X PRÉFACE
Je n'ai pas cru devoir présenter un récit suivi, rigoureusement chronologique; cet ordre (que j'ai, d'ailleurs, rétabli dans un dernier chapitre), m'aurait condamné à des interruptions et à des redites; l'objet spécial que je me suis proposé en aurait souffert. J'ai réuni, dans autant de chapitres séparés, les faits relatifs à chacune des circonstances de la vie publique de Montaigne.
J'ai fixé d'abord l'époque de sa naissance et prouvé sa noblesse, parce qu'il a rempli des fonctions qui exigeaient un certain âge ou la qualité de gentilhomme.
J'ai exposé, d'après lui-même, les principes généraux qui ont présidé à sa conduite politique ; on verra qu'il a toujours été résolument du parti catholique et royaliste, qu'il n'a jamais appartenu à la Ligue, et que ses sympathies personnelles étaient au contraire pour le roi de Navarre.
Je le montre magistrat pendant près de quinze ans, modéré au milieu de collègues violents, soumis à l'autorité légale dans un parlement turbulent et insubordonné.
Je le suis à la cour de Henri II, de François II, de Charles IX et de Henri III, et fais connaître les idées, la tenue, le langage qu'il y porta, les époques où il y vint, les circonstances où il reçut la cour dans son château.
PRÉFACE. Xt
Je précise la date où il devint chevalier de l'ordre de Saint-Michel.
Je le représente comme gentilhomme de la chambre du roi, et prouve qu'il n'a point été, ainsi qu'on l'a soutenu, secrétaire de Catherine de Médicis.
Je rappelle son titre de citoyen romain et les efforts qu'il fit pour l'obtenir.
Je retrace l'histoire de ses quatre années de mairie à Bordeaux, après avoir expliqué toute l'importance de cette dignité : je discute la question de la durée de son administration; j'en raconte les principaux actes, honorant son habileté, sa vigilance, son activité, regrettant la faiblesse qui lui a fait, avant le temps, abandonner ses fonctions.
J'entre dans le détail de ses diverses missions, jusqu'à présent presque inconnues ou vaguement indiquées, comme négociateur ou intermédiaire politique.
En rappelant qu'il a porté l'épée, je précise les années où il a pu accomplir son service militaire.
J'établis que s'il s'est trouvé à Blois lors des États de 1588, il n'y était point en qualité de député.
Je prouve que, dans ses dernières années, IMontaigne n'a point abandonné la vie et les relations politiques, puisqu'en 158911 riait à lîordeaux avec le maréchal de Matignon j»uiu' le service du roi, et qu'eu 15'.)0 ileiitretenait une correspondance avec Henri IV.