‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 172 sur 300 · CROYANCE DES GRECS AU SURNATUREL · texte numérisé non relu

CROYANCE DES GRECS AU SURNATUREL

Le surnaturel frappait à chaque instant les esprits des Grecs ; c'étaient des statues qui pleuraient et se déplaçaient; c'étaient dos temples fermés qui s'ouvraient d'eux-mêmes. Les récits d'Hérodote sont pleins de prodiges, dont quelques-uns ont de la poésie et de la grandeur. Quand les Perses sont près d'entrer dans l'Attique, il s'élève tout à coup sur la route qui conduisait à Eleusis une poussière mystérieuse et inexplicable, comme s'il passait une procession invisible, et on entend dans les airs la voix divine d'Iacchos; ce sont les dieux qui se retirent. Mais d'autres prodiges sont bien étranges; ainsi, il nous parle d'un temple près d'Halicarnasse, où il poussait de la barbe à la prêtresse, quand quelque malheur se préparait. Il nous étonne sur tout en ne s'étonnant pas lui-même et ne s'embarrassant pas de ce qu'il raconte. Une cavale met bas un lièvre; on ne comprit pas, nous dit-il, le sens de ce prodige, « et pourtant, c'était facile à comprendre ». Les prodiges étaient si accrédités et si constamment prévus, qu'on pouvait fonder des stratagèmes sur cette disposition des esprits ; un chef jette la terreur chez l'ennemi en faisant paraître des soldats blancliis que l'on i)rend pour des fantômes. Il y a pourtimt tel prodige qu'Hérodote se refuse a croire, mais l'imagination chez lui est naïve, et peu disposée à se défendre de ce qui l'émeut; il recueille avidement des histoires, comme celle de cette morte qui se plaint d'avoir froid dans son tombeau, parce que les habits qu'on a enfermés avec elle ne peuvent lui servir, n'ayant pas été brûlés préalablement comme le corps même. La foi à la divination se confond absolument avec la foi aux dieux, pour lui comme pour tous les hommes de son temps. La divination, c'est-à-dire l'interprétation des présages célestes, était comptée avec assurance parmi tous ces arts de la

vie aont l'homme est en possession et dont il est fier, ainsi que l'écriture ou Ja médecine. Hérodote rappelle et produit à chaque instant des oracles; là sont les raisons de tous les événements ; si on pouvait enlever à l'ennemi les oracles qu'il gardait dans son temple, on croyait lui avoir pris les plus précieux de ses trésors.

(E. Ha\et, le Christianisme et ses origines, I, pp. 122-123.)

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