NAISSANCE ET NOBLESSE
C'est à tort que M. Leclerc, dans le beau travaQ historique placé en tôte de son édition de Montaigne (notes et preuves, p. lui), dit que Ton voit dans la continuation de la chronique bordelaise que le père de Montaigne fut élu procureur do la ville en 1546*. Voici les paroles deDarnal : « En ladite année 1546, le 22 de may, maistre Pierre Eyquem, sieur de Gaujac, fust eleu procureur de la ville, vacquaat par le decez de fou maistre Arnaud de Lavie, qui en avoitjouy vingt-sept ou vingt-huit ans, » Ce Pierre Eyquem de Gaujac était un des trois fi*ères de Pierre Eyquem de Montaigne : « Le seigneur de Gaviac, mon onde paternel, dit Michel dans les Essais (livre II, chap. xxxvn), homme d*esglise, maladif dez sa nais« sance. » Le chanoine, soit à cause de la faiblesse de sa santé, soit pour d'autres motifs, ne garda pas cet emploi : « En juillet 1547, le sieur de Gaujac, procureur de ville, résigna son offlce en faveur de maistre Martin, dit de la Voulte, avocat. » (Damai.)
En 1554, Pierre Eyquem de Montagne avait été nommé membre de la cour des aides instituée à Périgueux; mais il paraît avoir bientôt cédé cette charge à son fils Michel : c'est ce que j*cxamuierai plus loin, n ne ftit point chevalier de l'ordre du Roy, malgré l'affirmation contraire, émise, je ne sais sur quel fondement, par Mlle de Scudéry (Conver-sations nouvelles sur divers sujets y tome U, pages 787 et suivantes.)
La noblesse de Pierre Eyquem résulte de son titre d'écuyer*, qu'il porta sans aucune contestation. Membre d'une famille ancienne et honorée dans sa province, il n'aurait assurément point usurpé une qualité qui ne lui aurait pas appartenu, au risque d'encourir les peines édictées parles or-
rempUcé, comme clerc de ville, Richard de Plcbon» qui avait exercé sa charge pendant pluB do cinquante ans, et qui lul-mèroe avait encoédé à aon pare, Jean de Pichon, mort en 1550 ou 1651.
f . Moreri commet la mi^me erreur, reproduite par M. Louandre.
3. « Le caractère des qualifications nobles se tire de Tusage des provinces, l^a qualité de chevalier et d'écuyer est entièrement caractéristique de noblesse dans tout lo royaume. ■(Chérin, Abrégé chronologique dêtëdits, ordonnances ^ iU'claraîiOM^ ete„ concernant 1$ tilre de noblesse, Disc. préllmln.,p. SI.)
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donnances '. Après la mort de son père|§t de ses deux frères aln^ Michel devint le chef de la famille; il succéda au titre comme aux biens : de Tbou le lui donne dans la notice nécrologique qu'il lui consacre : Maniamus egue$ iHist.f livre GV, année 1503 )• Jusqu'alors il signait Michel Montaigne; c*est encore la signature mise au bas des lettres ou dédicaces de 1570, insérées dans les œuvres de La Boëtie. Plus tard» il signa Montaigne. Quelques-uns de ses cachets portent, avec ses annes : Michel ^teigneur de MinUaigne*
Outre le ch&teau de Montaigne , il possédait un droit seignairial dans les montagnes du Périgord, Cétait une propriété indivise : « Le baron de Caupene, en Ghalosse, et moy avons en commun le droit de patronaige d'un bénéfice qui est de grande eslendue, au pied de nos montaignes, qui se nomme Lahontan. « (Livre n, cbap. xxxvu.)
Ainsi que les titres, les armoiries timbrées étaient un privilège de la noblesse : nul roturier n'en pouvait prendre sans s'exposer à des peines*. La maison de Montaigne avait ses armoiries, Michel a eu soin de les faire connaître : « le porte d'azur semé de trèfles d'or, à une patte de lyon de mesme, armée de gueules, mise en fasce. » (Livre I, diap. XVI.)
Montaigne jouissait donc de la considération attachée & rancienneté de la race, et recueillait les avantages que l'état social de son temps réservait à la noblesse. La prudence éclairée de son père le préserva de l'orgueil en lui faisant passer sa première enfance au milieu de personnes de basse condition; il lui en resta, pendant toute sa vie, un sentiment d'égalité native et une constante bienveillance envers les inférieurs*.
1. Ordonnance d*Benri II, à Amboise, 2S mars 1555, art. 7 ; édit de Charles IX, de 15S0, art lIO; édlt d*flenri IH. mai 1579, art. 257; édlt de mars 1583 Vn arr6t de la chambre de l'édit, cdle-li même qui fonctionna à Bordean pendant la mairie de Michel Montaigne , fait défenses aux roturiers de prendre la qualité d'écuyer, à peine de punition corporelle.