LES INSTITUTIONS DÉMOCRATIQUES
0 Voici quelles sont les institutions démocratiques . c'est que toutes les magistratures soient électives par tous, et parmi tous les citoyens; que tous aient autorité sur chacun, et chacun, à son tour, sur tous; que les magistratures soient données par la voie du sort, au moins celles qui n'exigent ni expérience ni connaissances techniques; que les dignités ou les emplois ne soient point distribués d'après un certain chiffre de fortune ou de revenu, ou le soient d'après un chiffre très faible; que la même personne ne puisse exercer deux fois aucune magistrature, ou qu'il y en ait très peu qui soient dans ce cas, et qu'elles ne puissent être possédées qu'un très petit nombre de fois par le même individu, à l'exception des emplois militaires; que toutes les fonctions, ou le plus grand nombre possible, ne soient jamais de longue durée; que tous les citoyens soient appelés à juger dans les tribunaux; que les juges soient pris dans toutes les classes, et prononcent sur toutes les sortes d'affaires, ou sur le i)lus grand nombre, sur les plus graves,
comme sont les redditions de comptes des magistrats, les affaires générales de l'Etat, et les contrats privés; enfin que la décision de toutes choses, au moins des principales, dépende entièrement de l'Assemblée générale des citoyens, et non. d'aucune magistrature, ou au moins dans un très petit nombre de cas. j> (Aristote, Politique, Vil (VI), 1, 8; trad. Thurot.)
C'est d'après ces principes que fut organisée la démocratie athénienne. V Assemblée du peuple était ouverte à tous les citoyens âgés de vingt ans ; pour y attirer même les plus pauvres, on imagina d'allouer d'abord une obole (0 fr. IG) et plus tard trois (0 fr. 48) à quiconque venait y siéger^ Elle tenait des séances très nombreuses; elles nommait les magistrats électifs, faisait les lois, décidait la paix et la guerre, jugeait certains crimes ou délits, et dirigeait véritablement foute la politique extérieure et intérieure de la république. Le Sénat ou Conseil, composé de cinq cents membres tirés au sort parmi les citoyens âgés de trente ans, étudiait au préalable toutes les propositions qui devaient être soumises au peuple, sans avoir le droit de les arrêter par un veto préventif; il contrôlait en outre tous les fonctionnaires préposés aux diflerents services de l'administration ; les sénateurs ne demeuraient en charge qu'un an et touchaient une indemnité journalière de cinq oboles (0 fr. 80). Toutes les magistratures étaient conférées par l'élection ou par la voie du sort. Pour y aspirer, il n'était pas besoin de posséder un chiffre déterminé de fortune ni d'offrir des garanties de capacité ou de compétence; il suffisait de justifier qu'on était un homme de bonne vie et mœurs. Elles ne duraient qu'un an, et elles étaient exercées chacune par plusieurs individus à la fois : ainsi les dix stratèges avaient tous ensemble le pouvoir exécutif. Un magistrat athénien n'avait aucune autorité propre ; il n'était que l'agent des volontés du peuple, de qui il dépendait étroitement. On ne se contentait pas de lui demander compte de sa conduite, quand ses fonctions étaient expirées; à dix reprises différentes, dans ie courant de l'année, on examinait ses actes, et on votait pour savoir s'il serait destitué. Le peuple, en un mot, était souverain dans la réalité comme en théorie; il était la source de tous
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les pouvoirs, et il gouvernait l'État, non par des intermédiaires, mais directement.