‹ La vie publique de Michel Montaigne; étude biographiqueChapitre 28 sur 64 · CHAPITRE VIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIl

MOHTÀIGNS MAIRI DI BOHDBAUX.

Montaigne part pour les eaux thermales ; — passe à la Fère ; - aux bains délia Villa reçoit la nouvelle de son élection; reçoit à Rome la lettre des jurats; refuse. — Lettre d'Henri ill qui lui ordonne d'accepter. — Reyient dans son château. — S'applaudit d'avoir ac- ^ cepté. — Importance de la municipalité de Bordeaux, noblesse exigée du maire. ^ Privilèges des bourgeois ; habile potitique des Anglais; * infraction par les Français , et troubles qui en résultent. — Villes filleules. — Composition du corps de ville ; — jurats, prud'hommes, conseil des Trois-Cents ; élections des jurats et prud'hommes.— Prérogatives du maire ; nomination sous les rois anglais, puis sous les rois de France; élection rétablie en 4550 ; serment. — Ponctions et attributions des maires et jurats ; officiers de la commune. — Origine et texte del'édit de 4550. — Droits successivement rendus à la commune. — Après son acceptationi Montaigne écrit pour se dépeindre tel qu'il est. — Ses titres à être élu. — Présente la défense de sa mairie. — Ëpigramme de Balzac. — Biographes louent i son administration. — L'histoire de son exercice est peu .connue.

— Se divise en deux époques. — M. le maréchal de Matignon lieutenant général ; époque de sa nomination, son caractère , ses rapports avec Montaigne. — Le maire de Bordeaux entrait en fonction immédiatement , et non pas un an seulement après son élection ; discussion ; preuves spéciales pour Montaigne. — Assiste à l'ouvertore des séances de la chambre de justice ; Antoine Loisel, avocat général, lui dédie sa remontrance. — Extinction de la traite foraine.

— Montaigne va à la cour pour une affaire de la ville ; ordonnance favorable rendue par Henri HL — Synode provincial assemblé à Bordeaux. — Montaigne est réélu en 4583 ; sa réélection et le choix des trois nouveaux jurats sont attaqués ; arrêt du conseil d*Ëtat et lettres patentes du roi maintenant sa continuation et annulant la nomination des jurats ; requête contre cette décision. — Fin de cette affaire. — Pétition au roi de Navarre pour la liberté des communications sur la Garonne. — Différents actes de la jurade relatifs à des statuts ou règlements de plusieurs corps de métiers. — Bordeaux maintenu tranquille malgré les premières agitations de la Ligue. — Montaigne s'absente pendant l'hiver; réclamé par les jurats. •— Pro-

grès de la Ligue , situation difficile vis-à-vis le roi de Navarre ; leltre de ce prince aux maire et juratsde Bordeaux. — Il n'y a ^as émeute à ce moment; prévenue par Matignon. — Maire, jurats et autres convoqués chez le maréchal ; Vaillac sommé de remettre le château Trompette, soumission, prise de possession, procès-verbal. — Montaigne porte ces nouvelles au roi de Navarre. — Henri Ilï ordonne à Matignon de se rendre à Agen. — Revue des compagnies armées des habitants de Bordeaux. — Ordre maintenu pendant l'absence de Matignon ; lettre que lui écrit Montaigne sur ce qui se passe dans la ville et le pays; — nouveau voyage auprès du roi de Navarre. — Maladie contagieuse, ordinaire à Bordeaux, éclate en juin 4585, avec une extrême violence. — Montaigne se retire; va protéger sa famille; pillage de son château. — Refuse aux jurats d'aller aux élections; sa lettre. — M. de Moncuq, jurât, écrit au maréchal, sur rélat de la ville et les élections prochaines.

Montaigne venait de terminer la première édition des Essais; il en avait signé, chez lui, la préface le 1*' mars 1580 K Trois mois après , il se préparait à un long voyage. Les premiers feuillets de son journal de route , retrouvé dans son château, cent quatre-vingts ans après sa mort , manquaient au manuscrit; on n'y voit donc pas quels motifs déterminèrent son départ , et on ne connaît pas les premières étapes de son itinéraire. Les Essais nous apprennent les raisons qui lui faisaient aimer les voyages en général : celui-ci eut probablement pour but principal la visite et l'usage des eaux minérales les plus renommées; Montaigne pratiquait la cholique par la libéralité des ans ^ et ri avait la pierre ; il se résignait à ses souffrances : « En dix huict mois ou environ qu'il y a que ie suis en ce mal plaisant estât, i'ay desia appris à m'y accommoder. » (Livre H, chap. xxxvn.) Toute-

1. Et non le 12 Juin, comme le portent des éditions modernes. Cette date da 12 juin est celle de la préface de Téditloa de 1588. Est-ce MonUigne, est-ee son imprimeur, qui, en changeant le chiflTre du mois et de l'année, a laissé, comme à la première édition, IModication du lieu, Moniaigne? Quelle qoe soit l'explication de cette erreur, il n'en reste pas moins certain que MonUlgne ne résidait pas dans son château le 12 Juin 1588; il en était parti au cçmtnencernent de Tannée ; il a ensuite séjourné à Paris, à Gournay, à Rouen, à Cliartrcs et à Blois, où 11 assistait aux états, ouverts en octobre. Le témoignage de Pasquier, de de Tliou, de Mlle de Gournay, des Essais, ne permet aucun dout sur ces faits.

fois il voulut essayer si le mouvement, la distraction et les bains lui feraient du bien.

Il partit donc « le 22 de iuin 1580 , pour aller à la Fere » (en Picardie). Pourquoi se dirigeait-il d*abord de ce côté ? On l'ignore ; le prince de Condé s'était emparé , par ruse » de la place : le roi tenait beaucoup à la reprendre : il en ût faire le siège par le maréchal de Matignon, qui le commença & la fin de juin : les opérations durèrent jusqu'au 12 septembre. On ne sait ni quand Montaigne arriva , ni ce qu'il fit pendant le siège; on sait seulement que M. de Gramont, le mari de la belle Corisande , lequel servait dans l'armée royale » fut blessé grièvement , dans les premiers jours d'août , qu'il succomba à sa blessure , et que Montaigne , ami de sa fomille, fut un de ceux qui lui rendirent les derniers honneurs ^

Le journal du voyage commence, peu après, à Beaumontsur-Oise; il nous conduit successivemelit en Lorraine, en Allemagne, en Suisse» en Italie ; les bains délia Villa ^ près de Lucques, obtiennent de Montaigne une préférence marquée : il y revient , au mois d'août 1581 , après un séjour de cinq mois à Rome , d'où il avait rapporté son diplôme de citoyen romain.

Le jeudi, 7 septembre , au matin, il était resté au bain pendant une heure ; dans la même matinée on lui remit une lettre venue de Rome : c'était M. du Tausin qui lui écrivait de Bordeaux, le 2 août (dès le lendemain des élections municipales), qu'il avait été nommé maire à l'unanimité des suffrages, et le priait d'accepter celte charge :

« Al giovedl , 7 settembre la mattina, fui un' ora al bagno grande.

« QueUa istessa mattina mi diedero nelle mani per la via di Roma lettere del signor du Tausin, scritte a Bordea al 2 d'agosto , per le quali m'avvisa , ch' il giorno innanzi

1. • le feitt , eotro plusieurs aultres de tes amis, conduire à Soissons le corps de noosleur de Gniuiuioot , du siège de la Fere, où U fut tué.» {Livre Ul, cbap. If.)

d'un publico consentimento io era stato creato governatore di quella ciità : e mi confortava d'accettare questo carico per l'amor dî quella patria*. »

Ce n*était qu'une communication personnelle et privée ; elle ne suffisait pas pour déterminer Montaigne à accepter , et à reprendre tout de suite le chemin de France. Quelques jours après, le 12 septembre, il part de nouveau pour Rome, et y arrive le 1" octobre. Il y trouve une lettre des jurats de Bordeaux qui lui annoncent officiellement sa nomination , et le prient instamment de venir les trouver :

«Il dl ch' io giunsi a Roma recevetti le lettere delli giiirati di Bourdeaux , i quali mi scrivevano molto cortesemente délia elezione ch* avevano fatta di me per governatore della lor città : e mi pregavano molto d*andarlt a trovare. »

Montaigne fut sensible à l'honneur qu'on lui faisait : mais il tenait beaucoup moins aux dignités qu'à son repos et à sa liberté; il s'excusa donc* ; « Messieurs de Bordeaux m'csleurent maire de leur ville, estant eloingné de France, et encore plus esloingné d'un tel pensement. Je m'en excusay : mais on m'apprint que i'avois tort, le commandemant du roy s'y interposant aussy. » (Livre III , chap. x.) En effet, les Bordelais, affligés du refus de Montaigne, avaient insisté auprès du roi et obtenu de lui un ordre d'acceptation. Le roi écrivit une lettre conçue dans les termes à la fois les plus flatteurs et les plus impératifs. Après une démarche aussi honorable pour lui, et en présence d'une volonté royale aussi précise , Montaigne ne pouvait plus refuser. On peut croire , toutefois, que son acceptation précéda la ré-

1 . Le Journal du Toyage n'ayant été publié qu'en 1774, Il n'est pas étonnant qu'auparavant les biographes se soient trompés sur le lieu où Montaigne se trouvait quand il reçut la nouvelle de son élection; de Thou {But., livre GIV) et dom Devienne disent que ce fut ft Venise. « Lorsque M. de Montaigne fotesleu maire de la dicte année (1581), il estolt à Rome » dit Darnal (M. Gence émet la même opinion ). Le récit daté deUa Villa prouve la double erreur. Les contemporains, amis ou compatriotes de Montaigne, ainsi que la cour, pensaient qu'il avaitprolongé son séjour à Rome : c'est là que lui écrivent, à l*oc> casion de Télection, M. du Tausin, les Jurats de Bordeaux et le roi Henri ilL

2. Il ne refusa qu'une fois, et non pas deux, comme le dit La IMxmerie.

ception de la letlre du roi : car on lui apprit qu'il avait tort de s'excuser , et c'est la seconde raison que le commandement du roi s'interposa aussi ; il n'attendit pas l'ordre royal pour se mettre en route , puisque cet ordre est daté du 25 novembre , et que Montaigne , parti de Rome le 15 d'octobre arrivait dans son ch&teau le 30 novembre , traçant ces derniers mots de son journal : « Par ainsin avoit duré mon voyage dix sept mois buict iours. » Si quelque hésitation avait pu rester encore, le commandement du roi l'aurait certainement dissipée , et c'est ce qu'avec un sentiment délicat des convenances indique le passage des Essais.

Soit que les jurats aient revendiqué la letlre du roi comme un titre d'honneur pour la ville autant que pour le maire , soit que Montaigne leur en ait fait hommage, elle fut déposée aux archives de la mairie. Elle y a été découverte par le savant M. Buchon , qui Fa publiée en 1838 dans les Notices littéraires , Chronique des seigneurs de Foix et de Béam *.

« Monsieur de Montaigne, pour ce que i'ay en estime grande voslre fidellité et zellée dévotion à mon service ce m'a esté plaisir d'entendre que vous ayez esté esleu maîor de ma ville de Bourdeaulx , ayant eu très agréable et confirmé ladicte eslection et d'autant plus voUontiez qu'elle a esté sans brigue et en vostre lointaine absence. A l'occasion de quoy mon intention est, et vous ordonne et enjoincts bien expressément que sans delay ne excuse reveniez au plus tost que la présente vous sera rendue, faire le deu et service de la charge où vous avez esté si légitimement appelle. Et vous ferez chose qui me sera très agréable , et le contraire me desplairoit grandement, priant Dieu, monsieur de Montaigne, qu'il vous ayt en sa saincte garde.

• Escript de Paris le xxv* jour de novembre mil cinq cens quatre vingt ung. Signé Henry. »

Et plus bas : • de Necfvilli. »

1. Insérée, par M. Champollion-Figeac, dans le tome II des Doeuments fciflortçnef tii^dt'lf. Imprimés par ordre da gouvernement , elle Fa été aussi par M. Païen, dans ses Documents inédiit^ p. 27.

Au*des80us : « A monsieur de Montaigne, chevalier de mon ordre, gentilhomme ordinaire de ma chambre estant de présent à Rome. »•

Montaigne semble reconnaître qu'il n'eut qu'à s'applaudir d'avoir déféré aux représentations de ses amis et d'avoir obéi aux ordres du roi ; sa vanité y trouva son compte : t C'est , dit^il en parlant de la mairie , une charge qui doibt sembler d'autant plus belle, qu'elle n'a ny loyer ny gaing , aultre que l'honneur de son exécution. Elle dure deux ans ; mais elle peult estre continuée par seconde ellection , ce qui advient très rarement : elle le feut à moy : et ne l'avoit esté que deux fois auparavant, quelques années y avoit , à monsieur de Lanssac , et freschement à monsieur de Biron» mareschal de France en la place duquel ie succeday, et laissay la mienne à monsieur de Matignon, aussi mareschal de France : glorieux de si noble assistance :

« Uterque bonus pacis bellique minister. »

n La fortmie voulut prendre part à ma promotion, par cette particulière circonstance qu'elle y meit du sien , non vaine du tout : car Alexandre desdaigna les ambassadeurs corinthiens qui lui offroyent la boui^eoisie de leur ville; mais quand ils veinrent & luy déduire comme Bacchus et Hercule estoient aussi en ce registre , il les en remercia gracieusement. • ( Livre m, chap. x.)

MM. de Biron et de Matignon, comparés à des demi-dieux, c'est quelque chose; Montaigne, comparé par lui-même à Alexandre, c'est beaucoup : on peut même, si on n'est pas gascon, trouver que c'est trop. Mais Bordeaux valait bien Gorinthe, et la première magistrahire de cette grande cité était une des plus éminentes dignités auxquelles les plus puissants personnages pussent atteindre. On se ferait une pauvre et fausse idée de la mairie de Bordeaux au xvi* siècle, si on la mesurait aux proportions de nos municipalités actuelles , pouvoir subalterne par ses attributions comme par son rang dans les lionneui*s et préséances des cérémonies publiques.

Les contemporains de Montaigne font remarquer l'importance de la fonction, à propos de son élection : « Honoré, dit Etienne Pasqaier (Lettre à M. de Pelgé) de la mairie de Bordeaux i qui n'est pas petile dignité en la ville. » «Burdigalœ major, écrit plus gravement de Thou (Hist., livre CIV), quae dignitas primaria provinciœ, proceribus atque adeo prœfectis defertur. »

Dans plusieurs villes de France, qui avaient obtenu des rois ce privilège, tantôt étendu, tantôt restreint ou supprimé, les fonctions de maire conféraient la noblesse. Au contraire, « La charge de mmre de Bordeaux a toujours été si considérable que les Bordelais , au lieu de chercher une origine noble dans la mairie, ont eu pour maires des nobles de haute qualité.» (Laroque, Traité de la noblesse, chap. xxxix et xcn.) La noblesse d*épée était même une condition exigée ^

Les écrivains bordelais sont donc bienvenus à exalter, avec la puissance de leur cité, la grandeur de leur mairie , la splendeur de leur corps de ville. « La ville de Bourdeaux, dit Damai, qui vivait à la fin du xvr siècle et au commencement du xvir, et qui a rempU les fonctions de clerc de la ville, est recogneûe de toutes les nations de TEurope Tune des plus illustres , populeuses et fameuses villes du royaume de France , tenant le troisième rang parmi les autres citez , décorée de dignitez , comtés , baronies, prevostez et iustices. Les maires et iurats commandans à ceste communauté portent de toute antiquité le tiltre de regens et gouverneurs : sont en possesion de précéder en tous actes, non seulement

1. La cour eat occaaloii (Tlmposer le malntlea de cette condition. En 1576, M. Epnar, président tu pariement de Bordetui, fut élu mtire : « Le seigneur de La Yaleite (lieutenant du roy en deçà de la Garonne) entra dans lliostel de Tille, en rassemblée des cent et trente, et proposa ce qui estoit du service du rof, et délivra une lettre à messieurs les Jurais , par laquelle Sa Malesté mandoit ne pouvoir approuver Teslecdon de maire de la personne du président Zjmar, et de procéder k nouvelle eslection : mais depuis, icelle eslection fut par Sa Malesté approuvée pour ceste fols sans tirer à conséquence, ceste charge estant réservée pour gentite hommes faisant profession dVmes.... 1577, le 21 juillety le roy escrlt au corps de ville, pour procéder à l'eslectlon d'un maire autre que de robe longue. » (Damai, continuation de la Chronique Inmrdeloite,) Cette jurisprudence, si rigoureusement suivie, peut servir à prouver la noblesse de Pierre Eyquemetde Michel Montaigne.

les nobles de ceste province » mais aussi tous autres nobles du royaume , quelque degré qu'ils ayent» s'ils n'ont droict de monter es hauts sièges du parlement. Le maire de la dicte ville a esté de tout temps choisi et eslen des plus nobles , vaillans et capables seigneurs du pais. U montoit à cheval aux occurances, ayant une' compagnie dressée pour aller pourvoir aux desordres en temps de paix et de guerre : et qui plus est l'antiquité nous enseigne , que les dicts maires ont non seulement conduit la noblesse de la province» mais aussi les armées qui y estoient employées : et les seigneurs de la maison noble de Lisle et de la Lande portoient le guidon sous ledict maire S lesquels allans quelquefois devers les roys pour les affaires publics ne prenoient pas le tiltre de députez, ains d'ambassadeurs, pour faire voir en quelle estime a esté la ville de Bourdeaus. Aussi avons nous veu ceste charge de maire avoir esté en telle réputation, que les princes du sang ne l'ont pas mesprisee, ains grandement désirée, et les lieutenans des roys en ceste province, des plus grands personnages du royaume , s'en sont bien voulu honorer, ainsi que chacun sçait et a veu de notre temps*. »

«.... U n'y a ville en France où les magistrats populaires paroissent plus quand ils marchent en corps, ny qui ayent plus ample iuridiction. Il y a devant eux , quand ils sont en corps, quarante archers du guet, couverts de belles casaques d'ecarlate , et tous les officiers de la ville qui marchent aux processions et assemblées publicques. Monsieur le maire , vestu

1. En 14tl, dans l'assemblée générale des bourgeois, Il fut arrêté, par forme de loi < que le porte guidon de la ville se tleodroit prest, pour marcher lorsqu'il serolt mandé : car de toute ancienneté ladite ville avolt une compagnie de cavalerie, laquelle estolt commandée par le maire dMcelle. » (Delurbe, Chronique bourdeUnse,)

2. Laroque, loc, ctf ., énumère les noms des grands seigneurs qui, du xt« à la fln du XTie siècle, ont occupé la mairie de Bordeaui ; entre Biron et Matignon, Il passe MonUlgne. M. Bemadau, Annales bordelaises, p. 206, répare celte omission : « La mairie, dont Téublissement connu remonte au xii* siècle, était une charge importante à Bordeaux ; elle fut toujours confiée à des hommes distingués, soit qu'elle fût éleetlTe, soit qu'elle fût à la nomination du roi. Depuis Monadey Jusqu'à M. de Noè, on compte cent trois maires. Hlchei de MonUlgne est le plus célèbre d'entre eux. »

MONTAIGTfE MAIRE DE BORDEAUX. 243

d'une robe de velours blanc et rouge avec les paremens de brocatel marche deux ou trois pas avant les dits sieurs jurats, et iceux sieurs marchent deux à deux , et le procureur et clerc de ville, qui sont du corps aussi, de mesme au dernier rang, avec leurs robes et chaperons de damas blanc et rouge. Aux entrées des gouverneurs les dictes robes sont de satin blanc et rouge; aux entrées des roys, de velours blanc et rouge , doublé de tafetas rouge , et celle de monsieur le maire de brocatel. >» (Continuât de la Chroniq. bourdeMse *.)

Une dignité entourée de tant d'éclat , armée de tant de puissance , exercée par de si nobles personnages, était forte parce qu'elle avait à défendre des droits précieux , et parce qu'elle reposait sur les traditions séculaires d'un vigoureux esprit municipal. Les anciennes coutumes de Bordeaux et du pays bordelais formaient tout un code de lois civiles et criminelles; elles furent rédigées au xui* siècle en idiome gascon*. La ville avait en outre des règlements municipaux, qui furent revus et arrêtés à rassemblée des plus notables bourgeois , et publiés , avec le concours des maire et jurats, le 14 juillet 1542 ( Delurbe , Chraniq. bourdeloise). En 1701 , des Extraits des statuts anciens et nouveaux furent imprimés par ordre de HH. les jurats. Parmi les anciens recueils de statuts municipaux, on distinguait le Livre des Bouillons^ qui était conservé au trésor de la ville.

Là se trouvent les titres des anciens privilèges dont les Bordelais étaient fiers et jaloux avec juste raison. Dès le xiir siècle, des garanties entourent la liberté des personnes et assurent une justice indépendante ; tout individu arrêté doit comparaître en justice ; le maire peut accorder la liberté sous caution. Un prévenu de coups et blessures envers un

1. Il fut ordonné, par arrêt du parlement de Bordeaui, du 14 novembre 1538, que, quand les Jurats ou l'un d'eux seraient à l'audience de la cour de parlement, avec leurs robes ou chaperon delWrée, Ils précéderaient tous les nobles, de quelque famille , qualité ou condition qu'ils fussent (Delurbe). « En 1559, ordonnances réitérées, contenant que les Jurats porteront le chaperon de llTrée par la ville, pour se faire honorer au menu peuple. » (Damai.)

2. Voy. CifuHumes du reuort du parlemetil de Guyenne, avec un commentaire, par deux avocats au même parlement (les frères Lamothe), 2 voL tn-8.

^ Îi4 MONTAIGNE MAIRE DE BORDEAUX.

bourgeois de Bordeaux ne peut être laissé en liberté i à moins que le médecin ne déclare par serment que le blessé peut manger de la viande et boire du vin sans envenimer sa plaie ; lorsque le roi » son sénéchal ou son bailli porte plainte contre un bourgeois de Bordeaux, le maire doit juger selon la coutume de la ville. Les procès des jurats ou du maire sont jugés comme ceux des simples particuliers. Aucune chose ayant la valeur de trois cents sous ne peut être confisquée sans qu'il y ait un jugement.

Une ordonnance du prince anglais Edouard , fils aîné du roi Henri III, porte qu'une estimation doit précéder toute expropriation forcée. Si le roi ou son sénéchal veut construire un ch&teau dans la cité de Bordeaux, il est tenu de faire estimer, par les prud'hommes de la cité, les maisons, places et b&timents nécessahresà cette construction.Le maire etles jurats doivent l'aider à obtenir ces objets pour un prix raisonnable.

On voit au xv* siècle que le bourgeois de Bordeaux avait le droit de porter toujours des armes : il ne reconnaissait pour chef militaire que le maire K Condamné au dernier supplice, il avaitleshonneursdeladécapitationcommeles gentilshommes.

Aux termes des statuts, nul ne doit être reçu bourgeois de la ville de Bordeaux s'il n'y possède maison à lui appartenant, s'il ne tient feu et sa famille dans cette maison. Tous les citoyens par chaque paroisse sont inscrits en un livre exprès. Tout personnage reçu bourgeois prête serment. Les bourgeois de Bordeaux sont exempts de payer & la ville coutume ni autre subside pour les marchandises à eux appartenant sans fraude : « Les bourgeois de ladite ville ont aultres et plus grands privilèges. Sçavoir est de n'estre aucunement taillables : de pouvoir tenir tous biens noblement, et acquérir fiefs , dignitez et terres nobles , et comme tels sont exempts de payer aucuns droits de francs fiefs et nouveaux acquests.»

Les rois d'Angleterre avaient eu soin de maintenir les privilèges des Bordelais et de favoriser le commerce de leurs vins. Cette politique leur avait réussi ; l'intérêt du pays leur

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