‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 250 sur 300 · TACTIQUE DE COMBAT · texte numérisé non relu

TACTIQUE DE COMBAT

A l'époque homérique, la masse des troupes n*avait souvent d'autre rôle que de servir de cortège aux chefs, et de livrer à leur exemple des combats singuliers. Plus tard, les hoplites, manœuvrant en phalanges compactes, devinrent Télément principal du combat. Depuis les guerres Médiques jusqu'à l'expédition des Dix Mille, c'est le combat des hoplites qui seul est décisif; quelquefois ils ont à leurs ailes de la cavalerie et de l'infanterie légère ; mais il y a alors trois combats distincts : celui du centre est le plus important; les deux autres le sont si peu que les historiens ne prennent souvent pas la peine de les mentionner. Avec l'expédition des Dix Mille, un progrès s'accomplit, c'est l'union plus étroite des différentes armes et leur action commune pour obtenir la victoire.

A l'approche de l'ennemi, le commandant en chef désigne Tordre de bataille dans lequel on devra s'avancer ou se ranger devant l'ennemi. Les hoplites commencent par débarrasser leur bouclier de son enveloppe protectrice, et à se parer eux-mêmes de leur mieux; c'est ainsi que, dans VAnahttsç, les Lacédémoniens ornent leur tête d'une couronne. Puis ils se forment en phalange compacte, c'est-à-dire en ordre de combat.

La profondeur ordinaire était de 8 hommes ; mais, suivant les circonstances, elle pouvait être plus considérable et le front plus étroit. Pour éviter d'être débordé par les ailes de l'ennemi, on pouvait aussi diminuer la profondeur et étendre la ligne de front.

Les premiers rangs étaient disposés de manière à être prêts pour une attaque immédiate; les premiers, qui probablement tenaient leur lance droite ou la faisaient rejwser sur l'épaule de leur voisin de devant, n'avaient qu'à se maintenir solidement, à appuyer les rangs antérieurs s'ils étaient pressés, à les pousser en avant et à les remplacer au besoin.

La phalange avait deux ailes, la droite et la gauche, et un centre.

L'infimterie légère se plaçait soit en avant de la phalange, soit

en arrière, sort à une seule aile, soit enfin sur les deux à la fois. La cavalerie était généralement sur les ailes.

Quand l'armée était ainsi rangée en bataille, on sacrifiait aux dieux, et le chef haranguait ses troupes. Ensuite, il entonnait le péan, ou chant de guerre, que tous les soldats accompagnaient en invoquant Ares. On s'avançait en s'exhortant les uns les autres, tout d'abord au pas, et autant que possible en gardant sa ligne. Les hq)lites tenaient leur lance toute prête; les peltastes enroulaient la lanière autour de leur javelot, les archers armaient leur arc, et les frondeurs préparaient leur fronde.

Dès qu'on se trouvait en présence de l'ennemi, les trompettes sonnaient l'attaque. Alors, sous cette sonnerie éclatante et en poussant le cri de guerre : IXsXeîî et àXaXà, les soldats partaient au pas de course. Les hoplites abaissaient leur lance ; d'autres les heurtaient contre leurs boucliers pour effrayer les chevaux ennemis, et les troupes légères lançaient leurs traits. Si l'ennemi résistait au choc, les hoplites des deux armées cherchaient à se frapper de leurs lances et h rompre la ligne opposée ; les lances venaient-elles à se briser, on se Hvrait à ce que le poète Archiloque appelle le travail douloureux des glaives. Entre Grecs, les batailles étaient plutôt des duels de masse que des combats d'extermination ; l'essentiel était de rester maître du terrain. Aussi, quand l'ennemi pliait, on ne poursuivait guère les fuyards ; du moins, on ne lançait contre eux que de l'infanterie légère ou de la cavalerie. Parfois, la retraite avait lieu en bon ordre; le vaincu s'éloignait pas à pas, en farsant front vers l'ennemi ; puis, quand il était hors de portée, il faisait demi-tour, et accélérait la retraite.

Quant au vainqueur, il offrait aux dieux un sacrifice d'actions de grâces ; après quoi, il élevait un trophée sur le champ de l'action. Ce trophée était en pierre ou en bois; il se composait habituellement d'un tronc d'arbre, que l'on revêtait d'une armure complète, et au pied duquel on entassait quelques débris du butin. On y ajoutait aussi une inscription. Enfin on ensevelissait les morts, et on élevait un cénotaphe à la mémoire de ceux qui n'avaient pas été retrouvés.

(Pascal, r Armée grecque, pp. 74 et suiv.)

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