DOUBLE MODE DE SÉPULTURE
Dès l'époque homérique, en Grèce et dans les colonies, l'inhumation et l'incinération des morts ont été pratiquées en même temps. On trouve dans la nécropole de Myrina* ces deux modes de sépulture employés simultanément. L'inhumation y est d'un usage plus fréquent; ce qui est naturel, puisque c'est le moyen le moins dispendieux. On constate, surtout dans les sarcophages, la présence d'ossements calcinés. L'incinération a dû être faite généralement en dehors du tombeau, plus rarement dans le tombeau même, dont les parois portent alors la trace du feu. Les restes calcinés reposent au fond de la caisse de tuf ou du sarcophage; ils sont parfois placés dans un vase de terre ou de métal; les menus objets qu'on ensevelit avec le mort se trouvent mêlés à ces ossements. Il arrive quelquefois que le même tombeau réunit les deux modes d'ensevelissement, et que des squelettes inhumés reposent à côté d'ossements calcinés.
La position du corps inhumé est à peu près uniforme ; il est couché sur le dos, dans le fond de la caisse, les bras allongés le long du corps. Cette position varie, quand plusieurs morts sont ensevelis ensemble, ce qui est un fait assez commun. Beaucoup de tombeaux contenaient deux et trois corps, couchés en sens inverse, parfois superposés et comme enchevêtrés. En plu-
1. Cette nécropole, située on Asie Mineure, à 7 kilomètres environ de l'ancienne Cyme, a élc fouillée mélhodiqucment par MM. Potlicr et Reinacli en 1880-83; elle date des deux premiers siècles av. J.-C.
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sieurs endroits, c'étaient de véritables ossuaires, sortes de fosses communes, où les ossements étaient confondus, à peine recouverts de terre et mêlés de poteries grossières en morceaux. Cette communauté de sépulture pour les membres d'une même famille enfermés dans un seul caveau ou pour les pauvres jetés dans la même fosse nous autorise à croire que les rites religieux des Grecs n'interdisaient pas de rouvrir le tombeau pour y enterrer successivement plusieurs personnes, car il est inadmissible que tous ces morts aient été déposés en même temps à cette place. Un tombeau permet de constater plus sûrement encore un double ensevelissement fait à des époques différentes : un mort repose avec quelques objets dans le fond de la fosse; au-dessus de lui, deux autres morts ont pris place, mais séparés du précédent par une couche d'humus. On voit que la tombe a été rouverte, la terre enlevée jusqu'à une certaine profondeur, et les corps disposés sur la couche où reposait déjà un membre de la même famille. Il était d'ailleurs défendu de mettre le corps d'un étranger dans la tombe.
Plusieurs corps inhumés étaient privés de têtes. Tantôt c'est la tête seule qui manque au squelette, tantôt la tête et les pieds ; ailleurs le corps tout entier a été brûlé, sauf la tête qui reste intacte, ou bien, au contraire, toute la partie supérieure du corps a été incinérée et les ossements des jambes restent seuls visibles. Le double procédé d'inhumation et d'incinération, appliqué au même corps, est donc un fait authentique, dont on doit tenir compte dans l'histoire des rites funéraires de l'antiquité, si étrange qu'il paraisse.
(Pottier et Reinach, la Nécropole de Myrina, t. I, pp. 73-75.)