probablement la cause principale de l'usage où on était de déposer des lampes dans les tombeaux. Cet usage a persisté même après le christianisme^ car on a retrouvé aussi des lampes dans les premiers tombeaux des chrétiens.

Les lampes d'argile sont les plus communes ; leur terre est plus ou moins compacte ; quelques-unes sont d'une couleur blanchâtre ou grisâtre, mais la couleur rouge est celle qui se rencontre le plus fréquemment. Après Targile la matière la plus commune des lampes a été le bronze ; il paraît que les marchands mettaient quelquefois du plomb

Pig. 700. — Vase pour contonir de Thuile

:,tfi L'HABJTATION,

aans riiitéricur pour augmenter le poids apparent du bronze el ainsi le prix lie la lampe. Aristophane accuse de cette supercherie un marchand de lampes Dommé Hyperbolua. On a fait aussi des lampes avec des métaux précieux ; elles étaient surtout destinées à l'asage des temples. La marque de fabrique apparaît fréquemment sous la lampe. Les lampes dont se servaient les anciens étaient les unes posées, les autres suspendues. C^llr-s qui étaient posées avaient souvent un

Pif. 101. — PJDU de liD|i«,

Pig. TO*. -

supportasses bas, en forme de trépied, qui était probablement luimftme placé sur un meuble. D'autres avaient au contraire un support Irè-S-élevé, en manière de candélabre, qui parlait du sol afin d'éclairer de haut toute la pièce. Les lampes suspendues tenaient par des chainettes, soit au plafond, soit à des meubles de métal à plusieurs branches. AvsDt d'dtre versée dans les lampes, l'huile était contenue dans des wes auxquels od assigne une forme particulière, conformément à oecttiM spAâmens découverts à Pompéi, La figure 700 nous montre la R(fodiictio& de l'un d'eux qu'on croit avoir été destiné à contenir de nimle à canse de ta nature spéciale de son goulot. Celle destination, nûniQOins, v'st sujette à cou testa lion à cause du satyre dont l'anse est otnèt et qui rentre dans les attributs ordinaires de Bacchus. Toutefois

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE

Fi|. '704, — Lampe au daowur.

Pig. va. — Candélabre i U ci

Pour moucher U mëcbe, oa employait de petites pinces qui servaient «a tudmo temps à écarter les Ûls aAa qu'elle pût prendre plus d'huile »t <^(U«r aussi plus de clarté. Mais lorsque la mèche venait à tomber ïtur tk> l'ûlO, on se servait pour la relever d'un petit instrument qui ^t^tUo it h [ois une pointe et un crochet. Ce dernier est assez sem- |l«t4i> À U liarpo de Persée qu'on voit sur quelques médailles. On a iVhvu\<^ plusiours de ces instruments, soit isolés, soit accrochés à la ltttu|M«u m<>voii dune petite chalaette. La pince est figurée sur notre Umuv lt\ ot le crochet sur notre figure 702.

iMiv^ wu« l>cllo lampe de bronze troijvée à Herculaaum, la chaînette

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE. SOA

est tenue par ud baladin qui se tient en équilibre sur uq seul pied et décof^ le couvercle de la lampe. Ce couvercle est tout k^fait mobile et

la figure n'y lient cUe-mâmc que par une aiguille et peut s'enlever à volonté (Cg. 703 ei 70ii).

L'émèchoir et la chaînette se retrouvent encore dans un très curieux

Fig. lin. — Lunpe

lampadaire. La chatnette qui le retient est dans les mains d'un enfant et se relie par un anneau à deux autres chaînes qui supportent une petite lampe présentant la forme d'un masque scénique. L'enfant esi

SM

posé lui-même sur an socle rond près d'une coloone canaelée en spirales sannoDiées d'une lëie couronnée de feuillages. Cette tête, qui parati être celle d'un esclave barbare, est ell&mâme uoe lampe pourvue d'an couvercle, comme oa peut le voir par le dessin vu de profil. On iatroduisaii l'huile par le sommet et le lumignon sortait de la bouche (fig. 705). On distiogue dans les lampes plusieurs pardes qu'on désigne par différents noms : la curt. le bec et l'anse. Le disque qui recouvre la cuve

est percé pour recevoir lliuile et il est fréquemmeat recouvert d'ornemeiils, de méandres ou de figures en relief (Og, 706).

L'anse est la partie avec laquelle on prend la lampe ; sa forme était trtîs-varice. Quelquefois c'est une languolle qui se contourne pour y laisser la place du doigt comme dans nos bougeoirs, ou bien c'est une paimettc, un triangle, un croissant, une coquille. D'autres fois l'anse de la lampe se recouvre et se termine par une figure liumaine ou par un animal dont on voit l'ensemble ^ou seulement la tête. Ce mode de décor s'applique surtout aux lampes de bronze.

CUAUFFAGK ET ÉCLAIRAGE. SOT

Quoique le manche soit ordinairement placé sur le côté de la lampe on en trouve un assez grand nombre où il part du milieu de la cuve, comme on le voit dans la figure 707, qui est une lampe très-commune et ayant probablement servi pour un artisan modeste. Mais on trouve aussi des lampes ayant la poignée au milieu et qui indiquent un propriéiaire plus riche, par exemple la figure 708 ; celle-ci, à en juger par le nombre de ses mèches, devait consommer beaucoup d'huile et donner une clarté très-vive. On peut présumer, d'après sa disposition, qu'elle n'était pas posée habituellement sur un trépied, mais plutôt suspendue à la manière de nos lustres.

Pig. 111. — Lminpe

PourerapéchcrThuilede devenir bourbeuse parle mélange de la poussière qui se serait introduite dans la lampe, on mettait un couvercle audessus de l'ouverture placée au milieu (ûg. 709). Ces couvercles se retrouvent rarement sur les lampes de terre, soit parce qu'on les employait moins fréquemment, soit parce qu'ils ont été détruits, mais ils devaient se rapprocher beaucoup de ceux des lampes de bronze dont les collections renferment plusieurs échantillons. Ce couvercle a quelquefois une forme convexe et est surmonté d'une sorte d'anneau qui permettait de le saisir facilement. Souvent aussi il ressemble à une petite urne ou bien à CCS petits vases destinés à verser l'huile goutte à goutte. Le couvercle se relie quelquefois à la lampe au moyen d'une charnière, mais habituellement il lient à une chaînette qui va s'accrocher au manche (ûg. 710). On a dit que le couvercle des lampes servait en même temps d'éteignoir.

Mtt L-HABITATION. '

Les Romains, touterois, devaient rarement l'employer à cet usage, car c'Olait une coutume chez eux de ne pas éteindre les lampes, mais de les laisser mourir en paix, à cause du respect qu'on doit au feu.

Les potiers affectaient quelquefois de donner à I eurs lampes les formes les plus bizarres. Il y en a un assez grand nombre qui représentent des animaux, tels que des chevaux, des chiens, des cerfs, des oiseaux, des reptiles (fiR. 71 1 et 712], des poissons, etc. Ces lampes sont généra-

•D foima ds pied

lement classées dans nos colleciions en même temps que les rtiy tons et autres vases de forme singulière.

Nous avons signalé déjà, à propos des chaussures romaines, une lampe qui prend la forme d'un soulier de soldat pourvu de ses gros clous. La figure 713 montre une lampe de bronze dont la forme est

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE. 509

celle d'un pied humain chaussé de la sandale. Nous rappelons aussi les deux curieuses têtes de nègres que nous avons fait reproduire dans le premier volume de ce travail (Pir. 123 et 12&),

Les lampes destinées à fiire suspendues étaient pourvues d'un ou de plusieurs anneaux dans lesquels on passiit une petite chaînette

comme on le voit sur la figure ll!t Cette lampe de bronze offre d'ailleurs, dans sa décoration, une particularité qui mérite d'être si-

510 LIIABITATION.

gnalée, c'est l<? petit rat qui est placé sur le bord. Il est sans doute 1à'| pour exprimer l'avîdilé de ces buveurs d'huile, dont Minen'e refusa ; d'embrasser la cause pendant la guerre des rais et des grenouilles, (1 parce (jue, dit la déesse, ils me font de grands dégâts, qu'ils mangent I mes couronnes et rongent mes lampes pour en avoir l'huile n.

On trouvera un sysiiime de suspension plus complet sur la lampe représentée figure 715, c'est-à-dire que les chalneltcs la retiennent au moyen de plusieurs anneaux dont le plus gros est placé au centre sur uni! espèce de tige.

Pig. 118. — Lampe 1

Les lampes que nous venons d'examiner sont en bronze, mais on faisait aussi des lampes suspendues en terre cui(e. La figure 716 eo odre un exemple extrêmement curieux ; c'est une lampe pourvue de neuf becs, en sorte que lorsqu'ils étaient tous allumés, la clarté qui s'en dégagenit devait être équivalente à celle des lustres qu'on voit dans les salons modernes.

Les anciens n'avaient pas comme nous des tables pour écrire, des bureaux ou des pupitres. Pour étudier, ils tenaient à la main le volume qu'ils voulaient lire ou bien posaient sur leurs genoux la tablette sur laquelle ils écrivaient. Il fallait donc nécessairement des

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE. Ml

supports pour les lampes qui les éclairaient. Ces supports sont des trépieds dont la Torme est celle d'un disque sur lequel est posée la lampe.

Pig. 1\1. — Lunpg t léla de che<

et qui porte lui-même sur des pattes d'animaux. L'art a beaucoup varié l'ornementation des trépieds, mais la forme générale se rattache toujours à deux ou trois types principaux.

Pig. 718. — L»mpe mat Ka pied.

Pig. lie. — Support de luopa.

Remarquons en passant que la lampe représentée sur la figure 717 est a'une forme qui, au premier abord, semble cstrémeœent singulière.

Elle était [lourtant assez répandue; seulement, au lieu de la tête de cheval que Ton voit ici, les lampes de bronze présentent souvent la

tôte d'un autre animal, d'un chien ou d'un oiseau par exemple. Le support représenté sur la figure 719 diffère sensible ment des deux

que nous avons vus précédemment. On y retrouve, il est vrai, les (rois pattes d'animaux pour former la base, mais le trépied va en a'amincis-

CHAUFFAGE ET ECLAIRAGE

sant jusqu'au moment où il rencontra le disque sur lequel doit être posée la lampe.

La ligure 720 montre une lampe qui n'a pas besoin de support, puisqu'elle est adaptée à une tige qui en tient lieu. Cette tige est courte, mais il y a des lampes antiques où la tige est au contraire fort élevée.

Une lampe d'une espèce particulière nous apparaît sur la ûgure 721. Elle est pourvue d'un long manche susceptible de se plier par le milieu.

Les lanternes. — On ne peut fixer aucune date précise à l'origine des laolernes, mais il est probable qu'on a dû songer de bonne heure à se procurer un instrument portatif capable de contenir une lampe et de la mettre à l'abri du vent. 11 fallait surtout le rendre transparent de manière à profiter de la lumière sans qu'elle courût le risque de s'éteindre. Il fallait aussi que celui qui le portait ne fût point incommodé par le contact de la flamme. C'est ce qui a fait dire au poëlc comique Ale;iis de Thurium, cité par Athénée;t<Celiiiqui le premier imagina de prendre une lanterne pour se pro- ( mener la nuit fut à coup sOr quelque grand ami des doigts. »

Les lanternes fabriquées à Carthage avaient de la réputation dans l'antiquité. Plante voulant dépeindre la maigreur d'un agneau dit qu'il est transparent comme une lanterne punique.

l'Onu! cite un passage d'une comédie perdue d'Aristophane, où la lanterne est appelée un vêtement transparent; Kmpédocle, dans un passage cité par Aristote, compare la lanterne à un œil

humain, et Hippocrate parle également de cet instrument qui était d'un usage fréquent à Athènes.

On a retrouvé à Herculanum une lanterne qui peut nous donner exactement l'idée de ce qu'était ce genre d'ustensile dans l'antiquité ;

- LMltetoB porUlitB.

^.; L'BABITATIOS.

oo» U i*tr->J:ii*«3« du» U fizim ~it. Sa farse «si cylindrique ; die esi «I c;:ivre iï:;ae « pou sur ca fjod Kxuenn par trab pieds m faroK di hooi^. Pwr U pon^r f^mèt. U Bun dnxit embrasser les detn bnadKS d'oà pineni les duines et qui sen-'eni de poignée. Qoanil on TOolaii l'oaTrir. oa ëic'Taii U brutdiâ sopërienre qui fusait iD<n»r le ooarertle. Eiie deraii Aire eoloorèe par une enrelofipe naospareoie. comin? I« d«sîçaeat les deox bandes de métal des tAtès et la baode circulûre qui résne sor le fond. Oa employait géDèralonent poor cela one VÀle froilée d'buile oa de la oonie InTaîllée de manière à derenir três-mioce.

Oa se'servait pour la nuit, dans les chambres à coucher, d'une espèce de lampe qui répond assez bien à nos veilleuses. On en a trouvé à HcrculaDum un spêciineo extrêmement curieux. Cette lampe, qui est en bronze, présente la Torme d'uneurnereposant sur un petit piédestal; on la pl3';ait sur un plaieau pour des raisons de propreté faciles à comprendre. A l'intérieur (fig, 723) est une tige qui'ser^ait à élever la môciic à la surface, La veilleuse est pourvue d'un couvercle (fig. 72ï|) à charnière, percé de trous pour donner de l'air et laisser passer la lumière. La mèche pouvait ainsi brûler sans que sa flamme vint en aucune fatjon gêner les yeux du dormeur. Sur le côté, on voit une petite anse. Une pariicularité à signaler : c'est que rinlërieur de la veilleuse contient du plomb dans sa partie inférieure, c'est ce que dans la coupe le dessinateur a indiqué par une teinte. De cette manière, le vase avait une assiette solide malgré l'exiguïté de sa base.

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE

Les candélabres. — Le trait qui distingue particulièrement le candélabre est la canne ou le roseau qui servait à porter la pomme de

Pig. 725.

Fig. 726.

Candélabres rustiques.

Fig. "27.

LilABITATlON.

pin ou la torche allumée ; le roseau a été couroané *d'uD disque, ,d*tin calice ou d'un chapiteau, il était primitivemeat posé sur ua trépied.

Pig. TS8.

Fig. 789.

Candélabres à tige cannelée.

Fig. 730.

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE

aussi la base du candélabre est presque toujours formée avec les pattes ou les griiïes des animaux. La forme primitive s'est perpétuée dans une série de candélabres qui appartiennent au style rustique, et, malgré le luxe de décoration qui distingue quelques-uns de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, c*est probablement là qu'il faut chercher le type primitif du candélabre. Toutefois, la plupart des candélabres qui imitent la forme d'un tronc d'arbre ou d'une tige de roseau n'appartiennent pas à une époque archaïque, mais ils ont été fabriqués dans un temps

Pig. 731.

Fig. 732.

Candélabres.

OÙ Ton imitait volontiers les choses plus anciennes. Le disque qu'on voit en haut de la tige était destiné à porter la lampe (fig. 725 à 727).

Le candélabre ne se contenta pas d'imiter la tige d'un roseau, il prit aussi la forme d'une colonne svelte et allongée (fîg. 728 à 730) pourvue d'une base et d'un chapiteau, et cannelée la plupart du temps. Les chandeliers dont nous nous servons ne sont, le plus souvent, que des répétitions de ce type.

La forme que nous venons de voir est encore aujourd'hui employée journellement, et il n'est pas de boutiques d'objets en bronze ou Ton ne puisse trouver des candélabres exécutés d'après des modèles identiques. On peut également retrouver le type primitif de nos chandeliers de ménage dans les modèles que représentent les ûgures 731 et 732, et la base triangulaire des candélabres que montrent les figures 733 et

734 est le modèle d'un type fréquemment employé dans nos églises. Un curieux candélabre du musée de Naples s'élève d'une base formée de trois pieds-de-bœuf ornés d'un masque de lion. Cette base^est recouverte d'un disque au milieu duquel est planté un pilastre ou plutôt un hennés ; le pilastre, le disque et la base forment trois pièces sé-

Wi^i^ei:-

Fig. -33. Fig. 734.

Candélabres à baso triangulaire.

parées, et en outre ce dernier membre se compose de trois parties mobiles, jointes entre elles par des viroles, de manière à former une grande charnière dont la fiche cylindrique est fixée au milieu du fût. Quand cette extrémité est engagée dans tous les anneaux de la base et attachée par la petite cheville que Ton voit suspendue à une chaînette» les trois pieds-de-bœuf sont fixés et forment entre eux trois angles égaux. Le chapiteau du pilastre est orné d'un petit Mercure ; Tintérieur du pilastre est traversé par une tige supportant un vase (fig. 735). La figure 736 montre un candélabre roulant d'un caractère fort sin-

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE

gulier ; il est aussi de fabrication étrusque, mais on se figure difficilement quel emploi on pouvait tirer de ses roulettes, car Ton se servait pour les besoins du service de lampes qui étaient pourvues d'un manche et facilement transportables, mais les candélabres étaient généralement destinés à rester en place et non à se mouvoir.

Le vieux Silène, le père nourricier de Bacchus, apparaît comme porte-lumière sur des lampes d'Herculanum. Pour tout vêtement, il porte des bottines à gros talons et un court manteau jeté sur les épaules; il semble vouloir exécuter quelque danse bachique pour amuser les Ménades avec son ventre proéminent et sa chair velue. Le perroquet qui paraît sur sa tête n'est pas sans rapport avec l'expression comique du personnage. Il est perché entre deux branches qui se terminent chacune par un plateau destiné à supporter les lampes. La figure pose sur une base carrée à trois degrés qui a pour support des griffes de lion montées chacune sur de petits socles ronds (Gg. 737).

Quand on a bien chaud, il faut boire pour se rafraîchir; c'est dans ce rôle que Silène apparaît dans une autre lampe de bronze d'un goût exquis. Il est assis maintenant au pied d'un arbre, ou" plutôt d'une plante liliacée, divisée aussi en deux branches dont chacune supporte un disque plat qui représente la fleur, et s'efforce de verser le vin d'une outre qu'il tient" de la main gauche dans une outre qu'il tient dans la droite (fig. 738).

Quelquefois la tige se bifurque en plusieurs branches portant chacune un disque, ou bien elle porte seule le disque, mais après avoir montré ses rameaux et s'être elle-même contournée comme le montre la figure 739. Mais la lampe était souvent suspendue : dans les fêtes champêtres on accrochait des lumières aux branches des arbres, et l'art a

Fig. 735.

Candélabre à tige monUnte.

r'i^rvii'A r.h BOCif aies 4" Iu>p»laJr» 4sei h £çarv Tï# doqs oBre

EaËa. le canice de Tartiste Test «pe'jfp^^bôs reafie Ilmaç? rustique, non «ea^eiE'e^i due b irn, mais dans la Uaipe elk mime. Ca bmpadure. doat la f«rB« ««: e«pnm:ée aox pluiies bnlb^::ses AvxA b'nrç se coaioome. porte Ati-i. lampes imîtaoi des limacoos dont l'an ç^n la tète de sa «Mfaille. L'antiqaiié a es parioû dans ses prodaaioDs anisiîqaes no goût cbampéire an peu maD-èré qui fait penser an style qni a préfala à la fin de notre xnu* siècle îran^ais. 'quand, som IlnfloeDce de Jeao-lacques Roasseaa. loat le monde parlait d>? la venn des labourears. ei que Marie-AntoÎDette . babitlée en laitière, allait dans son bameaa da Tiianon oublier la splendeur de ses appanemenis.

rij. lan. — Lup* tmImsu.

Pig. 131. — Silïog delwul. (Porle-Iutuicn.)

Parmi le» lampadaires de bronze découverts à Pompéi, un des plu:

CHAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE. 5Ï1

remarquables est celui que nous' donnons figure 741, et qui est décoré d'insignes bachiques. La plinthe rectangulaire sur laquelle il repose offre par devant une échancrure arrondie. Sur la droite est un petit autel chargé de bois déjà en partie enflammé, et à gauche un petit génie bachique entièrement nu et monté sur une panthère; il se dispose à boire dans un rhyton qu'il tient à la main. La surface de la plinthe est bordée

Pig 198 — Siltne (Porte-lum ite

d'une damasqumure représeotant une vigne dont les feuilles sont d'argent, le tronc et les grappes de cuivre rouge.

Les anciens ont épuisé à l'égard des lampes presque toutes les combinaisons de forme que leur usage peut fournir. Nos collections publiques ou privées en renferment une variété inûnie, et les recueils gravés en font connaître une multitude d'autres. Parmi les pièces qui constituaient le mobilier antique, les lampes sont bien certainement celles qui ont fourni la plus belle moisson aux antiquaires.

La fête des lampes ou des flambeaux (lampadophorie) se célébrait à Athènes, trois fois par an, en l'bonneur de Vulcain, Minerve et rromé-

Fig. 740. — Luoptdwn.

(Pompii.)

MHte. t.'itftWLtih'ïiT Iturs flambeaux et commeaçaient une course que Pau- '^Mj^- -tf^rr/t^ *'"' ! * "b partent de l'autel de Prométtiée et vont tou- «Mk'OMHM IVMV'i U porte de la ville avec des flambeaux allumés. %ifc-^sWNt^^^^^'^t " '""^'I'^^ '^ ''^'"''^^" ''^^^^ allumé; celui tiU/'itiii'."! it'lWJJIf. >iMQ flambeau s'éteint, cède sa place au second, «-.-«iMU^*kW^ie*4w>* M ^03' ^^ autres. Si tous les flambeaux s'étei- ■>ntTti,.->ti. tf 'HBtiti-iT 1' victoire et le prix est réservé pour une autre .*^ ■ .» v^ {tMtMMw "*•• >W io**" ^^ grand vent, le prix devait s'obtenir '^'-tMiOti, -«f »t S»Ùw* courir i toutes jambes, si la course se faisait à

CBAUFFIGE ET ÉCLAIRAGE. 522

pied, ou à toute bride, si elle se faisait à dicval. Le^ prix proposé était différent selon la divinité dont on célébrait la féte;*s'tl s'agissait de

Pig "Ml — lAmpaïUire (Pompti )

Minerve, c'était une amphore d'huile, mais pour la fête de Vulcain, qui est le patron des métallurgistes, on peut présumer que Is prit consistait en une lampe de bronze, et en une lampe d'argile pour Promélhée qui est le patron des potiers.

LES PAPIERS ET LES LIVRES

Le papier. — L^EXCRE et les plumes. — Les livres. Les BiBLiornèQCES. — Les tablettes.

Le papier. — Le papier dont les anciens se servaient le plus habituellement pour écrire était fait avec du papyrus, espèce de roseau à tige triangulaire qui est assez commun sur le Nil, et qui a été employé pour cet usage dès la plus haute antiquité. L'Euphrate fournissait également du papyrus, mais il était de moins bonne qualité. Les préparations que Ton faisait subir au papyrus, pour en faire du papier, étaient assez compliquées. « On prépare le papier, dit Pline le Naturaliste, en divisant le papyrus en bandes très-minces, mais aussi larges que possibles. La bande la meilleure est celle du centre de Tarbre, et ainsi de suite dans Tordre de la division. On appelait jadis hiératique, attendu qu'il était réservé aux livres sacrés, le papier fait avec des bandes intérieures. Lavé, il a reçu le nom d'Auguste, de même que celui de seconde qualité a pris le nom de Livie, sa femme. De la sorte, Thiératique devint papier de troisième qualité. Le quatrième rang avait été donné à Vamphithùatrifjue, nom tiré du lieu de la fabrique. L'habile fabricant Fannius s'en empara, le rendit fin par une interpolation soigneuse, d'un papier commun fit un papier de première qualité et lui donna son nom. Le papier qui n'avait pas encore reçu cette préparation garda le nom d'amphitliéatrique qu'il portait auparavant. Vient ensuite le saïtique, ainsi nommé de la ville de Sais, qui en fabrique beaucoup; on le fait avec des rognures de basse qualité. Le lènèotique, ainsi nommé d'une localité voisine de Sais, est fait avec des matériaux plus rapprochés de l'écorce ; il ne se vend plus à la qualité, mais au poids. Quant à Tcmporélique, il ne peut servir à écrire ; on ne l'emploie que pour envelopper les autres papiers et emballer les marchandises; de là lui vient le nom qu'il porte (papier des marchands). Au delà est l'écorce du papyrus, dont rintérieur ressemble au jonc; elle n'est bonne qu'à faire des cordes qui vont dans Teau. On fait toutes les sortes sur une table humectée avec l'eau du Nil ; ce liquide trouble tient lieu de colle. D'abord, sur cette table inclinée on colle les bandes dans toute la longueur

LES PAPIERS ET LES LIVRES. 525

du papyrus, seulement OQ les rogne à chaque extrémité, puis on pose transversalement d'autres bandes en forme de treillage. On les soumet à la presse; cela fait une feuille que| Ton sèche au soleil. On joint entre elles ces feuilles, mettant d'abord les meilleures, et ainsi de suite jusqu'aux plus mauvaises. La réunion de ces feuilles forme un scapus (main) qui n'en a jamais plus de vingt.

« La largeur est très-différente : les meilleures ont treize doigts ; rhiératique, deux de moins ; le papier de Fannius, dix, et Tamphithéâtrique, neuf. Le saîtique en a moins, il n'est pas aussi large que le maillet, et l'einporétique n'a pas plus de six doigts. On estime encore dans le papier la finesse, le corps, la blancheur, le poli. L'empereur Claude changea la première qualité ; le papier d'Auguste était trop fin, et ne résistait pas à la pression du calame ; en outre, il laissait passer les lettres, et, quand on écrivait sur le verso, on craignait d'effacer le recto; dans tous les cas, la transparence en était désagréable à l'œil. On fit donc la chaîne du papier avec des bandes de première. Claude augmenta aussi la largeur ; la dimension fut d'un pied pour le papier ordinaire, et d'une coudée pour le grand ; mais l'usage fit reconnaître un inconvénient: une bande, si elle venait à se détacher, gâtait plusieurs pages. Ces avantages ont fait préférer le papier de Claude à tous les autres, mais la vogue est restée au papier Auguste pour la correspondance épistolaire. Le papier Livie, qui n'avait rien de la première qualité, mais tout de la seconde, resta à son rang.

(( Les inégalités du papier sont polies avec une dent ou un coquillage, mais les caractères sont sujets à s'effacer; poli, le papier est plus luisant, mais ne prend pas l'encre aussi bien. Souvent l'eau du Nil, donnée d'abord avec peu de soin, rend le papier rebelle à l'écriture ; cela se reconnaît par le maillet, ou même par l'odorat, quand le défaut est trop considérable. Les taches se reconnaissent à l'œil. Mais les petites bandes insérées au milieu des feuilles collées rendent le papier fongueux et, le faisant boire, ne se découvrent guère que lorsque, écrivant, les lettres s'étalent, tant il y a de fraude, il faut donc avoir recours à une autre préparation.

« La colle ordinaire se fait avec la fleur de farine, de l'eau bouillante et quelques gouttes de vinaigre ; la colle de menuisier et la gomme rendent le papier cassant. Un meilleur procédé, c'est de faire bouillir de la mie de pain lavé dans de l'eau et de la passer; c'est de cette façon qu'on a le moins de colle interposée, et le papier est plus doux que la toile de lin même. La colle ne doit avoir ni plus ni moins d'un jour.

528 L'BABITATION.

Puis on amincit le papier avec le maillet, on met une nouvelle couche (le colle ; on eHace les plis qui se sont formés, et on le bat de nouveau avec le maillet, n

Le papier dont Pline vient de nous faire la description était de beaucoup la matière dont on se servait le plus souvent pour écrïre (fig. 7A2et 7j|3}, mais on employait aussi du parcbemio. D'après les auteurs anciens, le parchemin aurait été découvert à Pergame dans des circonstances particulières. X l'époque où les Ptolémées établissaient la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, les rois de Pergame, voulant fonder dans leur capitale un établissement analogne, faisaient rechercher partout les

ID'jprè. I

I do Pompai.)

manuscrits des auteurs célèbres, et faisaient recopier à grands frais ceux dont ils ne pouvaient pas se procurer les originaux. Jaloux de cette concurrence, et voulant réserverpour Alexandrie les avantages qui résultent d'une aussi grande collection de livres, les Ptolémées interdirent l'eiportation du papyrus d'Egypte, tl ce fut alors que les habitants de Pergame imaginèrent de faire avec la peau des brebis une nouvel le espèce de papier qui prit le nom de Porgarain, ou parchemin, de la ville où il avait été découvert. Le parchemin avait d'abord le mérite de la solidité et, de plus, il avait cet avantage qu'on pouvait aisément enlever avec une éponge l'encre qui le couvrait.

On donne le nom de palimpseste a. un parchemin qui a été gratté ou lavé pour faire disparaître l'écriture dont il était couvert et pouvoir ainsi l'employer une seconde fois. Les libraires, qui répondaient à ceux que nous nommons aujourd'hui des bouquinistes, achetaient à vil prix des vieux parchemins qu'ils nettoyaient le mieux possible pour pouvoir les utiliser ensuite, en y transcrivant des manuscrits nouveaux. Cet usage s'est perpétué jusque dans le moyen ûge et les moines recou-

LES PAPIERS ET LES LIVRES

vraient ainsi avec des dissertations théologiques des parchemins qui avaient primitivement servi à des ouvrages classiques extrêmement précieux.. Comme la première écriture n'avait pas toujours été enlevée avec suffisamment de soins, on est quelquefois parvenu à la déchiffrer, malgré celle qui la recouvrait, et à reconstituer de la sorte des fragments perdus d'auteurs anciens. C'est ainsi que la République de Cicéron a été découverte et déchiffrée par Angelo Maï, sous un commentaire de saint Augustin sur les Psaumes.

11 y avait naturellement une très-grande économie à écrire sur ces vieux parchemins plus ou moins bien nettoyés, et les jeunes auteurs

Pig. 748. — Papier et instruments do l'écriture.

peu favorisés de la fortune s'en servaient assee volontiers, mais les enrichis qui s'amusaient à faire des vers n'auraient pas voulu en faire usage.

c( Varrus, dit Catulle, ce Suffénus que tu connais est un homme élégant, spiriluel et poli; il fait énormément de vers : il en a, je crois, dix mille et plus d'écrits, et non pas, comme c'est l'usage, sur l'humble palimpseste, mais sur papier royal, avec couvertures neuves, charnières neuves, aiguillettes rouges, texte soigneusement aligné, et le tout poncé à ravir. Lisez-vous dans ces jolis livres, vous prendrez ce beau et élégant Suffénus pour un bouvier ou un manœuvre, tant il est différent de lui-même... »

L'encre et les plumes. — L'encre dont se servaient les anciens était une liqueur composée d'eau gommée qu'on teintait soit avec de la suie de résine ou de la poix brûlée, soit avec de la lie de vin desséchée; il parait que l'alun entrait aussi dans sa composition.

L'encre s'effaçait avec une éponge. C'est pour cela que Martial, en-

att L'HABITATION.

voyanl un livru à son ami Faustinus, écrit : n Tandis quo mon liVM ctl neuf et non rogué, et quo ses pages encore fraiclies craignai d'iiire effacées, esclave, va porter ce léger lioraniage à un ami biei cher, qui mérite d'avoir les premiers do ces bagatelles. Cour-s, maisnoi sana Célre muni du nécesaire : prends une éponge de Carihage. elle c vient au présent que je tais. Mille ratures, do ma main, ne peuvent,! Faustinus, corriger ce badioage; une seule,] de la tienne, sera plus efficace.

L'encre se mettait, comme aujourd'hui»' dans des petits récipients dont on peut voïrM la forme habituelle sur les figures 7iiS etf 745, tirées de peintures de Pompéi. Ces 1 encriers, qui sont pourvus d'un couvercle,. sont formés par un double récipient, ce qui I Fig. !«. - Un «maier. Semblerait indiquer qu'on employait plu-

sieurs espèces d'encre, soit qu'elles fusseut ] différemment teintées, soit qu'il y en eût simplement de plus ou moins | épaisse. Au reste, quand on voulait les éclaircir. on y ajoutait simplement un peu d'oau, C'est ce que nous voyons dans une satire de Perse, ( oii il dit, en parlant d'un écolier paresseux : n Le voilà avec son livre I en main, avec In membrane lisse de deux couleurs, des cahiers et le roseau noueux. H se plaint de ce que l'encre épaisse reste adhérente à la plume. On y verse de l'eau; trop claire, elle ne marque pas; trop délayée, elle s'épanche à double trait Malheureux enfant, et chaque jour plus malheureux!...» Sur la Bgure "ÎÙS, on a vu, à côté de l'encrier, une plume en roseau, toillée en pointe et fendue par le bout. On faisait aussi des plumes ta bois dwt on se servait quand on voulait écrire sur des matières «i« dures que le papyrus, et dont on voit une représentation figure 746. lUoeUes-à étaient d'un usage beaucoup moins fréquent que les Bl^MiAB roseau. Ces plumes étaient degrosseursnaturellementtrès- '— f^Jt-U et il T *" "*'* d'une extrême ténuité. 11 fallait aussi que l'on ^l^^^-^|grhiaBBiiKe> s'il est vrai, comme Pline le raconte, que

Fig. 745, — Encrier, pluma Bt Is

LES PAPIERS ET LES LIVRES

Fig. 746. — Plume en bois.

VIliade et VOdyssée aient pu trouver place dans une coquille de noix. Les plumes se taillaient avec un canif, mais on les affinait en les frottant légèrement contre une pierre poreuse. C'est du moins ce qui résulte du passage suivant, extrait de l'Anthologie grecque : a Le plomb qui trace des lignes droites, et la règle

qui lui sert de guide, la pierre poreuse qui aiguise le bec émoussé des roseaux, l'encre et les roseaux qui révèlent les mystères de la pensée, la lame tranchante d'un canif, telles sont .les offrandes que consacre à Mercure le vieux Philodème. dont la vue et la main, affaiblies par l'âge, se trouvent affranchies des travaux de copiste. » Le crayon et la règle sont désignés ici parmi les outils professionnels du copiste.

Fig. 747. Fig. 748.

Scribet. (Pointurei de Thèbes.)

Nous ne connaissons aucun texle qui puisse nous renseigner sur les instruments de récriture dans Tancienne Egypte, mais plusieurs peintures représentent des écrivains ou scribes. AThèbcs, notamment, on en voit un qui tient sa plume et a près de lui deux boites contenant les matériaux destinés à écrire (fig. 747). Un autre a son encrier devant lui et sa plume est placée derrière son oreille, selon un usage assez répandu parmi nos bureaucrates modernes, mais qui remonte aux anciens Égyptiens (fig. 7i8).

Nous avons, au musée égj^ptien du Louvre, des palettes d'écrivain. Ce sont de petits meubles en bois dur et généralement de forme rectangulaire. Elles sont garnies de petits godets destinés à contenir des pains d'encre ou de couleur, et une entaille pratiquée dans le bas con-

tenait les roseaux taillas pour récriture. On a retrouvé des palettes don|!^ les godets ont conservé leurs couleurs, il y a aussi des pains de couleur 1 qui! récrivain délayait dans un peu d'eau couteuue dans un petit vaso | rond qui faisait partie de son outillage.

Il y a aussi quelques encriers d'une forme singulière : il y en a no- I Uiument un en greuouillu et plusieurs en hérissons. Lagrenouilleesl ta icrro toailléc incrusliit' de pûtes de verre. Les palettes dont se serraient tes euluminount de manuscrits sont eu pierres de diverses sortes. Q.iciques-unes soûl euriebies d'inscriptions finemcut travaillées, dass I lesquelles on a reconnu des prières adressées à diverses divinités par le possesseur de la paletti;. Les pinceaux, formés de joncs fibreux, s'amollissaiciit au contact de l'eau.

Lis livres. — Les livres n'avaient pas dans l'antiquité !a forme qtii- nous leur donnons aujourd'hui. Un volume consistait en une feuille écriie d'un cùlé seulement, et que l'oii pouvait allonger iodéfiniinenl, suivant retendus du lente qui! devait contenir. Si le texte était court, b position du lecteur par rapport à la feuille qu'il lisait n'offrait rien de particulier. Lo personnage représenté sur la figure 7i|9, reproduisant UD camée antique, a devant lui une simple feuille de parchemin de médiocre étendue. Mais la musc C\in, que montre la figure 750, d'après une peinture d'Herculaoum, tient un véritable volume, suivant le sena qu'on doit donner à ce mol, c'est-à-dire une trèslongue feuille terminée à ses deux extrémités par un cylindre autour duquel elle est destinée à s'enrouler. On remarquera que la main tient le volume de telle sorte que les deux cylindres se présentent devant l'œil comme deux verticales, tandis que les lignes écrites apparaissent horizontales. Ces par colonnes, comme va nous le montrer la iTSUH quand le lecteur fait tourner ces deux cylindres de ma- -MMMtUfMUleqiiise déroule d'un cûté s'enroule de l'autre, il voit ^MMtfnwi tour les colonnes ou pages qui constituent le volume. ^^Hf v3>l nprisente, d'après une peinture d'Uerculanum, un HMsAfeMk^MiMoM feuille était complètement écrite on la roulait lwm t!^ W» T*^ "*" *" ^'° ^^ *'''^'' ^ '""^ ^^^ extrémités A «^IkcL'WMMi M denit faire aucune saillie dans le rouleau, ■rtMdMtlfr^VM Vit *>" *^'^ ''^^" '^ "°"^ d'ombilic. C'est pour

LES PAPIERS ET LES LIVRES

cela que Martial dit, non sans quelque ostentation : «Mes livres, roulés sur le c6dre et ornés d'un ombilic, sont dans tes maina de toutes les nations auxquelles Rome commande. » Le cylindre autour duquel on roulait ainsi la feuille de papier était ordinairement eo ce* dre ou en ébône.

Les livres ayant la forme d'un rouleau, il n'aurait pas été possible de mettre le titre sur le dos du volume comme nous le faisons aujour-

d'hui. Le sujet traité dans l'ouvrage était écrit sur une petite étiquette placée au centre du rouleau, comme le montre la Qgure 752, tirée d'une peinture de Pompêî ; cette étiquette, généralement de couleur rouge, s'appelait l'index. « Tu peux maintenant, dit Martial s'adressant à son livre, circuler parfumé d'huile de cèdre, le frontparé d'un double ornement et Cer de tes ombilics colorés; tu vas être enfermé dans un étui couvert d'une pourpe éclatante et ton superbe index brillera d'écarlate. n

Les poètes latins aiment assez s'adresser directement à leurs ou-

531 L'IIAIilTATIOK.

vrages qu'ils personnifienl, et ils nous fournîsseent de la sorte d« n'iiseignementa très-précis sur la conlexlure malérielle d'un livre def luw : <i Digne sujel de mes vers, dit Tibulle dans uno de ses élégies»! qtie Nùére en accepte l'hommage. Que ce livre, aussi blanc que ïwiM nelg''. soit revêtu d'une enveloppe dorée, et que la pierre ponco en po- f IJBSo auparavant les bords éblouissaots. Que le sommet de la feuillo- 1 légère soit décoré d'une lettre où se devine mon nom, et que les extré-« mités des deux fronts aient des peintures pour ornement. C'est dans>f cette élégante parure que je veux envoyer mon ouvrage, n

C'est avec un Eenliment tout dilTérent qu'Ovide parle à son livre au 1 débuldesTrisies: "Monlivre.ditlepoëte exilé.tu iras à Rome, et lu ira» | à Rome sans moi; je n'en suis point jaloux; mais, hélas! que n'esl'il per-. mis h Ion maître d'y aller lui-même. Pars donc, mais sans appareil, J

comme il convient au livre d'un auteur exilé. Ouvrage infortuné ! que ta parure soit conTorrae au temps où nous sommes. Ne sois pointcouvert d'un maroquin de couleur de pourpre ; tout ce brillant ne sied pas bien dans un temps de deuil et de larmes. Que ton titre ne soit point enluminé, ni tes feuilles teintes d'huile de cèdre. Qu'on ne te voie point porter de ces garnitures d'ivoire, si bien enchâssées sur de l'ébéne ; de tels ornements ne sont faits que pour ces heureux livres que le public honore de ses faveurs. Pour toi, il est bien juste que lu te ressentes de l'état préijent de ma fortune. Que la pierre ponce ne passe point sur ta couverture pour la polir de part et d'autre ; contente-toi d'un parchemin mal apprêté. Si, quand on te lira, on rencontre quelques endroits effacés, n'en aie point de honte; quiconque les verra pensera que ce sont mes larmes qui en sont cause. »

Les bibliothèques. — Les livres, qui avaient, comme nous t'avODS vu, la forme de rouleaux, se pla<^ient généralement dans des boites circulaires comme celle qui est représentée sur la figure 753, tirée

LES PAPIERS ET LES LIVRES. 53a

d'une peinture de Ponjpéi. Ces bottes étaient munies d'un couvercle et pouvaient se fermer à l'aide d'une petite clef. Des courroies qu'on y fixait servaient à ies transporter d'un endroit à un autre, et quand les Romains allaient à leurs villas, ils emportaient avec eux leurs auteurs favoris. Toutefois cette manière de serrer les livres ne pouvait être commode que pour ceux qui en avaient très-peu, ou qui en emportaient dans un voyage. Mais quand on en possédait un grand nombre, on les disposait sur des tablettes, qui répondaient aux casiers de nos liibliottiëques. • Lorsque tu seras retiré dans mon cabinet, dit Ovide parlant à son livre, dans Us Tristis, et que tu auras pris place dans

la petite loge sur mes tablettes, tu verras les frères rangés par ordre, comme enfants d'un même père et les fruils de mon étude; chacun d'eux porte son titre à découvert, avec son nom écrit sur le front. »

On a découvert, en 1753. dans une maison d'Herculanum, unechambre disposée comme une bibliothèque. L^s livres qu'elle contenait étaient placés sur des rayons tout autour de la chambre, et au centre une colonne rectangulaire, dont chaque face regardait un des côtés delà chambre, était couverte de rayons également couverts de manuscrits.

Les livres étant toujours manuscrits devaient nécessairement se vendre plus cher qu'aujourd'hui. Ceux qui n'avaient pas eu de succésavaient à peu près le même sort dans l'antiquité que de nos jours. Nés avec l'espoir de figurer honorablement sur les rayons d'une bibliothèque, ils s'en allaient finir leurs jours dans la buutique d'un marchand de comestibles. On trouve dans les écrivains satiriques et notamment dan»

Martial de fréquentes allusions à cet usage. Il craint, ou plutôt il affecte de craindre que son livre « ne serve trtstemeat d'enveloppe aux anchois ». Ailleurs il engage son livre à choisir un patron qui le protège, « de peur, dil-il. que bientôt, emportés dans une noire cuisine, tes feuillets humides n'enveloppent de jeunes thons ou ne serrent de cornets à l'encens et au poivre • .

Les TiBLETTES. — Outre les livres roulé^dont nous avons parlé, on écrivait quelquefois avec un poin^n ou stylet sur des tablettes enduites

de cire. Ces tablettes étaient formées de planchettes extrêmement minces pourvues d'un petit rebord pour garantir du frottement ce qu'elles contenaient. Il y,en avait de différentes grandeurs : la plupart du temps il y avait seulement deux tablettes ou feuillets que l'on plaçait l'une contre rautre,[comme le montre la figure 754, qui est tirée d'une peinture de Pompéi ainsi que la suivante. Dans la seconde (fig.755) il y a plusieurs tablettes réunies ensemble, de manière à composer un véritable livre, mais un livre qui n'aurait eu que cinq ou six feuillets au plus, car si minces que fussent les planchettes, l'épaisseur du rebord empêchait qu'on en mit davantage.

Le st)'ltit dont on se servait pour écrire sur les tablettes de cire n'offrait dans la forme rien de particulier. Celui que reproduit notre

figure 756 est eu bronze ; il a été découvert à Pompéi. Quant à la cire, il y en avait de différentes couleurs, comme nous le voyons par une épi-

gramme de l'Anthologie grecque, où on la fait parler elle-même pour exprimer ses qualités. « Je suis noire, blanche, jaune, sèche et humide; lorsque tu m'as étendue sur un fond de bois, par le fer et la main, je parle sans parler. » On faisait également des tablettes avec du parchemin. « Suppose qu'elles sont de cire, ces tablettes, dit Martial, bien qu'on les appelle parchemin : tu les effaceras, quand tu voudras substituer une nouvelle empreinte à la première. »

Les anciens se servaient comme nous d'agendas ou de portefeuilles. Martial fait ainsi parler un portefeuille : « Si tu ne tiens étroitement serrés les papiers que tu me conûes, j'y laisserai pénétrer les mites et les teignes dévorantes. »

Instruments a cordes. — Instruments a vent. Instruments de percussion.

Instrcments a cordes. — 'La Bible attribue l'invention des instruments à cordes à Jubal, descendant de Gain; l'usage de ces instruments se trouverait ainsi avoir une date antérieure au déluge, ce qui prouve tout au moins la haute antiquité que leur attribuait l'auteur de la Genèse. Dans tous les cas, il est certain que l'art musical avait une grande importance parmi les Hébreux; il est probable qu'il se développa surtout parmi les prêtres et les prophètes, qui s'inspiraient au son des instruments et qui avaient continuellement besoin d'un accompagnement pour leurs hymnes religieux. G'est ainsi que Saùl, après avoir reçu l'onction de Samuel, rencontra une troupe de prophètes qui récitaient des chants en s'accompagnant de diverses façons, et qu'il partagea bientôt leurs transports. Plus tard, lorsqu'il fut atteint de la sombre maladie qui menaça de lui faire perdre la raison, ce fut la harpe de David qui parvenait seule à lui procurer quelques soulagements.

■il L'B&BITATIOK.

. LHIM0B <tB U hirpe panlt iroir ansté en Egypte dAi la jlna h^dB viApMi tfuat Itlutniment qo'oa. noooDtre le plu tonfeat sor iM mnaiMots. Qoe tnditioD mythcdogîqae veat qa'Apcdloa ait invHitt Im Inatrameiits à cordM en fiiaint réMoner Fars de aa aœur Mme. L* fenoe de l'arc iitttre beaucoup de celle de la lyre, mais elle ae Ta|^ pndw éoarmémeiit des harpes primitina de l'andeime Egypte. Ce q^f «andiiiae iqiédalenieot.la harpe égyptienne, i^est aon dcM neombé

Pig. m. - HWplit» igïpliMi.

ne U08 faucille, ainsi qu'on le voit sur la figure 757 qui repré- K «n harpiste égyptien.

y» anras reprodnit déjà (tome 1, flg. 18 et 19) les deux superbes M q«i aoot peintes dans le tombeau des rois à Thèbes. En voici ^ /fi» 7581 qui n'est guère décorée moins richement, mais dont ^^ —1 trts^fféreoW. Ces inatrumenU étaient de très-grande ^^a»as dépassent quelquefois la taille d'un homme. Aussi ^^1 lulHtuelleBient représentés debout, lorsqu'ils jouent

des harpes plus petites, qui, au lieu de reposer

Ptf. ISS. — Hurpe lor ui

directement sur le sol, se plaçaient sur des tabourets ou des supports

de diverses formes. Quelquefois une

lige C3i adaptée ù l'instrument, comme

le montre la Tigure 759, mais ce sont

presque toujours des femmes qui se

servent de ces petites harpes,

La harpe est l'instrument de mu<

sique qui se rencontre le plus fréquemment en Égj'ple. Elle était aussi

très-employée en Asie, mais il ne

semble pas qu'on en ait beaucoup fait

usage en Grèce, ou du moins elle est ^

de la plus extrême rareté sur les mo<

numents. Voici pourtant (Dç^76û) une

harpiste qui est tirée d'une peinture

de vase, mais sa coiffure et toute son

allure indiquent suffisamment qu'elle

n'appartient pas à la Grèce d'Europe, mais bien à l'Asie Mineure. Les villes grecques de la côte d'Asie étaient placées sous deux influences dirrérenles, et la harpe des peuples de l'Orient pouvait bien y trouver sa place à cOté de la lyre, ou de la cithare des Grecs (lîg. 760).

Le nombre des cordes de la harpe a beaucoup varié: on voit des harpes qui ont jusqu'à vingt-deux cordes, et d'autres, qui sont probablement les plus^primiiivea, n'en ont que quatre ou sept.

On désigne généralement sous le nom de trigone un instrument à cordes dans le genre de la harpe, mais qui, au lieu d'être arrondi en arc, présente dans son ensemble une forme triangulaire, comme on le voit sur la figure 761, qui représente un instrument dont l'original est au musée égyptien du Louvre;

il a conservé sa couverture en beau maroquin vert.

S38 L'HABITATIOX.

On sait, par les peintures des tombeaux, que des instruments de ce genre existaient en Egypte an temps de Moïse, et il est probable que les

Pig. 1S1. — Eirps du Loavre. Fig. IN. — Hupa triangnUiia.

Hébreux, qui ont emprunté leur civilisation aux Égyptiens, employaient

les mêmes instruments de musique. Le kimnor, dont parlent les livres sacrés, était probablement un instrument de ce genre. Quand David

calmait avec la musique les fureurs du roi Saûl,il avait dans les mains un kimnor, sorte de harpe qu'on nous dépeint comme ayant dix cordes. Ce qui peut faire croire que c'est l'instrument que nous avons reproduit plus haut, et dont la figure 762 présente une variante, c'est que dans

Pig. '764. — lostrument à curdcs.

les peintures égj'ptîennes où il est représente, il est dans les mains d'une divinité qui paraît originaire d'Asie.

Les monuments assyriens, il est vrai, ne montrent pas de harpes façonnées comme celle-ci, mais on y rencontre un instrument à corde» qui est aussi de forme triangulaire, seulement il est d'une construction beaucoup plus légère, et sa décoration offre un caractère tout à fait spécial. La figure 763 montre deux musiciens assyriens munis

Fig. 163. — Harpo égyptienne du musée de Florence.

de cet instrument et suivis d'un eunuque ; ils ont dans la main droite un plectrum pour faire vibrer les cordes.

Les Grecs et les Romains ont quelquefois employé une espèce de harpe triangulaire qui est évidemment dérivée de celles que nous venons de voir. Nous en donnons la représentation sur la Dgure 764. H est bon d'ajouter que cet instrument n'a jamais été d'un bien grand

5M L'HABITATION

usage ea dehors des pays oùjl a été inventé, et qu'on n3 le trouve que d'une manière exceptionnelle.

Les auteurs anciens, en parlant de rinstniment de musique qu'ils

B. — Hatpo éKFptii

appellent psaltérion, eu ont donné des descriptions teUement différentes qu'il est fort difficile de savoir exactement quel monument il faut consulter pour en trouver un modèle.

D'après l'opinion la plus répandue, le psaltérion est un instrument à cordes qui participe à la fois de la tiarpe et de la cithare ; on peut

Fig. 703. — Hicpe puiée nu l'épaala.

alors s'en faire une idée d'après les figures 765 et 766, dont les originaux sont au musée de Florence. Le bois de l'instrument est recourbé comme celui des harpes que nous avons vuo!=, mais sa boite sonore se rapproche davantage de celle qu'on voit à la cithare. On ne le tenait pas venicalemcnt comme la harpe, mais bien au contraire horizontale-

Ml

ment et sur l'épaule, comme on le voit sur la fîgure 769, qui est tirée d'une peinture égyptienne.

Lc3 monuments égyptiens présentent une très-grande variété d'intruments à corJes, et il est quelquefois difficile de dire le nom exact S0U9 lequel ils doivent être désignés. Il y en a un que l'on trouve fréquemment dans les peintures et qui ressemble complètement à notre guiture ; il se compose d'une caisse ovale pourvue d'un manche, et on le voit souvent en compagnie des grandes harpes.

La cithare égyptienne s'employait de iplusieurs manières. Quelquefois elle se plaçait sous le bras gauche et le musicien appuyait son îd-

1^. TSa. — La gi

Fig. -ÏM. - auiUiiits

sirument contre son corps. Haïs habituellement la cithare était soutenue par un lien qui passait sous un bras, et se fixait sur l'épaule du c6té opposé (flg. 767, 769 et 770).

Nous voyons aussi, par les peintures égyptiennes, que les cordes de la cithare n'étaient pas toujours mises oa vibration par les doigts des deux mains. 11 y avait des citharistes qui se servaient alternativement d'un crochet, ou plectre, attaché à l'instrument par. un] cordon, et" des doigts de l'autre main.

Un sarcophage, placé depuis deux siècles environ dans la cathédrale d'Agrigenie, où il est employé 'pour les fonts baptismaux, présente, dans un de ses bas-reliefs latéraux, deux jeunes filles tenant un instrument dont la forme a vivement attiré l'attention des archéologues. Cet

tuh-Dl Jt lu maniiVo des harpos, et qui n'ont pas eu d'instrument à tf\xi\W |ùiu;4.Vs avec un manclie et une louche. Les cordes] sont au ^.wbiv do neuf dans les insiruments du sarcophage d'Agrigente. Un n-ttftoiu.'ul nssoi considérable se fait voir à la partie inréricure d'un iAm. ittMi'umonta et semble indiquer le corps d'un lulh. n D'après la bj*!»!.' \kv* ivi inslruinent. M. Fétis n'admet pas quil puisse être grec, -t).t;i(.t) Vcnùl carthaginois, c'est-à-dire d'origine phénicienne. On sait ■l;^- K-ft. k, anh»}!inois ont occupé quelque temps Agrigenle.

L i Niv (*«*»o pour eire originaire de Thrace, c'est du moins l'upii);vii >jiM. tt;\(i>i-)«us de la musique. « Sa caisse sonore, dit M. Fétis.

'élait formée d'une carapace de tortue; sa table d'harmonie était faite d'une peau tendue et collée sur les bords, ou d'une planchette mince. Au-dessus de la caisse de l'instrument s'élevaient des deux côtés deux bras qui, par leur courbure, imitaient les cornes d'un bœuf, et dont les ■extrémités supérieures, appelées kérala, étaient tournées en dehors. Une traverse, qui fut d'abord un simple roseau, assujettissait ses bras vers leur extrémité supérieure, à l'endroit où ils s'écartaient. Sur celte traverse s'enroulaient des lanières formant des anneaux auxquelles s'attachaient les cordes en nombre égal à celles-ci; ces cordes élaieni tendues et accordées en faisant tourner les anneaux sur leur axe.

Ces lyres primitives, dont se servaient les anciens poètes, chanteurs de la Thrace et de la Thcssalie, étaient montées de quatre cordes qui se pinçaient à vide avec un crochet d'os, d'ivoire ou de bois appelé pleclron {fig. 773), »

L'hymne homérique raconte ainsi comment Mercure, qui venait de naître, inventa et façonna la première lyre : u Dès qu'il fut sorti du sein maternel, il ne resta pas longtemps enveloppé de langes sacrés; mais, s'élançant, il

franchit le seuil de l'antre obscur. 11 rencontra une tortue et s'en empara. Elle était à l'entrée de la grotte, se traînant à pas lents et paissant les fleurs de la prairie. A cette. vue, le fils de Jupiter sount de joie. J'enlève de ses deux mains et retourne à sa demeure portant cet aimable joujou. Il vide l'écaillé avec le ciseau d'un acier étincelant, et il arrache ainsi la vie à la tortue des montagnes. Il coupe ensuite des roseaux en une juste mesure et leur fait traverser le dos de la tortue à l'écailIe de pierre; tout autour, il tend avec habileté une peau de bœuf; il y adapte un manche sur lequel, des deux côtés, il enfonce des chevilles, puis il y joint sept cordes harmonieuses de boyaux de brebis. Cet o«vrage achevé, il soulève cet instrument délicieux, il le frappe en cadence avec l'archet, et sa main lui fait rendre

Fig. TJS. -

]. (Totuda.)

un son retentissant. Alors le dieu chante en improvisant des vers harmonieux. »

Il parait que du temps de Pausanias, les Ijres se faisaient encore avec des écailles de tortue, car cet écrivain nous dit en parlant d'un

pig. 115. — cuba» atriuqua

bois d'Arcadie : u Ce bois, comnie toutes les autres forêts d'Arcadie, nourrit des sangliers, des ours et des tortues monstruouscs, dont on peut faire des lyres aussi belles que celles qui se font des lortucs des Indes. Il

La cithare grecque n'olail pas, comme la lyre, arrondie à sa base. La lyre a toujours pour origine l'écaiile de lortue, tandis que la cithare, d'après la descripiion de M. Féiis, éiaît une caisse sonore, rccliligne a la base, et beaucoup plus variée que la Ivre sous le rapport du nombre des cordes. " L'inclinaison du cylindre supérieur qui va de l'une à l'autre branche de la cithare avait pour objet de iiroduire la tension des cordes au degré nécessaire pour l'inlunation de chacune. Cotte

tension s'opérait en attachant les cordes à la partie la plus basse du plan incliiié ; puis en les faisant glisser sur le cylindre vers la partie la plus 6levéc, jusqu'à ce qu'elles eussent atteint leurs inclinaisons respectives. >

Malgré les différences qu'il peut y avoir cotre la lyre et la cithare, il

est bien certain que ces deux instruments appartiennent à la même famille et que les écrivains les ont très-souvent confondus (fig.77&à776),

Plutarque parle d'un changement survenu dans la forme de la cithare.

Cette modification, qui avait pour but d'augmenter la sonorité de l'instrument, eut pour inconvénient de le rendre plus lourd, et il fallut le suspendre à l'épaule par un large lien comme on peut le voir dans la belle figure de l'Apollon citharëde, ou musagète, où un anneau retient la cithare Dès lors tes deux mains étant libres firent résonner les cordes en les pin çant alternativement avec les doigts et l'ancien plectre fut abandonné

La figure 777 montre la cithare d'Apollon citharède ; le dieu touche les cordes avec les deux mains, et on voit

Fig. TTT. — Ljre d Apollon.

trëa-distinclement I anneau et le lien » qui retiennent l'instrument de musique. Dans la figure 778, au contraire, le musicien se sert du plectnim, dont la forme et très-visible ici, et il maintient avec 'sa main gauche, l'instrument dont la base est appuyée sur un objet quelconque.

Les figures 779 et 7&0 noua montrent encore une autre disposition de cet instrument, dont la forme, comme on le voit, était extrêmement variée.

On trouve encore une autre espèce de lyre, ou cithare, dune forme beaucoup plus allongée, à laquelle on donne le nom de barbitos. Elle est formée de neuf cordes qui étaient pincées alternativement par les deux mains. On voit un modèle de cet instrument sur une peinture d'Herculanum qui représente la muse Érato.

Nous n'avons examiné jusqu'ici que des instruments de forme trësallongée. Le musée de Berlin possède aoe cithare dont le développen. 00

Fig. -m. -

ment, contrairement à l'habitude, est tout en largeur (fjg. 781 et 782) ; une autre du musée de Leyde présente le même caractère.

En somme, les instruments à cordes de l'antiquité, tout en pouvant être ramenés assez généralement à un nombre de l>pes primitifs fort

restreint, présentent une très-grande variété de formes. Mercure peut crt avoir été l'inventeur, mais ils ont été tellement perfectionnés dans

ia suite, que le dieu lui-môme aurait eu bien du mal, à un moment donné, s'il avait voulu savoir où s'arrêtaient ses droits.

Les instruments a vent. — La flûte égyptienne, qui apparaît si fréquemment sur les monuments figurés, était ordinairement faite en roseau. La flûte double, qu'on voit souvent accompagner les chanteurs, était plus en usage que la flûte simple. Mais, en Egypte, les joueurs de flûte double ne se couvraient pas la bouche avec la bande de cuir à deux

PJg. T8S.

Fig. 784.

Flûtes simplei*

Fiff. 783.

ouvertures, qui était en usage chez les Grecs et les Romains. En général c'étaient les femmes plutôt que les hommes qui jouaient de cet instrument.

La flûte simple était parfois d'une extrême longueur, et, comme les trous étaient assez loin de l'embouchure, la pratique devait en être assez incommode. On voit aussi une espèce de flûte courbe, composée d'un tube de roseau adapté à une corne de veau, mais comme elle n'apparaît pas sur les monuments très-anciens, il est vraisemblable que l'usage ne s'en est introduit que dans la période grecque ou romaine.

L'étui à flûte que possède le Louvre (Musée égyptien, salle civile, armoire H) est un objet de la plus grande rareté ; il est garni de deux

flûtes en roseau : la peinture qui le décore montre la musicienne jouant des deux flûtes à la fois.

Les Grecs attribuaient à Minerve l'invention de la flûte. La déesse, s^étant ensuite aperçue que lorsqu'elle voulait souiller dans sa flûte ses joues grossissaient au point de la rendre laide, jeta à terre le perfide instrument, qui fut aussitôt ramassé par le satyre Marsyas. Celui-ci, moins jaloux de sa beauté, devint tellement habile dans Fart de jouer de la flûte, que non-seulement il charmait les nymphes par ses accents mélodieux, mais encore il arriva, dit-on, à dominer les éléments. C'est ainsi qu'une armée ennem»e ayant envahi la Phrygie, il empêcha l'invasion de son pays en faisant déborder un fleuve au son de sa flûte.

La fable rapporte aussi que Marsyas osa défier Apollon dans une lutte musicale, et il fut convenu que le vaincu serait à la merci du vainqueur. Apollon chanta en même temps qu'il joua de la lyre, et les Muses, choisies comme arbitres du différend, lui décernèrent la victoire. Le pauvre Marsyas fut suspendu à un pin et impitoyablement écorché. Cette fable montre l'antagonisme qui existait sous le rapport musical entre les joueurs de lyre et les joueurs de flûte, antagonisme qui a dû prendre à Torigine un caractère presque national, puisque les joueurs de lyre appartenaient assez généralement à la Grèce propre, tandis que les joueurs de flûte étaient presque tous originaires de TAsie Mineure. Malgré la victoire de la lyre, la flûte a toujours été en vogue dans toutes les parties de la Grèce; elle était employée dans une multitude de circonstances, et les monuments où on la voit figurer sont pour ainsi dir innombrables.

La flûte des anciens était beaucoup plus bornée dans ses effets musicaux que la flûte moderne, mais elle était beaucoup plus variée dans sa forme. La flûte moderne produit le son d'après une manière spéciale d'y faire vibrer l'air en soufflant par un orifice; mais les anciens donnent indifféremment le nom de flûte à des instruments dont la contexture, et surtout dont l'embouchure, étaient absolument dissemblables. Ainsi, la trompette, la clarinette, le cor de chasse, qui n'ont pour nous aucune espèce de rapport, auraient été qualifiés de flûte par les auteurs anciens, qui entendent ce mot dans le sens d'instrument à vent, et ne spécifient le genre de tons que par le mode auquel appartient la musique. Aussi, l'espèce de flûte qu'on doit employer pour accompagner les acteurs sur la scène était indiquée en tête de la pièce.

Ce qui montre du reste combien les sons qu'on pouvait tirer des divers instruments qu'on range sous le nom de flûte étaient différents

en eux-mêmes, c'est la façon dont en parlent les auteurs anciens. Que penser par exemple de ces flûtistes qui, à Delphes, prétendaient imiter avec leur instrument les sifflements du serpent Python, ou de ceux qui soufllaient tellement fort, qu'à voir la teinte colorée de leur visage et le gonflement démesuré de leurs joues, on tremblait qu'ils ne se rompissent quelque vaisseau dans la poitrine? N'est-il pas évident que s'ils avaient eu en main un instrument un peu plus perfectionné, ils n'auraient pas compris de cette façon la manière de l'employer? Et d'un autre côté, quand on voit Aristote comparer le son de la flûte à la voix humaine, il est certain qu'il doit faire allusion à un instrument dont le mécanisme était arrivé déjà à une grande perfection.

Fig. -786.

Fig. 787.

Flûtes recourbées.

Historiquement, on ne connaît pas l'origine de la flûte qu'on trouve chez tous les. peuples de Tantiquité et depuis les temps les plus reculés de l'histoire. Le mot de flûte, nous l'avons dit, s'applique à différents instruments, parmi lesquels il faut distinguer la flûte simple et la flûte double. La flûte simple est de grandeur très-inégale; chez les Égyptiens elle est démesurément longue, comme nous l'avons montré sur la figure 57, où l'on voit un joueur de flûte simple qui accompagne un chanteur. Chez les Grecs et les Romains elle est quelquefois très-courte (fig. 784), mais le plus souvent elle est de dimension moyenne {fig. 783 et 785). Les flûtes les plus anciennes étaient faites en

«n L'HABITATION.

çmaan, mtàt (m éo fit plus Urd en boit, es carat, an inire m an ob.

Noos arons VQ la flûts ditdtst MifitégilemflittdflsflùtesreoMitMw. MattiTement cet instnimuit ae coinpoeait d'un tube de roMau adapté à WM corne d'animal (flg. 7M et 787). Hoa tard; «n en fit d'an méca- Biiae 1^18 savant. La llAte courbe a été très «spluyde en rfarrgie at dans tonte l'Aflie Mineure, et «De a pa«é da là anz ^acs «t atu Boaaina qui d'ulleun ne fout emjdoyée qu'asBOi rarement.

La véritable fiftte antique, celle qu.'oa ^nUt le plos mivaBt rqr^

BuDuqus uiTiien jouaat d« 1é

sentée sur les monuments, c'est la flûte double ((ig. 788). Cet instrument n'appartient à aucune nation en particulier, mais on le trouve ches tous les peuples de l'aniiquité. Nous l'avons montré déjà chez les Égyptiens (fig. 58); la voici maintenant on Assyrie (Qg. 789). C'est un eunuque qui en joue.

- Les joueurs de fl&te se mettaient autour de la tête et devant le Visage une espèce de bandage formé d'une courroie de cuir percée d'une ouverture pour la bouche. Ce bandage servait à presser les lèvres et les iooeft; les auteurs comiques font souvent allusion à ce bandage. Les an-

ciens croyaient qu'il rendait le son plus ferme el plus égal. Néanmoins cet appareil c'était pas indispensable, et on voit une foule de monuments sur lesquels les joueurs de ilûte sont représentés sans avoir cet accessoire disgracieux. La ligure 790 montre une joueuse de flûte dan» l'altitude ordinaire de celles qu'on faisait venir pour charmer les convives dans un festin.

Il y avait deux espèces de flûtes doubles; dans la première les deux flAtcs étaient dans le même ton, c'est-à-drre toutes les deux basses, ou

Fig. "net. — jDDBiue ds flau.

bien toutes les deux hautes; c'était la plus commune. Mais il yen avait aussi qui avaient un ton dilTérent, l'une étant basse et l'autre haute, quoique servant ensemble au même musicien. On voit même un certain nombre de monuments sur lesquels le musicien se sert à la fois de deux flûtes de grandeur très-inégale et qui devaient nécessairement produire dés sons différents. Il est en somme trës-difDcile de se rendre compte des sons qu'on obtenait avec ces instruments qui ravissaient les anciens, mais qui n'auraient peut-être pas le même charme pour nous. On donne le nom de syrinx, ou flûte de Pan, à un instrument champêtre formé de tiges creuses de roseau, de longueur inégale, disposées l'une à c&té de l'autre, comme on le voit dans la figure

5S3 UHABITATION.

791, qui représente un enfant jouant de la syrinx. Cet instrument, qui est encore employé aujourd'hui parmi les musiciens ambulants, esl peut-âire un des plus anciens que l'homme ait inventé ; il avait pour les peuples pasteurs l'avantage de ne pas demander un bien long ap-

prentissage. Les Grecs en attribuaient l'invention à Pan, divinité pastorale des Arcadiens (fig. 702, 793 et 794).

La trompette était surtout employée à la guerre, où les sons éclatants qu'elle produit excitaient le courage des soldats dans la mêlée.

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Oo s'en servait aussi pour appeler les solJats dans les camps, pour les rallier en cas de détresse, ou pour leur faire exécuter certaines manœuvres. Les trompettes antiques étaient en bronze; il y en avait de deux espèces: la trompette droite et la trompette courbe. La trompette droite se trouve chez tous les peuples de l'antiquité. On la voit cbez

les Égn'ptieDS, chez les Assyriens, chez les Grecs et chez les Romains. Elle est formée d'un tube droit avec une embouchure en forme de cloche ou d'entonnoir. La trompette a son origine dans la corne d'un animal dans laquelle on soufflait. Les Romains avaient des trompettes

Fig. '795.

Fig. T96.

Trompettes.

Fig. "m.

recourbées en bronze qui rendaient un son strident très-utile pour la vie des camps. Ces trompettes apparaissent souvent sur les monuments (fig. 795, 796 et 797).

Les instruments de percussion. — La cymbale est un instrument de musique composé de deux demi-globes creux en métal, que l'on frappe l'un contre l'autre avec les deux mains. La figure 798 montre deux cymbales du genre de celles qu'on employait dans le culte de Bacchus ou [de Cybèle. Ces cymbales sont ^Dourvues extérieurement d'un anneau fixé sur la cymbale, ou bien elles sont percées d'un petit

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