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LE CULTE DU TOMBEAU d'âPRÈS LES MONUMENTS FIGURÉS

Comme dans les scènes de irp6Ô£(riç, le rôle des femmes paraît être prépondérant dans les cérémonies d offrandes au tombeau. Bien que la présence des hommes ne soit pas rare, les assistants se composent en majeure partie de femmes. Les gestes sont, en général, plus mesurés et plus calmes que dans la irpôôecrtç. On voit cependant encore quelques assistants porter la main à leur tête comme pour s'arracher les cheveux; mais l'attitude ordinaire est celle d'un personnage debout et tranquille qui tient dans ses mains les offrandes destinées au mort ou qui semble réfléchir tristement; ailleurs il s'avance vers la stèle avec la main élevée à la hauteur du visage, ou s'agenouille au pied et semble parler au tombeau. C'est moins l'expression de la douleur qui domine dans toutes ces scènes qu'une sorte de regret religieux et de mélancolie résignée.

Un de ces gestes paraît pourtant avoir un caractère plus particulier et signifier autre chose qu'une vague expression de regret et d'hommage. On remarque un certain nombre de peintures où les personnages, en étendant la main vers le tombeau ou en l'élevant à la hauteur du visage, rapprochent deux doigts l'un de l'autre, en général le pouce et l'index. C'est là un geste d'adoration.

Dans ces scènes, il arrive fréquemment que l'himation a des couleurs claires, bleu ou rouge. Ces peintures, en effet, ne correspondent plus a la cérémonie mortuaire proprement dite. Les

rites iunèbres obligeaient Jes parents du défunt à revenir au tombeau le troisième jour après la mort, puis le neuvième et le trentième; on apportait au mort le repas funèbre; on renouvelait les libations et les offrandes du premier jour* Cette période d'un mois représentait à Athènes la durée complète du deuil. On quittait alors les vêtements sombres. Voilà pourquoi l'himation apparaît ici avec des couleurs claires. Le jour anniversaire de la mort, ou, suivant d'autres, le jour anniversaire de la naissance du défunt amenait encore une réunion des parents autour du tombeau. Mais rien n'empêchait, le reste du temps, de venir s'asseoir au pied de la stèle pour parler au mort, pour renouveler les fleurs et les bandelettes, pour apporter de nouvelles offrandes. L'emplacement même de la nécropole aux portes de la ville engageait à ces visites pieuses, qui sont dans les mœurs et dans les habitudes de tous les peuples.

Les objets qu'on voit dans les mains des personnages, au pied ou autour de la stèle et dans le champ du vase, sont de nature très variée. Tous ne représentent pas des offrandes. Un certain nombre ne figurent que comme des ustensiles nécessaires à l'accomplissement des rites funèbres; par exemple, la corbeille, le coffret, les vases à libations ; quelques-uns, comme la bandelette, les couronnes, les vases à parfums, sont spécialement destinés à l'ornementation de la stèle ; les autres enfin, objets de toilette, armes, oiseaux, gâteaux et fruits, libations, sont des offrandes dont le mort lui-même a la jouissance.

11 est intéressant de constater sur les peintures du v« et du iv« siècle la simplicité et la frugalité de ces offrandes. On n'y voit aucune allusion aux libations de sang, aux holocaustes de victimes si souvent mentionnés par les auteurs. Ce n'est pas l'effet du hasard ; c'est le véritable caractère des rites de l'époque. Aux temps homériques, le sang des humains et des animaux est la nourriture la plus agréable qu'on puisse offrir au mort. Achille, sur le tombeau de Patrocle, égorge douze jeunes Troyens, quatre chevaux, deux chiens, une foule de bœufs et de brebis. Ulysse évoque les ombres des morts en immolant des brebis au bord d'une fosse, et les ombres, se répandant autour comme un essaim de mouches, boivent avidement cette libation san-

glante. Les holocaustes humains font partie de toute l'histoire héroïque; plus tard, les poètes en feront un ressort dramatique pour exciter la terreur et la pitié dans l'àme des spectateurs. Mais ces coutumes barbares n'existent déjà plus quand commence la véritable histoire. Déjà même, au vii^J siècle, l'habitude de sacrifier les animaux de grande taille est considérée comme un rite dispendieux qu'on réserve aux divinités, et la loi de Selon défend d'immoler un bœuf dans les cérémonies funèbres. Au vi« siècle, la loi d'Iulis permet encore d'immoler des victimes suivant le rite ancien; mais, au v«, l'offrande des victimes paraît devenir le privilège des dieux et des héros morts. C'est ainsi que le héros Pélops était honoré chaque année. Les guerriers de Platées recevaient dans une cérémonie annuelle l'offrande d'un taureau. De tels honneurs étaient exceptionnels au v« siècle. Ce sentiment devient encore plus évident chez les écrivains de la un du siècle et du commencement du iV*. Platon rappelle comme une habitude barbare les sacrifices humains et cite comme un usage également abandonné la coutume d'immoler des animaux avant la cérémonie de l'Ixcpopa. Le sacrifice des victimes n'est jamais non plus représenté sur les vases peints de ce temps. . . .

Deux pratiques montrent sous un aspect intime et familier les hommages rendus aux morts. C'est d'abord la conversation des assistants avec le défunt. Debout ou agenouillés devant la stèle, ils étendent les mains vers le tombeau avec un mouvement qui semble indiquer qu'ils parlent au mort. C'est la peinture de ces entretiens familiers, tels que les retracent de nombreuses inscriptions funèbres portant la formule d'adieu, x*^pe, ou un petit dialogue entre le défunt et le passant. Sur les vases, la scène a un caractère plus intime d'entrevue entre le mort et ses parents.

La seconde coutume est de faire de la musique au pied du tombeau pour réjouir le mort dans sa solitude. L'instrument dont on se sert est la lyre. Sur les peintures de vases, c'est un éphèbe assis ou debout qui tient la lyre, tandis que les assistants paraissent l'écouter. Différents passages des auteurs font allusion à l'emploi de la musique dans les cérémonies mortuaires; en particulier, la flûte était usitée dans la irpoôeciiç et dans l'ex^opà.

Nous trouvons également un tympanon entre les mains d'une femme sur un lécythe du Louvre. La lyre est connue comme instrument funèbre. Nous saisissons ici une des pensées les plus délicates de la religion des morts. Les offrandes matérielles, la nourriture et la boisson ne suffisent pas au défunt, et l'affection de ses proches doit songer à lui procurer des distractions intellectuelles; du fond de son tombeau, il entendra encore le son des voix qu'il a aimées, leurs paroles de tendresse et de consolation ; et les doux accords de la lyre le berceront dan'î l'étemel sommeil.

(Pottier, Étude sur les lécythes blancs attiques à représentations funéraires, pp. 56 et suiv.)

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