Divorce
14. Les cérémonies du septième et du dixième jour après la naissance. — 15. Les noms propres. — 16. L'adoption. — 17. L'autorité paternelle. — 18. Devoirs des enfants envere leurs parents.
19. Règles relatives à la transmission des successions. — 20. Règles relatives au mode de partage des successions. — 21. Le testament. 22. Testament de Platon. — 23. Partage amiable d'une succession. — 24. Pillage d'une succession. — 25. Prétentions frauduleuses à une succession. — 26. La fille épiclère. — 27. La tutelle.
i. LA FAMILLE PRIMITIVE
Dans les temps primitifs de la Grèce, la famille (yévoç) différait beaucoup de ce qu'elle fut ultérieurement, au v« et au iv« siècle. Elle était d'abord très nombreuse, et ses membres demeuraient tous groupés sous le même toit. Homère, qui n'établit aucune distinction entre les institutions des Grecs et celles des Troyens, décrit ainsi le palais de Priam : « A l'intérieur, il y a cinquante appartements, construits l'un près de l'autre, en pierres polies. Là reposent, auprès de leurs épouses, les fils de Priam. De l'autre côté et en face, dans la cour des
femmes, s'élèvent Tun près de l'autre, construits en pierres polies, douze appartements, où reposent auprès de leurs chastes épouses les gendres du roi. »
Plus tard, quand le yevoç lut remplacé par l'olxoç, c'est-k-dire par la famille entendue au sens moderne du mot, on fut tenté de le considérer comme une association factice, où la parenté n'était pour rien. Cependant nous savons qu'on appliquait encore aux membres des yi^y\ l'épithète d'èuLoyoXaxTeç (nourris du même lait) ; ce qui indique bien une parenté par le sang. Peu importait d'ailleurs que l'on y entrât par la naissance ou par l'adoption ; le fils adoptif était mis sur le même pied qu un fils ordinaire ; sa présence n'était pas une dérogation à la règle qui voulait que tous les YewYjTai fussent du même sang ; son initiation au culte d'une maison nouvelle l'avait complètement détaché de son père naturel, et lui avait donné pour père l'adoptant.
Le Y6V0Ç était donc une réunion de personnes qui toutes descendaient d'un ancêtre commun. Mais, pour cela, une condition était indispensable. Ces personnes ne faisaient partie du yévoç, elles n'étaient parentes entre elles, que si elles se reliaient par les mâles à cet aïeul plus ou moins éloigné. Les enfants de la sœur et les enfants du frère étaient les uns pour les autres des étrangers.
Le chef de la famille possédait une autorité très forte. C'était généralement le père qui l'exerçait. Si le père était mort, elle passait k son fils aîné, et le pater familias était, dans ce cas, le plus âgé des frères vivants. On sait d'ailleurs que le mot pater « contenait en lui non pas l'idée de paternité, mais celle de puissance» (Fustel de Coulanges), et qu'il servait notamment à désigner la souveraineté des dieux. Dans le principe, le père avait chez les Grecs un droit absolu de vie et de mort sur ses enfants. Même innocents, il était libre de les faire périr. Laïus est informé par un oracle que son fils Œdipe lui sera un jour fatal ; pour conjurer ce danger, il l'expose sur une montagne déserte. Les vents sont contraires au départ de la flotte achéenne; Agamemnon n'hésite pas a immoler sa fille Iphigénie pour apaiser k malveillance des dieux. A plus Torte raison, le père a-t-il ce droit quand ses enlunts sont coupables. Draeon n'avait édicté
aucune peine contre le parricide, parce que le châtiment de ce crime incombait exclusivement au chef de la maison. On racontait k Athènes l'histoire d'un archonte de la fin du viii« siècle qui, pour punir l'inconduite de sa fille, la laissa dévorer par un cheval. Avant Solon, le père avait la faculté de vendre ses filles, et le frère ses sœurs, s'il était lui-même chef de famille. Il n'était pas nécessaire qu'elles eussent commis un acte répréhensible ; la misère du père suffisait pour Fy autoriser. Les vieux législateurs, Solon, Pittacos, Charondas, reconnaissaient au père le droit d'expulser le fils qui lui manquait de respect. Dans Homère, le mariage est un contrat passé entre deux pères de famille ; le plus souvent, on néglige de consulter les goûts des futurs conjoints. Les présents que le fiancé offre à celui qui sera son beau-père sont un véritable prix d'achat ; parfois même il y a une sorte de mise aux enchères de la jeune fille. Dans la maison, le premier devoir de la femme est l'obéissance. Pénélope descend de sa chambre pour prier l'aède Phémios de cesser un chant qui l'importune. A peine a-t-elle paru, voilée, sur le seuil de la pièce, que son fils Télémaque l'interpelle ainsi t « Retourne à ton appartement; occupe-toi de tes travaux, du fuseau, de la toile ; ordonne à tes servantes d'achever leur tâche ; les discours sont réservés aux hommes, à moi surtout qui commande dans ce palais, »
Tous ces traits nous montrent que la famille hellénique était, au début, gouvernée despotiquement par son chef. La puissance du père établissait entre tous ses membres une étroite cohé-» sion et empêchait que le groupe ne se disloquât. Sans doute il arrivait de temps en temps qu'un individu indigne en fût chassé, ou qu'un homme en sortît volontairement, par fantaisie, par esprit d'insubordination, par désir de chercher fortune ailleurs. Mais ceux qui restaient auprès du maître étaient pour lui comme les sujets d'un roi absolu. Ils étaient tous solidaires les uns des autres. Que l'un d'eux empruntât quelque chose à un étranger, la communauté répondait de la dette; que l'un d'eux fût victime ou auteur d'un acte délictueux, toute la famille s'unissait pour accorder ou poursuivre la l-éparation du dommage. EUe possédait des biens ; mais ceux-ci, surtout les immeubles, étaient
LA FAMILLE. 2i
la propriété collective de tous. La terre n'appartenait pas au chef; elle était au yivoç tout entier, et le chef n*en avait, pour ainsi dire, que le dépôt et la garde. Bien plus, chacune des générations qui se succédaient sur ce domaine indivis était obligée de le transmettre à la suivante, au moins tel qu'elle l'avait reçu, car chacune n'était en réalité qu'un moment dans l'existence de la famille; aucune d'elles n'avait le droit d'accaparer le fruit du long labeur qu'avaient fourni les précédentes; elle pouvait en bénéficier; mais il fallait que ses successeurs en profitassent k leur tour. Platon reproduit fidèlement les idées des anciens sur ce point, lorsqu'il dit : « Je ne vous considère ni vous ni vos biens comme étant à vous-mêmes, mais comme étant à votre famille, tant à votre postérité qu'à vos ancêtres. »
Des causes multiples amenèrent peu k peu la dissolution de la famille patriarcale. Les différentes branches d'un même yévoç s'isolèrent k la longue les unes des autres ; chaque ménage se constitua k part, pour vivre de sa vie propre,, sans avoir avec les ménages apparentés de relations plus étroites que chez nous. C'est tout au plus si, dans certaines cérémonies religieuses et dans certains actes judiciaires, on voyait parfois reparaître quelque souvenir de l'ancienne unité. Comme il arrive toujours, ce fut dans les familles nobles, surtout dans les familles sacerdo^ taies, que persista le plus longtemps le vieil esprit de solidarité, mais sous une forme de plus en plus atténuée.