‹ La vie publique de Michel MontaigneChapitre 42 sur 60 · Davila, li\rc Vil · texte numérisé non relu

Davila, li\rc Vil

sur Castillon et sur Puyiiormand. 11 était, durant cette année 1586, sur le théâtre de la guerre; en effet, il résidait dans son château en février , ainsi que le prouve cette note qu'il inscrivait à la fin d'un livre de sa bihliothèque : « achevé de lire en feurier 1586 à Mûtaigne. » (M. Payen, Docum. inéd. , p. 36.) Il s'y trouvait aussi au mois de juillet; cela résulte de l'annotation mise par Charron sur un livre que Montaigne lui avait donné à cette époque (voy. chap. xn).

L'hiver de 1586-1587 fut d'une rigueur extraordinaire ; les opérations militaires durent être suspendues : « Au commencement de ceste année (1587), l'hyver fut la cause que la guerre ne se fit que fort peu ; les armées du roy furent toutes congédiées, aucunes furent laissées es garnisons pour tousiours empescher les courses des huguenots du Poictou, de la Guyenne, du Languedoc et du Dauphiné. La noblesse se retira de chacun pays en leurs maisons. » (Palnia Cayet, Chronolog. noveii., introduct.)

Au printemps, on reprit les armes dans le Périgord. Les catholiques avaient des rencontres avec les partis calvinistes, et s'attaquaient aux petites places qu'occupaient les soldats du roi de Navarre. C'est ainsi que lorsque Duplessis-Mornay, en mai 1587, allait du Languedoc à la Rochelle, « en chemin faisant il assista les sieurs de la Force et de Chouppes à faire lever le siège de la Linde sur la Dordogne, attaquée par la noblesse de Périgord. » ( Vie de Duplessy- Mornmj.)

La crainte de l'armée étrangère qui allait entrer en France pour secourir les huguenots et leur chef le roi de Navarre, détermina la convocation par lettres patentes, du ban et de l'arrière-ban. On sait que les Suisses et les Allemands, battus par Henri lll et par le duc de Guise , ne purent arriver en Guyenne et furent obligés de sortir de France. Le duc de Joyeuse, qui avait été chargé de s'opposer à ce que le roi de Navarre, avec les forces qu'il avait tirées du Poitou, de l'Anjou, de la Tourainc et du Bcrry, allât rejoindre les étrangers , avait cru présomptueusement qu'il pourrait nonseulement arrêter la marche de ce prince, mais vaincre son

armée et s'emparer de sa personne. L'excès de sa confiance fut puni à Contras où il fut battu et perdit la vie*. Après la victoire , les calvinistes se séparèrent en trois corps ; le roi de Navarre tira vers la Gascogne, observé mais non combattu par le maréchal de Matignon ; le prince de Condé alla en Poitou ; le vicomte de Turenne traversa le Périgord , après avoir pris plusieurs places sur la rivière de l'isle et aux environs; il échoua ensuite au siège de Sarlat*. Dans le dénombrement qu'il envoya au roi de Navarre des prises qu'il avait faites, il comprend « 3Iontagne, quitté de nuit, saccagé et pillé ^ » Évidemment il ne s'agit point de l'habitation du moraliste , mais d'un autre Montagne , plus avancé dans le Périgord*.

Où peut être, dans cette campagne, la place de Montaigne? Il est permis de se le représenter parmi les gentilshommes qui garantissaient le pays contre les sorties des garnisons huguenotes; on peut aussi penser qu'il aura rejoint le maréchal de Matignon, qui avait avec lui une très-nombreuse noblesse. Toutefois, s'il l'accompagnait dans sa marche pour ralher l'armée du duc de Joyeuse, il n'est pas probable qu'il ait continué de servir jusqu'au moment de la bataille de Coutras, car on voit, trois jours après l'action, le roi de Navarre souper et coucher au château de Montaigne. Dira-t-on que cette visite est inconciliable avec la supposition d'une prise d'armes récente contre l'armée calviniste? ce serait une étrange erreur. Henri savait quel parti Montaigne avait toujours suivi : mais il savait aussi que le philo-

1. Matignon, qui lui amenait une armée, lui avait donné de sages conseils; il les avait rcjclés, ne voulant |ias attendre rarri\ce du uiaréclial, afin de ne point parl;if,'er riionncur de la victoire sur laciucllc il coiiiplail. H reste dos doutes sur la question de savoir si le maréchal n'aurait pas i)U arriver à temps, et sur les motifs (jui ont décidé sa conduite (voy. de Cailiièrc).

2. Le siège de Sarlal, en 1587, par l'armée huguenote, conduite par lo \icomtc de Turcnnc [Pièces recueillies iiar le maniuis d'Aubais , tome 1, II' partie.)

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