LES ÉPIJÈBES EiN DEHORS DU SERVICE
Au v*^ siècle et au iv« siècle, les cphèbes n'étaient pas casernes ; ils étaient libres de séjourner où bon leur semblait. Us habitaient, ceux-ci Athènes, ceux-là les dèmes des environs, sans être tenus de quitter leur domicile; ils ne se réunissaient que sur convocation ; comme les soldats ordinaires, ils vaquaient, dans Tintervalle, a leurs affaires, et faisaient de leur temps l'emploi qui leur convenait. Hors du service, ils continuaient a mener l'existence brillante à laquelle ils étaient habitués, partageant leur temps entre des leçons qu'ils payaient fort cher et de coûteux plaisirs. Ce sont eux qu'lsocrate nous peint s'abandonnant a la mollesse, faisant rafraîchir leur vin dans l'eau de l'Ennéacrounos, buvant ensemble dans les cabarets, passant le jour à remuer les dés ou a se divertir chez les joueuses de flûte. 11 leur arrivait de s'associer plusieurs ensemble pour des parties de débauche ; affublés de noms plaisants, ils effarouchaient les citoyens paisibles par leurs bizarres pratiques et leur mé[)ris de tous les usages. On les rencontrait dans les tribunaux, aux audiences ou devait parler quelque orateur célèbre. Beaucoup aussi fréquentaient les gymnases, qui étaient, au iv*' siècle, les lieux de rendez-vous de la société élégante. Eschine rajjpelle que son frère aîné Philocharès n'est pas un homme du commun, qu'il aime à se rendre dans les gymnases; lui-même se vante d'y passer de longues heures à converser avec les beaux adolescents. Se montrer dans les gymnases prouve qu'on n'a rien à faire, qu'on n'est point obligé, pour vivre, de travailler; cela indique également qu'on a de grandes relations, car les jeunes gens qu'on y rencontre sont riches, souvent nobles ; voilà pourquoi le vaniteux, dans Théophraste, se fait un devoir d'y paraître. Déjà au v« siècle il en était ainsi : les cavaliers d'Aristophane, qui réclament si fièrement le droit de vivre en paix dans les gymnases, représentent l'aristocratie de la jeunesse athénienne. Equitation et gymnastique sont deux arts qui vont ensemble, et que doit cultiver tout citoyen d'un certain rang,
Mais ce qui faisait surtout de la fréquentation des gymnases une habitude aristocratique, c'est l'enseignement philosophique qu'on y recevait. Cet enseignement, tous ne pouvaient pas le suivre, car il n'était pas à la portée de toutes les bourses. Plusieurs disciples de Socrate, n'imitant pas le désintéressement du maître, communiquaient leur sagesse à prix d'or, comme Aristippe. Si Platon n'acceptait pas d'honoraires, ses auditeurs étaient en général des jeunes gens appartenant aux meilleures familles et connus pour leur élégance. Un poète comique nous les peint vêtus de fines étoffes, les cheveux et la barbe soigneusement peignés, les pieds chaussés de sandales retenues par des courroies qui s'enroulent gracieusement autour de la jambe. Parmi ces élégants, tout porte à croire qu'il y avait beaucoup d'éphèbes. D'après Diogène Laërce, Théophraste compta jusqu'à deux milijB élèves; il est impossible que ce chiffre n'ait pas compris un certain nombre d'éphèbes. Ajoutez que les éphèbes suivaient aussi les leçons des rhéteurs ; vraisemblablement ils formaient en grande partie l'auditoire de Socrate. C'étaient là des études inabordables pour la masse des jeunes gens, et que les éphèbes riches pouvaient seuls cultiver.
(D'après Girard, l'Éducation athénienne^ pp. 298-502.)