‹ La vie publique de Michel Montaigne; étude biographiqueChapitre 3 sur 64 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

faire assez ^; il entendait que si on se résigne à devenir homme public, a on ne refuse aux charges qu'on prend l'attention y les pas, les paroles, et la sueur, et le sang au besoin » (livre III, chap. x) ; il n'admet aucune excuse « pour ne rompre «on disner, voyre ni son sonmieil » quand on reçoit du nouveau (livre H, chap. iv). Ce que Montaigne veut qu'on donne aux affaires, c'est son temps, c'est sa peine; ce qu'il veut qu'on garde pour soi, c'est soi-méttie; l'homme doit toujours rester distingué du fonctionnaire.

Montaigne a fait ce quil conseille. Sa vie publique, dirigée par les plus nobles principes, à été plus occupée qu'dn ne le sait généralement* Remarquable et enregistrable, elle n'est enregistrée que pour bien peu par luimême t « ce ne sont mes gestes que i'escrîs, )> dit-il (livre n, chap. vi). Faut-il croire, avec Mlle deGournay (préface des Essais ), que « ce tt'est guère la peine d'écrire la vie de Montaigne puisqu'elle est complète dans l'auteur*? » A qui veut connaître la vie privée.

1. t I>es ptalntes qui Aie eornént tnx brèllles sont telles : il est, aux offices publlcques, trop particulier, trop desdaigneux.... Si i'estols grand enlumineur de tties acitons, & I*adventure reuibarrerois-le bien ces reproches; et à quelques uns apprendrols quMls ne sont pas si offenses que ie ne face pas asseï, que de quoy ie puisse faire assez plus que. ie ne foys. » (Livre I*', chap. xxv.)

t. Le savant Tessier exprime la même pensée : « Montaigne a fait au long rhistolre de sa vie dans ses Essais^ qui sont entre les mains de tout le monde; ahisi it n*ést pas nécessaire que jinsiste là-dessus. » (Éloges des hommes savants, lirex de rhistolre de M. de Thou) avec des additions contenant l'abrégé de leur vie, le Jugement et le catalogue de leurs ouvrages; 4* édit. 1715, t. IV, p. I7Î.)

PRÉFACE, ni

la personne, les habitudes, même les plus intimes, le caractère du philosophe, les fsjats suffisent; son livre, c'est lui, c^est son essence. Mais si ce livre, qu'on relit dans cesse, inspire la curiosité de savoir la place que Tauteur a tenue dans la société , dans l'histoire de son temps, les renseignements et les allusions que les Essais contiennent, laissent d'immenses lacunes, et ne se peuvent bien comprendre qu'à l'aide des témoignages contemporains.

Des investigations incessantes éclairent les nations étrangères sur la vie de leurs grands hommes; TAngleterre recherche avec ardeur tout ce qui peut compléter la biographie de Shakespeare* : l'Allemagne veut tout savoit" sur Goethe. Aucun fait ne leur paraît trop minutieui, aucun détail indifférent. Nous n'avons eu pour Montaigne, hélas ! comme pour bien d'autres, ni la même curiosité, ni le même £èle; les notions rares et vagues que nous avons reçues sur sa vie publique , noué les avoni admises sans les contrôler et sans y ajouter ) nous savons, en gros, les fonctions et les honneurs dont il a été revêtu ; mais des circonstances de

U Ge grand poêle • lu Montaigne dans une traduction ; il se prit pour lui d*on goût passionné , et transporta dans ses pièces des morceaux tout entiers des ffsmti. Le musée Britannique possède l'exemplaire de la traduction sur lequel se trouvent des notes de la main de Shakespeare , et sa signature avec b dale de 1603. M. Pbilarète Cliasles explique et prouve, de la manière la plus évMeSie M nvee les détails les plus IntéressanU , IMnfluence de notre philosophe sur le poète anglais. (Voy. Études sur Shakespeare, Marie Stuarl et

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