X.III
LE MARIAGE ROMAIN
Lu MARIAGE PL^BélElf. — Ls MARIAGE PATRICIEN.
Lis fiançailles. — Les adieux a la famille. — Les chants d*hymen*
L'arrivée du cortège. — Le rapt.
Le mariage plébéien. — Le mariage par coemplion était le plus usité, parmi les plébéiens. Cette cérémonie est un contrat de vente simulé dans lequel les contractants se vendent Tun à l'autre. Les deux familles et cinq témoins, qui doivent être citoyens romains, se rendent devant le tribunal du préteur. On demande au père de la jeune ûlle s'il consent à ce qu^elle devienne mère de famille avec cet homme, et au futur s'il consent à ce que cette femme soit mère de famille avec lui. Sur leur réponse affirmative, ils échangent une petite pièce de monnaie; ensuite l'époux prend un javelot et, avec la pointe qu'il lui promène sur la tête, il lui sépare les cheveux en deux parties. Cet usage bizarre est probablement un souvenir de lenlèvement des Sabines. n L'usage ou Ton est à Rome, dit Plutarque, de séparer avec la pointe d'un javelot les cheveux de la nouvelle épouse, signiûe que les premiers mariages des Romains furent faits par la violence et à la pointe de répée. » En effet, aussitôt que le mari a exécuté le rite concernant la chevelure, il enlève sa femme, et la famille engage avec lui une lutte simulée dont l'issue est toujours la même.
Le mariage patricien. — Le mode de mariage usité dans l%3
grandesfamillcspatricieiinesestlacon/cirrealton.-cette forme de mariage, la plus solennelle, a lieu en présence de dix témoins, du grand pontife et du flamine Diale: les enfants qui en sont issus peuvent seuls aspirer aux hautes fonctions sacerdotales. C'est dans la maison du père de la jeune fille que la cérémonie a lieu: un bruit de faisceaux, qui retCJiIit sur la porte, annonce l'arrivée du grand pontife et du flamine Diale. A leur arrivée, on les conduit au sacrariam ou autel sacré de la maison: les époux, la famille et les témoins les suivent. On ouvre le péristyle et la foule se range sous les portiques.
Alors les époux prennent place sur une chaise jumelle, que l'on a recouverte avec la peau d'une brebis ayant servi de victime. Le flamine place la main droite de la jeune fille dans celle du jeune honme et déclare que, désormais, elle participera au culte de A\V <-^^ ^A*l $ % *"* mari, aux choses sainies et à tous
\ >^''*Ti'*^^ p'tB ^^ biens. Ensuite il offre en sacrifice ^^1^^ ^\^ O^M ^ Junon, déesse qui préside aux ma-
riages, un pain de froment préparé et apporté par la mariée, et fait une libation avec du vin miellé et du lait: puis on amène la victime, dont le fiel est jeté au pied de l'autel, pour rappeler que toute aigreur doit être bannie du mariage. C'est ctiez le pore de la mariée que cette cérémonie a lieu.
, ^ Deux époux romains sont figurés
—f^. J sur un beau groupe antique de la collection Gusliniaul : les deux person- Fig. 2U, - É|K»u< lomaini. nagps passcnt, mais sans preuves à
l'appui, pour représenter Caracalla et Flautille. Ils se regardent en se donnant la main droite. L'homme a la inain gauclic sur l'épaule de sa femme qui lient la draperie de la même main(Fig. 2ih).
Les fiançailles. — La cérémoniodesPiançailles avait ordinairement li(!u un an avant celle du mariage. Mais elle était quelquefois beaucoup plus rapprochée, et on ne consultait pour cela que la convenance des parties. Le futur remellait à sa fiancée un anneau de fer sans aucun
LE MARIAGE ROMAIN
ornement : cetle simplicité avait pour but de rappeler le souvenir de la simplicité primitive. La jeune fllle portait cet anneau au quatrième doif^t. parce qu'on croyait que de ce doigt parlait une veiue qui se rendait au cœur.
A l'occasion des fiançailles, la jeune Glle renommait aux jouets de son en fance et déposait ses poupëes sur 1 au tel des aïeux. Le futur époux lui faisa t des cadeaux, parmi lesquels ii y ava t 1* des bijoux emblématiques. C'est à cet a usage qu'il faut attribuer les camées et les pierres gravées représentant la lé gende de l'Amour et Psyché. Le sym bolisme de ces pierres est d'ailleurs facile à expliquer. La figure 215 par exemple, représente un Cupidon qui tire les cheveux d'une Psyché; Psyché étant l'emblème de l'àme humaine, le camée signifie: mon dme est torturée par l'amour.
Les adieux a la fauule. — Quand la cérémonie du mariage est terminée, il faut quitter la maison paternelle. Avant de prendre place en tête du cortège que précèdent les flambeaux, les époux se placent devant la mère de la jeune fille, le mari à droite, la fiancée à gauche, mais à une certaine distance l'un de l'autre. Alors la mère de la mariée se place entre eux, leur met la main sur l'épaule en leur disant de se rapprocher, et commande à sa Glle de prendre la main droite de son époux.
A ce moment, trois jeunes gar(^ns, issus de famille patricienne, et ayant encore leur père et leur mère, s'af>prochenC de la mariée, qui aussitôt ramène son voile sur son visage, de ^nanière à avoir la figure entièrement cachée. Deux des jeunes gens prennent la mariée par la main, en feignant de l'arracher des bras de sa mère, et le troisième se tient devant elle avec une torche d'épine blanche, signe du bonheur futur. Puis deux jeunes filles présentent à la mariée une quenouille garnie de laine avec un fuseau et une corbeille d'osier contenant divers objets pour les travaux en usage parmi les femmes. Aussitôt toutes les femmes présentes se mettent à crier le mot : talassio, mol qui est le nom d'un panier à mettre de la laine, pour rappeler à l'épouse ses den. 31
voirs de fileuse, et elles accompagnent leur cri d*un battement de main cadencé.
Les chants d"*hymen. — Durant tout le trajet entrt la maison paternelle et la nouvelle demeure de Tépouse, la foule et les invités accompagnent le cortège en chantant des hymnes religieux. 11 ne faut pas s'attendre à trouver dans ces chants la pudique retenue des sentiments chrétiens, mais il y a une saveur naïve qui nous fait bien comprendre les mœurs antiques.
Cest au moment où Vesper, l'étoile de Vénus, apparaît au ciel que la jeune fiancée quitte sa famille. Lee chœurs de jeunes filles, alternant avec les jeunes garçons, entonnent le chant nuptial, en l'honneur de la brillante étoile dont la lumière a donné le signal du départ :
« Chœur des jeunes fUles. — Vesper, est-il au ciel un astre plus cruel que toi? tu ravis une ûlle aux embrassements de sa mère, de sa mère qu'elle retient vainement dans ses étreintes, et tu livres la chaste vierge à Tamant impétueux. Quelle .violence plus cruelle commettrait l'ennemi dans une ville forcée? Hymen, ô Hyménée ; viens, Hymen, ô Uyménée.
« Chceur des jeunes gens. — Vesper, est-il au ciel un astre plus ravissant que toi? tu sanctionnes par ta clarté l'alliance jurée et d'avance arrêtée entre les parents de l'époux, mais qui se consomme seulement quand a brillé ton flambeau. Quel bienfait des dieux est plus doux*que l'heure fortunée de ton retour? Hymen, ô Hyménée ; viens, Hymen, ô Hyménée.
« Choeur des jeunes filles. — Vesper nous a enlevé une de nos compagnes... A ton lever, toujours la garde veille. La nuit protège les voleurs ; mais souvent à ton retour tu les décèles, quand tu reparais changeant de nom.
« Chœur des jeunes gens. — Laisse, Vesper, ces jeunes filles feindre contre toi un courroux mensonger. Eh quoi ! si l'objet de leur courroux était aussi l'objet des vœux qu'elles prononcent plus bas! Hymen, ô Hyménée; viens, Hymen, ô Hyménée. » (Catulle, chant nuptial.)
Le refrain ô Hymen, ô Hyménée se retrouve dans tous les chants qui ont trait au mariage. Le dieu Hymen a été personnifié; mais il ne faut pas le confondre avec Cupidon, quoiqu'il ait comme lui les formes juvéniles et qu'ils portent quelquefois les mômes attributs. Cupidon, le fils de Vénus, représente l'amour sous toutes ses formes et l'union des sexes, tandis que Hymen est le mariage chaste, le mariage qui a pour but la continuité de la race et qui ne peut s'accomplir que devant
Le mariage romain. 1G3
le foyer domestique. Le flgfmbeau est Tattribut caractéristique du dieu d'hyménée, et le flambeau précède toujours la mariée, ce qui est d'ailleurs nécessaire, puisque c'est seulement quand la nuit arrive qu'elle se met en marche pour la demeure de son époux. Dans les mariages riches, on porte devant la jeune épouse jusqu'à cinq flambeaux, et il est d'usage parmi les Romains d'aller les allumer chez l'édile, parce que ce magistrat est spécialement chargé des bonnes mœurs.
Les époux suivent le flambeau sacré, et, sur rout le parcours, le cortège^ surtout quand c'est un riche mariage, se grossit de curieux, d^amis, de connaissances, d'une foule de gens portant des torches de bois de sapin et d'une multitude de gamins faisant des plaisanteries, disant des mots fort libres ; mais le bruit est couvert par les chants religieux en l'honneur d'Hymen, qui se prolongent tout le long de la route :
a Quel habitant des cieuxest plus digne de l'hommage des mortels? dieu d'hyménée, ô Hymen ; ô Hymen, dieu d'hyménée.
« Le père t'invoque pour les siens ; pour toi la jeune fille dénoue sa ceinture ; et l'époux inquiet recueille d'une oreille avide tes chants joyeux.
« C'est toi qui livres aux mains de l'amant fo igueux la vierge florissante, ravie au sein de sa mère, dieu d'hyménée, ô Hymen, dieu d^hvménée.
«Sans toi, Vénus ne peut goûter des joies que l'honneur avoue; mais elle le peut sous tes auspices. Qui oserait se comparer à un tel dieu?
« Sans toi, nulle maison ne connaîtrait de postérité, le père ne renaîtrait pas dans sa race ; il y renaît sous tes auspices. Qui oserait se comparer à un tel dieu ?
« Privé de tes mystères sacrés, un pays ne pourrait donner des défenseurs à ses frontières : il le peut sous tes auspices. Qui oserait se comparer à un tel dieu ? » (Catulle.)
L'Arrivée du cortège. — C'est à l'arrivée du cortège devan tle domicile conjugal que se passe la cérémonie caractéristique du mariage romain. L'époux va se placer devant sa porte, et il feint d'en barrer l'entrée : quand la mariée se présente, il lui dit : Qui es-tu ? — Elle répond : Là où tu seras Caius, je serai Caia. — Ce mot, suivant Plutarque, signifie: Là où tu seras maître et chef de maison, moi aussi je commanderai et je serai maîtresse de maison. On faisait remonter cet usage au temps
de Tarquin, dont la belle-ûlle, Caia Cœcilia, avait laissé la réputation d'une femme exemplaire.
Quand la mariée a fait à son époux la réponse consacrée, on lui présente une torche de pin enflammée et une coupe d'eau, dans laquelle elle mouille aussitôt ses doigts. Le feu est Temblème du foyer, et l'eau lustrale, que touche la mariée, représente les puriûcations et les cérémonies pieuses auxquelles elle va désormais participer avec son époux. Ensuite la mariée prend une bandelette de laine blanche qu elle accroche à la porte pour indiquer qu'elle sera bonne fileuse, ce qui, dans les temps primitifs est synonyme de bonne ménagère, puis elle frotte les jambages de la porte avec un onguent qui écarte les maléfices. Pendant ce temps-là, le marié jette des poignées de noix et des petits hochets aux gamins qui, dans ces circonstances, afllueut toujours devant la maison: cet usage, qui est fort ancien, avait pour but de montrer qu'il renonçait à tout ce qui avait amusé son enfance.
Le rapt. — Au moment où le cortège se présente devant la demeure de répoux, les chants recommencent, mais ils changent de caractère et annoncent l'arrivée de la mariée dans la maison qui va devenir la sienne :
« Habitant de la colline dHclicon, fils d'Uranie, toi qui livres la tendre vierge à l'époux, dieu d'hyménée, ô Hymen, dieu d'hyménée.
(( Couronne ton front des fleurs de la marjolaine odorante. Prends ton voile ; et, ceignant d'un brodequin jaune tes pieds blancs comme neige, viens joyeux parmi nous.
« Animé par la joie de cette journée, chante de ta voix argentine rhymne nuptial, frappant la terre de tes pieds, agitant dans ta main ton flambeau résineux.
« Conduis dans cette demeure la maîtresse qu'elle attend; enchaîne à l'amour de son jeune époux son âme passionnée, comme le lierre fidèle étreint de ses mille replis l'arbre qu'il embrasse.
(( Et vous, chastes vierges, pour qui luira bientôt un pareil jour, chantez aussi, chantez en chœur : Dieu d'hyménée, ô Hymen ; ô Hymen, dieu dhyménée.
« Ouvrez les portes de cette demeure : la vierge s'avance. Voyez comme les flambeaux agitent leur ardente chevelure; ne tarde plus, le jour fuit, parais, ô jeune épouse!
« La pudeur ingénue retarde ses pas, et pourtant, déjà plus obéissante,
LE UARIAGB nOUAIN.
elle pleure, car il faut venir. Ne tarde ptu5, le jour fuit, parais, 6 jeune épouse !
« Enfauts, élevez vos flambeaux: j'aperçob un voile qui s'avance. Allez, répélezeD[De3ure:ôHymea,dHyméaéâ;ftHymea,d Hyménée. » . (Catulle.)
Alors a Heu le rapt qui se passe comme en Grèce : l'époux enlève sa femme et l'emmène dans sa maison, en ayant soin que ses pieds ne touchent pas le seuil de sa porte, qui est consacré à Vesta. Il remet ensuite à sa femme les clefs de la maison et il la mène au foyer de ses pères devant lequel ils récitent en commun des prières: puis les deux époux partagent un gâteau de fleur de farine, cuit sur le feu sacré, et versent la libation devant les aïeux qui sont désormais ceux de la femme aussi bien que ceux de son mari. La noce ne suivait pas immédiatement le mariage comme en Grèce. Elle avait lieu le lendemain, et c'était la mariée qui ordonnait elle-même le festin, car elle était devenue maltresse àc maison.
Une peinture antique, connue sous le nom de noces atdobrandines montre différentes scènes relatives au mariage romain. Au milieu
(Bg. 216) l'époux, dont la tète est couronnée de feuillage, cause avec sa femme qui est assise sur le même lit et porte encore le grand voile nuptial. Sur l'un des côtés, la mariée (fig. 217) met la main dans le
bassin d'eau lustrale destinée à l'aspersion de la chambre, et de l'autre
(Hg. 21S) trois femmes, dont l'une tient une lyre, sont occupées aux apprêts du sacriOce.
Le lit nuptial était généralement Irès-élevé, e[ on y montait quelquefois par un petit escalier placé du côté des pieds. C'est ce que nous
LES ESTANTS BOMAINS. 16T
voyons dans une miniature du Vitale du Vatican, qui représente la mort de Didon; la reine veut être brûlée sur le lit nuptial où elle vase donner la mort et elle a tait disposer le bûcher en conséquence. Toutefois cette
Fig. 819, - Le lit
Tonne de lit nuptial appartient à l'époque romaine de la décadence et ne peut en aucune façon nous donner l'idée de ce qu'était un meubla analogue dans l'Age héroïque (fig. 219).
LES -ENFANTS ROMAINS Lis rasKiiKS soins. — La rage-femmb. — L'hoboscope.
L'iDDCATIOn. — PlISt DI L* TOGl VIRCLI.
Les premiers soins. — Dès que l'enfant est venu au monde, on l'enveloppe de langes et on lui prodigue les soins qu'il réclame.
Une peinture des Thermes de Titus nous montre un enfant nouveauné dont on fait la première toilette. Tandis que la mère est couchée sur (e lit et que la nourrice tient l'enfant, un personnage apporte le bassin pour les ablutions (fig.220). Dans la famille impériale, ce bassin devait être en écaille; c'est pour cela qu'un pêcheur ayant apporté la carapace
d'une tortue au père d'Albinus, celui-ci voulut qu'on y lavât son fils qui venait de naître et prédit la grandeur de l'eufaot, qui fut en effet pructamé empereur, après la mort de Pertinax.
psidtura uitiqua.)
La naissance d'un enfant cause ordinairement une grande joie dans la famille: on accroche des couronnes de fleurs à la porte de la maison; puis les visites se succèdent, et on ne manque pas de féliciter le père sur la ressemblance étonnante que son enfant présente avec lui. Au
bout de quelques jours, la famille est conviée à la purilication de l'enfant, solennité qui est toujours accompagnée de fêtes et de repas. La plus 3gée (les parentes faitaunomdelafamille des vœux pour lenouvcau-né. fl C'est, ilii Perse, quelque grand'mére, quelque tanie maternelle, femme craignant les dieux, qui tire l'enfant de son berceau ; et, d'abord avec le doigt du milieu, elle frotte de salive le front, les lèvres humides du nouveau-né pour le purifier; puis, elle le frappe légèrement des deux mains, et déjà, dans ses vœux suppliants, elle envoie ce débile objet de ses espérances en possession des riches domaines de Licinius. h Après la purification, on inscrit le nom de l'enfant sur le registre des actes publics.
Pendant toute l'existence d'un Romain, le joirr anniversaire de sa naissance est l'occasion d'une fête qu'il olfre à sa famille, et de cadeaux qu'il reçoit.
La s&ge-feuue. — C'est la sage-femme et non te médecin qui est appelée pour l'accouchement. Le médecin viendra ensuite donner ses soins à la malade, et prescrire le régime qu'il faudra suivre pour l'en-
LES ENtANTS ROMAINS. ' 1G9
Tant. Mais il n'osi pour rien dans l'opération. Aussi les sages-femmes formaient une classe nombreuse et fort employée. La sage-femme était habituellement prévenue d'avance et se tenait prête, mais quelquefois on avait besoin de son concours h un moment imprévu. Un- esclave alors ■courait chercber la sage-femme : oii la trouvera- t-il, s'il n'y a pas d'enseigne qui fasse reconnaître la maison ?
A Rome^ toutes les professions s'annonçaient par une enseigne, mais ■aucun auteur n'a parlé des enseignes de sages-femmes. Cependant nous trouvons dans les musées des sculptures qui représentent des petits
nids d'enfantsplacés sur les branches|d'un arbre. De nos jours, les enfants poussent sur des feuilles de choux. 11 faudrait n'avoir jamais vu d'enseigne de sage-femme pour ignorer cela. Est-ce que les petits nids
d'ciiCants qu'oD voit au musée du Vatican n'auraient pas eu dans Tsatîquilc une signification analogue? C'est la seule explication qui me paraisse plausible pour ces curieux monuments. Et voyez comme cet usage facilitait la réponse à certaines questions embarrassantes que les enfants font quelquefois. Rien de plus simple avec les nids d'enfants: on invoque JunoQ, la déesse des mariages, on va dans le bois sacré, dont les arbres ne sont jamais coupés, et portent des petits nids pleins d'enfanis : c'est ainsi que le gamin, dont la curiosité s'est éveillée, trouve tout naturel que ses parents lui aient apporté un petit frère ou une petite sœur.
L'horoscope. — Quand un enfant vient au monde, les Parques (ou les Moires) président à sa destinée, et l'arrél qu'elles ont rendu est inévitable; les dieux eux-mêmes ne sauraient le modifier. « Aujourd'hui, disent les dieux, nous sommes tous descendus de l'Olympe pour prendre part à ce combat et empêcher qu'Achille n'ait à souffrir de la part des Troyens. Cependant il doit subir le sort que les Parques lui ont ûlé h sa naissance lorsque sa mère le mit au monde, n (Homère.) La croyance à une destinée fixée dôs la naissance était commune aux Grecs et aux . Romains.
Un bas-relief antique (fig. 223) nous montre les Parques assistant h
-^^je~
Fig. SÏ3. — LlidCiHCDiH} (d'iptii un batrslief utiqae).
la naissance d'un enfant. Le monument présente plusieurs scènes réunies à côté l'une de l'autre suivant la coutume antique. A gauche, on voit les
époux qui se donnent lamaia; adroite, la mère qui regarde le nouveauné que sa nourrice est en train de laver, tandis qu'une servante tient les langes dont on va l'envelopper. Derrière sont les Parques qui tirent l'horoscope sur un globe placé devant elles. On n'en voit que deux, mais habilueltemcnt il y en a trois : Clotho qui file, Lachésis qui marque les événements de la vie, et Atropos qui s'apprâte à couper au moment voulu le m de la destinée. I
La mère sait que les Parques sont présentes, lorsque son enfant vient au monde, mais elle ne connaît pas leur arrêt, et elle a recours à la magicienne, qui vient dire la bonne aventure du nouveau-né. La magicienne (fig. 22/i) a une grande importance dans le monde antique; mais son importance double, au mcmml oii il naît un enfant, car elle connaît les formules qui peuvent conjurer une destinée fâcheuse, et si elle n'a pas la puissance d'empêcher les arrêts de s'accomplir, elle possède des recettes pour tourner les dlBîcultés prévues et tromper le destin tout en ayant l'air de s'y conformer.
L'ÉDUCATION. — Nous avons déjà parlé, à propos des Grecs, des premières années de l'enfance, qui devaient se passer à peu près de la même manière chez les Romains.Voici (fig. 225 et 226] deux petites poupées romaines qu'on pourrait comparer avec la poupée grecque représentée plushaut(fig. 143]. Elles sont d'un travail beaucoup plus soigné, ce qui semblerait démontrer qu'elles ont appartenu à des enfants d'une classe plus aisée.
A Rome, comme en Grèce, la direction des garçons était confiée à un précepteur qui s'occupait de l'instruction des enfants en même temps que de leur éducation.
11 fallait d'abord faire faire à l'enfant ses premières études, et, dans l'antiquité comme de nos jours, cela n'était pas toujours une besogne aisée. Vous souvient-il, dans Perse, du maître qui éveille son élève
et veut le faire lever? « Enrin le voilà avec son livre, avec le parchemin bicolore, dont le poil est tombé, avec les cahiers et le roseau noueux entre les nains. Nouvelles plaintes alors : tanl&t c'est l'encre trop épaisse qui ne veut pointquîtter la plume ou qui, trop délayée, ne marque plus sur lo papier; tantôt c'est la plume qui laisse deux traces au lieu d'une...» Le précepteur était presque toujours un lettré, qui remplissait les mêmes fonctions que dans nos sociétés modernes. Mais il était plus directement attaché à la famille, qu'il ne quittait pas lorsque le jeune homme était devenu grand, parce qu'il était considéré comme un aide et un conseiller, moins élevé par le rang et la position que les membres de 'a famille, mais supérieur par son savoir et son expùrience. Il arrivait quelquefois que le précepteur ne méritait pas la confiance que les parents avaient en lui, et qu'il devenait le corrupteur du jeune homme dont POU tes lomainos l'éducatiou lui avait été confiée. Les
écrivains comiques ont souvent cxploilé cette situation. Tanlût le maître se fait lo complice de son élève; lanlût il se vante de la manière dont il a su le diriger dans la vie. u Parmbion. — J'ai un mérite dont je fais mon principal titre de gloire : c'est que j'ai trouvé une occasion de mettre ce jeune adolescent au fait du caractère et des mœurs des courtisanes. Du moment qu'il les aura connues de bonne h'ure, il les délestera à tout jamais. Dehors, en public, elles paraissent tout ce qu'il y a de plus propre, de mieux tenu, do plus élégant. Lorsqu'elles soupent avec un araoureuï, elles font la petite bouche. Mais il faut voir leur gloutonnerie, leur saleté, leur dénùment, lorsqu'à la maison elles ne conservent plus de décorum et ne pensent qu'à manger. Il faut les voir dévorant un pain noir qu'elles trempent dans du bouillon de la veille. Quels salutaires enseignements pour la jeunesse que toutes ces révélationsl u (Térence, l'Eunuque.)
Prise de la toge virile. — La prise de la toge virile est l'acte le plus important de l'existence d'un jeune Romain. « Tu n^as pas oublié, écrit Sénèque à Lucilius, quelle a été ton allégresse, lorsque tu as déposé la prétexte pour prendre la toge virile et que tu as été conduit au forum. » C'est qu'en eiïet, quand un Romain a pris la toge virile, il a cessé d'être un enfant et il est devenu un citoyen. Cet acte solennel, qui est une déclaration de majorité, impliquait à Rome un changement de costume. Tant que l'enfant a appartenu à ses parents, tant qu'il n'a pas eu de vie propre et qu'il a été gouverné par sa mère, il a porté la robe prétexte bordée d'une bande de pourpre; il a été couvert d'amulettes protectrices, et surtout il n'a pas oublié de suspendre à son cou la bulla.
La buUa (fig. 227-228) était une amulette en même temps qu'un bijou.
Fig. 227.
Fig. 22».
Bulles.
Son nom lui vient de la ressemblance qu'elle avait avec une boule d'eau. Pour les Romains c'était la marque de l'adolescence. Dans les familles riches, la bulla se composait de deux plaques d'or attachées ensemble et formant un globe complet dans lequel était enfermée l'amulette. Pour les pauvres, la bulla était faite de buis au lieu d'or, mais c'était toujours un bijou sacré.
Le jour où le jeune homme devait prendre la toge virile, il enlevait la bulla qu'il avait toujours portée attachée au cou, et allait la meitre à celui des dieux lares. Ce jour-là, la famille entière était réunie, et, en présence des parents, on remettait la toge au jeune homme, qui se plaçait sous l'invocation des dieux (fig. 229).
Dans loules les familles cette fête avait lieu le mâme jour, le ]6 desJ calendes de mars, au inomenl des fêles de llacchus- Il est assez diOicile I d'expliquer la raison de cette date, et les auteurs anciens ne donuent'l pas à ce sujet d'explications bien satisfaisantes, u Cest peut-être, dit! Ovide, parce que bacchus est toujours jeune et que son âge tient le f
milieu entre la maturité et l'enfance; ou bien c'est parce qu'il est pore, et que nos pères veulent nous confier, tendres gages de leur amour, h ses soins et à sa vigilance; ou bien c'est parce que son nom est Liber, et que c'est sous ses auspices que doit se prendre la toge libre et la route e libre. » Quoi qu'il eu soit, lejeune homme doit offrir ce jour-là un gâteau de miel à Bacchus. Dès le matin de cette fête solennelle, une
PLATS ET USTENSILES ROMAINS. 1I
multitude de femmes couronnées de lierre, la plante consacrée au dieu, encombrent les rues et vendent des gâteaux de miel aux familles qui se rendent à son aulel, en compagnie du jeune citoyen. Quand la cérémonie est terminée, il y a un festin en l'honneur de Bacchus, et les coupes n'y sont pas oubliées. Le lendemain, l'enfant devenu homme ira au forum se mêler aux affaires publiques, s'attachera à un juriscoDSuile pour apprendre la législation, ou partira aux armées faire acie de citoyen.
PLATS ET USTENSILES ROMAINS
Les plats. — La forme des plats variait naturellement suivant l'usage qu'on en voulait faire. Il y en avait do profonds pour les mets liquides et d'autres qui ressemblaient à de véritables disques, et sur
Pig, S30. — Tue de bTonia.
lesquels on mettait vraisemblablement de la grosse pâtisserie. Enfm il y en a dont la forme est tellement singulière qu'il est souvent difficile d'en expliquer l'usage.
La figure 230 nous montre un plat destiné à contenir des aliments liquides. Est-ce une soupière, un compotier, un saladier, un plat pour les ragoûts? c'est ce qu'il est difficile de dire exactement. 11 est en
bronze et a été trouvé à Pompéi; il repose sur des pieds de lion. La décoration des anses est pariiculièremenl curieuse : elle est formée de deui lions couchés, près desquels deux serpents se glissent sur les bords du vase comme pour s'y désaltérer ; selon une opinion répandue parmi les anciens, les serpents, lorsqu'ils buvaient, se dépouillaient de leur venin, pour ne pas infecter leur boisson.
On ne peut rien imaginer de plus simple et de plus élégant que le
grand plat que nous reproduisons (fig. 231). Les anses se contournent etse tordent sur elles-mêmes dans un mouvement gracieux. Ce plat était sans doute destiné à contenir de la viande, mais il est impossible de rien spécifier à ce sujet. Sauf les anses, qui ont uo caractère tout particulier, il peut scrvirde type pour la forme, qui, au surplus, ne dilTére pas essentiellement de celle que nous employons pour nos vases.
Voici un plat d'argent dont la dcslioalion n'est pas douteuse : les
PLATS ET USTENSILES ROMAINS
Romains avaient des plats d'une forme particulière pour servir les ceufs. Il y en avait môme de fort élégants et en argent, comme la belle pièce du trésor de Hildesheim que reproduit notre figure 232.
Gbanos vases de BhONZE. — On a trouvé à Pompéi beaucoup de vases de bronze, d'assez grande dimension, qui étaient certainement
Pi|f. 233. — Vase de broozc.
employés pour le service de la table, bien qu'il soit difficile de préciser
Fig. 234. — Vase de bronze.
l'usage particulièrement affecté à chacun d'eux (ûg. 233 à 235). Ces vases n'étaient pas destinés à contenir des boissons, mais des mets
178 CONSTITDTION DE LA FAHILLE.
liquides : potage ou marmelade, crème ou fruits confits dans leur jus. Ces vases sont variés dans leur forme, quoique se rattachant en
yig. tSS. — Vua ds brou».
somme à un type qui peut se définir ainsi : un goulot très-Ouvert
sur un vase profond et trÈs-large do la panse. Quant aux ansos, elles sont toujours placées prés du goulot; quelquefois il y a quatre anses.
PLATS ET USTENSILES ROMAINS
comme dans la figure 236, et alors les deux anses supplémentaires se Crouvent au bas du vase.
Parmi les récipients qu'on a découverts, il y en a quelques-uns dont la base est complètement arrondie (fig. 237) et qu'il devait, par consé^
Fig. 237. — Vase.
quent, être impossible de poser sur une table. D'un autre côté, comme ils n'ont pas non plus d*anses, il devait également être assez difficile de les prendre. On se servait, pour les porter, d'un manche qui n'était pas adhérent au bol, mais qui le tenait suspendu à l'aide d'un fil de bronze
Fig. 238. ~ Ustensile de table.
enserrant le goulot. L'ustensile assez énigmatique représenté figure 238 était probablement un de ces manches détachés de l'objet qu'ils devaient porter, et dont la figure précédente montre la représentation.
ISO
BoDiLLOiBES. — Les anciens aimaient beaucoup les boissons cbaudes ; il n'est donc pas bien surprenant qu'on ait trouvé à Pompéi divers récipients destinés à maintenir la chaleur du liquide qui y est renfermé. La figure 239 montre une pièce unique en son ^nre. Le mécanisme en est fort curieux :
M. Barré en a donné l'eicplicatlon suivante dans son grand ouvrage sur Pompéi et Herculanum :
n Ce vase de bronze, dont la forme est assez analogue à celle de nos théières, éuit destiné à contenir des boissons cbaudes.
Le corps du vase est une figure presque sphérique, tronquée à sa partie supérieure, où se trouve l'ouverture : la surface du sphéroïde est divisée en douze gros fuseauiL convexes au dehors, et dont la cavité intérieure contient un cylindre, qui, rempli de charbons ardents, doit chauffer le liquide dont il est environné. La bouche, rétrécic par un cercle horizontal un peu incliné vers le centre, est fermée par deux couvercles : l"un, plat et entièrement mobile, a un trou dans te milieu pour laisser ouverte la bouche du fourneau cylindrique on couvrant seulement le liquide; l'autre, de forme conique et cannelé, est attaché par une charnière au cercle horizontal que nous avons dûcril, et il enveloppe à la fois cl la bouche du fourneau et le couvercle mobile. Le corps du caldarium est soutenu par trois pieds de lion posés sur trois petits socles ronds : il est muni latéralement de deux anses à volutes, d'une forme trisheureuse, et couvertes d'ornements bien travaillés. On peut y introduire le liquide suit par la grande ouverture, en levant les deux couvercles, soit par un petit récipient ou une espèce d'entonnoir, qui a luimême la forme d'un petit vase, et qui est Oxé, à distance égale des deux anses, au-dessous du bord du caldarium, par le moyen d'un petit tube servant de communication avec l'intérieur du grand vase. A l'ex-
PLATS ET II3TE>SILES ROMAINS. ISl
trémité opposée du diamètre, et à moitié de la hauteur du sphéroïde, se trouve un autre tube formant jadis robinet, au mojeo d'uneclef que l'on D'à pas retrouvée : it servait à extraire le liquide du vase. La disposition de cet ustensile ea détermine suffisamment l'usage : il répond au goût, au besoin des boissons chaudes, qui était général chez les
On avait, pour se procurer des boissons chaudes, certains appareils
assez compliqués, et dont le mécanisme est d'ailleurs ingénieux. Celui que nous reproduisons dans la figure 240 représente une espèce particulière de brasier découvert à Pompùi. « Ce brasier d'airain, dit M. Barré {Pompèi tt Herculanum) csi d'une forme à la fois élégante et commode. C'est un quadrilalt^re, qui est soutenu par quatre petits ^hinx ailés, et que l'on peut porter au moyen de poignées à charnière placées sur ses différeotes faces. Nous disons que ce meuble, dont toutes
182 COKSTITUTION DE LA PAUILLE.
les parties sont fixes, et qui est comme d'une seule pièce, offre quati^ côtés, absiraciioD faite, bien entendu, des renllemenls que forment sur un de CCS côtés deux parties circulaires. L'une de ces deux parties est d'abord un demi-cercle formé de deux plaques de métal, qui laissentua vide entre elles: cet espace devait servir à chauffer de l'eau, le milieu du demi-cercle étant rempli de charbons ardents. D'une part, on pouvait extraire l'eau chaude de ce double fond, par ce robinet orné d'un masque dont la chevelure même forme la clef, et placé un peu au-dessus du fond afin de ne donner que de l'eau parfaitement claire; de l'autre, ce même double fond communiquait avec la seconde partie circulaire. Celle-ci est un vase cylindrique en forme de tour, dont le couvercle à charnière est surmonté d'un petit buste qui servait de bouton pour le lever. A la partie supérieure de ce vase se trouve un masque qui vomissait de la vapeur quand l'eau entrait en ébuUition ; et cela devait arriver au moment où le liquide contenu entre les doubles parois du demicercle atteignait le 80' degré de chaleur : la rapidité avec laquelle le calorique se met en équilibre dans une masse de liquide est un principe qui n'avait pas échappé aux ancicus. Le demi-cercle à double paroi est surmonté de trois oiseaux fantastiques, qui forment trois appuis sur lesquels on pouvait poser un plat afin de cuire ou de réchauffer quelques mets. Ce petit meuble devait garnir le triclinium, où il se prêtait à trois usages distincts : il pouvait chauffer l'apparlement, tenir lieu de fourneau, de cuisine ou de table, et fournir l'eau chaude à volonté. » {Barré.}
Les brasiers étaient ({uelqucfois munis de créneaux qui rappelaient l'enceinte des villes fortifiées. En voici un (figure 241) qui affecte abso-
lument la forme dune citadelle. Non seulement les murs sont crénelés, mais chaque angle est muni d'une tour carrée également crénelée.
PLATS ET USTENSILES ROMAINS. iSi
Le mécanisme intérieur de ce brasier n'est pas moins curieux que son aspect. En effet, les quatre tours des encoignures sont creuses et pourvues d'un couvercle : elles forment en réalité quatre bouilloires pouvant contenir un liquide, qui, par le moyen de canaux pratiqués dans l'épaisseur des murs, communique à un robinet, qu'on voit sur la face dessinée dans l'ombre. Le feu se plaçait au milieu, entre les quatre tours, et, en mettant des liges de fer entre les créneaux d'un mur et ceux du mur opposé, le foyer pouvait chauffer ou maintenir chauds plusieurs mets à la fois. Des charnières placées contre la muraille servaient à transporter ce curieux ustensile.
Coupes et tasses. — On se servait dans les festins de tasses ei de coupes d'un travail extrêmement soigné et souvent sculptées à Textérieur. Ces tasses étaientdesiinéesàdescadeaux qu'on faisait aux invités; car dans les festins il était d'usage d'emporter comme souvenir la coupe ou la tasse dans laquelle on avait bu. Le musée de Naples en possède quelques-unes qui sont pourvues d'inscriptions. L'une d'elles est fort curieuse {Cg. 242) parce qu'elle vient à l'appui de ce que racontent le»
Pig. sa. — Cuupe de
écrivains qui ont parlé des mœurs an tiques. Sa décoration est formée par (rois zones superposées qui entourenl la panse du vase. La zone supérieure est composée d'oves et dans la zone inférieure on voit des animaux courant au travers de broussailles. Sur celle du milieu on lit l'inscription suivante : bibe amice de meo ; chaque lettre est séparée de la suivante par une feuille d'eau, et, entre le commencement et la An de l'inscription, on voit une tête de femme sous une guiriande de feuilles et entre deux caducées. La personne qui invite (sans doute celle dontle portrait est gravé sur la tasse) fait un appel gracieux de prendre part à.
m CONSTITOTION DE LA FAMILLE.
ses richcsseai, que symbolisent |les deux caducées placés près du portrait. Les cadeaux qu'où ofTrait ainsi pouvaieat être quelquefois d'un grand prix, car les anciens, à partir des périodes macédonienne et romaine, se servaient fréquemment de vaisselle d'ai^ent et même d'or. La figure 2I|3 nous montre une jolie tasse en ai^nt, avec un gracieux
flg. M3, — Tmiu «B ugsnt.
feuillage de vigne ciselé tout autour. Quelques-unesdccestasses étaient remarquables par leurs ciselures, et par suite fort rcchercbées par les amateurs.
Un usage romain, dont il est assez difficile d'expliquer l'origine,
consistait àerfeuillcr les couronnes dans les coupes et à avaler ensuite le vin contenant les pétales; c'est ce qu'on appelait boire les couronnes. Pline raconte h ce sujet l'anecdote suivante : « Lorsqu'on faisait les préparatifs de ly bataille d'Actium, Antoine, devenu défiant, redoutait jusqu'aux présents de la reine; il ne mangeait rien qu'on en eût fait l'essai. Gléopàlre, s'amusant de ses frayeurs, mit sur sa tête une couronne de (leurs dont les bords avaient été empoisonnés. Bientôt, profitant delà gaieté des convives, elle invita Antoine à boire les couronnes. Était-ce le moment de soupçonner une trahison? Il arrache les fleurs et les jette dans la coupe. DOjà, il allait boire ; elle larrâla : Antoine, lui dit-elle, voilà cette femme, contre laquelle tu prends des précautions si extraordinaires. Crois-tu que je manquerais de moyens ou d'occasions, si je pouvais vivre sans toi? b Un criminel amené en sa présence but la coupe par son ordre et expira sur-le-champ.
PLATS br USTENSILES ROMAINS. 185
Les bodteilles. — Les bouteilles n'avaient pas dans le service de la table l'importance qu'elles ont prise de nos jours. On en faisait pourtant en terre, en bronze et même en verre (fig. 2kh). Mais ces dernières étaient généralement assez rares. Au reste, on ne donnait pas aux bouteilles l'usage pour lequel nous les employons
Kg. 144. —
- Huilier ou poit»4ioiitelUe«.
aujourd'hui. Elles contenaient rarement du vin, mais plutôt de l'huila ou d'autres liquides comestibles. Ainsi le porte-bouteilles découvert à Pompéi et représenté sur la Tigure 2^5 est probablement un huilier. Les bouteilles sont en verre et le porte-bouteilles en terre cuite.
Les cuillères. — On a trouvé à Pompéi un certain nombre de cuil-
lères dont le manche imite tantôt une baguette ornée d'une boule, tantôt une patte d'animal. Quant au récipient, il est absolument pareil à
celui des cuillères dont nous nous servons aujourd'hui, comiAe on peut s'en convaincre par les figures ci-dessus, figures 246 à 249.
Quant à la question si controversée des fourchettes, il est diflBcile à présent d*en parler avec certitude. Le silence des auteurs a fait croire généralement que la fourchette de table était inconnue des anciens ; cependant Topinion contraire a trouvé aussi des partisans, et ils s'appuient sur deux objets antiques qui ressemblent, quoique d'assez loin, à nos fourchettes. Le premier, qui est en argent, est pourvu d^un manche en forme de pied de biche et de deux dents pointues et assez écartées l'une de l'autre : c'est une petite fourche, plutôt qu'une véritable fourchette. Elle a été découverte sur la voie Appienne et a appartenu au comte de Caylus : mais l'authenticité de cette pièce comme objet antique a été plusieurs fois révoquée en doute. Il n'en est pas de même de l'autre fourchette : celle-ci a été trouvée dans un tombeau de PoBstum et serait, par conséquent, d'origine grecque. Elle est pourvue de cinq dents, mais est-ce une fourchette de table ?
On se servait, pour manger les confitures, les crèmes et autres sucreries dont les dames romaines étaient si friandes, de petites cuillères
hig. too.
Fig. 8Ô1.
Cuillères à confituiet. (Pompéi.)
Fjg. 85S.
pourvues d'un long manche etdontrorifice, à peine creusé, ressemblait assez aux patères dont on usait pour les libations. Ces petits ustensiles do table sont représentés dans les figures 250, 251, 252.
Repas des Étrusques, — Un repas étrusque est figurdsurlesparois d'un tombeau à Corneto. La disposition est exactement conforme à celle que nous avons vue en Grèce; mais, comme les tables sont servies et que les formes sont plus accentuées, elle est plus facile à comprendre. On observera pourtant quelquesdilïérencesdanslosusagcs : chez IcsÉtrusques,lesfemmessontcoucWesii côté des hommes, ce qui n'arrive pas en Grèce. La petite table chargée de mets qu'on trouve devant les lits paraît
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Pig. ISS. — Kipu. d'ipiit one poinluro ttnuqat. (CocudId.)
être do forme arrondie au lieu d'être rectangulaire, comme nous l'avons vue sur les vases grecs. Des chiens se voient souvent sous les lits de table; on y trouve aussi des chat» tigrés (fig. 253) et très-souvent des poulc3. Ces animaux étaient les convives indispensables de tous les banquets de l'âge héroïque, et on les trouve sur les vases grecs, aussi
ISS CONSTITUTION DE LA FAHILLB.
bien que sur les peintures étrusques. Ils étaient fort utiles pour faire disparaître les os, les fragments de peau et tous les débris qu'on jetait sur l'aire battue des palais. Sur plusieurs monuments, les chiens sont attachés, de manière qu'au lieu de circuler librement dans la salle, chacun d'eux demeurait affecté à une place spéciale.
On a pu remarquer dans la figure précédente que la musiqueplaisait aux Étrusques aussi bien qu'aux Grecs, puisqu'un joueur de double flûte est occupé à réjouir les convives avec son instrument. Nous retrouvons les mêmes conformités de goût pour ce qui concerne la danse; et si le banquet que nous avons vu avait pour but do charmer le défunt par le souvenir des occupations qu'il avait aimées dans sa vie, c'est dans une intention analogue que la danse représentée ûgate 25fi a été peinte
dans la décoration d'un tombeau. Les Étrusques avaient un goût trèsdécidé pour la table et pour tous les plaisirs qui, dans la société antique, étaient regardés comme l'accompagnement indispensable d'un repas.
Le sooPEfi DES Romains. — Les Romains faisaient en général trois repas par jour. Le premier, le déjeuner du matin (Jeittaculum) était trèsmodeste : il se composait généralement de fromage et de fruits avec un peu de vin. Vers le milieu du jour, on faisait une collation ; mais le véritable repas, c'estje souper {cxna) qui se prend vers la tombée du jour, quand les tribunaux sont fermés, que les alTaires sont terminées, qu'il n'y a plus personne au forum. C'est à souper qu'on se réunit, qu'on invite ses amis, qu'on parle d'affaires et de politique. Un souper en règle devait avoir trois services : le premier comprenait des œufs durs, des laitues, des olives, des figues et tout ce qui, aux yeux des Romains, était de nature à provoquer l'appétit. Le deuxième
service constituait la partie substantielle du repas, les viandes bouillies ou rôties, et le troisième se composait des desserts, consistant en pâtisseries ou fruits, etc.
Les Romains avaient, comme les Grecs et les Étrusques, l'habitude de se coucher sur des lits. Nous avons déjà, en parlant des Grecs, expliqué cette disposition.
Il y avait ordinairement trois lits pour chaque table : c'est ce qu'on appelait le triclinium. Le triclinium régulier était disposé pour neuf personnes. Il arrivait souvent que les lits, disposés pour trois personnes, n'en avaient qu'une ou deux chacun, mais il eût été malséant d'en mettre plus de trois. Cependant cela se faisait quelquefois quand il s'agissait de|clients peu considérés, que les riches Romains voulaient bien recevoir à leur table, mais qu'ils avaient toujours soin d'humilier un peu, pour leur faire sentir leur infériorité.
Pi g. 253. — Plan d'un triclinium.