‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 79 sur 300 · LES MÉDECINS PUBLICS · texte numérisé non relu

LES MÉDECINS PUBLICS

Il y avait des médecins publics dans la plupart des cités grecques. Un des plus anciens que l'on mentionne est Démocédès de Crotone. « Obligé de fuir son père jui le maltraitait, il s'était rendu à Égine. Il s'y étaWit, et, dès la première année, il surpassa tous les autres médecins, quoiqu'il n'eût point d'instrument ni rien de ce qui pouvait l'aider à pratiquer son art. La seconde année, les Éginètes lui donnèrent un traitement d'un talent ; la troisième année, les Athéniens lui donnèrent cent mines, et la quatrième, Polycrate, tyran de Samos, deux tiilcnts. )) La guerre le fit tomber aux mains du roi de Perse Darius. Il eut la chance de guérir ce prince d'une maladie, et dès lors il demeura à sa cour, comblé de biens, « sauf la liberté de retourner en Grèce». (Hérodote. IV, 131-132.) Il ne rentra à Crotone que vers la fin de sa vie.

Le médecin public était probablement le directeur d'un taTpeïov mis à sa disposition par la cité, et pourvu par elle do médicaments, d'instruments de médecine et de chirurgie, de "

lits, etc. C'est là que, payé par l'État, il exerçait son art et soignait gratis les malades qui venaient le consulter ; il était secondé par tout un personnel d'esclaves dont l'entretien était à la charge de la cité. Il faut nous figurer ces tarpîTa, au moins les plus importants, comme de timides essais d'hôpitaux laïques, particulièrement réservés aux pauvres.

Une inscription athénienne de la première moitié du in® siècle av. J.-C. prouve que dans cette ville les médecins publics étaient nombreux. Ils formaient une sorte de corporation ayant des intérêts communs et sans doute une caisse. Il y avait une certaine rivalité entre eux et les prêtres guérisseurs, d'autant plus que les Asclépiéia devinrent avec le temps des foyers de superstition et de charlatanisme. Pourtant les médecins ne cessèrent jamais d'affecter un grand respect à l'égard d'AscIépios et de la déesse Hygie, qu'ils considéraient comme leurs patrons. A Athènes, ils avaient l'habitude de leur offrir deux fois par an un sacrifice solennel, et les traités mis sous le nom d'Hippocrate reconnaissent l'efficacité de la prière, des vœux, des supplications, des cérémonies religieuses, tout en recommandant de recourir aussi à d'autres moyens.

(D'après P. Girard, rAsclépiéion d'Athènes, pp. 83-87.)

2b. — LES MEDECINS PRIVES

Il existait des médecins privés qui faisaient des visites à domicile. Xénophon parle de ceux qui « matin et soir vont voir leurs malades ». (Économique, ch. 15, § ^.)

Le document hippocratique intitulé le Serment indique quels étaient leurs principaux devoirs. « Je ferai servir tout mon pouvoir et tout mon discernement au soulagement des malades ; j'écarterai ce qui pourrait tourner à leur perte ou à leur détriment. Jamais je ne donnerai un médicament mortel à qui que ce soit, quelques sollicitations qu'on me fasse ; jamais je ne serai Fauteur d'un semblable conseil.... Je conserverai ma vie et ma profession pures et saintes. Je ne taillerai jamais les calculeux, mais je les adresserai à ceux qui s'occupent spécialement de

cette opération. Dans quelque maison que je sois appelé, j'y entrerai avec l'intention d'y soulager les malades, me conservant pur de toute iniquité volontaire et corruptrice.... Les choses que je verrai ou que j'entendrai dire dans l'exercice de mon art, ou hors de mes fonctions dans le commerce dès hommes, et qui ne devront pas être divulguées, je les tairai, les regardant comme des secrets inviolables. » (Œuvres choisies d'HippocratCy par Daremberg, p. 5 ; 2® édition.)

Voici encore quelques prescriptions curieuses sur la profession médicale :

« Il est du devoir d'un médecin de conserver, autant que sa nature le lui permet, le teint frais et de l'embonpoint ; car le vjlgaire s'imagine qu'un médecin qui n'a pas bonne apparence ne doit pas bien soigner ses clients. 11 doit être propre sur sa personne, avoir un vêtement décent et porter des parfums agréables, mais dont l'odeur ne soit pas incommodante ; car cela plaît aux malades. Il doit rechercher cet esprit de modéralion qui ne consiste pas seulement dans le silence, mais encore dans une vie parfaitement réglée ; rien ne contribue autant à la bonne réputation. Qu'il ait un caractère noble et généreux, et, s'il se montre tel, il passera aux yeux de tous pour un homme respectable et pour un ami de l'humanité. Trop de promptitude a parler, et trop d'empressement à agir, lors même que cela serait tout à fait utile, est une cause de mépris. Qu'il règle son empressement sur les droits que lui donne le malade ; car les mêmes offices rendus aux personnes gagnent du prix en raison de leur rareté. Quant à son extérieur, le médecin doit avoir l'air méditatif, mais non pas chagrin ; autrement il paraîtrait arrogant et misanthrope. D'un autre côté, celui qui s'abandonne à un rire immodéré et à une jovialité excessive passe pour insu()portable ; aussi doit-il grandement éviter ce défaut. Que l'honnêtelé accompagne le médecin dans toutes ses relations ; l'honnêteté doit, en beaucoup de circonsUmces, offrir un ferme appui, et pour le médecin en particulier, c'est un gage précieux dans ses relations avec ses clients. » (Ibid,, p. 57.)

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