‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 130 sur 300 · ESPRIT SOCIABLE DES ATHENIENS · texte numérisé non relu

ESPRIT SOCIABLE DES ATHENIENS

Le Grec est né sociable, et l'amitié, pour lui, est un bien précieux. Une gracieuse scolie qui se chantait dans les festins, énumérant les conditions de la félicité pour les mortels, place au premier rang la santé, au second la beauté, au troisième la richesse honnêtement acquise, au quatrième, enfin, l'amitié qu'on a, quand on est jeune, pour les jeunes gens de son âge. Il semble que cette définition du bonheur soit athénienne, tant elle s'accorde avec les idées et les mœurs des Athéniens. Plus qu'ailleurs, en effet, on prise à Athènes et l'on cultive l'amitié ; sans elle, point de plaisir : elle est le charme et la parure de la vie. On se souvient de la peinture qu'Aristophane fait des joies champêtres, dans l'abondance et dans la paix : « E^t-il rien de plus agréable que de voir la terre ensemencée, et, tandis qu'un dieu l'arrose, de dire à quelque voisin : « Hél Comarchidès, que ferons-nous bien à cette heure? Si nous buvions ensemble, puisque les dieux sont avec nous? » Ces relations familières, si douces à tout âge, les enfants les connaissaient et elles étaient pour eux une source de vives jouissances. Chez le pédotribc sur-

tout se formaient de ces tendres liaisons qui suivaient les jeunes gens au delà de l'adolescence, et que nous voyons plus tard se traduire sur les marbres par les titres variés que s'y donnent les éphèbes. On se rappelle l'amitié de Ménexène et de Lysis et l'aveu plein de bonliomie qu'elle provoque de la part de Socrate : (( Depuis mon enfance, je me trouve désirer un bien, comme les autres hommes, qui tous en désirent un, chacun le sien. Car celui-ci désire des chevaux, celui-là des chiens, l'un des richesses, l'autre des honneurs. Pour moi, à l'égard de toutes ces choses, je suis fort tranquille; mais je souhaite très ardemment acquérir des amis, et j'aimerais mieux avoir un bon ami que la meilleure caille et le meilleur coq de la terre, oui, par Zeus! et que le plus beau cheval et que le plus beau chien. Et par le chien ! je voudrais, je crois, posséder un ami plutôt que ie trésor de Darius, plutôt que Darius lui-même, tant je suis désireux d'amitié. Aussi, en vous voyant, Lysis et toi, je suis tout surpris, et je vous trouve lieureux de ce qu'étant si jeunes, vous avez été capables d'acquérir un tel bien si aisément et pronïplement. »

(P. Girard, l'Éducation athénienne, pp. 261-2G2.)

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