LES DECOUVERTES ARCHEOLOGIQUES EN GRECE
Il y a une quarantaine d'années, pour le gros public et dans la littérature, Farchéologue élait assez volontiers placé au rang des personnages comiques, destinés à amuser le parterre de leurs folles et ridicules billevesées. C'était le temps où Edmond About mettait en scène dans le Roi des Montagnes le doux M. Mérinay, archéologue français, membre de plusieurs sociétés savantes, en arrêt devant « un petit monument de calcaire coquillier, haut de 35 centimètres sur 22, et planté par hasard sur le bord du chemin », Tesprit à la torture pour éclaircir l'inscription, absolument inédite, qui s'y trouvait gravée en caractères de la bonne époque et sculptés dans la perfection. (( Si je parviens à rexpUquerj disait ce docte jeune homme, ma forlunfe ésl faite. Je serai mfemUr'e de Tacîidémie des instrip-
lions et belles-lettres de Pont-Audemer I Mais la tâche est longue et difficile. L'antiquité garde ses secrets avec un soin jaloux. Je crains bien d*être tombé sur un monument relatif aux mystères d*Éleusis. En ce cas, il y aurait peut-être deux interprétations à trouver : Tune vulgaire ou démotique, lautre sacrée ou hiératique. 11 faudra que vous me donniez votre avis. — Mon avis, lui répondis-je, est celui d'un ignorant. Je pense que vous avez découvert une borne comme on en voit beaucoup le long des chemins, et que Tinscription qui vous a donné tant de peine pourrait, sans nul inconvénient, se traduire ainsi : Stade 22, Î85I. » Le théâtre n'était pas plus clément à, l'archéologie que le roman. Dans une comédie de Labiche, l'archéologie se présentait sous les espèces d'un académicien d'Étampes, flairant le romain à cent pas de distance, et capable de trouver sous un honnête poirier d*Arpajon le bouclier long, scutum, répée du centurion, gladium, pièce extrêmement rare, les saladiers dorés, signés F. C, Fabius Cunctator, et jusqu'au lacrymatoire de la décadence, trop connu pour qu'il soit utile d'insister. On pourrait citer bien d'autres exemples du cas que le monde faisait alors de l'archéologie ; pour bien des gens, conmie pour un personnage de la Grammaire^ l'archéologie était surtout un mot bien difficile à écrire..
Depuis lors, les choses ont changé. Nous avons perdu le goût des longs développements oratoires, des aperçus brillants et superficiels, des théories générales, des cpnsidérations abstraites. Nous avons pris peu à peu, dans ce siècle de grandes découvertes scientifiques, l'amour des recherches exactes et des méthodes précises, et nous avons compris alors que ces éludes dont on se moquait, apportaient à la connaissance nistorique des cléments nouveaux d'information, que ce n'étaient point là des sciences mortes et vaines, mais qu'elles nous faisaient pénétrer dans ce qu'il y a peut-être de plus vivant au monde, dans les sentiments intimes, dans les formes de penser ordinaires des peuples disparus. Nous avons coi)ipris que l'archéologie n'est pas simplement la science des petits pots cassés, mais que cette science des objets et des monuments antiques nous fait connaître une des expressions du caractère d'un peuile, et Ja plus
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intéressante peut-être, celle qui touche k ses idées et à ses mœurs.
Lorsqu'en 1830 Otfried Mûller dressa pour la première fois rinventaire exact des conquêtes de Tarchéologie, bien des nuages enveloppaient encore Thistoire de Tart antique. Sans doute, dès Ja On du xviii^ siècle, en 1764, Winckelmann, dans son His^ toire (le Vart chez les anciens, avait fondé la méthode des études archéologiques. Sans doute quelques séries admirables de monuments authentiques avaient déjà révélé la beauté grecque, telle qu'Athènes Ta conçue et réalisée. Les marbres du Parthénon, cédés en 1816 par lord Ëlgin au musée Britannique, les figures des frontons d*Égine, qui en 18^0 formaient le noyau du musée de Munich, les frises du temple d* Apollon à Phigalie, dont le musée Britannique, vers le même temps, s'assurait la possession, tous ces monuments avaient initié les érudits et les artistes aux merveilles d'un art jusque-là presque inconnu. Hais k coté de ces lumineuses figures qui jetaient des clartés soudaines dans la nuit de l'antiquité, que de coins sombres encore où l'œil avait peine à percer les ténèbres ! Si les musées de Naples, de Florence et de Rome étaient pleins de figures antiques, ces œuvres de valeur inégale, trop souvent défigurées par de maladroites restaurations, n'apportaient que des informations incomplètes, et beaucoup de ces statues n'étaient que de médiocres copies sorties en foule des ateliers grecs de la décadence pour aller embellir et peupler les palais des empereurs et les villas des riches Romains. On commençait à mieux apprécier le style d'un Phidias ou d'un Praxitèle; mais les premiers tâtonnements de l'art archaïque, le lent et douloureux progrès qui conduisit la statuaire delà gaucherie conventionnelle des primitifs k la splendeur de la perfection classique, tout cela, faute de monuments, demeurait lettre morte. On était k peu près fixé sur les principes de l'architecture grecque, par l'étude des temples de Paestum en Italie, de Sélinonte et d'Agrigente en Sicile, des monuments de l'acropole d'Athènes ; mais qui soupçonnait la peinture antique? qui songeait k chercher dans ces vases d'argile ornés de figures, que pendant si longtemps on s'est obstiné h nommer des vases étrusques, des imitations plus ou
moins libres des tableaux anciens? qui songeait à ressaisir, dans ces dessins conservés sur les vases, un reflet affaibli, mais vivant encore, de l'art des Polygnote et des Apelle?
Soixante ans et plus ont passé depuis Ottried Mûllcr, et luimême jugerait aujourd'hui que son oeuvre est à recommencer. Par une émulation admirable et une féconde rivalité; toutes les nations européennes se disputent la gloire de ramener au jour les débris du vieux monde antique; l'Angleterre et la France, l'Allemagne et l'Autriche, la Grèce et l'Italie, l'Amérique ellemême, ont jeté des sommes considérables sur ces champs de bataille d'une guerre paciflque, où la victoire, comme ailleurs, appartient au plus tenace, au plus heureux, au plus riche. Ici, c'est Scidiemann que l'ardent amour d'Homère entraîne vers les lieux illustrés par le souvenir de la guerre de Troie, et sous la pioche de l'intrépide explorateur l'acropole de Mycènes nous livre ses trésors, ses tombeaux remplis d'or et de bijoux où dorment ses morts illustres*. La, c'est Délos, l'île sacrée d' Apollon, l'un des sanctuaires les plus anciens et les plus vénérables de la Grèce, où dix années de fouilles nous procurent plus de 1500 inscriptions et des séries de spécimens de la sculpture archaïque*. Les fouilles d'Olympie placent devant nos yeux les figures dont les sculpteurs du v« siècle ont orné les frontons et les métopes du temple de Zeus ; elles nous donnent surtout ce beau groupe d'Hermès et de Dionysos, une œuvre originale de Praxitèle, où apparaît dans toute sa fleur la grâce souveraine du maître athénien'. La vieille acropole de Tirynthe, explorée par Schliemann, nous rend un palais des premiers temps de la Grèce. Du rocher de l'acropole d'Athènes le hasard fait surgir (depuis 1882) un peuple de statues, ensevelies pendant de longs siècles au pied du Parthénon, et qui se mon-
i. De 1871 à 18dO, Schliemann a exécuté des fouilles à Issarlik (emplacement de l'ancienne Troie), à Mycènes, à Tirynthe, à Orchomène et à Ithaque.