‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 179 sur 300 · PETITESSE DES ÉTATS GRECS · texte numérisé non relu

PETITESSE DES ÉTATS GRECS

Pour les modernes, un État grec semble une miniature*. L*ArgoIide a huit ou dix milles de long et quatre à cinq de large; la Laconie à peu près autant; FAchaïe est une bande étroite de terre sur le flanc d'une chaîne qui descend dans la mer. L'Attique entière égale à peine la moitié d'un de nos départements. Le territoire de Corinthe, de Sicyone, de Mégare, se réduit à une banlieue. D'ordinaire, et notamment dans les îles et les colonies, l'État n'est qu'une ville avec une plage et un pourtour de fermes. D'une acropole, on voit avec les yeux l'acropole et les montagnes du voisin. Dans une enceinte si resserrée, tout est net pour l'esprit ; la patrie morale n'a rien de gigantesque, d'abstrait et de vague comme chez nous; les sens peuvent l'embrasser; elle se confond avec la patrie physique; toutes deux sont fixées dans l'esprit du citoyen par des contours précis. Pour se représenter Athènes, Corinthe, Argos ou Sparte, il imagine les découpures de sa vallée ou la silhouette de sa ville. Il en connaît tous les citoyens, comme il s'en figure tous les contours. (Taine, Philosophie de l* art, II, p. 125.)

Les plus grands esprits eux-mêmes ne concevaient pas qu'un État hellénique pût avoir une vaste étendue. Quand Platon essaie d'organiser une république qui, dans sa pensée, était parfaitement viable, il commence par déclarer qu'elle ne doit pas

1. Voici, d'après Clinton, quelle était la population des principaux Étals grecs, esclaves compris :

Phocidc, Locridc, Doride 655700

Béotie 135000

Attique 527 600

Mégare et Corcyre 150000

Corinthe 100000

Argolide 110000

Laconie et Messénie 500 000

Élide 186000

Achaïe 61 000

Sicyone 46 000

Phliontc 31 000

Arcadic 161 000

avoir plus de 5040 familles. « Si le territoire, dit-il, suffit à l'entretien de cette quantité d'habitants, il est assez grand, et il ne faut pas aller au delà. » (Lois, V, p. 737 et 740.) Aristote est du même avis : «- Un État dont la population est trop nombreuse a de la peine à se bien gouverner, si même cela n'est pas tout à fait impossible. Du moins ne voyons-nous pas que dans aucun de ceux qui sont considérés comme ayant un bon système de gouvernement, l'on ait abandonné sa population à un développement illimité. » (Politique, IV (VII), 4, 5.)

Page 1