‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 156 sur 300 · LE CULTE A L*ËIH)QUE HOMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LE CULTE A L*ËIH)QUE HOMÉRIQUE

(( Les hommes, dit Homère, apaisent les dieux par des sacrifices, par des vœux pacifiques, par des libations et par la fumée.»

La libation sanctifiait une foule d'actes de la vie et en était comme la consécration. Par exemple, elle accompagnait le serment. Au commencement du repas, elle répondait au bénédicité des chrétiens ; tantôt elle se faisait avec de l'eau que l'on répandait (Xoi^), tantôt avec du vin que l'on versait, avant de boire, sur la table ou à terre, ou que l'on répandait sur la victime ((TTcovSi^). Les libations sanctifiaient aussi les conventions, les trêves, les alliances.

Les prières étaient de deux sortes : c'étaient tantôt de simples vœux adressés au ciel (eû;^iq), tantôt des supplications plus instantes (Xitt^) . Homère fait de celle-ci les filles du grand Zeus, et, par une allégorie ingénieuse, il nous les représente boiteuses, ridées, ou à l'air renfrogné, aux yeux louches, suivant Atè, qui est, au contraire, jeune, vigoureuse, alerte. Pour invoquer les dieux, les Grecs se tenaient soit debout, ils s'adressaient alors aux dieux du ciel, soit agenouillés, ils invoquaient alors d'ordinaire les dieux des enfers. Lorsque, au lieu des dieux, c'était à quelque humain qu'il adressait la prière» le stipplinnt se uro-

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slernait devant lui, lui prenait d une main les genoux et de Tautre le menton. Quelquefois, au lieu de simples prières, de supplications ferventes, on avait recours envers les dieux à des adjurations plus pressantes, plus réitérées, à des actes destinés à émouvoir davantage leurs cœurs. C'est ce qu'on appelait les oXoXuyai, c'est-à-dire les plaintes déchirantes, les gémissements, les hurlements, les frappements de poitrine et les arrachements de cheveux, si habituels dans les cultes de l'Orient.

Les idées de pureté physique et morale firent admettre de bonne heure qu'on ne pouvait accomplir les rites sacrés et se présenter au sacrifice qu'après s'être lavé, purifié avec de l'eau. Nestor demande qu'on verse sur ses mains une onde pure, avant d'adresser à Zeus ses invocations. Achille, près d'invoquer les dieux pour Patrocle, se lave aussi les mains. C'était principalement lorsque les mains avaient été souillées par le sang qu'on devait accomplir cet acte préalable de purification. Hector ne veut point faire une libation au souverain des dieux sans avoir auparavant effacé dans l'eau le sang qui couvre ses mains. On lavait aussi les vases destinés aux usages sacrés. Le sel donnait à l'eau, chez les Grecs, d'après des idées qui se sont conservées Jusque chez les chrétiens, une vertu sainte, un caractère plus pur. C'est le motif qui faisait souvertt préférer pour les usages religieux l'eau de mer à l'eau douce. On faisait également des lustrations solennelles, des purifications générales, en vue d'apaiser les dieux, comme V Iliade nous en fournit un exemple lorsqu'elle nous représente Agamemnon prescrivant une pareille cérémonie })Our fléchir le courroux d'Apollon.

L'offrande et le sacrifice sanglant étaient des actes plus solennels qui assuraient davantage la faveur de la divinité. Les vie-, times devaient être jeunes, bien conformées, n'avoir subi aucune «uillure. Les bœufs, autant que possible, devaient ne pas avoir porté le joug, et n'être pas âgés de plus de cinq ans. Cet animal formait, avec la chèvre, la brebis et le porc, les victimes ordinaires; mais il leur était préféré; il constituait par excellence l'animal des sacrifices, et, dans les grandes solennités, on en immolait jusqu'à cent; c'est ce qu'on appelait les hécatombes. Certains dieux avaient leurs victimes spéciales. Par exemnle, on

immolait une vache stérile au dieu des enfers. Mais cette attritution de certains animaux au culte de tel ou tel dieu paraît ne s'être généralise'e qu'après les âges homériques. La victime, préalablement parée, était conduite à l'autel, où on la purifiait avec de l'eau, tandis que les ministres divins se lavaient les mains dans un bassin; puis, récitant des prières, ils élevaient en l'air l'oûXo/uTat, pâte faite d'orge, d'eau et de sel. Ds répandaient ensuite sur la tête de l'animal cette orge sacrée, en même temps qu'ils jetaient dans la flamme allumée sur l'autel quelques poils arrachés du front. Cet acte était désigné par le verbe à7totp}^Ê<i6at, c'est-à-dire présenter les prémices (à7tap;^aî), en sous-entendant xecpaXii; Tpi/a;. Quand le sacrifice était adressé aux dieux du ciel, on relevait en arrière la tête de la victime et on la frappait de la hache. Une fois que l'animal avait reçu le coup mortel, on le saignait avec un couteau, et l'on recevait le sang dans un vase appelé àijLviov. On écorchait la victime qui était ensuite dépecée. Les cuisses étaient mises à part, et, pour que l'odeur pût s'exhaler vers les cieux, pour que la fumée dont l'ascension en droite ligne était un signe favorable fut abondante et épaisse, on recouvrait la victime de graisse, on plaçait sur ses membres de petits morceaux enlevés aux autres parties du corps, et l'on cuisait le tout. La cuisson se faisait à l'aide d'un bois sec coupé en bûchettes. Plus la flamme s'élevait haut, plus l'augure était propice. On versait ensuite un vin noir, ou, à défaut, de l'eau pure. Les cuisses, étant les parties les plus grasses et les plus estimées, étaient offertes aux dieux. La cuisson de ces gigots demeura longtemps une cérémonie sainte. Cet acte du sacrifice est parfois représenté sur les monuments. Sur un vase peint, où figure une scène de sacrifice aux âges héroïques, on voit deux jeunes ministres debout, de chaque côté de l'autel, ayant aux mains deux broches où sont passées les chairs qui doivent être consumées. Tandis que la viande cuisait, des jeunes gens entretenaient la flamme ; car c'était un signe funeste, quand la victime n'était pas suffisamment cuite, ou que la viande en train de cuire tombait à terre. Pendant la cuisson, on coupait en petits morceaux et l'on enfilait à des brochettes d'autres parties. Quelquefois, des parties restantes les unes étaient offertes à djes divi-

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nités inférieures, aux Nymphes, à Hermès, avant que les autres fussent distribuées entre les convives. On s'imaginait que les dieux assistaient invisibles aux repas sacrés.

Outre des victimes, on offrait des couronnes à Apollon, des péplos à Athèna, à d'autres divinités des vêtements brillants, en général des vases, des bassins, et spécialement les dépouilles enlevées à l'ennemi.

(Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, J, pp. 315-32

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