‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 223 sur 300 · LE PROCÈS DE LA C0CR0NN · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DE LA C0CR0NN

Après la bataille de Chéronée (août 538)^ Athènes avait pris à la hâte quelques mesures de défense que la paix rendit inutiles. 11 y eut pourtant une de ces mesures que le rétablissement de la paix ne fit pas abandonner : c'était la réparation des murs d'Athènes et du Pirée. La résolution fut adoptée en mai 537, sur la proposition de Démosthène, et, dès le mois de juin, une commission de dix citoyens fut nommée, suivant l'usage, pour la direction administrative des travaux. Démosthène en faisait partie; à ce titre, il fut chargé d'une section formant le dixième du travail à exécuter. Le trésor public avait mis une somme de 10 talents à sa disposition ; il y joignit de ses deniers 100 mines.

En 336, tout étant terminé, un membre du conseil, Ctésiphon, ami de Démosthène, présenta un décret portant qu'une couronne d'or lui serait décernée, au théâtre, lors de la célébration des Dionysies. C'était la récompense ordinaire des services rendus. Mais, dans les circonstances où l'on se trouvait, ce décret impliquait l'approbation de toute la politique de Démosthène, hostile à la Macédoine. Aussi, quand le décret, après avoir passé au conseil des Cinq-Cents, arriva devant l'Assemblée du peuple, Eschine soutint que la proposition était illégale en la forme et au fond, et intenta la Ypa(p-y) Tcapavoucov.

Ceci avait lieu en 336, quelques jours avant la mort de Philippe. L'affaire resta en suspens pendant six années, et ne fut plaidée qu'en 330. Pourquoi ce retard? Apparemment personne n'était pressé, ni les parties ni les juges. Les Macédoniens étaient tout-puissants, et la parole n'était pas libre. L'occasion parut plus favorable lorsque Alexandre se fut enfoncé dans la liante Asie. Le procès fut alors introduit devant le jury.

Eschine parla le premier, comme accusateur, et prononça le discours que nous avons encore. Après lui, Ctëeiphon se défendit en peu de mots, et Demostbène prit ensuite la parole comme ami de l'inculpé. En réalité, c'était pour lui-même et pour toute sa politique qu'il plaidait. Ctésiphon fut acquitté à une grande majorité. Eschine n'obtint pas le cinquième des voix, et encourut l'amende de i 000 drachmes. C'était une bien faible somme. Il aurait pu facilement la payer; mais après un pareil échec, son rôle d'orateur était fini. Il se condamna à un exil volontaire, et se rendit à Éphèse, puis à Riiodes, et enfin à Samos, où il mourut.

(Dareste, Plaidoyers politiques de Démosthène,ll, pp. 200-202 .]

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