‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 127 sur 300 · Les voyages. — 18. L'hospitalité · texte numérisé non relu

Les voyages. — 18. L'hospitalité

i. — LA VIE EN PLEIN AIR A ATHÈNES

Dans les intervalles de la journée, surtout le matin avant raidi, et le soir avant souper, on va sur les bords de illissus et tout autour de la ville, jouir de l'extrême pureté de lair, et des aspects charmants qui s'offrent de tous côtés; mais, pour l'ordinaire, on se rend à la place publique {agora) y qui est l'endroit le plus fréquenté de la ville. Presque tous y sont entraînés par leurs affaires ou par celles de la république. Plusieurs y viennent aussi parce qu'ils ont besoin de se distraire; et d'autres, parce qu'ils ont besom de s'occuper. A certaines heures, la place, délivrée des embarras du marché, offre un champ libre à ceux qui veulent jouir du spectacle de la foule, ou se donner eux-mêmes en spectacle. Autour de la place sont des boutiques de parfumeurs, de changeurs, de barbiers, etc., ouvertes à

tout le monde, oîi l'on discute avec bruit les intérêts de l'État, les anecdotes des familles, les vices et les ridicules des particuliers. Du sein de ces assemblées, qu'un mouvement confus sépare et renouvelle sans cesse, partent mille traits ingénieux ou sanglants contre ceux qui paraissent à la promenade avec un extérieur négligé, ou qui ne craignent pas d'y étaler un faste révoltant, car ce peuple, railleur à l'excès, emploie une espèce de plaisanterie d'autant plus redoutable qu'elle cache avec soin sa malignité. On trouve quelquefois une compagnie choisie, et des conversations instructives, aux différents portiques distribués dans la ville. Le goût insatiable des Athéniens pour les nouvelles, suite de l'activité de leur esprit et de l'oisiveté de leur vie, les force à se rapprocher les uns des autres. Ce goût se ranime avec fureur pendant la guerre. C'est alors qu'en public kurs conversations roulent sur des expéditions militaires, qu'ils ne s'abordent point sans se demander avec empressement s'il y a quelque chose de nouveau, qu'on voit de tous côtés des essaims de nouvellistes tracer sur le terrain ou sur le mur la carte du pays où se trouve l'armée, annoncer des succès à haute voix, des revers en secret, recueillir et grossir des bruits qui plongent la ville dans la joie la plus immodérée ou dans le plus affreux désespoir....

On va communément à pied, soit dans la ville, soit dans les environs. Les gens riches, tantôt se servent de chars et de litières, dont les autres citoyens ne cessent de blâmer et d'envier l'usage, tantôt se font suivre par un domestique qui porte un pliant, afin qu'ils puissent s'asseoir dans la place publique, et toutes les fois qu'ils sont fatigués de la promenade. Les hommes paraissent presque toujours avec une canne à la main; les femmes, bien souvent avec un parasol. La nuit, on se fait éclairer par un esclave, qui tient un flambeau orné de différentes couleurs.

Dans les premiers jours de mon arrivée, je parcourais les écriteaux placés au-dessus des portes des maisons. On Ut sur les uns : (( Maison à vendre, maison à louer » ; sur d'autres : « C'est la. maison d'un tel ; que rien de mauvais n'entre ici ! » Il m'en coûtait pour satisfaire cette petite curiosité. Dans les

principales rues, on est continuellement lieurlé, pressé, foulé par quantité de gens à cheval, de charretiers, de porteurs d*eau, de crieurs d'édîts, de mendiants, d'ouvriers, et autres gens du peuple. Un jour que j'étais avec Diogène à regarder de petits chiens que Ton avait dressés à faire des tours, un de ces ouvriers, chargé d'une grosse poutre, l'en frappa rudement, et lui cria : « Prenez garde! » Diogène lui répondit sur-le-champ: « Est-ce que tu veux me frapper une seconde fois? » Si la nuit on n'est accompagné de quelques domestiques, on risque d'être dépouillé par les filous> malgré la vigilance des magistrats obligés de faire leur ronde toutes les nuits. (Barthélémy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, ch. xx.)

Page 1