‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883Chapitre 21 sur 30 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

IKSTITUTIONS RELIGIEUSES.

l'autre de l'Orient, et qui se seraient rencontrés juste en ce lieu. Oo peut voir aujourd'hui encore, dans le temple de Delphes, l'image grossière d'un nombril entouré de bandelettes et surmonté de ce double emblème dont parle la fable, n

Cette dénomination de nombril de la terre explique la forme parti> culière que prend quelquefois le trône d'Apollon, ou tout au moins l'espèce de coussin enveloppé de bandelettes sur lequel reposent les pieds du dieu (tlg. 530). La même forme de cône arrondi se retrouve sur la figure 531, au-dessus du trépied sacré placé entre deux lauriers.

Mais c'est le corbeau, l'oiseau fatidique du dieu, qui repose ici sur le nombril de la Terre.

D'après les traditions mythologiques, ce fut après sa victoire sur le serpent Python qu'Apollon prit possession du lieu oij devait s'élever le temple de Delphes. Le serpent Python avait été autrefois en possession des secrets que révèle l'avenir, car il gardait l'oracle de la Terre à la source de Casialic. En mémoire de sa victoire, Apollon entoura le trépied de son temple avec la peau du monstre, et c'est pour cela que le serpent est souvent figuré sur les monuments qui représentent le trépied d'Apollon (fig. 532).

La prétresse chargée de rendre les crades d'Apollon à Delphes s'appelait Pythie ou Pythonisse. On choisissait pour celle fonction une très-jeune fllle, pauvre, appartenant à une famille obscure, ayant été élevée loin des villes et dans une ignorance absolue de toutes choses : » Elle ne connaissait, dit Plutarque, ni essence, ni tout ce qu'un luxeralBné a fait imaginer aux femmes. Le laurier et les libations de farine d'orge étaient tout son fard. » Un jour pourtant, une pythie extrêmement belle fut enlevée par un jeune Thessalicn, et cet événement, inouï dans les anuales religieuses de la Grèce, causa tm si épouvantable scandale qu'on fit

une loi pour qu'à l'avenir une femme ne pût exercer les fonctions de pythonisge qu'après cinquante ans révolus. On choisit alors pour cela des femmes dont la vie avait toujours été Irés-pure, qui n'avaient pas fréquenté les villes, et dont l'esprit était peu cultivé. Ce point était très-important, parce qu'il ne fallait pas que la pythie, au

moment de l'ivresse prophétique, pût mêler ses propres connaissances aux inspirations qu'elle recevait directement du dieu. Les suppliants qui se présentaient dans le temple pour invoquer l'oracle devaient se purifier dans l'eau sainte, avoir la tête couronnée de laurier et tenir à la main un rameau entouré de laine blanche. La pythie devait avoir

M* INSTITUTIONS BELIGIEUSES.

jeûné trois jours et s'âtre baignée dans ta roDlaiae Castalie avant de monter sur le trépied sacré; après cela, on lui faisait boire quelques

Pig. tun. — Apollon eithuède.

gorgées de l'eau de la fontaine et inâcher des feuilles de laurier. Dès qu'elle comii)(D;ait à respirer la vapeur divine, on la voyait s'agiter, pâlir et rougir tour à tour, et donner tous les signes des spasmes les

plus violents. Bient&t ses yeux devenaient fixes ; sa bouche écumait, tout son corps tremblait convulsivement, et elle se mettait à pousser des cris et des hurlements accompagnés de mots incohérents. Ces mots étaient recueillis par les prêtres, qui leur donnaient, avec une Torme métrique, une liaison qu'ils n'avaieni pas dans la bouche de la pythie. Quand l'oracle était prononcé, on retirait la malheureuse prêtresse et on la reconduisait dans sa cellule, où il fallait lui donner des soins pendant plusieurs jours, car elle était toujours malade en sortant ^e là. Dans l'origine, la réponse du dieu, telle que les prêtres la donnijenl, était toujours formulée en vers; mais un philosophe s'étant avisé de demander pourquoi le dieu de la poésie s'exprimait en mau-

Pig. Sis. — Apollon I Diloi.

Fig. 538. — Apollon hjpetborèen.

vais vers, cette saillie se répéta et le dieu ne parla plus qu'en prose, ce qui porta atteinte à son crédit.

Comme la pythie n'était que l'instrument dont Apollon se servait pour communiquer avec les hommes, on la voit rarement représentée sur les monuments figurés. Mais le dieu apparaît lui-même sur quelques monuments et notamment sur des vases peints, comme celui que montre la figure 533, où on le voit assis sur le trépied. Les poissons et autres productions maritimes paraissent être une allusion aux colonies, qui ne s'établissaient jamais sans que l'oracle eût fixé le point où les émigrants devaient se diriger.

Le trépied était le meuble religieux spécialement consacré h Apollon. Beaucoup de trépieds étaient en or, mais ceux qui nous sont parvenus sont tous en bronze (Dg. 534).

L'oracle de Delphes avait un caractère essentiellement politique, ce qui lui donna une importance beaucoup plus grande qu'à l'antique oracle de Dodone, qu'on consultait surtout pour connaître la direction des venta et les variations que réservait la température. Les luttes mythologiques se rattachant à la possession du trépied sacré indiquent assez l'importance qu'on y attachait et ta tentative d'Hercule pour s'en

Fig. S30. — Apollon lu

rendre maître est figurée sur plusieurs monuments, notamment sur le beau candélabre que montre la figure 535. Mais, dans la période historique, Delphes fut à l'abri des convoitises pariiculières, justement à cause du caractère sacré que tous les peuples d'origine grecque attachaient à ce lieu. Aucune cité de la Grèce ou de l'Asie Mineure n'aurait commencé une entreprise sans avoir interrogé la pythie. Gygès. Crésus. et le dernier roi de Rome firent aussi consulter l'oracle.

Les richesses du temple de Delphes étaient immenses. TouCes lea

LE CULTE EN GRfiCE. .

villes de la Grèce ou des colonies y avaient un monument, autour duquel se groupaient deB dons et des statues, et la plupart d'entre elles possédaient dans la ville sainte un trésor considérable. Le dieu savait défendre les richesses dont il était dépositaire, et lorsque les Perses, et plus lard les Gaulois voulurent piller le temple, le dieu prouva sa puissance par des phénomènes surnaturels. Mais Delphes perdit son prestige sous les Romains, car le sanctuaire fut impunément pillé par Sylla et dépouillé par Néron qui abolit l'oracle et partagea le champ sacré

entre ses soldais. Constantin enleva les dernières statues qui restaient à Delphes, pour les envoyer à Conslantinople, et Théodose, en proscrivant les cérémonies païennes, arrêta pour toujours la source des revenus d'une ville qui, pendant plus de dix siècles, avait été le sanctuaire le plus vénéré de l'antiquilé.

Apollon avait d'autres sanctuaires où on venait consulter sesoracles, notamment à Claros, à MÎIet et à Délos; mais ils n'eurent jamais l'imporlance de l'oracle de Delphes. Plusieurs divinités ont eu comme Apollon le don de rendre des oracles, et l'antre de Trophonius a même acquis pendant quelque temps une grande célébrité. Mais Apollon a

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toujours été le dieu qu'on invoquait spécialement pour CODDaitre l'aveuîr, et, quoique son crédit se soit beaucoup amoindri sous la domination romaine, il a persisté plus longtemps que celui d'aucune autre divinité du paganisme.

Les Muses doivent naturellement trouver leur place à cAté d'Apol-

Pig. £31. — Trspied d'ApoUon.

Ion. <i Dans la Piërîe, dit Hésiode, Mnémosync, qui régnait sur les collines d'ÉIeulhère, unie au fils de Kronos, mit au jour ces vierges qui procurent l'oubli des maux et la fin des douleurs. Durant neuf nuits, le prudent Jupiter, montant sur son lit sacré, donnit près deMoâmosyne, loin de tous les immortels. Après une année, les saisons et les mois ayant accompli leur cours et des jours nombreux étant révolus, Mnémosyne enfanta neuf filles animées du même esprit, sensibles au charme de la musique et portant dans leur poitrine un cœur exempt

LE CDLTB EN GRË^CE. M»

d'inquiétude; elle les enfanla près du sommet élevé du neigeux Olympe, où elles forment des cbœurs brillaau et possèdent des demeures paciOques; à leurs côtés se tienaent les Grâces et le Désir daas les festins où leur bouche, épanchant une aimable harmonie, chante les lois de l'univers et les fonctions respectables des dteui. Fières de leurs belles voix et de leurs divins concerts, elles montèrent dans l'Olympe; la terre noire retentissait de ku^-s accords, et sous leurs pieds s'élevait un bruit ravissant, tandis qu'elles marchaient vers l'auteur de leurs jours, ce roi du ciel, ce maître du tonnerre et de la brA-

lanlc foudre, qui, puissant vainqueur de son pOrc Kronos, distribua équitablcmont à tous les dieux les emplois et les honneurs. Voilà ce que chantaient les Muscs habitantes de l'Olympe, les neuf fil es du grand Zcus, Clio, Euterpe, Tlialie, Melpomëne, Terpsichore, Éralo, Polymnic, Uranic cl Caltiopc, la. plus puissante de toutes, car elle sert de compagne aux rois vénérables. Lorsque les filles du grand Zeus veulent honorer un de ces rois, nourrissons des cieux, dès qu'elles l'ont vu naître, elles versent sur sa pangue une molle rosée, et les paroles découlent de sa bouche douces comme le miel. Tel est le divin privilège que les Muses accordent aux mortels. »

L'art représente les Muses sous la forme de jeunes filles vêtues de

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