L ESCLAVAGE PRIMITIF
Les esclaves s'apoelaient SjjLoSeç. lis tiraient ieur origine de la naissance, de la guerre, ou d'un contrat d'achat. Hérodote déclare que dans la Grèce primitive cette institution était inconnue. Timée, sans aller jusque-là, soutient que les Grecs anciens ne se servaient pas « d'esclaves acquis à prix d'argent ». Il suffit d'ouvrir les poèmes homériques pour voir que cette double assertion est erronée. Ce qui est vrai, c'est que l'esclavage eut dans la vieille société hellénique une importance beaucoup moins grande que dans la suite. On a fait le calcul des esclaves que devait posséder Ulysse ; il en avait une centaine, dont cinquante femmes occupées k l'intérieur. Ce chiffre assurément n'est pas énorme, si l'on remarque que ses troupeaux étaient au nombre de soixante-douze, et que vingt-quatre troupeaux de porcs formaient un effectif de douze cents têtes. Dans la plupart des maisons riches, le personnel servile était loin d'atteindre une aussi forte proportion, et les propriétaires sans esclaves
n'étaient point rares. Cliez Ulysse, ils étaient surtout employés à l'élevage des bestiaux. 11 y avait, par exemple, a Ithaque des porchers, des chevriers, des bouviers, des bergers. Il existait entre eux une certaine hiérarchie. Ainsi Eumée avait quatre individus sous ses ordres. Ailleurs, on nous signale un bouvier en chef, un pâtre en chef.
L'esclave, quoique assujetti k un maître qui avait tous les droits sur lui, jouissait d'une condition assez douce. 11 faisait partie de la famille, et il était en général bien traité. Eumée avait été élevé avec Ktimène, la fille de Laërte : « Sa mère Anticlée, dit-il, nbus aimait presque également. » Quand Ktimène se maria, Eumée reçut comme cadeau une tunique, un manteau, de belles sandales; on l'envoya aux champs, et Anticlée continua d'avoir pour lui « un cœur de mère » . « Depuis le départ d'Ulysse, ajoute-t-il, tout est bien changé. 11 ne m'est plus donné d'entendre les douces paroles de Pénélope. Le malheur est tombé sur sa maison ; les esclaves ont pourtant besoin de parler a leur maîtresse, de l'interroger, de boire, de manger chez elk, et de rapporter aux champs ces présents qui réchauffent leur cœur. » Affecté à une tâche particulière, Eumée vit très indépendant. Il dispose pour lui et pour ses hôtes des porcs confiés à ses soins; il a construit des étables, sans consulter personne ; il a un pécule, qui lui a permis d'acheter un esclave ; s'il souffre, c'est parce qu'Ulysse est peut-être mort, et que les prétendants dissipent ses biens. Ce n'est point là du reste une peinture idéale, ni même une situation privilégiée. Partout l'esclave aime son maître, et est aimé de lui. Il s'associe à ses peines comme à ses joies; son attitude envers lui est un mélange de familiarité et de respect, et il reconnaît par un dévouement sans bornes la bienveillance dont il est l'objet.
(Guiraud, La propriété en Grèccy^. 71-73).
2; — OPINION D*ARIST0TE SUR l'eSCLAVAGE
Pour Aristote, la famille est un composé a d'hommes libres et d'esclaves ». 11 ne se contente pas de signaler ce fait; il'en
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proclame la légitimité. « Quelques-uns prétendent . que le pouvoir du maître est contre nature, que si l'un est esclave, et l'autre libre, c'.est la loi seule qui le veut, que par nature il n'y a entre eux aucune différence, et que la servitude est l'œuvre non de la justice, mais de la violence. » Aristote ne partage pas ce sentiment. « L'Iiomme, dit-il, ne peut se passer d'outils, ne fôt-ce que pour se procurer les choses nécessaires à la vie. Parmi ces instruments, les uns sont animés, les autres inanimés. C'est ainsi que pour le pilote d'un navire, le gouvernail est un instrument inanimé, et le matelot qui veille à la proue un instrument animé. De même tout objet que l'on possède est un instrument utile k la vie, et la propriété est l'ensemble de ces instruments. L'esclave est une propriété animée et un instrument supérieur à tous les autres. »
Aristote va encore plus loin. Tout en reconnaissant que certains individus rie sont esclaves que par accident (tels sont souvent les prisonniers de guerre), il pense que beaucoup sont faits pour être esclaves, et que c'est là leur destinée propre. De même que tout être humain est organisé de manière que l'âme commande et le corps obéisse, de même aussi « un individu qui est inférieur à ses semblables autant que le corps l'est à l'âme, ou la brute à l'homme, est esclave par nature, et il est avantageux pour lui qu'il le soit. Or c'est là la condition de tous ceux qui sont destinés à faire usagé de leurs forces corporelles, et qui n'ont aucun moyen de faire quelque chose de mieux. »
Si un grand esprit comme Aristote énonçait de pareilles idées, on devine sans peine quelle devait être l'opinion commune. Les Grecs n'ont jamais douté de la nécessité ni de la légitimité de rcsclavagc.
r, — SOURCES DE 1. ESCLAVAGE
Au \^ et au iv« siècle, l'esclavage s'alimentait à plusieurs sources différentes.
11 y avait d'abord des esclaves nés à la maison (otxoYevitç).
Ceux-ci n'appartenaient pas à leur père ni à leur mère, incapables l'un et l'autre de rien posséder, mais au maître de leur père ou de leur mère. Us n'étaient pas, en général, très nombreux.
Après chaque guerre, le vainqueur vendait ses prisonniers comme esclaves. On n'a qu'à parcourir Thucydide pour en trouver une foule d'exemples. « On égorgea deux cents Platéens, et les femmes furent réduites en servitude. » (III, 68.) a Les Athéniens mirent en état de servitude les femmes et les enfants des Toronéens. » (V, o.) La plupart des Athéniens qui prirent part à l'expédition de Sicile périrent ou tombèrent dans la classe servile; il n'y en eut pas moins de 7000. (VU, 87.)
Certains individus faisaient le métier de voler des hommes, sur mer ou sur terre, et de les vendre ensuite. Cette pratique ne disparut jamais complètement, malgré la gravité des peines qu'elle entraînait. Pour empêcher ce délit, une loi athénienne stipula « que nul ne pourrait traiter avec un marchand d'esclaves sans exiger la production d'un certificat attestant que la personne vendue avait déjà servi chez tel maître nominativement désigné ». : . '
Avant Selon, la personne du débiteur répondait de ses dettes, et il n'était pas rare qu'en cas d'insolvabilité il devînt esclave ; Solon abolit cet usage. La misère contraignait parfois un homme adulte à sacriûer lui-même sa liberté, et la loi ne l'en empêchait pas. L'enfant que son père exposait dès sa naissance était habituellement voué à l'esclavage, et il faut croire que le fait se produisait fréquemment, car il en est bien souvent question dans les dénouements des comédies. A Athènes, le père de famille avait le droit de vendre sa fille, si elle menait une vie déréglée.
Enfin la perte de la liberté pouvait être prononcée par les tribunaux. On punissait de la sorte l'étranger qui dissimulait sa condition et tâchait de s'insinuer par fraude parmi les citoyens. Le citoyen qui avait été racheté de captivité par un de ses compatriotes était passible de cette peine s'il ne remboursait pas sa rançon ; mais il est douteux que cette menace ait jamais été suivie d'effet. Un décret rendu par la ville d'Halicarnasse
GUIRAUD. — Lcct. hUl, 5^ OigitizedbyOéOgle
vers 457 av. J.-C. énonce comme sanction éventuelle dans certains cas la vente à Tétranger.