Mémoires du duc de Bouillon
gueur, et de commencer par le siège de Saint Jean-d'Angély; ]e maréchal pensa qu'il ne fallait pas tenter une si grande entreprise dans une si mauvaise saison , à travers des pays ravagés ; que le roi de Navarre ayant bien garni les forteresses, on ne devait attaquer que les lieux découverts, et se rendre maître de la campagne pour empêcher les villes ennemies de recevoir des vivres et des renforts. Cette opinion fut adoptée. Un nouveau dissentiment s'étant manifesté sur le passage de la Dordogne, les deux chefs se séparèrent avec leurs troupes, le 13 janvier 1586, promettant de se réunir à Sainte-Baseille (de Caillière).
Le maréchal marcha sur Libourne, passa quelque temps à Bordeaux, et vint mettre le siège devant Castels (sur la Garonne}; il le recommença, après avoir été forcé de le lever par le roi de Navarre. Le duc de Mayenne prit sa direction vers le Quercy, à travers le Périgord, lit son entrée à Périgueux, assiégea et prit Montignac à la fin de janvier, reprit Tulle dont le vicomte de Turenne s'était emparé quelques mois auparavant, emporta Beaulieu et le château de Saignât, et arriva sur les bords de la Garonne ; il fit cela promptement, en dépit de l'hiver et des privations : la cour cependant l'accusait de lenteur, et on parlait même de l'éloigner de la Guyenne*. Vers la mi-février, il rejoignit le maréchal de Matignon qui en était resté au siège de Castels : cette place se rendit. Ensuite, les deux généraux prirent Sainte-Bazeille, vifie de l'Agenois. Au mois de mai, au lieu de marcher vers le roi de Navarre qui était revenu à Bergerac, Matignon, afin de faire diversion et de ne p;is s'èloi,t;ncr de Bordeaux, où Mayenne et les ligueurs entretenaient d'activés intrigues, fit décider le siège du château de Montségur, en Bordelais, entre la Garonne et la Dordogne; Mayenne étant tombé malade durant le siège*, la place capitula entre les mains du maréchal ( 16 mai).
A peine rétabli , le duc de Mayenne ramassa les restes de
1. Pierre Matliicu, livre Vlll , Histoire d'Henri III; René de Bouille, Histoire de la maison de Guise.
2. Dans ses Mémoires , le duc de Bouillon dit que cette maladie n'était pas
son armée , et malgré les murmures des gentilshojnmes de la Gascogne qui voulaient qu'on employât les troupes à la sûreté des communications commerciales dans leur province , malgré les plaintes des soldats qui étaient exténués et qui manquaient de tout, il franchit la Dordogne à Blagnac (juillet), le maréchal l'y suivit; les deux armées étaient fortes de 25000 hommes; elles mh'ent le siège devant Castillon^; la garnison capitula le 30 août; Matignon et 3Iayenne entrèrent dans la place le 1" septembre. Dans le même mois , le duc remontant vers le nord et passant par la contrée où se trouve le château de Montaigne , termina la campagne par la prise du château de Puynormand ; après quoi les soldats se débandèrent, et la noblesse rentra dans ses châteaux ^
Mayenne ne pouvant obtenir du roi les moyens de continuer la guerre, demanda et obtint la permission de se retirer. L'armée se reposa à Libourne ; le duc partit pour la cour, et M. de Matignon retourna à Bordeaux.
Si l'on admet que 3Ionlaigne suivit l'exemple de la noblesse de sa province , et prit [)art à la guerre qui s'y était abattue, la supposition la plus naturelle c'est qu'il tira l'épée dans ces engagements presque continuels dont rinfatigablc activité du roi de Navarre et de ses capitaines harrassait l'armée royale'; c'est aussi qu'il se joignit à Mayenne et à Matignon lorsque, passant la Dordogne, ils vinrent opérer
sérieuse, et que le duc la simula pour aller diriger des intrigues politiques à Bordeaux : « M. du Maync feignit une maladie durant ledit siège, pour avoir suict de s'aller faire panser à Bordeaux, et laissa le sieur de Matignon pour parachever le siège; ledit duc se menageoit de la créance dans Hordeaux pour s'en asseurer, y ayant toiisiours une notable mésintelligence entre les serviteurs du roy et ceux de la Ligue. »
1. Les liordelais l'avaient demande^ pour flre délivré des excursions de la garnison prolestante de Castillon : « Le siège (de Moniségur) finy, l'armée de M. du Maync s'eslant répandue dans les provinces pour se rafraiscliir un peu, le m'en vins sur la Dordogne où ie voyois qu'ils iettoient leurs desseins, la ville de Hordeaux continuani à solliciter son élargissement, qu'on avoit desia commencé par la prise det^astcls, Sainte Itaseille et Monisegur, nayant plus proclie d'elle que la ville de Castillon. » [Mrwn'rrs du duc de Dunillon.)