PERSISTANCE DES PRATIQUES RELIGIEUSES
Les exemples suivants, que j'emprunte à Plutarque, montreront tout le soin que mettaient les Grecs à conserver les vieilles pratiques :
« A la suite d'une sécheresse, la famine désolait Delphes. Les habitants vinrent avec leurs femmes et leurs enfants aux
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portes du palais, pour implorer du secours. Le roi fit distribuer de la farine et des légumes aux principaux d'entre eux, parce qu'il n'y en avait pas assez pour tous. Puis, comme une toute jeune fille, orpheline de père et de mère, se présentait demandant avec insistance, le roi la frappa de son soulier, et le lui lança même au visage. Malgré sa pauvreté et son abandon, cette jeune fille avait le cœur fier; elle se retira aussitôt, et avec l'aide de sa ceinture elle se pendit. Cependant la famine redoublait d'intensité, et des maladies s'y étaient ajoutées. La Pythie déclara au roi qu'il eût à calmer les mânes de Charila, cette vierge qui s'était donné la mort; à grand'peine on avait découvert que c'était là son nom. On célébra un sacrifice, accompagné de cérémonies expiatoires.. On le renouvelle encore aujourd'hui tous les neuf ans. Le roi y préside en personne, distribuant de la farine et des légumes à tous les étrangers et citoyens ; il y est porté un simulacre de petite fille, qui représente Charila. Quand tous ont reçu leur part, le roi avec sa sandale soufflette cette image; puis une prêtresse la prend et la porte dans un endroit creusé en abîme; là, on passe une corde au cou du simulacre, et on l'enfoiiit à la place même où Charila, après s'être pendue, avait été enterrée. »
(( Que sont les Monophages d'Éginc? Parmi les Éginètes qui avaient participé à la guerre de Troie, beaucoup périrent dans les combats ou sur mer. Le peu qui restaient furent recueillis par leurs proches; mais ceux-ci, voyant leurs autres concitoyens dans le deuil et les larmes, ne crurent pas avoir le droit de se réjouir ouvertement ni de sacrifier aux dieux. Ce fut en secret et dans l'intérieur de leiirs maisons qu'avec les survivants ils se li\Tèrent à des festins et à des réjouissances, servant eux-mêmes à table leurs pères, leurs parents, leurs frères et leurs familiers, sans qu'aucun étranger eût été admis. Pour conserver un souvenir de ces circonstances, ils font à Poséidon des sacrifices appelés thiases. Pendant les cérémonies, qui durent seize jours, ils ont chez eux des festins où personne ne parle et où ne paraît aucun esclave. Voilà pourquoi ils sont appelés monophages (ceux qui mangent seuls) . »
(( Pourquoi, chez les Samiens, quand on sacrifie à Hermès
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Charidote, est-il permis de commettre des vols et de dérober des vêtements? Cela vient de ce que les Samiens ayant, sur la foi d'un oracle, abandonné leur île pour s'établir à Mycale, y vécurent de brigandages durant dix années; après quoi ils rentrèrent dans leur île. »
« Pourquoi, à Antimachie, dans l'île de Cos, le prêtre d'Héraclès commence-t-il le sacrifice, babillé en femme et coiffé d'une mitre? C'est parce qu'Héraclès, à la suite d'un combat qu'il eut à soutenir dans cet endroit et où il fut vaincu, se réfugia chez une femme de Thrace qui le cacha en lui prêtant ses propres habits ; le prêtre fait le sacrifice dans le lieu même où se livra le combat. »
(Plutarque, Questions grecques, 12, 44, 55, 58; trad. Bétolaud.)