NAISSANCE ET NOBLESSE
tion et leur nom. >* (Livre III, chap. ix.) DeThou explique de même le nom et atteste la noblesse de la famille : « Michael Hontanus.... in montibus Petrocorionim , a quibus nobilt familia nomen ita dictas. ^ {Hist^hYre CIV, sur l'année 1592.)
Comme tous les noms empruntés , durant le moyen âge, à des localités, celui de Montaigne^ a été pris par plusieurs familles dans diverses provinces. Cette circonstance, Michel Ta relevée lui-même : « ....le n'ay point de nom qui soit assez mien; de deux que i'ay, Tun est commun à toute ma race , voire encores à d'aultres : il y a une famille à Paris et à Montpellier qui se surnomme Montaigne, une autre en Bretaigne et en Xaintonge de la Montaigne ; le remuement d'une seule syllabe meslera nos fusées de façon que i'auray part à leur gloire et eulx, à l'aventure, à ma honte.... 11 est à quiconque aura envie de le prendre; ainsi i'honoreray peult estre un crocheteur en ma place. »• (Livre II, chap. xvi.) Les biographes ont réalisé les prévisions de Montaigne; on verra qu'il a été confondu avec d'autres personnes par la seule identité du nom.
Pierre Eyquem n'exerça aucun commence ; il porta longtemps les armes en Italie; il eut « une longue part aux guerres au delà des monts, desquelles il avoit laissé un papier journal de sa main.... 11 se maria l'an 1528, qui esloit son trente et troisième, sur le chemin de son retour d'Italie. » (livre II , chap. n.) Établi dans le château de Montaigne, il s'occupa de l'éducation de ses nombreux enfants, de l'administration de ses biMs, et des affaires publiques. Propriétaire d'une maison à Bordeaux, il jouissait du droit de bourgeoisie dans cette grande cité, et il reçut plusieurs fois des preuves honorables de l'estime et de la confiance de ses habitants. Je dirai ailleurs l'importance et l'éclat des fonctions municipales à Bordeaux ; ici je dois me borner à indiquer les charges conférées à Pierre Eyquem. Deux années à peine
1. Beaucoup de penoimes prononcent Montagne quoiqu'elles écrivent Montaigne. Il poucralten être de même pour les mots anciennement écrits campatgne, Bretaigne, etc. Michel signait et écrivait Montaigne ; des auteurs de son temps, et même du xvii* et du xviit* siècle, ont écrit Montagne,
s*étaient écoulées depuis son retour de l'armée, lorsqu'il fut ,
élu jurât (mais non jurât et prévôt, comme le dit M. Payen, ^: ^^'♦"- '
iVoiiv. doeum.^ p. 63), en juillet 1530 ; les jurats, investis d'at- '-'* - ^* /^
tributions très-étendues, formaient le conseil de la ville. En
1536, les jurats le nonmièrent sous-maire : c'est le titre que
l'on donnait à celui des jurats désignés pour suppléer, en
cas d'empêchement, le maire, qui, à cette époque, était
perpétuel et nommé par le roi. En juillet 1540 , Pierre Ey-
quem, « escuyer, sieur de Montagne, » fût encore élu jurât.
Enfin, lorsque le roi Henri II eut rendu aux Bordelais leurs
privilèges dont il les avait dépouillés pendant deux années,
après llnsurrection de 1548, l'un des premiers maires élus
fut monsieur de Montagne le vieux ^ nommé pour deux ans,
le l'' août 1554 ^ De nombreuses mesures administratives
ont signalé sa mairie ; il s'y adonna avec un dévouement
complet, sans ménagement pour ses propres affaires, pour
sa santé, même pour sa vie (Essais, livre III, chap. x). Il fut
député à la cour pour les intérêts nnmicipaux, et l'on suivit
dans cette occasion un usage qui faisait plus d'honneur aux
vins du cru qu'au désintéressement des courtisans : « Mon-
âeur le maire, allant en cour pour les affaires de la ville,
Iny furent envoyez vingt tonneaux de vin pour faire des pre-
sens aux seigneurs favorables à ladicte ville. » (Damai*.)
1. Cest en qualité de maire que, dans ceUe année 1&54, il reçut Tarchevèque de Bordeaux, François de Mauny, lors de son entrée solennelle dans la ▼IHe, et lui adressa, au nom de ses administrés, une belle harangue. Le fait est rappelé dans le GaUia Christiana, U H, p. 849 ; mais, par une singulière méprise, le chronographe des archevêques de Bordeaux ayant trouvé M. de Montaigne maire, le confondit avec Michel Montaigne, son fils. Cette étrange eireor, dans un ouvrage qui Jouit d'une aussi grande autorité, mérite d'être signalée. Vold le passage relatif i l'entrée du prélat: « Die xi novembrls (15ô4) « In urbem solemni pompa Invectus est. In Ingressu, vir clarisslmus, Mlchael
• de Montaigne, scriptis suisuhlque terrarum notus,cum clvium praefeclus fo-
• ret, eorum nomlnead eum luculentam orationem habuit. » Ces écrits immortels n'avalent point paru en 1564; Montaigne , à cette époque, n'avait pas encore vingt*deux ans. 11 fut bien maire de Bordeaux, comme son père, mito vingt-sept ans plus tard , et alors c'est M. Prévost de Sansac , et non plus M. de Mauny, qui était archevêque*
2. • Supplément des Chroniquet de la noble viUe et cité de Bourdeaux^ par Jean Damai, escuyer, advocat audlct Parlement, naguleres clerc ordinaire de ladide ville , et k présent Jurât d'icelle. Bourdeaux, 1620. » Damai avait