UNE VILLE RICHE DE LA GRANDE-GRECE
Sybaris comptait, en dehors des esclaves, 500 000 habitants de condition libre. Son enceinte avait plus de 9 kilomètres de pourtour. Un fait donnera une idée de la richesse qui accompagnait ce développement de population; dans ses processions solennelles, Sybaris déployait 5000 cavaliers revêtus de l'équipement le plus somptueux. Or, dans les cités grecques, on n'était admis dans la cavalerie qu'en justifiant d'un revenu considérable. Qui disait cavalier voulait dire jeune homme riche appartenant à la classe des plus imposés. Athènes, dans son plus beau temps, n'en eut que le quart de ce qu'en avait Sybaris.
De grands travaux avaient assaini le sol naturellement humide qui servait d'assiette à la ville. Un système de canaux bien conçu procurait un écoulement vers la mer aux eaux de la
partie basse de la plaine, aujourd'hui revenue à Tétat de maremme. Ces canaux étaient navigables, et les Sybarites s'en servaient pour transporter par bateaux à la ville ou jusqu'au port le vin très estimé qu'ils récoltaient en abondance sur les collines entourant cette région inférieure.
La fertilité du territoire était prodigieuse; Varron prétend que le blé y produisait au centuple. Athénée dit cependant que les céréales indigènes suffisaient à peine à la consommation de la ville. En dehors des vins, signalés comme l'objet d'un commerce étendu, l'agriculture fournissait à Sybaris beaucoup d'articles d'exportation. Ses campagnes produisaient de l'huile. Elle livrait au commerce le cuir des troupeaux de ses riches prairies, la laine des moutons qui paissaient dans les montagnes environnantes, les bois des forêts de ses montagnes et en particulier de la Sila, très recherciiés pour les constructions navales, la poix recueillie sur la même montagne et qui passait pour la meilleure du bassin de la Méditerranée, la cire des abeilles qu'on y élevait en grande quantité. Elle avait aussi des mines d'argent, qui expliquent son abondant monnayage. Enfin, comme les Sybarites possédaient un port sur la mer Tyrrhénienne à Laos, et qu'ils étaient alliés d'une part avec les Milésiens, de l'autre avec les Étrusques, ils servaient d'entrepositairés à ces deux peuples. Les navires de Milet apportaient leurs marchandises k Sybaris même ; les Étrusques apportaient les leurs à Laos ; et entre ces deux points, les Sybarites se chargeaient du transit par terre. La chose était facile, car la distance n'est pas grande ; il y avait même un col qui favorisait le passage. Cette cité tenait tellement à rester une sorte de grand marché international, qu'elle exemptait de tout droit de douane les produits les plus estimés de l'Asie Mineure et de la Tyrrhénie.
(F. Lenormant, la Grande-Grèce, II, pp. 260-262, 274-275.)
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