ASPECT GÉNÉRAL DES VILLES GRECQUES
Pendant longtemps les cités grecques n'ont connu le luxe que pour les monuments publics. Les demeures particulières, d'une mesquinerie qui nous surprend, manquaient du confortable le plus élémentaire. Évidemment, ces gens-là ne vivaient guère chez eux, et le plus souvent dormaient dehors sous les portiques. Les rues des villes, étroites et tortueuses, rétrécies encore par les saillies et les balcons du premier étage, laissaient à peine arriver la lumière. Athènes surtout garda longtemps la physionomie la plus piteuse. La ville pourtant avait été brûlée pendant la guerre médique; mais on la reconstruisit avec la même négligence ; les rues continuèrent à serpenter au hasard ;
les maisons des quartiers populeux restèrent très petites et incommodes. Les étrangers en parlaient avec dédain. Démosthène lui-même voyait avec une sorte d'étonnement les pauvres logis de Mildade, d'Aristide, de Thémistocle. Ce n'est que peu à peu que le luxe avait gapié les habitations privées. On avait rejeté plus loin le mur d enceinte et percé de nouveaux quartiers. L'architecte Hippodamos de Milet accomplit une véritable révolution dans la construction des villes. Pour ses travaux du Pirée, de Timrium, de Rhodes, il se préoccupa de disposer les rues sur un plan régulier, d'aligner les maisons. Platon fait allusion aux nouveaux règlements de police dirigés contre les propriétaires. A Athènes, les astynomes et l'Aréopage furent chargés de veiller à la bonne tenue des maisons, d'imposer des réparations, de dresser les contraventions. Presque toutes les villes, Athènes et Mégare, Scione et Potidée, Samos et Sardes, s'entourèrent de grands faubourgs, où le luxe se déploya plus à l'aise. Pour comprendre ce changement, il suffit de comparer dans Athènes les vieux quartiers du Pnyx et de l'Aréopage aux quartiers neufs du Céramique et du Dipylon : aux taudis étriqués ont succédé de véritables habitations. Mais il est difficile de transformer les rues commerçantes des villes et d'y agrandir les maisons. Aussi la classe riche garda-t-elle l'habitude de vivre a la campagne. Thucydide et Isocrate constatent que de leur temps il faut chercher hors des murs les belles habitations. Au iv« siècle, Démosthènc s'effraie du luxe croissant des maisons particulières. Pourtant, c'est surtout dans les pays d'outre-mer, aux colonies, qu'apparaît ce goût nouveau ; et c'est la que l'habitation heUénique, aux v® et iv« siècles, atteint son apogée, dans les palais des tyrans et des rois.
(Monceaux, Dict. des antiquités^ II, p. 342.)