IV
(ou Furies) ; celui qui tomba sur la mer fit naître Aphrodite (ou Vénus), personnification de l'attrait.
Quand le Temps eut chassé son père, celui-ci lui prédit qu'il serait h son tour détrôné et chassé par ses fils.
Le Temps nous apparaît bientôt comme Tépoux de la Terre (Rhéa, plus tard identifiée avec Cybèle), et comme il détruit tout ce quïl produit, les Grecs disaient qu'il dévorait ses enfants dès leur naissance. Rhéa gémissait d'avoir mis au monde tant d'enfants sans être jamais mère. Elle réussit pourtant à soustraire Zeus (Jupiter) à la voracité de son père, en lui substituant une pierre ; elle le cacha dans une grotte du mont Ida, oii il fut élevé par les nymphes. Pour que Kronos n'entendît pas les cris de l'enfant, les Curetés frappaient leurs épées sur leurs boucliers, en dansant autour du nouveau-né.
Cependant, trompé par les perfides conseils de Rhéa, Kronos prit un breuvage qui l'obligea à rendre ceux de ses enfants qu'il avait déjà avalés, et qui, parvenus à l'âge d'homme, prêtèrent leur appui à Zeus, dans sa révolte contre son père. Les dieux partisans de Zeus se postèrent sur le mont Olympe; les Titans occupèrent le mont Othrys, placé vis-à-vis. De ces positions, ils commencèrent une guerre furieuse qui dura dix années entières, lutte sanglante où l'avantage flottait égal entre les deux partis. Les Olympiens liraient leur force principale du concours que leur apportèrent les Cyclopes (éclairs) et les Hécatonchires (tempêtes), que Jupiter avait retirés du gouffre où ils avaient été plongés. En souvenir de ce bienfait, les Cyclopes, ouvriers divins d'une taille gigantesque et qui n'ont qu'un œil au milieu du front, remirent à Zeus (Jupiter) le tonnerre, qui était enfoui dans les flancs de la terre. Ils donnèrent aussi à Poséidon (iNeptune) le trident qui devint son attribut, et à Hadès (Pluton) un casque qui le rendait invisible. Les Titans, vaincus^ furent plongés dans le Tartare, lieu obscur et affreux, que les dieux ont en horreur.
La Terre, voulant venger les Titans, ses premiers enfants, s'unit au Tartare et mit au monde l'effroyable Typhaon, le tremblement de terre personnifié, A côté des phénomènes prévus et périodiques, répondant à l'idée de loi, il y a des phénomènes irréguliers qui semblent contredire les premiers et entrer en lutte avec eux. Les orages, les volcans, les cataclysmes violents qu'on ne peut ni prévoir ni éviter, sont, aux yeux des anciens Grecs, des ennemis de la règle, des agents de destruction déchaînés contre les lois divines, toujours vaincus, mais toujours rebelles. Ces forces irrégulières et tumultueuses sont les Géants,
fils de la terre et implacables ennemis des dieux. Ils recommeacent une guerre terrible qui, dans la légende, se conrond avec celle des Titans, dont les Géants paraissent n'être qu'un dédoublement.
Les fables qui concernent ces luttes semblent un vague récit des cntacljsmes géologiques et la forme de serpents que prennent dans l'art les GtSants fils de la Terre fait songer aux grands reptiles disparus (fig. 515). La légende reparaît sous mille aspects dilTérents en changeant les noms des Géants et le détail de leurs combats contre les dieux, mais elle traduit sans cesse les mêmes impressions. L'ensemble 4e cette période mythologique comprend donc d'abord une phase de formation, et ensuite la lutte des forces désordonnées et irréguliëres, qui sont les Titans et les Géants, contre l'étiiblissement de la loi régulière de la nature établie par Zeus et les dieux olympiens.
La mer (Ponlos) enfante aussi des monstres : les Grées et les Gorgones sont les filles de Phorcys,vieirardqui commande aux flots. Aussi elles représentent l'épouvante, et l'ime des Gorgones, Méduse, transforme en pierrt;s tous ceux qui la regardent. C'est pour cela que son image apparaît souvent sur les meubles et surtout au fond des plais, ou elle a pour mission d'écarter 'c mauvais sort et d'effrayer les espriis malfaisants qui hantent
les mai-sons (fig. 516J. 1-a téie de la Gorgone est un emblème religieux qui se place sur l'égide de Jupiter et surtout sur l'égide de Minerve, où elle apparaît comme un trophée. C'est en effet Persée, fils de Jupiter, qui a tué la Gorgone, et c'est encore là un des traits qui attestent la victoire des Olympiens sur de vieilles divinités transformées en monstres hideux.
Plusieurs divinités, d'un caractère très ancien se sont absolument modifiées sous l'induence des idées d'un autre âge. Ainsi Hermès, qui à l'origine était un dieu pastoral, devient dans l'Olympe le messager des dieux. D'autres s'effacent en quelque sorte pour s'enrôler à la suite d'une divinité d'origine plus récente, comme Pan, qui, après avoir été en Arcadie le symbole de la vie universelle, se retrouve à une autre époque dans le cortège de Dionysos (Bacchus). Ifnfln il y en a, comme Hécate ou les Euménides, qui n'ont jamais cessé d'être honorées, mais . qui ont un culte à part, tout à fait distinct de celui des autres immortels.
FiU» tuut DD géuit.
(D'apTèt ooe médailla
lK5TITETIO!i3 RELIGIECSES.
Les croyances des Grecs ne constiiueDt pas on lom homogène, en sorte qu'il est à peu près impossible de leur assigner un classement bieo méthodique. En disposani par groupes spéciaux les dieux du ciel, de la terre, des eans, du fen et des enfers, oous avons cberché à être
- La l«ls da GorgoDs.
aussi rationnel que possible; mais plusieurs divinités pourraient facilement se rattacher à difTërents groupes.
L'Olthce. — Le choix que les Grecs ont fait du mont Olympe comme séjour des dieux prouve qu'ils regardaient cette montagne comme la plus haute du monde. Dans rimposstbililé oii on était de se figurer les immortels éternellement suspendus dans le ciel, on leur donnait pour demeure une montagne réputée inaccessible ; il n'est
donc pas étonnant que les cimes neigeuses de l'Olympe, toujours environnées de nuages, soient devenues le séjour des dieux. Le mont Olympe a perdu tout son prestige, quand le mathématicien Xénagoras eut donné la mesure exacte de sa hauteur, et à la chute du paganisme» il n'était plus guère question de lui ; mais dans la période mythologique c'est là que se tenaient les assemblées des dieux.
Les dieux passent leur vie dans les festins et ne sont pas sujets aux maladies. Du haut de leur Olympe, ils règlent les lois de Tunivers et leur providence intervient souvent dans les actes des mortels. Les dieux étant les forces de la nature personnifiée, chacun d'eux remplie dans l'ordre de Tunivers une fonction déterminée, et si, dans les traditions mythologiques, on les voit souvent en Ijutte les uns contre les autres, jamais une divinité ne cherche à empiéter sur les fonctions d'une autre en s'opposant à sa décision.
Au sommet des divinités helléniques et les embrassant toutes dans son immensité est Zeus (Jupiter), le roi des dieux et des hommes. Quelle que soit la puissance que chacun des dieux peut exercer dans le rôle qui lui est assigné, Zeus conserve toujours le rang suprême, et au besoin il leur rappelle qu'il est le plus fort, Homère met le discours suivant dans la bouche du roi des dieux : a Dieux et déesses, dit Zeus, voulez-vous réprouver vous-même? Eh bien! du haut du ciel, suspendez une Chaîne d'or à laquelle vous vous attacherez tous, et malgré vos efforts vous ne pourrez faire descendre sur la terre Zeus, votre maître suprême! Mais à mon tour, si je le voulais, moi, je vous enlèverais aisément avec la terre et la mer; et si je fixais à l'extrémité de l'Olympe la chaîne qui vous tiendrait tous, l'univers serait suspendu devant moi, tant je suis supérieur en force et en puissance aux hommes et aux dieux. »
Suivant la fable, Zeus, après sa victoire sur les Titans, aurait partagé l'empire du monde avec ses frères, se réservant le ciel, et laissant à Poséidon (Neptune) les mers et à Hadès (Pluton) le monde souterrain ou les enfers. Mais ces trois divinités, que la poésie a séparées, n'en font qu'une en réalité, puisque l'art, tout en leur donnant des emblèmes différents, leur a conservé le môme type dans la physionomie. En réalité, Poséidon n'est qu'un Zeus marin, comme Hadès n'est qu'un Zeus infernal.
Les dieux et les déesses, manifestations spécialisées de la puissance de Zeus, sont ses enfants ou ses épouses. En effet, outre Héra (Junon), la sœur et réponse du roi des dieux, qui parait spécialement comme
reine du ciel, nous voyons Zeus contracter une multitude d'unions tantôt avec des déesses, tantôt avec des femmes mortelles. Ces hymens du dieu suprême ont toujours une signification, mais elle est différente quand l'épouse qu'il prend est une déesse, ou quand c'est une mortelle. Si c'est une déesse, elle représente simplement une manifestation différente de la force divine. Ainsi Zeus est l'époux de Métis (la Réflexion) ; dés qu'il Ta épousée, il l'avale, se conformant aux habitudes de sa famille, et met au monde une fille sortie de son cerveau, Athèoô, (la Sagesse divine). Si brutale que paraisse cette antique légende, elle se comprend facilement : le dieu de nourrit de la Réflexion pour engendrer la Sagesse. Mnémosyne (la Mémoire) est une autre épouse de Zeus; de Tunion de la Mémoire avec le souffle divin naissent les Muses (rinspiration).
Avec Thémis (la Justice), Zeus devient père des Parques inexorables et des Heures (ou Saisons), dont rien ne peut arrêter la marche, parce qu'elles n'empiètent jamais l'une sur l'autre. Dèmèter (Cérès), personnification de la Terre féconde, et mère de Perséphone (Proserpine), qui est le grain de blé; Latone, mère d'Apollon et d'Artémis (le Soleil et la Lune); Eurynome, mère des Grâces ou bienfaits, apparaissent tour à tour comme épouses de Zeus, parce qu'elles personnifient des qualités inhérentes à sa nature.
Les unions que Zeus contracte avec les femmes mortelles répondent dans la fable à une pensée différente : c'est de là que naissent les héros, comme Persée ou Hercule. Les héros sont les protecteurs des villes qui toutes ont la prétention de se rattacher à Zeus par une tradition quelconque. Ainsi Lacédaemon, époux de Sparta, est fils de Zeus et deTaygète; les Arcadiens ont pour premier roi Arcas, fils de Zeus et Callisto; les Cretois reçoivent des lois de Minos, fils de Zeus et d'Europe, etc. Ce n'est donc pas sans raison que Zeus est appelé le père des dieux et des hommes.
Le culte des dieux olympiens diffère de celui des Titans par un point essentiel. On honore les dieux olympiens en leur élevant des statues, tandis que les Titans n'en ont pas. Les très-rares] images que nous possédons des Titans appartiennent à la décadence, et encore ces images ne se montrent que dans des bas-reliefs et dans un rôle accessoire. Les dieux qui répondent au génie artistique des Grecs sont donc les dieux de l'Olympe.
Les emblèmes de ces dieux ont été adoptés également pour les dieux latins auxquels ils ont été assimilés dans la période romaine , ce qui
jette une grande confusion dans les représentations qui les conceroeot. Cette confusion s'augmente encore par l'habitude qu'ont eue jusqu'à ce jour les écrivains français de désigner les divinités de la Grèce bous le nom que leur ont donné les Romains. Mais pour montrer les différences qui peuvent exister dans le culte des deux nations, il était nécessaire de conserver à chaque divinité le nom qu'elle portait chez la nation qui lui rendait hommage.
Les Dieux du ciel. — Le père des dieux et des hommes, Zeus (Jupiter), représente dans l'ordre physique l'air vital qui pénètre toutes choses, et dans l'ordre moral, il est le lien des sociétés humaines, le gardien des trai* tés, le protecteur des pauvres, des suppliants et de tous ceux qui n'ont que le ciel pour abri : « Vois-tu, dit un fragment d'Euripide, cette immensité sublime qui entoure la terre de toutes parts? C'est là Zeus, c'est le Dieu suprême. » Varron dit aussi : u Voilà pourquoi les toits de ses temples sont ouverts pour laisser voir le divin, c'est-à-dire le ciel; on dit même ' qu'il ne faut le prendre à témoin qu'à ciel découvert. » Les temples de Zeus, en etTei, étaient toujours découverts : ce sont les dieux de la terre qui ont des temples fermés.
Pour montrer le caractère d'universalité que l'antiquité aliribuail au roi des
dieux, Creuzer s'appuie sur une hymne orphique conservée par Stobée : a Zeus fut le premier et le dernier, Zeus, la tête et le milieu; de lui sont provenues toutes choses. Zeus fut homme et vierge immortelle. Zeus est le fondement de la terre et des cieux; Zeus, le souille qui anime tous les êtres; Zeus, l'essor du feu, la racine de la mer; Zeus, le soleil et la lune. Zeus est roi ; il a créé toutes choses. 11 est une force, un dieu, grand principe de tout; un seul corps excellent, qui embrasse tous les êtres, le feu, l'eau, la terre et l'éthcr, la nuit et le jour, et Métis, la créatrice première, et l'Amour, plein de charmes. Tous ces êtres sont contenus dans le corps immense de Zeus. »
La figure 517, d'après un bas-relief du putéal du Capitule, montre
lU«I du Cai^tole.)
le dieu sous sa forme archaïque; il est vêtu d'un grand manteau qui retombe en plis nombreux et droits et tient en main le sceptre et le foudre ; le sceptre est Tinsigne du roi des dieux, et le foudre indique le pouvoir qu'il possède seul de lancer le tonnerre où bon lui semble. Parmi les attributs qui ne figurent pas ici, il faut signaler laigle : Toiseau qui vole le plus haut dans les airs était pour les anciens un emblème de la majesté divine. La couronne de chêne caractérise le Jupiter prophétique, spécialement honoré à Dodone. Considéré comme dieu actif, Zeus est debout ; quand il combat les Titans, il est sur un char; quand il se repose dans le calme et la victoire, il est assis; c'est l'attitude qu'on lui voit le plus souvent dans les monuments.
Une monuaie de Cyrène (fig. 518 et 519) nous montre d'un côté le
Fig. 518.
Monnaie de C^Tène.
Fig. 519.
dieu assis et portant son sceptre, et, de l'autre, le quadrige ou char de victoire, traîné par quatre chevaux.
La forme de Zeus pendant la grande époque de l'art est celle d'un homme barbu, dans la force de Tàge. 11 est généralement nu depuis la tête jusqu'à la ceinture : sa chevelure retombe comme une crinière des deux côtés du front, qui est clair et radieux dans la partie supérieure, mais bombé dans la partie inférieure. Il a les yeux enfoncés, une barbe épaisse et touffue : sa poitrine est ample, mais il n*a pas les formes d'up athlète (fig. 520). Son attitude est toujours majestueuse et les statuaires ne le montrent jamais dans un mouvement violent.
L'aigle de Zeus joue un rôle assez important dans la mythologie; c'est lui qui enlève le jeune Ganymède pour en faire l'échanson du roi des dieux. C'est pour cette raison que Taigle du dieu apparaît souvent dans les statues antiques à côté du jeune Phrygien (fig. 521).
Zeus a été honoré dans toute la Grèce, mais il avait quelques sanctuaires particulièrement célèbres. C'est à Dodone, en Épire, qu'il prend surtout un caractère prophétique. L'oracle de Dodone était considéré
comme le plu$. ancien de la Grèce : il était consacré à Zeu3 qui, dans les médailles de l'Épire, est couronné de chêne. (Voir t. I", fig. 398.} Les prêtresses de Dodone ont fait à Hérodote le récit suivant sur Torigine de cet oratiie : « Deux colombes noires s'étaient envolées de Thëbes d'Egypte, l'une en Libye, l'autre chez les Dodonéens; cette dernière se percha sur un chêne, et, prenant une voix humaine, elle leur dit qu'il fallait en ce lieu établir un oracle de Zeus; le peuple comprit que ce message était divin ; il fit donc aussitôt ce qu'il prescrivait. Les prétresses ajoutent que l'autre colombe ordonna aux Libyens de fonder l'oracle d'Ammon ; celui-ci est aussi un oracle de Zeus. Les prétresses de Dodone m'ont rapporté ces choses, n La forêt sacrée de Dodone renfermait les chênes prophétiques, et les oracles se rendaient par le bruissement des feuilles. La Iribu sacerdotale des 5ell.es desservait le culte de Zeus pélasgigue établi à Dodone.
Le temple de Jupiter Ammon, éubli dans l'oasis de Libye, n'était guère moins célèbre que celui de Dodone. Mais comme cette divinité est le résultat de la confusioa qui s'est établie entre Zeus, le dieu pi^. sso. - zcui (Jupiuc).
suprême des Grecs, et Ammon, le (Jupiter du vaticu.)
dieu suprême des Égyptiens de Thô-
bes, son culte était lié à des cérémonies qui pour la plupart se rattachent ît l'Egypte. Zeus Ammon faisait connaître sa volonté en imprimant divers mouvements à la barque sacrée que les prêtres promenaient processionnellemeut.
De très anciennes traditions faisaient naître Zeus sur le mont Lycée en Arcadie. 11 avait là un temple d'une haute antiquité et qui inspirait la plus grande vénération. Zeus arcadien est caractérisé par la couronne d'oliviers sauvages, ce qui le distingue de Zeus dodonéen, qui est couronné de chône.
Toutefois, la tradition la plus répandue faisait de l'Ile de Crète le
berceau du roi des dieux. C'est dans les grottes du mont Dicté qu'il avait été caché par Rhéa, protégé par les Curetés et élevé par les nymphes. C'est là qu'il avait teté le lait de la chèvre Amallhée et mangé le miel que lui apportaient les abeilles.
De nombreux temples ont été élevés à Zeus sur tous les points de
Fig. SXI. — Gwijinède cinitaot l'iigle de Zeni.
la Grèce; mais le temple d'Olympïe, qui renfermait la fameuse statue de Phidias, était le plus célèbre. C'est près de ce temple que les Grecs célébraient les jeux olympiens, institués en l'honneur du roi des dieux.
Héra (JunoD), la sceur et l'épouse de Zeus, est le lien de la famille, de mdme que Zeus est le lien de la cité. Déesse tutèlaire du mariage
et protectrice des unions chastes, Héra est pourtant altière et jalouse. Pour comprendre le rôle que la mythologie lui assigne à côté de Zeus, il faut se rappeler que le mariage grec, c'est-à-dire la monogamie, était opposé à toutes les habitudes des âges primitifs, où la polygamie était universelle. Zeus, dont les mœurs dissolues rappellent la vie des monarques orientaux, est obligé de se métamorphoser de cent maniëres différentes pour échapper à l'active surveillance de la reine du ciel, déesse purement occidentale, qui prend dans l'esprit public le caractère d'une protestation. De là, l'humeur acariâtre que les poètes ont attribuée à Héra et que l'art a remplacée par une majesté grave, comme il convenait à la déesse qui représente l'épouse.
«Depuis un temps immémorial, dit Ottfried Muller, le voile que prend la jeune fiancée, en signe de sa séparation d'avec le reste du monde animé, fut le principal attribut d'Iléra (Junon) ; et dans les vieux simulacres de la déesse, il enveloppe souvent le corps tout entier (fig. 522) ; Phidias lui-même l'a caractérisée dans la frise du Parthénon par le voile rejeté en arrière de la ûancée. Dans les vieilles idoles, la déesse porte ou le disque qui se rapproche davantage
de la forme ronde et que l'on nomme polos, ou . ^^
le disque profondément échancré aux deux wg. ssa. - Htti (junon). extrémités appelé stpiliani. » La figure 523 {B«-reUef du aiuio lient en main un disque rond. " *^
On voit souvent aux côtés d'Héra un coucou ou un paon : le coucou est un souvenir de la fable qu'on racontait sur son union avec Zeus, et le paon un souvenir d'Argus, dont elle avait semé les cent yeux sur le plumage de son oiseau chéri.
Apollon, le dieu de la lumière et de l'harmonie universelle, était autrefois distinct du soleil (Hélios). Le Soleil voit tout et révèle ce qu'il voit : c'est lui qui dénonce à Héphaistos (Vulcain) l'infidélité de sa femme, à Dëmëter (Cérès) le rapt de sa fille ; le crime d'Atrée le fait reculer d'horreur. Toutes ces fables ne se rapportent pas à Apollon, à côté duquel on voit le Soleil formant un personnage distinct, dans un bas-relief qui représente Ares et Aphrodite (Mars et Vénus) surpris par Héphaistos. Le colosse de Rhodes représentait Hélios (le soleil), divinité spécialement adorée daas cette lie ; mais il ne représentait pas Apollon.
WD
INSTITOTIONS BELIGIEUSES.
NéaDmoins, c'est toujours comme diviaité solaire qu'Apollon se présente dans l'art comme dans le culte. Apollon lance au loin ses flèches (fig. 52ii) parce que le soleil darde au loin ses rayons; il est le dieu de la médecine et le père d'Esculape, parce que le soleil guérit les maladies par sa chaleur bienfaisante ; il est le conducteur des Muses e( le dieu de l'inspiration, parce que le soleil préside aux harmonies lie la nature; il est le dieu prophète, parce que le soleil éclaire devant lui et voit par conséquent ce qui va arriver.
C'est encore à son caractère solaire qu'Apollon doit la couronne de laurier qui est un de ses emblèmes (fig. 525). Le laurier, l'arbre qui lui est consacré, est l'arbre dont la nymphe Daphné prit la forme pour échapper aux poursuites du dieu.
I^s Rijibologues modernes voient dans le mythe de Daphné une personnification de l'aurore. Ainsi quand nous disons : l'aurore disparaît dès que le soleil se montre, les Grecs disaient dans leur langage mythologique : Daphné s'enfuit dès qu'Apollon veut l'approcher.
Les flèches d' Apollon expriment
les rajons du soleil, bienfaisants
quand le dieu dissipe les miasmes
des marais, comme dans la légende
du serpent Python, nuisibles quand ilsfrappent de mort subite, comme
dans la fable des enfants de Niobé.
Apollon est toujours représenté jeune et imberbe, parce que le soleil ne vieillit pas. Dans l'Apollon sauroctone {fig. 526), le jeune dieu est accompagné d'un lézard, qu'il vient sans doute d'agacer avec sa flèche pour le réveiller de sa torpeur et l'exciter à marcher. Apollon, dans ce caractère, est considéré comme le soleil levant ou le soleil du printemps, parce que la présence du lézard coïncide avec ses premiers rayons.
Fig. fiî3. -
Quand il n'a pas ses flèches, Apollon porte une lyre ; les anciens considéraient les astres, la succession des jours et des saisons, tout ce qui se meut dans l'univers, comme une immense orchestration réglée par la lyre du dieu. C'est pour celte raison qu'Apollon est le conducteur des Muses, et dans ce râle, au lieu d'être nu, comme quand il tient son arc et ses flèches, il parait velu de la longue robe de citharède
Apollon est né dans l'Ile sainte de Déios, qui était flottante autre* fois, car elle a surgi des eaux pour offrir un refuge à Latone, la mère du jeune dieu, qu'elle mit au monde sous uu palmier (fig. 528). Il y revient souvent, et le cygne, oiseau qui lui est consacré, lui sert de monture lorsqu'il veut se re idre chez les Hyperboréens, pays situé aux confins de la terre et où se trouve le griffon, animal fantastique, également consacré à Apollon (Hg. 529).
L'animal prophétique d'Apollon est le corbeau, dont le plumage était irès-blanc autrefois, mais est devenu noir, quand te dieu a voulu punir cet oiseau d'avoir révélé les inûdélitùs de Coronis. Les oiseaux, qui vivent entre le ciel, où sont les dieux, et la terre ou habitent les hommes, sont nécessairement des oiseaux prophétiques.
Aussi, c'est en observant leur vol que les anciens devins savaient prédire l'avenir. C'était ce qu'on appelait connaître le langage des oiseaux.
Mais, à mesure que le culte d'Apollon s'est déveMppé, la divination a pris uu auire caractère qui est surtout remarquable à Delphes, lieu où Apollon a tué le serpent Python et où il est particulièrement honoré.
11 Le temple de Delphes, dit Stiabon, se trouve èlrelecentre, ou peu s'en faut, de la Grèce (j'entends de la Grtce prise dans sa plus grande extension, au delà comme en deçà de l'isthme) ; on l'a môme longtemps considéré comme étant le centre de l.i terre habitée ; de là cette dénomination de nombril de la terre, qu'on lui a appliquée, de là aus.si cette fable qu'on lit dans Pindare, de deux aigles {d'autres disent deux corbeaux) que Jupiter fait partir en même temps, l'un de l'Occident,