LA BARBE ET LA CHEVELURE
Dans les monuments les plus anciens, on ne voit pas de barbe entière, mais seulement un épais collier a l'assyrienne, qui enveloppe les joues, s'avance fort au delk du menton, et laisse le tour des lèvres entièrement dégagé. Cette mode persista à Sparte. Les Lacédémoniens avaient la barbe longue et touffue, parce qu'ils y voyaient une marque de virilité ; mais chaque année, k leur entrée en charge, les éphores renouvelaient la prescription légale « de couper sa moustache ». A Athènes, on laissait pousser la barbe, sans excès toutefois, et l'on en prenait le plus grand soin. 11 y avait cependant des individus qui par coquetterie se rasaient et s'épilaient, sans crainte des mauvais propos qu'on débitait sur eux. Quelques rares témoignages prouvent que le rasoir et les pâtes épilatoires furent d'assez bonne heure en usage, notamment dans la Grande-
Barbe primitive.
Grèce. Pourtant ce n'est qu'a partir d'Alexandre que l'on renonça, d'une manière générale, à porter la barbe. Couper sa barbe, ou, au contraire, la porter longue et intacte, fut, selon les temps, un signe d'affliction et de deuil. (Saglio, Dict. des antiquités j I, p. 607-669.)
Avant les guerres Médiques, la coiffure des Grecs a un caractère tout oriental. Les grandes robes de lin et les longues chevelures, qui distinguaient alors les principaux citoyens, devaient leur donner un aspect semblable à celui des dignitaires égyptiens ou assyriens. Tantôt les cheveux flottaient librement, divisés en mèches bouclées qui tombaient toutes droites dans le dos ou étaient ramenées en partie de chaque côté sur la
Coiffures primitives.
poitrine ; tantôt on les rejetait en arrière, soit en longues tresses, soit en une seule masse serrée par un ruban. Quelquefois, au lieu de les laisser pendre dans le dos, on les enroulait et on les relevait sur la nuque, en forme de chignon. — Après les guerres Médiques, la coiffure des hommes se raccourcit, et devient toute différente de celle des femmes. A Athènes, les hommes ne portent plus les cheveux longs que pendant leur enfance, et jusqu'à l'âge d'éphèbe. On renonce aux arrangements symétriques. Les cheveux sont courts, mais non
pas ras, du moins chez ceux qui fréquentent encore les gymnases et les palestres ; plus tard ils atteignent une longueur moyenne et tombent sur le cou, sans atteindre les épaules. S'ils bouclent, c'est naturellement. Une épaisse chevelure, haute sur le front, se répandant autour du visage, fut toujours, aux yeux des Grecs, un signe de force et de fierté.
Pour les Spartiates, on ne sait s'ils avaient la chevelure longue ou courte en temps ordinaire ; les renseignements des anciens sur ce point sont contradictoires. Les Eubéens sont caractérisés par l'épithète oTuia- 6oxo|jLat (qui portent les cheveux en arrière) ; les Thraces, par celle de àxpoxoixai (qui les relèvent sur le sommet de la tête) ; les Macédoniens eurent les cheveux longs jusqu'à Alexandre, et courts après. — Ces usages souffraient d'ailleurs des exceptions. A Athènes,
par exemple, les élégants, comme Alcibiade, portaient une longue chevelure soigneusement entretenue. Ce fut aussi le trait distinctif des philosophes que d'avoir de longs cheveux. Les athlètes, au contraire, les ont ordinairement très courts, et parfois tout ras.
La coiffure des femmes changea également après les guerres Médiques, en ce sens qu'elle fut désormais moins apprêtée. Beaucoup laissaient flotter librement leurs boucles ; d'autres liaient l'extrémité de leurs cheveux ou l'emprisonnaient dans une espèce de bourse; d'autres encore les séparaient en bandeaux unis qui se rattachaient au chignon, ou les relevaient, les enroulaient en couronne autour d'une bandelette, les maintenaient par une tresse. 11 en était enfin qui les laissaient descendre seulement jusqu'au cou, et atteindre à peine les épaules. Des
Chevelure du iv« siècle.
bandelettes, de longues épingles, des résilles, ou des sortes de mouchoirs aidaient à consolider I édifice, souvent assez haut, de la coiffure. Une simple touffe ramassée et nouée sur
Coiffures de femmes.
le sommet de la tête paraît avoir été une coiffure propre aux jeunes filles. A Sparte, celles-ci avaient les cheveux longs et libres ; mais le jour du mariage, on les leur rasait complètement.
On invoquait volontiers l'assistance du coiffeur ou de la
LA VIE PRIVÉE. Ml
coitiëuse. Les ustensiles ordinaires de ces artistes étaient les peignes, les ciseaux à cheveux, les ciseaux à ongles, les rasoirs, les miroirs, les serviettes, les fers à friser. On parfumait la chevelure avec des essences odoriférantes ; on la peignait, on la frisait. Les tentures n'étaient pas non plus inconnues aux iemmes grecques ; dès le v® siècle, on savait se faire des cheveux noirs ou blonds. Les faux cheveux étaient aussi en usage ; on portait une perruque entière, ou bien de simples tours de cheveux. D'après quelques épigrammes de YAnthologiey c'était une denrée courante qu'on achetait à l'agora avec les autres articles de toilette.
(Pottier, DicL des antiq,, I, p. 1555 et suiv.)