‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 249 sur 300 · LA SOLDE DES TROUPES · texte numérisé non relu

LA SOLDE DES TROUPES

La solde militaire date à Athènes de Périclès. Elle fut instituée parce que les expéditions furent alors plus lointaines et plus longues. Elle n'était donnée naturellement qu'aux troupes en campagne.

Les Grecs distinguaient dans la solde ce qui est proprement le salaire du soldat (îxkjôo;) et les subsistances ((jÏtoç) ; les deux étaient distribuées en argent. On admettait qu'un hoplite ne devait pas toucher par jour moins de deux oboles (0 fr. 32) pour sa nourriture, et autant pour son salaire ; de là le proverbe : la vie à quatre oboles y pour désigner la vie du soldat.

La solde de l'hoplite a été en moyenne de deux à six oboles (0 fr. 32 à 0 fr. 98). Bockh, en comparant divers témoignages, conclut que celle du cavalier a été tantôt le double, tantôt le triple, ou même le quadruple delà solde de l'hoplite. A Athènes,

elle était en général le triple. Démosthène, par exemple, fixe la solde des troupes qu'il propose d'envoyer contre Philippe à dix drachmes par mois pour l'hoplite, à trente pour la cavalerie.

Comme les cavaliers étaient obligés d'entretenir leurs chevaux même en temps de paix, l'Etat leur attribuait pour cela une certaine somme, qui figure parfois dans les inscriptions sous cette rubrique : (iïtoç ÏTriroiç. De plus, tout individu nouvellement incorporé dans la cavalerie recevait du Trésor une petite indemnité qui l'aidait à se monter; c'est ce qu'on appelait la xaTà(ïTa<rtç.

Les citoyens riches ou aisés s'armaient eux-mêmes ; les autres étaient armés par la république.

(Alb. Martin, les Cavaliers athéniens^ pp. 346 et suiv.)

li. — L ORDRE DE MARCHE

Voici, d'après VAnabase de Xénophon où se trouve racontée l'expédition des Dix Mille, quel était l'ordre de marche.

Dès que les troupes sont rassemblées et les préparatifs terminés, on fait les sacrifices, et, si les présages sont favorables, on entre en campagne. On marche par étapes, sous la conduite des guides, et on envoie sur les côtés ou en avant des éclaireurs chargés de reconnaître le pays. Les étapes sont ordinairement de 27 kilomètres, parfois de 38 à 44 kilomètres. Vers 10 ou 41 heures, on fait halte et on déjeune, puis on se remet en route jusqu'au soir. Après chaque journée de marche, il y a un repos d'un ou plusieurs jours.

Dans les marches de jour, la cavalerie et les troupes légères sont habituellement en tête et en queue; les hoplites sont au milieu. Dans les marches de nuit, les hoplites tiennent toujours la tête de la colonne.

On distinguait la marche en colonne, la marche en ordre de bataille, et la marche en carré. — Dans la marche en colonne, les loches et les énomoties marchent les uns derrière les autres, sur deux, quatre ou plusieurs hommes de front, suivant la nature du pays. Si l'ennemi apparaît en tête, on s'arrête, puis le loche se déploie à gauche et se range en ligne. Si l'ennemi apparaît

en queue, la colonne fait volte-face sur place, et se déploie en ligne, soit par la droite, soit par la gauche. — Dans la marche en ordre de bataille, l'infanterie est en ligne, flanquée de la cavalerie et des troupes légères. Cette disposition était adoptée, quand on arrivait dans le voisinage de l'ennemi ; on était alors tout prêt pour le combat, et on n'avait pas à craindre de surprise.— Dans la marche en carré, les hoplites forment les quatre côtés ; les troupes légères et les bagages sont au centre ; la cavalerie reste en dehors. C'est Tordre préféré, quand on est harcelé par l'ennemi, et qu'il faut se tenir constamment sur la défensive ; on ne peut guère Tutiliser que dans les pays de plaines. — Xénophon signale encore une marche en cercle. Dans ce cas, les soldats se serrent les uns contre les autres, le bouclier tourné en dehors; les soldats de la queue le portent sur le dos, ceux du flanc droit sur l'épaule droite, ceux du flanc gauche au bras gauche, comme à l'ordinaire. Ce rempart de boucliers a l'avantage d'amortir un peu la force des traits de l'ennemi.

Le bagage ((jxeui^) d'une armée hellénique était toujours considérable. Le Grec, armé en campagne, voulait se priver le moins possible des commodités de la vie. Aussi emportait-il des ustensiles de table et de cuisine, des couvertures, des vêtements, etc. Il y avait en outre les tentes avec leurs piquets, les vivres, les marchands, et parfois les prisonniers avec le butin. On chargeait les tentes, les ustensiles et les vivres sur des bêtes de somme ou des chariots que conduisait un personnel spécial. On y mettait également une partie des armes.

En marche, il fallait que le bagage fût à l'abri des coups de main, et qu'il se trouvât en même temps à la disposition des soldats. On le plaçait en queue, sur les flancs, ou au milieu de l'armée, selon que l'ennemi était plus ou moins à craindre. Il n'était pas rare qu'il se divisât en deux, les armes étant à la portée immédiate de la troupe, les provisions et les autres objets demeurant un peu en arrière.

(D'après Pascal, V Armée grecque, pp. 44 et suiv.)

Page 1