i^Ude 1560, art
3. « Le bon p4*re que Dieu me donna .... m'envoya, dez le berceau, nourrir à on pauvre TiUase des siens, et m'y teint autant que Je feus en nourrice, et
s NAISSANCE ET NOBLESSE
Le phUosophe jette un coup d'œil dédaigneux sur l'importance dérisoire qu'on attribue au nom, cette chose qu'il montre si incertaine , si mobile , si capricieuse (voir le chapitre DBS NOMS» £55019, liyreljChap.xLYi). Il n'a pas foi davantage dans la valeur des armoiries : « Quel privilège a cette figure pour demeurer particulièrement en ma maison? Un gendre la transportera en une aultre famille; quelque chestif acheteur en fera ses premières armes : il n'est chose où il se rencontre plus de mutation et de confusion. » {Eod.)
Voilà le moraliste avec sa haute raison ; voici l'homme avec ses petites faiblesses :
Au mois de juin 1580, Montaigne partit pour un long voyage. Cherchait-il à se distraire , à éloigner de ses yeux le triste spectacle de son pays, à soulager sa santé, récemment troublée pour la première fois par la gravelle et par la colique? Cette dernière raison fut peut-être la plus forte. Montaigne ne croyait ni à la médecine ni aux médecins ; mais il avait grande envie de guérir, et s'occupait beaucoup de ses maux. Il se persuada que les eaux minérales lui feraient du bien , et il résolut d'essayer celles de divers pays : il visita dans ce but la Lorraine, la Suisse, l'Allemagne, l'Italie. Les détails de ce voyage sont restés longtemps inconnus. Montaigne en avait dicté d'abord et ensuite écrit lui-même une relation; il ne la destinait pas au pubUc, et elle resta dans l'oubli pendant près de deux cents 'ans : le hasard la fit découvrir *.
encore au delà; me dressant à la plus basse et commune façon de vivre : magna pars libertatis est htne VM^aiva venter.,,. Son humeur visolt encore à une aultre fin ; de me r'allier avecques le peuple et cette condition d'hommes qui a t>e80ing de nostre ayde ; et esllmoit que le feusse tenu de regarder plustost vers celuy qui me tend les bras que vers celuy qui me tourne le dos : et feut cette raison pourquoy aussi il me donna à tenir, sur les fonu, à des personnes de la plus ablecte fortune, pour m'y obliger et attacher. » (Livre Ul, cbap. xiii.) ]. M. Prunia, chanoine de Ghancelade , près de Périgueux, se livrait à des travaux historiques sur le Périgord. Il demanda au possesseur du château de MonUigne, M. le comte de Ségur de La Roquette, la permission de faire des recherches dans ses archives; on lui livra un vieux coffre rempli de papiers; c'est là qu'il trouva un cahier, en partie de récriture de MoiiUigne, et contenant le récit de son voyage. L'authenticité du manuscrit fut constatée ; il fut
Montaigne n'y fût pas connaître les noms de tous ses compagnons de voyage ni celui du serviteur qui lui senit de secrétaire; on voit seulement qu'il avait avec lui en partant M. de Mattecoulon, son frère; MM. d'Estissac, de Gaselis , du Hautoy. Ea Allemagne, l'arrivëe de ces gentilshommes français &it sensation : les autorités des villes où ils passent leur envoient le vin d'honneur. Montaigne va-t-il refuser ces hommages? Loin de là : il veut que lui et les siens dissimulent leur qualité et se fassent passer pour des grands seigneurs; afin de se distinguer des autres, il aflecte de se promener seul pendant toute une journée. Telle est la comédie que sa vanité joue à Augsbourg. « Le corps de la ville fit cet honneur à messieurs d'Estissac et de Montaigne, de leur envoler presanter, à leur souper, quatorze grands vesseaux pleins de leur vin, qui leur fut offert par sept serjans vestns de livrées et un honorable officier de ville qu'ils convioient à souper : car c'est la coustume , et aus porteurs on &it donner quelque chose; ce fut un escu qu'ils leur firent donner. L'officier qui souppa avec eus dit à monsieur de Montaigne qu'ils estoient trois en la ville ayant charge d'ainsi gratifier les estrangiers qui avoient quelque qualité, et qu'ils estoient en cette cause en souin de sçavofr leurs qualités, pour, suivant cela, observer les cérémonies qui leur sont dues. Ils donnent plus de vins aus uns que aus autres : à un duc, l'un des bourguemestres en vient presanter : ils nous prinrent pour barons et chevaliers. M. de Montaigne, pour aucunes raisons, avoit voulu qu'on s'y contrefit et qu'on ne dict pas leurs conditions, et se promena seul tout le long du jour par la ville; il croit que cela mesme servit à les faire honorer davantage. C'est un honneur que toutes les viUes d'Allemagne leur ont faict. »
Q trouva établie en Lorraine et en Allemagne une coutume qu'il s'empressa d'adopter. « Plombières : il me commanda, à la faveur de sonhostesse, selon l'humeur de la
«Mpoié à la BtbUotlièque du Roi, où 11 n'existe plus. M. Meunier de Querlon en donna une première édition en 1774, avec une Introduction , et des notes dues en grande partie à M. Jamet Jeune.
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nation, de laisser un escusson de ses armes en bois, qu'un pintre dudict lieu fit pour un escu , et le fit Thostesse curieusement attacher à la muraille par dehors. »
« ....Les Alemans sont fort amoureux d'armoiries; car en tous les logis il en est une miliasse que les passants jantils* homes du paîs y laissent par les parois, et toutes leurs vitres en sont fournies. »•
« Augsbourg : je laissai un escusson des armes de M. de Montaigne au devant de la porte du poile où il estoit logé, qui estoit fort bien peint, et me cota deux escus au peintre et vintsolds au menuisier. »
Le môme usage n*existait pas en Italie; Montaigne se h&ta de Ty introduire : il se complaît à le rappeler. Il écrit en italien*, des bains delta villa, près de Lucques : « Li (al signer vicario) dissi ancora, ch' io voleva dar principio a questo costume che si vede in tutti î bagni famosi d' Europa ^ che le pcrsone di qualcbe grade ci lasciano le arme lero, pegno deir obbligo ch' hanne a queste acque : del che lui me ne ringrazi6 moite per la signoria. »
Son hôte de Pise reçut le même cadeau; mais ce ne fut qu'après avoir reconnu, sous serment, que le don était fait à la maison et non à la personne , et que les armoiries resteraient en place, quel que fût dans l'avenir le propriétaire de l'immeuble : i Feci fare le mie arme in Pisa, dorate, di bei colori, e vivi, per une scudo e mezzo di Francia; e poi al bagne impestarle (perché erano in telo) su una tavola; e questa tavola la feci chiedare moite molle sellecitamente al mure délia camei*a deve iostava, con quel patte che si tenessino date alla caméra, non al capitan Paulino , padronc d'essa, e che in egni mode non ne fussino spiccate che cho devesse accadere délia casa per di qui innanzi. E cesl mi Tu promesse, e giurate dalui. »
t. La fantaisie lai était venue de rédiger en cette langue une partie de sos souvenirs de voyage : « Assaggiamo, dit-il en commençant , di parlar un poco qnaaiA «Itn Uogua, maasima easendo in queste eontrade dove ml pare seniim Il più perfetto faveUara deila Toscana, parUcularmente tra II paesani che non Thanno meacolato e alteralo con 11 vicinl. »
Montaigne n'avait conservé d'autre enfant qu'une fille; il craignit, après l'avoir prévu, qu'un gendre ne portât dans une autre famiUe ces armoiries dont il prenait tant de souci. Les parents, les amis anciens ne lui manquaient pas, auxquels il aurait pu les transmettre. Ah 1 si La Boetie avait vécu ! Une amitié contractée dans les dernières années de sa ▼ie fixa sou choix : le fameux théologal et prédicateur Charron , auteur du livre de la Sagesse^ dut à son affection, peutêtre à son admiration pour Montaigne', le droit que le philosophe ne voulait pas laisser à sa fille. Gabriel-Marie de KochemaQlet, avocat au parlement de Paris, qui « avoit eu le bonheur d'estre du nombre des plus intimes amis et confidents du deffunct monsieur Charron, » raconte « qu*en Tannée 1589, il (Charron) repassa par Angers, où il prescha entièrement le caresme, avec très-grande admiration et édification du peuple, et de là il retourna à Bourdeaux, où il prit cognoissance* et vescut fort familièrement avec mcssire Michel de Montagne , chevalier de Tordre du Roy , aucteur du livre intitulé les Essais, duquel il faisoit un merveilleux cas ; et le sieur de Montagne Taimoit d'une affection réciproque, et , avant que mourir, par son testament, il luy permit de porter, après son deceds, les plaines armes de sa noble famille, parce qu'il ne laissoit aucuns enfans masles. » (Éloge de Charron.)
Dix ans après la mort de son illustre maître et ami, Charron fit son testament : il s'y montra fidèle à sa glorieuse affection, et reconnaissant envers la famille Montaigne de l'honneur qu'il avait reçu*.
1. « n y a, dit malideiuement Bayle, Dictionn., t. I, p. 852 ; édit. de 1720, Uant IcA liTTes De la tageue, une Inflolté de pensées qui aroient paru dans les Ksiùis de Montaigne. Ne doutes pas que cette docilité de Gliarroo n*ait contrltMié iK'aucoup à l'affection très-particulière que Montaigne aroit pour lui. »
3. Voy., sur cette date attribuée au commencement des relations de Charron avec Montaigne, ce que Je dis au chapitre xii.
3. « Il ne faut oublier ny obmetlre en ce lieu le testament qu'il fit et escrivit de sa main le 30 Janvier 160?, et qui fut, après son deceds, ouvert et enregistré au greffe de Condom le 10 décembre 1603, par lequel.... donnée damoisetle Leonor de Montagne, femme du sieur Camein conseiller du Roy en son
lî NAISSANCE ET NOBLESSE DE MONTAIGNE.
On ne sait ce que sont devenues les armoiries de Michel, seigneur de Montaigne, après Charron, mort à Paris le dimanche 16 novembre 1603.
parlement de Bourdeaux, la bonne lœurdu feu sieur de Montagne, cheTalier de Tordre du Roy, et sa commère, la somme de cinq cents escus. Ce sont les mesmes mots du testament; et institue le dit sieur de Camein son lieritier universel, en payant et acquittant les legs contenus par son testament, revenant, peu s'en faut, à la somme de quinze mille livres tournois. » (Éloge,)