‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 128 sur 300 · TYPES DE LA RUE · texte numérisé non relu

TYPES DE LA RUE

Parmi les statuettes de terre cuite trouvées en Asie Mineure, beaucoup reproduisent les types d'individus qui se voyaient le plus souvent dans la rue.

« Voici l'esclave cuisinier, aux cheveux rasés, à la figure glabre : il tient d'une main un plat, probablement destiné au dîner de ses maîtres, et approche l'autre main de sa bouche, comme s'il mangeait avec gloutonnerie. D'autres reviennent du marché avec un lapereau, des paniers de raisins. Trois statuettes rappellent les joies innocentes de la pêche à la ligne. C'est d'abord un vieux bonhomme à l'air grognon, appuyé sur un haut bâton et portant de la main gauche le panier de jonc tressé où l'on met le poisson; sans doute il regarde l'emplacement favorable à choisir. Puis nous voyons le second, coiffé d'un méchant chapeau sans bords, les jambes jointes, le bras droit tendu, tout occupé à surveiller son liège flottant. Enfin le troisième, la jambe gauche levée, la tête renversée, paraît tirer sa ligne d'un geste précipité : le poisson a mordu et la prise était belle, à en juger par l'effort comique du pêcheur. Voici le paysan se rendant à la ville : la route est longue et poussiéreuse, le soleil ardent : aussi le voyageur fait des haltes fréquentes et s'assied pour redemander un peu de force et de courage à la

gourde qu'il a eu soin d'emporter. Élevons-nous d'un degré; nous rencontrons le bourgeois enrichi, promenant par les rues sa lippe dédaigneuse, correctement drapé dans son manteau, avec un air fort divertissant de Prudhomme grec qui regarde de haut le vulgaire. Voici encore une caricature de marchand forain. Vêtu d'un simple caleçon, il tient devant lui, appuyée contre son ventre, une corbeille évasée dont' il ne reste plus qu'un morceau, et, le buste renversé en arrière, la poitrine gonflée, la tête au vent et la bouche ouverte, il crie sa marchandise. Ailleurs un enfant va à la promenade. Soigneusement emmitouflé dans son manteau et coiffé d'un bonnet, il donne la main à une nourrice vieille et courbée. Une fillette accompagne sa mère ; elle marche à quelques pas en arrière, levant le nez et questionnant sur toutes choses ; pour ne pas se perdre, elle a pris le bas du manteau maternel et se fait traîner à la remorque. Un écolier rentre à la maison, à moitié endormi sur l'épaule de lesclave qui l'a pris dans ses bras et éclaire la route, une lanterne à la main.))

(Pottier, les Statuettes de terre cuite dans Vantiquitéy pp. 169-173.)

Page 1