LE BUDGET d'uN MÉNAGE ATHÉNIEN
Les Atliéniens n'étaient pas dépensiers. Us avaient en Grèce une réputation de sobriété qu'ils justifiaient pleinement. Ils mangeaient très peu de viande de boucherie, et se nourrissaient surtout de légumes et de poissons. Ils n'avaient pas ces besoins naturels ou factices qui proviennent chez nous du climat et de l'amour du bien-être. Us ne demandaient pour leur entretien que le strict nécessaire, et ils n'en étaient ni moins heureux ni moins civilisés pour cela.
Voyons quelle pouvait être, au v® siècle, la dépense annuelle d'une famille pauvre qui comprwiait trois personnes.
\^ Nourriture, — Dans une comédie d'Aristophane, un individu prétend qu'avec 3 oboles (0 fr. 48), lui, sa femme et son enfant ont de quoi vivre pendant une journée entière. Cette assertion n'a rien d'exagéré. Nous savons qu'un Athénien consommait 1 litre environ de farine par jour. Il ne buvait guère plus d'un
quart de litre de vin, d'autant plus qu'il ne prenait jamais de via pur. Cela faisait au total 0 fr. 057, et pour 3 personnes 0 fr. 174. 11 reste encore pour l'ordinaire 0 fr. 306, et cette somme était probablement suffisante, si l'on réfléchît au bas prix des denrées alimentaires. Ainsi la nourriture de ce ménage revenait à 175 fr. par an.
2" Loyer, — Les logements des pauvres étaient fort modestes. Les anciens Grecs se souciaient beaucoup moins que nous d'avoir un intérieur confortable, car ils passaient presque tout leur temps au dehors. Un certain Ératosthène, qui avait quelque aisance, puisqu'il possédait une esclave, habitait une maison à un étage, qui paraît bien n'avoir eu que quatre pièces. Un voyageur qui visita Athènes vers la fin du iv« siècle av. J.-C. nous dit que les maisons y étaient pour la plupart misérables, et, si un homme comme le père de Démosthène, qui avait un revenu de 5 à 6000 francs, en consacrait 350 à son loyer, on devine qu'un ménage de pauvres gens ne devait pas dépasser plus du dixième de cette somme, soit 35 fr. environ.
3<» Habillement, — Je compte pour trois personnes trois tuniques à 9 francs, trois paires de sandales à 1 franc, et trois manteaux à 9 francs, qui duraient au moins quatre ans. Gn arrive ainsi à un total de 37 francs pour le vestiaire, et ce chiffre est sans doute bien au-dessus de la vérité.
¥ Dépenses diverses. — On ne voit pas trop ce qu'un Atlicnien de la basse classe pouvait inscrire de ce chef à son budget. Il avait des plaisirs, mais ils étaient gratuits. Très souvent dans l'année il assistait à de belles fêtes; mais tous ces spectacles, processions, courses de chevaux et de chars, luttes atliléiif[ues, régates, concerts, représentations dramatiques, ne lui coûtaient absolument rien. 11 n'était même pas rare que ces jours-là il fut nourri par les riclies. 11 se baignait et faisait de 1 1 gymnastique sans bourse délier ; il y avait pour cela des établissements ouverts à tout venant. Si l'on tombait malade, on était soigné gratis par un médecin officiel. Avait-on la fantaisie d'aller en pèlerinage à Olympie ou ailleurs, on s'y rendait à pied, comme Socrate. Les voyages, du reste, notaient point
coûteux, du moins par mer, s*il est vrai qu*on ne demandât pas plus de 2 francs pour transporter une famille d'Egypte au Pirée. Les parents étaient tenus de donner à leurs enfants un minimum d'instruction primaire; mais l'école n'était ni publique ni gratuite, et la rétribution scolaire était d'une douzaine de francs par an. Toutefois, nous n'avons pas à en tenir compte ici; car nous supposons que la famille en question était formée de trois adultes.
On aboutit en somme à cette conclusion que ce ménage pauvre se suffisait avec un budget de 250 francs, et, en laissant une certaine marge pour l'imprévu, avec 270 francs. On menait assurément, pour ce prix, une vie très modeste; mais on n'était pas dans le besoin. Or on calcule qu'aujourd'hui une famille de paysans, composée de même, dépense en moyenne 450 francs.
Naturellement, il fallait beaucoup plus pour vivre dans l'aisance. Dans un discours de Démosthène, un individu, qui avait hérité de 45 mines (4400 fr.), déclare qu'on est gêné si l'on se trouve réduit aux revenus d'un pareil capital, c'est-à-dire à 528 francs. Un autre prétend qu'il a pu être nourri et élevé avec 636 fr. par an. Démosthène lui-même, sa sœur, plus jeune que lui, et leur mère recevaient annuellement 7 mines (688 fr.), et ils n'avaient pas de loyer à payer; de plus les frais de l'éducation du premier étaient comptés à part. Lysias croyait faire largement les choses en évaluant à 1000 dr. (980 fr.) la dépense annuelle de deux petits garçons, d'une petite fille et de deux jeunes servantes.
Quant à ceux qui menaient un certain train de maison, ils avaient à peine de quoi y subvenir avec un capital d'une cinquantaine de mille francs et un revenu de 6000 (Xénophon, Économique j cli. 2). Il est vrai que pour eux les impôts étaient assez lourds.