‹ La vie publique de Michel Montaigne; étude biographiqueChapitre 25 sur 64 · Vold cette lettre, telle que la donne I<e Laboareur s · texte numérisé non relu

Vold cette lettre, telle que la donne I<e Laboareur s

« Monsieur de Gonnor, nous n'arons falct à ce matin que trente-deux (Ro-

Le grand ?oyage de 1564, 1565 , fut , pour la reine mère, une occasion de nouvelles prodigalités : « En ce Toyage elle ût infinis nobles et force chevaliers K m

On continua de faire incessamment des chevaliers; à cause des troubles de l'État , les malcontents continuèrent aussi leurs pasquils , par exemple pour la promotion de 1567. ( Le Laboureur, eod.)

« ...f A cause de Teffrené nombre de chevaliers de Tordre de Saint Michel, qui estoit tellement avili qu'on n'en faisoit non plus de compte que de simples auberaux ou gentillatres ; et appelloit on des pieça le collier de cet ordre, le collier à toutes bestes. » {Journal de Pierre de l'Estoile, année 1579.) De Thou ( HùL, livre XXIII) attribue le mot à Charles Tiercelin de La Rocbe-du-Maine , gentilhomme , dit-il , d'une vertu digne des premiers temps.

On va voir que ces détails ne sont pas indifférents pour l'histoire de Montaigne.

Plusieurs écrivains, afin d'honorer la mémoire de l'auteur des Essais y ont reporté son entrée dans Tordre à une époque où Tinstitution n'était pas encore discréditée, a n se fit tellement estimer à la cour, dit dom Devienne (Eloge) que Henn II lui donna le cordon de Saint«Michel , distinction qu'on n*accordoit alors qu'au plus grand mérite ou à la plus haute naissance. » D'autres pensent qu'il fut nonuné par Charles IX , mais avant que Tordre eût perdu sa valeur :

bertet, secrélaire 4*ttat, ijouu en marge .* « MoDsIeur, U y en a trente troli ») chevaliers de l'ordre, parcequ'il n'y en aTolt (c'est qu'elle ratUe), et vingt cinq capitaines de gens d'armes; trouvei de l'argent pour les payer, et aussi Tostre crue de dfx afin que vous courroudei s'il faut de i'argedll. Et dites après que nous ne faisons rien icy....

« Bruslez cette lettre. Catberwb* »

Ce texte dilTère un peu de celui qui se Ut dans les Mémoiret de Condé. L'original de ia lettre n'a pas pu être retrouvé par M. Busoni pour la collection des lettres de Catherine, qui s'imprime dans les Documenlf tn^dtts pour $$rvir à Vhistoire de France. Le ton caustique de la lettre de la reiue, et la recommandation de brûler ce qu'elle écrivait, font penser que ses railleries contenaient un blâme , et qu'elle déplorait ce qu'on exigeait d'elle.

1. Discours merveilleui de U vle« actlont et deportemena de Catherine de Medicis, reine mère, ^stat de France ious Charles / J, u UI, p, 422.

« Ce fut sans doute pendant quelqu' un de ses voyages à la cour que le roi Charles IX Thonora du collier de Tordre de Saint-MicheL... D se plaint de ce qu'on avoit, depuis» avili cet honneur.... «(Bonhier, Mém. sur Montaigne; Horéri» article MoiiTAiGics» qui déclare avoir suivi Bouhier.) « Charles IX» dit le chanoine Talbert (p. 134 des notes de son Éhge) • Favoit décoré de l'ordre de Saint-Michel avant qu'il fût en discrédit; il est vrai que, quelque temps après cet ordre fut prodigué, et Montaigne s'en plaint. » C'est aussi le sentiment de M. de Peyronnet {Plutarque français).

M. Vatout fait honneur de la nomination de Monlaigne à Catherine de Médids, sous la minorité de Charles IX : « Les lettres ne furent pas non plus oubliées par la reine mère ; die décora Montaigne du cordon de Saint-Michel.» (5otft;mtr« historiques du palais de Fontainebleau.)

M. Gence s'en rapporte au témoignage d'un contemporain et d'un ami, Etienne Pasquier » qui dit seulement que Montaigne fut tait chevalier de Saint-Michel par Charles IX.

C'est sous ce dernier règne , on n'en saurait douter, que la nomination eut lieu; les paroles de Montaigne lui-même forcent de reconnaître que ce fut après que l'ordre eut perdu sa valeur. On en peut juger par le regret qu*il exprime du déclin d'une institution dont il approuvait le principe, et par le soin qu'il met à déclarer, d*un ton dédaigneux, que si, dans sa jeunesse, il a désiré s'élever à cet honneur, la for* tone l'a favorisé en le faisant descendre jusqu'à ses épaules et au-dessous. On s'étonne de trouver cette espèce de rodomontade qui couvre mal le dépit d'une trop longue attente, au milieu du long chapitre philosophique consacré à Raymond Sebond , circonstance qui a été relevée par Pasquier, dans sa lettre à M. dePelgé : a La moindre partie est de cest Espagnol; tout le demeurant est de nostre Montaigne : car roesme, comme il ne s'oublie jamais , il nous a fait expresse mention de Tordre de Saint-Michel, dont il avoist esté honnoré. »

Quoi quMl en soit, voici ce qu'on Ut dans les Essais : • L'ordre de Sainct Michel, qui a esté si longtemps en

crédit parmy nous , n'avoit point de plus grande commodité que celle là, de n'avoir communication d'aulcune autre commodité : cela faisoit qu'aultrefois il n'y avoit ny charge, ny estât, quel qu'il feust, auquel la noblesse pretendist a^ecques tant de désir et d'affection qu'elle faisoit à l'ordre, ny qualité qui apportast plus de respect et de grandeur; la vertu embrassant et aspirant plus volontiers une recompense purement sienne, plustost glorieuse qu'utile.../

« Puis donc que ces loyers d'honneur n'ont aultre prix et estimation, que cette là, que peu de gens en ioulssent, il n'est, pour les anéantir, que d'en faire largesse. Quand il se trouveroit plus d'hommes qu'au temps passé qui méritassent notre ordre, il n'en falloit pas pourtant corrompre l'estimation : et peult ayseement advenir que plus le méritent; car il n'est aulcune des vertus qui s'espande si ayseement que la vaillance militaire.... Hais ie dis, quand plus de gents en seroient dignes qu'il ne s'en trouvoit aultre fois, qu'il ne falloit pas pourtant s'en rendre plus libéral; et eust mieulx vallu faillir à n'en estrener pas touts ceulx à qui il estoit deu, que de perdre pour iamais, comme nous venons de faire, l'usage d'une invention si utile (livre II, chap. vii).

«t Disons de moi mesme : ie demandois à la fortune , aultant qu'aultre chose, l'ordre de Sainct Michel, estant ieune ; car c'estoit lors l'extrême marque d'honneur de la noblesse françoise*, et très rare. Elle me l'a plaisamment accordé : au lieu de me monter et haulser de ma place pour y aveindre, elle m'a bien plus gracieusement traicté, elle l'a ravallé et rabaissé iusques à mes espaules et au dessoubs. » (Livre II, chap. xn *.)

On doit conclure du langage même de Montaigne que sa nomination ne remontait pas aux premières années du règne

1. M. Charles Louandre cite cette phraie, tout en rappelant que c*est sous Charles IX que Montaigne fut promu, et il semble croire, malgré Montaigne lui-même, que l'ordre était encore en grand crédit.

2. M. Villenialn avait oublié ce passage lorsqu'il écrivait dans la Galerie française : « \\ revint dans son château , fort satisfait d'avoir obtenu le coliier de l'ordre de Saint- Michel.»

CHEYALIER DE L'ORDRE DE SAINT-MICHEL. i69

de Charles IX ; on ne trouve pas son nom dans les listes que donne Le Laboureur, et dont une est de 1567. Scévole de Sainte-Marthe place sa nomination après sa sortie de la magistrature : « Hagistratu se sponte abdicavit , regiique or- « dinis insignibus à principe cohonestatus, aliud plane yitœ « genus instituit. » La Dixmerie dit aussi , mais sans citer aucune autorité , qu'on le voit décoré par Charles IX presque en même temps qu'il quitta la robe pour Tépée, ce qui reporterait à 1570 ou 1571. M. Leclerc {Notes et preuves^ p. 126) pense que Montaigne était déjà chevalier de Saint- Michel en 1569 : « A la tête de la traduction de la Théologie naturelle de Sebond , publiée en 1569, il prend les titres de chevalier de Tordre du roi, et de gentilhomme ordinaire de sa chambre. » Le savant professeur se trompe; il confond la première édition, donnée à Paris, chez Buon et Gourbin, en 1569, avec la seconde, publiée par les mêmes éditeurs en 1581. Celle-ci contient en effet, sur le titre, les deux qualités de Montaigne : la première ne les porte pasS

La date précise de la promotion de Montaigne a été mise en lumière par M. le docteur Payen. Parmi les, nombreux manuscrits du chanoine Prunis que possède la Bibliothèque impériale , U en a trouvé un, non classé, qui était une prélace; cet ecclésiastique, plus ardent chercheur qu'habile écrivain , l'avait préparée pour mettre en tête du Voyage de Mmiaigne en Italie , dont on sait qu'il a découvert le manuscrit; il avait utiUsé, pour son travail resté inédit, et heureusement remplacé par l'introduction due à Meunier de Querlon , les papiers qu'on lui avait remis au château de Montaigne ; il est très-probable que c'est au nombre de ces pièces que se trouva une lettre du roi, sans signature, mais datée du 18 octobre 1571 ; il l'inséra à la fin de sa préface. D l'attribue à Henri III, erreur évidente , puisque Charles IX régna jusqu'en 1574. L'absence de la signature provient ou

1. La première deeei deux éditions est asses rare pour qu'elle manque dans de grandes bibliothèques publiques, et que M. Brunet, dans son Manuel , déclare ne rafolr pas ¥ue. M. le docteur Payen a eu l'obligeance de m'en communiquer deux exemplaires.

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d*on oubli da copiste , on de la droonstaiice que la pièee reproduite n'était elle-inèiiie qa*tme copie. La lettre est ainsi coDçoe :

« Monsieur de Montaigne» pour vos vertus et mérites je TOUS ai choisi et élu au nombre des chevaliers de mon ordre, afin d*ëtre associé avec eux ; pour laquelle élection vous notifier et vous bailler le cordon dudit ordre , j*en écris présentement à mon cousin le marquis de Trans, auprès duquel vous vous rendrez afin de recevoir de lui le collier dudit ordre qu'il vous baillera de ma part, et ce pour augmenter de plus en plus raflection et bonne volonte que je vous porte et vous donner occasion de persévérer en la dévotion que vous avez de me faire service. Priant Dieu, monsieur de Montaigne, ete. •

Écrit à Blois, le 18 octobre 1571.

M. Payen a publié cette pièce dans ses Nom>, docum.t p. 46 et suiv. JTai vu entre ses mains la transcription de toute la préface de Prunis; on y trouve des déclamations de mauvais goût, des erreurs, des suppositions toutes gratuites; mais elles n'atténuent point la confiance que mérite un document qu'il s'est borné à copier; si on peut douter des ta* lents du chanoine, personne ne suspecte sa bonne foi. On a reconnu l'authenticité do manuscrit du journal de voyage trouvé dans le château de Montaigne ; pourquoi ne pas al> tribuer la même valeur aux autres pièces découvertes en même temps dans les mêmes archives? H n'y a point de raison de supposer que la date ait été inexactement copiée. M. Payen fait cette observation, et y lyoute que d'après l'iti* néraire des rois de France, rédigé par le marquis d' Aubais, la cour se trouvait alors à Blois; je dois lEaire remarquer, à mon tour, que cet itinéraire constate la présence de la cour à Blois, le 5 septembre et le 5 novembre, mais non vers le milieu d'octobre. U n'en résulte pourtant pas d'objection sérieuse : car le marquis d' Aubais, dont le travail présente d'ailleurs de nombreuses lacunes, relève seulement les dates certaines : quand elles sont rapprochées , elles n'excluent

nullement un séjour intermédiaire, surtout lorsque, comme ici, elles se rapportent à une saison de Tannée où les princes habitent volontiers leurs résidences de province.

En admettant, ce qui me parait incontestable, la bonne foi éclairée de Prunis, je trouve une confirmation de Tauthenticité de la lettre dans Tindication du marquis de Trans pour la remise du collier de l'ordre : on verra bientôt, diaprés le témoignage de Brantôme, que ce seigneur était intervenu dans rafbire.

Je ne puis souscrire entièrement h ce que dit ici M. Payen : « Surabondamment nous ferons remarquer que la missive de Charles IX est de Tannée même où Montaigne a quitté la cour ; d'après l'inscription que nous avons rapportée, il y avait à peine sept mois qu'il s'était voué à la retraite : le souvenir de ses services devait être encore assez présent pour qu'il ne soit nullement surprenant que le roi récompensât, d'une manière purement honorifique, un homme chez lequel le désintéressement n*était qu'une des formes de la noblesse et de Tindépendance du caractère. » Montaigne, j'ai déjà eu occasion de le dire, n'a point quitté la cour en 1571 ; il est revenu d'un voyage qu'il y fit cette année-là, sans annoncer, plus que précédemment, qu'il prenait un congé définitif; si, n'ayant plus de fonctions publiques à remplir, il a commencé à vivre dans la retraite, il ne s'y est pas tenu enfermé longtemps, puisque Tannée suivante il a dû reparaître à la cour, et y est revenu plusieurs fois (voy. chap. iv). En 1571, Montaigne avait quitté depuis peu son siège au parlement de Bordeaux qu'il avait ocaipé pendant près de treize ans, et il était naturel que le roi pensât à récompenser honorifiquement ses longs services ^ ; il savait que Montaigne n'accepterait aucune rémunération d'une autre nature, et ne voulait entrer dans aucune charge. Mais, au point de discrédit où était tombé Tordre de Saint-Michel , que Montaigne

1. La DtaMrto, partageant rtmor de cenz qui pensent qne Ifentaigne rcsu K» <l0lMnp8 conaelller au parienent, dit que «cette fanor faite à Montaigne ne pouvait étie qu'une récompense de la manière dont 11 venait d'exercer sa couru m^gistraHure. •

ne sollicitait plus, la récompense restait bien au-dessous de rhomme et de ce qu'il valait. Aussii ne serais-jc pas éloigné de croire que l'appoint Ait fait au moyen du titre de gentUhomme ordinaire de la chambre du roi ; j'avoue, toutefois, qîie rien n'indique si Montaigne en fut gratifié à cette époque, ou plus tard, par Charles IX ou par son successeur (voy, chap. vi),

La date de la promotion de Montaigne semble confirmée par les critiques mêmes dont elle a été l'objet de la part d'un contemporain; Brantôme le prend en preuve (quel coup pour sa vanité s'il avait connu cet écrit !) du dépérissement de l'ordre ; il se moque de la gaucherie avec laquelle Montaigne portait l'épée, et du collier qui lui fut conféré dès qu'il eut déposé la robe, sans autre forme éTavair fait guerre; en effet, en 1571, on était en pleine paix, et ce n'est que plusieurs années après que Montaigne a pu faire un service militaire.

Pourquoi Brantôme, ayant à choisir parmi les exemples nombreux d'avilissement de l'ordre qui avaient eu lieu depuis plus de dix ans, a-t-il pris celui d'un homme aussi distingué que Montaigne ? On pourrait répondre qu'il tenait beaucoup aux traditions de la haute noblesse, à laquelle il appartenait ; il était ennemi des gens de robe ; d'un autre côté, Montaigne n'avait jamais bronché dans sa fidélité envers le roi, et n'avait servi ni la Ligue ni l'étrangcfr; le sieur de Bourdeilles n'était pas sans reproche à cet égard ; enfin il avait pour la reine Marguerite un attachement qui allait jusqu'à l'idolâtrie \ et il ne fut sans doute pas fâché de rencontrer une occasion d'épigramme contre un gentilhomme périgourdin comme lui, qui avait toujours gardé ses sympathies et s'était promptement rallié au roi de Navarre,

1. Le maréchal de Matignon fut frappé d'apoplexie foudroyante, le 2S Juillet 1597, pendant qu'il éUU à table ; Brantôme regarde cette mort comme une punition du del pour la rigueur avec laquelle le maréchal avait traité la reine Marguerite. Matignon avait si vivement conduit la répression du mouvement soulevé à Agen par Marguerite, que cette princesse avait dû fuir précipitamment à califourchon sur un cheyal, derrière un gentilhomme son amant. C'est ce que racontent tous les mémoires du temps.

fort mal avec sa femme, et contre un grand seigneur parent et partisan de ce prince ^ Ces raisons ne sont peut-être pas nécessaires pour expliquer la maligne citation du nom et de la promotion de Montaigne. Le mécontentement du gentilhomme de grande maison à l'aspect de l'ordre conféré à des gens de robe, contre l'esprit de l'institution , motiverait suffisamment sa mauvaise humeur. Ce qui serait absurde aujourd'hui était alors tout naturel; à chaque siècle ses idées, ses mœurs, ses préjugés.

Brantôme, donc, attribue la nomination de Montaigne, non à son mérite, mais aux seules démarches de son voisin et ami, le marquis de Trans* : < Nous avons veu des conseillers sortis des cours de parlement, quitter la robe et le bonnet quarré, et se mettre à traisner l'espee, et les charger aussitost de ce collier, sans autre forme d'aVoir fait guerre; comme fit le sieur de Montaigne, duquel le mestier estoit meilleur de continuer sa plume à escrire ses Essays^ que de la changer avec une espee qui ne lui seyoit si bien. Le marquis de Tran (sic) impetra du roy aysement un ordre à un de ses voisins, pensez qu'en se mocquant, car il estoit un grand mocqueur, » {Discours sur les capitaines ilhêstres^ article Tavanni'.)

t. Gaston de Fois, marquis de Trans, ches qui Tut tenue la conférence de Fleiz, pour la paix de ISSO, eut trois fils tués au comlMt de Honcrabeau, près de Nénc, UTTé par le rot de MaTarre contre les troupes du maréchal de Blron, le 36 juillet 1580 : «l^mme ils étaient tous proches parents du roi de Navarre, Ils soivalcntson parti, quoiqu'ils fussent catholiques. • (De Thou.)

2. Montaigne avait des relations Intimes avec la famille de Folx,dont le marquis de Trans était membre. Il avait eu une grande part à la conduite du mariage de Diane de Fois, comtesse de Gurson, comme il le rappelle dans le beau chapitre, qu*il lui a dédié, de 17fi«ltliiliofi des enfants. C'est à M. ie comte de Feiz, anbassadenr du roi à Venise, qu'il avait dédié les vers français de La Boé* tie;et il fait de lui un grand et Juste éloge, livre Ul, chap. ii des Essais,

S. l'avais cru devoir terminer avant ces mots i « Penses qu'en se mocquant, » etc. ladtallon de BrantAme, par ie motif qu'ils ne m'avaient point, d'abord, paru s'appliquer à Montaigne. Mon opinion reposait sur la manière dont la phrase est ponctuée dans les additions que Jean Le Laboureur a écrites sur le chapitre vi des Mémoires de Castelnau : « Le marquis de Tran impetra du rof aysement un ordre à un de ses voisins. Penses qu'en se mocquant, car il estoit m grand mocqueur, Il fit aussi son maistre d'hôtel dit Paomier de BMBBe clMvaiierf si qn'one fols estant veiin à la oour pour les alblres de son

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Quoi qu'en dise le malicieux seigneur de Bourdeilles, Tordre de Saint-Michel n'aurait pas perdu son crédit, s*il n'avait recruté que des gentilshommes d'aussi bonne maison et d'aussi grande valeur que Michel de Montaigne. La décon^dération ne s'arrêta pas après 1571; elle ne fit que s'augmenter. Des raisons de politique et de circonstances firent conférer Tordre au roi de Navarre et au prince de Gondé, dans la grande solennité qui eut lieu à Notre-Dame, le 29 septembre 1672 (voy. les détails donnés par Favin , Bistoire de Navarre) ; cette cérémonie, suivant de près la Saint- Barthélémy et Tabjuration forcée des deux princes calvinistes, avait un sens tout exceptionnel. Plus tard, et dans les cas ordinaires, on fuyait la fête de Tordre : « Le jour de la fête de Saint-MicheU qui est aussi k fête de Tordre, les princes

mabtrf, on le moBlrott au doigt, et se uocquolt on fort de luy. > Id, on le Tolt> la moquerie du narquia ne tombait ploa aur Montaigne. Cette leçon me aemblait mériter confiance. Jean Le Laboureur^ aavanteonscleBdettx, avait, dans aon commentaire de Castelnao , donné , le premier, en 16S9 , de nombreux fragments des discours de BrantAme sur tes capitaines illustres. Les œuvres diverses restèrent longtemps inédites* Mme la comtesse de Doretal , nièce do l'anteur, qull avait chargée de les faire imprimer, n'ayant pas osé hasarder une publication aussi scabreuse. Le discours sur Tavanne n'a paru, parmi les ouvrages de Brantôme, que dans l'édition de la Haye, 1740, 1& vol« petit tn-1). On pouvait croire que cette édition, faite si tard et à l'étranger, n'était pas aussi correcte que les fragmenu de^^Laboureur. qui avait écrit à une époque plus rapprodiée des sources primitites. Toutes les suppositions tombent devant rexameodaa Buoascriu; U BlbliotHèque Impértale de Paria en possède ploaloars : lo plaa fanporlant est cdul qui est Indiqué BR, supplément f^ançols 120; U aéU donné , le 7 novembre 174&, à la BIbllothèquo, par M. Blgnon, mattra des requêtes et bibliothécaire du rot C'eat un in-foUo qui n'cat paa éeift de la malB da BfantâoM» bmIs qaTIl a couvert de eonvcthms et additloaa placdas eatre ka Ugnea ou sur lea vaigaa» ou dana des feuUlelB Intercalés, le toat da SM écriture. L'IntaotloB d*étre trèa-malvelllaal envera Montaigne en reasort da la maBlère la phia évidente. Ainsi, dana aoo premier eut, leoMmoscrlt portait : « Duqttd es meatier esloit meilleur de continuer su pHtme à bien escrireu » BrantôDM elbce la mot bten, et, aprèa le nat tiorirê, BKt, entre les ttgnea^ aet Xssuyr . La phrase suivante ^tait ainsi conçue t « Le marquis de Tvan Flmpetra du rof ayaemaot et luy douoa pansai qu'en sa BMoquant car 11 estoH ma giund macqueur car c'eato&t aoo vuMu. » A la suite de cette phrase si négligée se tio«ve une croix fal renvoie à la marge, et là BraMôase i^K^Me ridatolieda maître d'hôtel, dontU n'avait point parlé d'abord.

DettMitacettedépensedamalicaquereste-i-UandéAnilIvel Le aMsquia de Trana avait été dédpié par le roi peur ramelire le eolUer de l'ordre à M. de Montaigne, aeu aad et cetaitde sa tedllet «ellAlaidt eenataut^^Hie le roi

CHEVAUER DE L*OBME DE SAINT-MICHEL. 175

se sauvent pour ne pas paraître à la cour. J*ai tu trois années de suite cette cérémonie, qui est la même que celle de Tordre du Saint-Esprit : la première année, la cour était i Poitiers, et plusieurs princes, ne pouvant pas échapper, y assistèrent arec le due d*Alençon. En 1578, il n'y avait de prince que le duc de Mercœur; et en 1579, il s'y trouva le duc de Guise, que le roi y avait expressément invité. • (Jé« rftme Lippomano, ambassadeur vénitien en France, en 1577 ; Jtefa/., t. II, p. 547.) Brantftme parle d'un grand prince qui avait pris fantaisie de se faire donner l'ordre dans ces derniers temps, parce que cela faisait bien dans ses armoiries, sur sa vaisselle et sur les housses de ses mulets K

Conoune Louis XI, Henri ID voulut remédier au mépris où était tombé Tordre ancien par la création d*un ordre nou-

B*alt réeompeiué MonUlgne qu'à la demande de ce wigneaf , cela peat rester donlcvs. QcBSt à Fintention nllleoM du marqato, elle poumAt Mec n'avoir ttirté ^aa dana la peMée guaUque et hoatiie da oirrateiir. SI ranecdote dn nnltre dliôtel est vraie, elle semblerait Oler quel<{tte cbose k la considération de M. de Trans pour Montaigne; mais il serait natnrel de penser que la prode ea aanriletf doBestlqae n'aura M obtenue que longkmpa après, et i la ditarédil de l'ordre «Télall de plus en plus aggravé. I. « .... SI qu'on n'en vouloltplua (de Tordre], fors un grand prince qui vit cieore ai^Joavdliul, qui la votilnt prendre sar le plus grand decilni al qu*alnal wjonrll. deamaanat soy Iny en friëona la gnerrn, U nous dit : « U an

• littchoU da voir mes armoiries sur ma vaisselle d'argent et sur les couvertes

• de mes mulets toutes plaines et sans estre enfournées, qui n'avofent nulle

• yasa; an Han qa'à cène hann, U les fera phia beau vofar nvec aa bel ardra « et aa bonluia. • (BrantAme, arUde Tatarhe.)

En pobtiant, le premier, cet article. Le Laboureur i^outa, après les mots : /bra im grand prinee, une parentbèaa tadiquant qani sTaglssalt dn dae da GtÉHL L'IndienUpn est conisaiabtot cnmment croire qu'un aeignanr aussi pulamni, et qui occupait une si baute position dans l'fitat, grand maître de France depuis 1663, n'ait pas été, dèasa première Jeunesse, et sans ravoir demandé, cbavaler de raPiiral L'aoBcdata eoMéa par BaanlÔBM aa rapparte au tempn du pU» §nmd déiHn^ c'ast-lHdlra à l'époque voisine da la créatian de Tordre du Saint-Esprit, destiné à compenser ravilissement de celui de Salnt-Mlcbel; or, le dna da Culsa était alora ebavaMar dapuia pbute ar i minées. Ladrtaprédia éasa proaMtfan ne m'est paa connue, malaaUaastantértanraà 1&72 tcaran le voit figurer dans le cbapitre solennel tenu cette année-là à Notre-Dame, pour la réception dn nrf de Ninrarra et du prince de Condé r « Au casié droit dn cbaar aà aa nmt la ddan emak la cbaira du lay » aouba aa grand dala de dn p d'or; ploa bas au masma costé eatoient las ptaoea de monsieur le duc d'Anjou fnre dn roy, des ducs da Montpensler, de Ifeven «r d$ Guùê, du marascbaf dafavannaai »alc. (Paaln, MrtaAra da Jrnamrra^ p.»Tl^

veau ; à la fin de 1578, il institua celui du Saint-Esprit. « Au mois, de décembre, audit an de 1578, le roy, considérant combien Tordre de Sainct Michel estoit mesprisé pour la multitude de gens de peu d'estime et de valeur qui y avoient esté receus, se délibéra de faire et establir en son royaume un nouvel ordre plus magnifique et plus relevé, sous le nom du Sainct Esprit, en souvenance de ce que le jour de Pentecoste il avoit esté esleu roy de Pologne, et puis en mesme jour succéda à ceste couronne (de France) voulant pour marque perpétuelle de cela que la cérémonie dudit ordre se fist le jour de la Pentecoste et le premier jour de Tan, auquel seul en fin elle fut réduite; et ordonna Sa Maiesté en Testablissement dudit ordre qu'aucun n'y peust estre receu qu'il n'eust £ait preuve suffisante de sa noblesse, de trois races du moins, sans aucuns excepter, pour en ester toutes confusions et conséquences, et n'eust rendu preuve manifeste de service rendu à cet estât. » Ainsi s'exprime, dans ses Mémoiresy M. de Chivemy, chancelier de Tordre au moment de sa création.

Montaigne n'avait pas de motif pour se faire illusion sur l'avenir de Tordre nouveau ; aussi lui adressa-t-il des prédictions assez moroses : « Or, de s'attendre, en effaceant et abolissant cette-cy, de poubvoir soudain remettre en crédit et renoubveller une semblable coustume, ce n'est pas entreprinse propre à une saison si licencieuse et malade qu'est celle où nous nous trouvons à présent : et en adviendra que la dernière encourra, dez la naissance, les incommoditcz qui viennent de ruyner Taultre. Les règles de la dispensation de ce nouvel ordre auroient besoing d'estre extrêmement tendues et contraintes, pour luy donner autorité; et cette saison tumultuaire n'est pas capable d'une bride courte et réglée : oultre ce qu'avant qu'on luy puisse donner crédit, il est besoing qu'on ayt perdu la mémoire du premier, et du mespris auquel il est cheu. » (Livre II, chap. vu.)

Ce que Montaigne avait prévu arriva , et Brantôme eut bientôt à signaler des abus dans la distribution des colliers de Tordre du Saint**Esprit. Avec l'abaissement successif de

la noblesse et rintroduction de plus en plus marquée de la bourgeoisie dans totttes les affaires d'État , une distinction aristocratique pouvait difficilement se maintenir dans ses étroites limites. Louis XIV lui conserva le plus qu'il put son éclat, en lui faisant sa part ; toute la noblesse de France était à sa cour ou dans ses armées : développant, plus que personne avant lui, Tesprit militaire, pour pouvoir soutenir ses longues guerres, il créa, en faveur de l'armée, l'ordre militaire de Saint-Louis, et le soumit à des conditions de religion et de durée de service ; il réserva, pour les grands de sa cour et pour les hautes fonctions , le cordon bleu de l'ordre du Saint-Esprit ; le cordon de Saint-Michel devint une récompense décernée surtout aux services rendus dans les arts et les lettres. La révolution de 1792 supprima tous les ordres de chevalerie avec toutes les distinctions nobiliaires ; les ordres anciens reparurent avec la Restauration ; la révolution de 1830 les abolit. Au-dessus des ruines de ces institutions , fondées sur les inspirations du passé, est demeurée l'institution nationale due au génie du premier consul de la république française : la Légion d'honneur, qui confond dans une même rémunération toutes les classes de citoyens, toutes les religions, tous les services rendus au pays.

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