PRIX DES ESCLAVES
On peut évaluer à 2 mines ou 2 mines et demie (196 fr. et 245 fr.) le prix ordinaire des esclaves employés à l'extraction de l'argent ou aux plus durs travaux de la campagne. Celui de l'esclave ouvrier devait être en moyenne plus élevé : 3 à 4 mines (294 fr. et 392 fr.), et une moitié en sus, de 5 à 6 mines (49i fr. et 600 fr.), pour les chefs d'ateher. Nicias avait payé son intendant un talent (5894 fr.); mais c'était là un cas tout exceptionnel.
Les esclaves domestiques présentaient une série de valeurs correspondant à celles des esclaves de travail, selon qu'ils étaient relégués aux usages les plus ordinaires ou qu'ils s'élevaient à
des services plus intelligents ou plus intimes. Déniosthène compte dans la succession de Spoudias un esclave du prix de 2 mines (196 fr.), mais sans en spécifier l'emploi. Dans le discours contre Théocrine, une femme esclave est évaluée 5 mines (491 fr.); mais cette valeur, résultant d'une estimation judiciaire, pourrait être regardée ici comme un maximum. Le prix de 5 mines était assez commun, quand l'esclave apportait quelque talent à son maître. Les esclaves consacrés au service du luxe se payaient sans doute plus cher. Les plus mauvais cuisiniers ne se louaient pas moins de 6 oboles (0 fr. 95) pai jour. Une courtisane fut achetée conjointement par deux individus pour 30 mines (2946 fr.), et quand ils n'en voulurent plus, ils lui offrirent la liberté pour 20 mines (1964 fr.). Ces deux derniers prix sont donnés par Isocrate pour les femmes de cette es|)èce, dans un passage où il en parle d'une façon générale.
Dans les inscriptions relatives à des actes d'affranchissement, on trouve l'indication d'une multitude de prix. Le prix le plus comnmn est de 3 à 4 mines (294 fr. à 392 fr.). Dans le recueil de Weschcr et Foucart, cent cinquante esclaves environ, hommes et femmes j^ar moitié, sont vendus au prix de 3 mines, et cent vingt au prix de^ 4. Au-dessus ou au-dessous de ces prix, les nombres haussent ou baissent sensiblement. Ainsi quarante-cinq, dont vingt femmes, sont vendus 2 mines (196 fr.); quatorze, pour la plupart jeunes filles ou jeunes garçons, 1 mine (98 fr.) et quelque chose; trois ou quatre, moins d'une mine; et, d'autre part, on en trouve quarante, hommes ou femmes, vendus 5 mines (49i fr.); vingt à vingt-cinq, 6 mines (600 fr.) ; un liomme, 7 mines (687 fr.); un esclave acheté et un Sidonien, 8 mines (785 fr.) ; un autre encore, 9 mines (883 fr.) ; trois femmes nées à la maison, 7, 8 et 10 mines (687,785 et 982 fr.); une autre, 8 mines ; une autre encore, joueuse ou fabricante de flûtes, 10 mines; un jeune garçon né à la maison, 10 mines; une femme née à la maison, 15 mines (1473 fr.). Les Barbares ne sont pas exclus des prix les plus élevés. Sur cinq hommes estimés 10 mines, on compte deux Thraces et un Galate. Un Arménien atteint le prix de 18 mines (1767 fr.). Il faut ajouter que ces affranchissements étaient consentis à titre onéreux,
et que pour plusieurs se joignait au rachat l'obligation de rester auprès du vendeur, soit pour un temps défini, soit pour le temps de sa vie entière, ou de lui payer, soit à lui, soit pour lui, certaines redevances ; de pareilles conditions faisaient un prix supplémentaire, qui devait nécessairement diminuer le prix principal. Il faut remarquer en outre que parmi, ces documents quelques-uns sont de l'époque romaine, et qu'aucun n'est antérieur à l'époque macédonienne. Us sont, par conséquent, d'un temps où l'argent, devenu moins rare, avait haussé la valeur des objets. Tous ces chiffres devraient donc être un peu baissés pour le siècle de Démosthène.
(Wallon, Histoire de Vesclavagey 1, p. 210-218; 2« édit.)