LIBÉRALITÉS DES CITOYENS ENVERS l'ÉTAT
« Nommé chorège pour une tragédie, dit un client de Lysias, je dépensai 30 mines (2946 fr.). Trois mois après, pendant la fête des Tbargélies, je remportai le prix avec un chœur d'hommes, et U m'en coûta 2000 dr. (1960 fr.), plus 800 (784 fr.), sous l'archontat de Glaucippos, aux grandes Panathénées, pour un chœur de danseurs. Sous le même archonte, aux Dionysies, je lus vainqueur avec un chœur d'hommes, et je dépensai, avec Tofirande du trépied, 5000 dr. (4900 fr.); j'ajoute, sous l'archontat de Dioclès, 300 dr. (294 fr.) aux petites Panathénées. Outre ces dépenses, outre les dangers que je courais journellement pour vous hors de l'Attique, je versai d'abord 30 mines (2946 fr.), puis 4000 dr. (3920 fr.) à'eisphora. Revenu à /thènes sous l'archontat d'Alexias, je fus aussitôt gymnasiarque dais la fête de Prométhée, et j'eus le prix avec une dépense de 12 mines (1178 fr.). Plus tard, j'organisai un chœur d'enfants qui me coûta plus de 15 mines (1473 fr.). Sous l'archontat d'Euclide, j'eus le prix avec un chœur comique, et je dépensai 16 mines (1571 fr.), plus 7 mines (687 fr.) pour un chœur de danseurs dans les petites Panathénées. Je fus vainqueur aux régates du cap Sunion, et je dépensai 15 mines, sans parler de quelques autres liturgies qui me firent dépenser plus de 30 mines. 11 est vrai que si je m'en étais tenu dans tout ceci aux prescriptions strictes de la loi, je n'aurais pas même dépensé le quart. » (Lysias, XXI, 1-5).
On lit dans un plaidoyer d'Isée : « Dicéogène, désigné dans sa tribu pour être chorège aux Dionysies, n'obtint au concours que la quatrième place ; pour le chœur tragique et le chœur de danse, il fut classé le dernier. Ce sont les seules liturgies que,
contraint et forcé, il ait subies, et malgré ses revenus, voilà comme il a briUamment rempli ses fonctions de chorège. De plus, alors que tant de citoyens ont été désignés pour être triérarques, lui ne l'a jamais été, ni seul ni avec un associé, et cela, quand TEtat en avait un si grand besoin.... Les citoyens ont dû acquitter des contributions considérables pour subvenir à la guerre et défendre la cité; Dicéogène n'en a payé aucune. Une fois seulement, interpellé par un citoyen, il promit devant l'Assemblée de faire un don volontaire de 300 drachmes ; mais il ne tint pas son engagement, et il eut la honte de voir, pour ce fait, son nom affiché en public... Mes ancêtres, au contraire, ne se sont dérobés à aucune chorégie; ils ont versé au Trésor en contributions pour la guerre de grosses sommes d'argent, et ils ont supporté en toute circonstance des triérarchies. Il y a des témoignages de ce qu'ils ont été, dans les temples, où, du superflu de leur fortune, ils consacraient des offrandes qui attestaient leurs mérites ; il y a dans le temple de Dionysos des trépieds qu'ils reçurent comme vainqueurs dans les chorégies; il y en a dans le temple d'Apollon Pytbien. Dans l'Acropole enfin, ils ont consacré sous forme d'offrandes une partie de leurs biens, et ils ont enrichi le lieu saint d'objets d'art en bronze et en pierre, fort nombreux, si l'on songe qu'ils étaient payés par la fortune d'un particulier.... » (Isée, V, 36-42.)