ABSENCE DK CLERGE
Il n'y a pas en Grèce de clergé. La prêtrise est une fonction comme une autre, qu'on prend, qu'on quitte, qui n'impose ni habitudes nouvelles ni esprit particulier. Sans doute quelques prêtres ont une charge viagère; mais la perpétuité de leurs fonctions ne les détache pas de la vie active; ils se mêlent de près, comme les autres citoyens, aux affaires de la cité, et ne sont prêtres qu'aux heures où il s'agit d'accomplir certaines cérémonies. ^ ,
Athènes n a pas une religion, c'est-à-dire une doctrine théologique, un enseignement moral, des pratiques uniformes : elle a une série de cultes différents, qui ont tous leurs dévotions spéciales, leurs fêtes, leurs cérémonies, leur étiquette. Elle a, non pas un sacerdoce, mais des sacerdoces ; chaque divinité a le sien, et parmi ces divinités, il n'y en a pas deux qui aient la même origine, la même légende, le même caractère, les mêmes goûts. Comme les prêtres n'ont d'autre rôle que celui de plaire à un dieu en faisant les actes et en disant les paroles qui plaisent à ce dieu, ils ont chacun leur formulaire et s'y tiennent. Us sont dispersés dans leurs sanctuaires, isolés les uns des autres, voués chacun à un service particulier. Rien ne les rapproche que le nom d'teoeûç, l'analogie apparente de leurs attributions et le hasard d'être magistrats ensemble la même année et dans la même cité.
S'il n'existe pas de clergé, à plus forte raison n'y a-t-il aucune liiérarchie sacerdotale. Les officiers du culte remplissent, chacun de leur côté, des fonctions bien déterminées et qui toutes ont un caractère différent ; leur compétence est restreinte aux bornes d'un sanctuaire, et ne peut pas s'étendre jusqu'à juger ou corriger ce qui se passe dans un sanctuaire voisin. Aussi aucun d'eux n'a-t-il sur les autres la moindre juridiction. Tel sacerdoce est plus considéré dans la cité : c'est une marque que telle divinité est plus populaire. Mais ce surcroît de crédit et d'honneurs n'implique aucune suprématie liturgique. Le sacerdoce d'Athèna est la plus haute dignité : Athèna est la divinité protectrice de la cité, et son culte domine toute la vie athénienne. Mais les prêtres des autres dieux ne relèvent pas de la prêtresse d'Athèna.
Au-dessus d'eux tous, il n'y a qu'une autorité, celle du
peuple. C'est lui qui leur donne les pouvoirs nécessaires pour
s'acquitter de leurs fonctions; c'est à lui qu'ils doivent des
comptes ; c'est lui seul qui les frappe, s'ils ont enfreint les lois.
(J. Martha, les Sacerdoces athéniens, pp. 140-142.)