HONNEURS RENDOS AUX CITOYENS MORTS POUR LA PATRIE
a Les Athéniens, conformément à la coutume du pays, célébrèrent aux Irais de l'État les funérailles des premières victimes de la guerre. Voici en quoi consiste la cérémonie. On expose les ossements des morts sous une tente dressée trois jours a l'avance, et chacun apporte ses offrandes à celui qu'il a perdu. Quand vient le moment du convoi, des chars amènent des cercueils de cyprès, un pour chaque tribu ; les ossements y sont placés d'après la tribu dont les morts faisaient partie. Un lit vide, couvert de tentures, est porté en l'honneur des invisibles, c'est-à-dire de ceux dont les corps n'ont pu être retrouvés. Tout citoyen ou étranger est libre de se joindre au cortège. Les parents viennent auprès du tombeau faire leurs lamentations. Les cercueils sont déposés au monument public, dans le plus beau faubourg de la ville (le Céramique). C'est toujours là qu'on enterre ceux qui ont perdu la vie dans les combats. Les guerriers de Marathon furent seuls exceptés ; leur vaillance incomparable les fit juger dignes d'être inhumés dans le lieu même où ils avaient trouvé la mort. Dès que les ossements ont été recouverts de terre, un orateur choisi par la république parmi les hommes les plus éloquents et les plus considérés, prononce un éloge approprié à la circonstance; après quoi l'on se sépare. » (Thucydide, II, 54; trad. Bétant.)
Nous possédons de nombreuses listes de citoyens honorés de la sorte par l'État. Un de ces documents, qui est au musée du Louvre, commence ainsi :
« Les citoyens dont les noms suivent, appartenant tous à la tribu Érechtheïs, sont morts à la ^erre, dans le courant de la même année, à Chypre, en Egypte, en Phénicie, à Halia, à Égine, et àMégare. » (Corp. inscript. Attic, t. I, 455.)
D'autre part, Thucydide nous a conservé, sinon le texte, du moins les idées essentielles de l'oraison funèbre que Périclès fut chargé de prononcer dans la première année de la guerre du Pé-
loponnèse. Les deux tiers du discours renferment un magnifique ëloge des institutions, des mœurs, du courage des Athéniens en général. Après quoi, Torateur en vient à parler des nwrts euxmêmes. II exalte leur vaillance, et les propose comme exemple aux survivants. « Tels ont été ces citoyens, dignes serviteurs de rÉtat. Quant à vous, vous devez, en souhaitant plus de bonheur dans le péril, montrer une résolution aussi intrépide contre les ennemis, et vous inspirer, non pas seulement de discours qui ne vous apprendraient rien en insistant sur tous les biens qui dépendent de la résistance aux ennemis, mais du spectacle chaque jour présent de la puissance de votre patrie ; vous devez vous éprendre d'elle, et songer, en la trouvant si grande, que cette grandeur a été le prix de l'audace, de l'intelligence des intérêts et du dévouement à l'honneur, et que, si la fortune trahissait les efforts de ceux qui l'ont acquise, ils ne voulaient pas pour cela priver la ville de leur courage, mais lui payaient généreusement le tribut le plus glorieux. Car, s'ils faisaient l'abandon public de leur vie, ils recevaient comme leur bien particulier une louange immortelle et un magnifique tombeau, qui sert moins à recouvrir leur corps qu'à conserverie souvenir étemel de leur gloire, pour le mêler désormais, en chaque occasion, aux discours et aux actions de la postâ'ité. Les hommes illustres ont toute la terre pour tombeau ; et, non seulement dans leur patrie les inscriptions gravées sur la pierre rendent témoignage pour eux, mais, même dans les contrées étrangères, un souvenir non écrit habite dans toutes les âmes et y représente leur générosité plus encore que leurs actions. Soyez donc leurs émules, mettez le bonheur dans la liberté et la liberté dans la noblesse d'âme, et n'hésitez pas à affronter les dangers de la guerre.... »
(Thucydide, II, 43 ; trad, par J, Girard.)