Là CHOREGIE
Le chorège devait organiser et faire instruire à ses frais un des chœurs qui prenaient part aux concours de certaines fêtes, comme les Dionysies et les Panathénées. C'était là une fonction très honorable. Mais elle exigeait de si grandes dépenses qu'elle ne pouvait être remplie que par les riches. Ceux-ci, d'ailleurs, mettaient leur point d'honneur à ne reculer devant aucun sacrifice. Ils étaient stimulés,[d'un côté, par l'exemple de leurs devanciers ou de leurs rivaux et l'espoir d'obtenir le prix du concours, de l'autre, par le désir d'éviter les sarcasmes de leurs concitoyens et les reproches des magistrats.
Chaque tribu fournissait pour chaque fête un chwège* Géné-
ralement, il ëtait désigne d^avance par l'autorité compétente; mais parfois il se proposait lui-même. Tout d*abord il avait à se procurer un individu capable de former un chœur. Pour cela, il se réunissait avec ses neuf collègues sous la présidence de l'archonte, et tous les dix tiraient au sort le rang dans lequel ils pourraient choisir le didascalos ou instructeur; au temps de Démosthène, on procédait de même pour le joueur de flûte. Il fallait ensuite chercher des choristes, exclusivement parmi les citoyens. Si le chorège n'avait pas le temps de suivre les répétitions, il se déchargeait de ce soin sur des personnes de confiance; mais il était responsable de tout. Il donnait un local propre aux exercices, le plus souvent dans sa maison ; il nourrissait et payait les choristes; il faisait fabriquer pour eux et pour lui de beaux costumes, des couronnes, des masques, à moins qu'il ne préférât les louer. Le jour de la fête, il conduisait en grande pompe son chœur au lieu du concours, et il assistait aux exercices. Pendant toute la cérémonie, il avait un caractère sacré; l'outrager, c'était outrager l'État et le dieu même que l'on fêtait.
Après le concours, on classait tous les chorèges. Le premier était couronné ; mais ce n'était pas lui que l'on considérait comme le vainqueur, c'était sa tribu. Aux grandes Panathénées, on décernait en prix à un chœur de danseurs une génisse ; aux Dionysies, un chœur de chant obtenait un trépied. Le chorège était tenu de consacrer ce trépied au dieu avec une inscription rappelant son nom, son succès, la nature de son chœur, sa tribu, le didascalos et le joueur de flûte qui l'avaient assisté.
Un chœur tragique était plus dispendieux qu'un chœur comique. D'après Lysias, un riche citoyen dépensa pour un. chœur de tragédie 3000 drachmes; un chœur de danseurs lui revint à 800 drachmes ; il eut à payer • aux Panathénées 5000 drachmes pour l'organisation de son chœur et la consécration du trépied donné en prix. En somme, dans l'espace de neuf ans, sept chorégies lui coûtèrent environ 13 000 francs. Pour diminuer le poids de cette liturgie, on autorisa, vers 406, deux citoyens à s'en acquitter à frais communs ; plus tard même, l'Etat en vint à se charger parfois de toute la dépense. t
Celte institution n'est point particulière à Athènes; elle se retrouve à Siplmos, à Égine, à Mytiiène, à Tlièbes, à Orchomène, à Céos; mais nous ignorons si elle avait partout le même caractère.
(D'après Krehs, Dictiann. des antiquités^ t. I, pp. 1117-1119.)