Voy. M. Duoouroeau, la Gu^$nnê hiitariquêt tome H
MONTAIGlfE MAIBE DK BORDEAUX. Si 5
garantissait sa fidélité. On le vit bien en 1398 : «Le duc de Bourbon, dit à cette date la chronique de Delurbe , estant venu & Agen, sollicite par ses députez les Bourdelois de se remettre sous Tobeissance de la couronne de France ; mais ce fut en vain , de crainle que les dicts Bourdelois avoient de perdre leurs franchises ot lîbertez » qu'ils ont de tout temps chery sur toutes choses , comme dit Froissard. »
Lorsque les Anglais durent abandonner Bordeaux, la soumission de la ville à Tarmée de Charles VII fiit accompagnée de sages concessions accordées aux Bordelais ; ils demandèrent et obtinrent le maintien de leurs privilèges dans le traité conclu avec le comte de Dunois, le 20 juin 1451 : < liem^ et fera le roy, à l'entrée de ladite ville de Bordeaux, au jour dessus dit, s*il y est présent, ou monseigneur le comte de Dunois pour lui si le roi n'y peut estre, le serment sur le livre et sur la croix , ainsi qu'il est accoutumé , de tenir et maintenir les habitants du pays et chacun d'eux , présent et absent , qui demeureront ou demeurer voudront en son absence , en leurs franchises , privilèges , libertés , statuts, lois, coutumes, établissements, styles, observations et usances de Bordeaux, du Baradois et d'Agenois. — Item^ ne seront dorénavant les habitants dudit pays tenus de payer aucunes tailles , impositions, gabelles, fouages, courtages équivalents, ni autres subsides quelconques, et ne seront tenus que de payer les droits anciens et accoutumés en ladite ville de Bordeaux et pays susdits. — Item, a esté appointé que les officiers que le roi commettra au pays promettront au roi ou à ses commis et iureront de faire bonne iustice sans faveur au grand comme au petit, et qu'ils garderont les privilèges, coutumes et lois de ladite ville de Bordeaux et pays bordelois et les maintiendront à leurs honneurs et prééminences et iouiront ceux de ladite ville de Bordeaux et pays Bordelois de leurs iuridictions , ainsi que d'ancienneté ils ont accoutumé. »
Après la victoire les promesses furent oubliées ; la violation de ce traité , et l'insolente présomption des seigneurs français firent bientôt regretter, puis rappeler les Anglais; la
Guyenne se souleva en faveur de ses anciens maîtres. Le fameux Talbol revint et se mit à la tète du mouvement; mais il fut vaincu et tué à la bataille de Castillon, son armée dispersée, n fallut rentrer sous la domination française. Vainqueur irrité , Charles Vn ordonna aux Bordelais de renoncer & leurs privilèges et franchises. Hais bientôt après , mieux conseillé par une sage politique , il leur rendit leurs droits par un acte du 13 octobre 1452. En 1464, Louis XI confirma leurs privilèges, et, afin de compenser les fâcheux résultats de l'émigration de beaucoup de grandes familles en Angleterre , il offrit des avantages à ceux qui viendraient s'établir à Bordeaux ^
Longtemps après l'établissement définitif des Français, les infractions aux privilèges causaient encore de vives agitations. En 1512, «émeute du peuple à Bourdeaux, de ce que le duc de Longueville, comte de Dunois, et lieutenant gênerai pour le roy en Guyene, aurait faict entrer du yin du haut pays et prohibé en ladicte viUe , tant le peuple estoit désireux de maintenir ses privilèges et libériez. » (Delurbe , Chron. baurd. ) La même cause , jointe aux exactions des agents , détermina le grand soulèvement de 1548, à la suite de rétablissement de la gabelle, « les habitants de Guyene de tout temps ont esté libres et impatients de daces et subsides. » (Eod.) L'ordonnance de 1550, rendue par suite de ces
1. « Les Bordelols restoieat attachés à TAugleterre; les familles considérables émigroient, emporunt leurs richesses et leurs archives, titres et documents. Edit du 16 février 1464, par lequel 11 fut dit que Sa Majesté permetirolt à toutes sortes de personnes de quelque qualité et condition qu'elles puissent être, hablunt dans son royaume, qui aurolent Intention de venir s'établir et habiter dans la ville de Bordeaux, et aux environs, sur les biens et maisons qui s'y trouveroient vacants, qu'ils eussent à s'y rendre et k s'y faire inscrire par les commissaires à ce députés par Sa Majesté ; qu'ils y Joulroient de toutes libei^ tés, franchises et anciens privilèges dont Joulssoient les habitants, sans avoir besoin d'autres lettres de naturalisation, et qu'à chacun d'eux, selon leur état, il seroit fait don et partage des biens vacants et abandonnés, provenant des familles qui avoient préféré leur retraite en Angleterre à l'utilité de leurs propres fonds et domaines, et que patente leur en seroit délivrée par les commissaires de Sa M^esté. Cet édlt fut publié dans le royaume, et, peu de temps après, ta ville de Bordeaux fut repeuplée comme auparavant, mais presque tous gens nouveaux, d'où descendent ceux qui existent h présent. > {Histoire curieuse et remarquable de la ville et prorince de BordeauXy par Lacoionle, tome I.)
troubles, énumëre les privilèges qu'elle restitue aux Bordelais (voy. p. 226 et 227, note).
Indépendamment des privilèges de ses habitants, des seigneuries qu'elle possédait, et de ses autres richesses, la ville de Bordeaux avait encore dans la province une importance spéciale par sa suprématie sur plusieurs villes qui étaient ses fitteules. Cela remontait au tempç de la puissance anglaise, à Tannée 1379, suivant la Chronique de Delurbe : « les villes de Bourdeaus et de Bourg entrent en alliance et confédération estroicte, à la charge toutes fois que Bourdeaus, comme capitale, tiendroil le premier rang, et y commenderoit, ainsi que ez autres villes de la province , et a esté touiours gardé iusquesauiour que les Anglois furent chassez de la Guyenne, que lorsque la guerre estoil eschauffee entre les François et les Anglois, et qu'il y auroit danger de surprinse, que les maire et iurats de Bourdeaus envoyoient aucuns de leurs bourgeois es villes de ladite province, pour y commander et prendre garde à leur seurté. Et de là est venu que les villes de Blaye, Bourg, Liboume, Sainct Emylion, Castillon, Sainct Hachaire, Cadillac, et Rions, sont appelées filleules de ladicte ville de Bourdeaus. »
Un grand caractère devait s'attacher à la municipalité d'une cité si considérable et si puissante. De temps immémorial, la ville de Bordeaux s'était administrée elle-même. Suivant BemadauMn/t^. bordelaises^ p. 383etsuiv.), le corps de ville est déjà mentionné dans des lettres patentes de Philippe lY, roi de France , adressées juratis et eomtnunia Burdegalensis. Il se composait, dès le xm* et le xir siècle, des jurats, du maire, des prud'hommes, du grand conseildes Trois-Cents. Depuis le xv* siècle, un des jurats était nommé sous-maire.
Les jurats étaient les administrateurs de la commune. Leur nombre était anciennement de cinquante ; il avait été ensuite de vingt-quatre. En 1478, Edouard, roi d'Angleterre, ordonna qu'il n'y eût plus qu'un maire et douze jurats qui auraient la charge et le gouvernement de la ville (Chronique de Delurbe). Après 1550, le nombre desjurats ne fut plus que de six.
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Les trente prud'hommes, dont les jurats prenaient ravis, formaient le conseil ordinaire; ils furent plus tard réduits à vingt-quatre ; ils étaient élus chaque année , et « les trois cents aussi, qui, es affaires occurrentes, grossissoient le conseil de ville, et en estoit faict un catalogue pour estre prests au moindre mandement des magistrats. » Les trente étaient appelés autrefois très-souvent. Au xvi* siècle, les trois cents avaient été réduits à cent : « aux grands et plus sérieux af* faires, au lieu des cents que nous appelons, ils en appeloient trois cents ; c'estoit le conseil des trois cent trente, ores que la ville ne fust peuplée la moitié de ce qu'elle est autourd'hui ^ » ( Damai , ccntin. de la Chroniq. ) Les formalités de Télection et des serments des jurats, maires et prud'hommes étaient réglées, aux xiii* et xiv* siècles, par les statuts anciens et par les ordonnances des rois d'Angleterre*.
Dans le xvi* siècle ( et , en ce qui ne fut pas changé par l'ordonnance de 1550, les choses restèrent à peu près de même jusqu'à la révolution de 1789), voici ce qui avait lieu pour l'élection des jurats et des prud'hommes :
Autrefois le 24 juillet, depuis 1550 le l*'août de chaque année, les jurats se réunissaient à l'hôtel de ville pour procéder aux élections; ils s'adjoignaient les vingt -quatre prud'hommes; ils partaient tous ensemble ai^c leur portemasse, trompettes et autres officiers; ils prêtaient serment dans l'église de Saint-Éloy, sur l'autel, de bien et loyalement élire ; puis, après avoir ouï la messe, ils rentraient en conclave et nommaient les nouveaux jurats. Pour pouvoir être élu jurât, il fallait avoir ^ en biens mille livres bordeloises,
1. On dte même un exemple de la convocation de tout le peuple. En 1430, le roi d'Angleterre ayant demandé quelques subsides à la ?llle de Bordeaux, on appela le peuple à son de trompe. Le clerc de la ville ^posa en peu de mots le sujet de la convocation, et engagea chaque bourgeois i donner librement son opinion. Un citoyen, nommé Jean Ferrade, fut d'avis qu'on n'accordât ni Uille ni imposition par feu ; son opinion fut partagée par quinze cents des plus notables habitants. Les députés chargés de faire connaître au roi la volonté de la commune de Bordeaux étant de retour, rendirent compte de leur mandat au peuple, qui approuva leur conduite. (Ducourneau , Guyenne historiqtie , tome U, p. 174.)