‹ La vie publique de Michel Montaigne; étude biographiqueChapitre 31 sur 64 · Expressions de de Thou. (Mém.^ livre II, année · texte numérisé non relu

Expressions de de Thou. (Mém.^ livre II, année

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MONTAIGinB MAIRE DE BORDEAUX. 247

première séance de la chambre de justice de Guyenne; l'arrivée de ces juges» tirés du parlement de Paris, était saluée comme un événement heureux. Elle avait été décidée par redit de la conférence de Fleix^ La commission était présidée par Antoine Seguier et par Jacques VioÙe, seigneur d'Aigremont; les conseillers étaient Jean Seguier, Jean Delavau» Estienne Fleury, Jérôme de Monthelon, Jean Scarron, Guillaume Benard, Adrien du Drac, Pierre Seguier, Lazarre Coqueley» Jean de Thumery, Claude du Puy, Jacques de Tbou, Michel Hurault de L'Hospital*. « Loysel et Pitou étaient, Tun avocat, et l'autre procureur général de la commission ; couple d'amis illustre par leur mérite et par leur probité, plus illustre encore par la conformité de leur zèle pour le bien public (de Thou). » Des hommes aussi distingués s'empressèrent de rechercher la société de Montaigne. De Thou, l'apprécia mieux que personne, et lui voua une amitié qui ne s'est jamais démentie ni refroidie; il rassemblait les matériaux de son grand travail : « Dans le dessein d'écrire l'histoire de son temps, il faisait connoissance, partout où il passait, avec ceux qui pouvaient y contribuer , et comparant tout ce qu'il avait lu ou entendu, avec ce qu'il en apprenait lui-même, il en tirait de justes conséquences.... Il tira encore bien des lumières de Michel de Montaigne, alors maire de Bourdeaux,... fort instruit de nos afE&ires, principalement de celles de la Guyenne, sa patrie, qu'il connaissait à fond (Idem). » C'est sans doute par

1. L'art. 11 porte; « Le Roy envoyert au pays et duché de Guyenne une diambre de Justice composée de deux présidents , quatorze consetllcrs , un procureur et advocat de Sa Majesté, gens de bien , amateurs de pali, Intégrité et suflnnce requise. Lesquels seront, par Sa Majesté , choisis et tirez des parlements de ce royaume, et du grand conseil.... lesquels présidents et conseillers ainsi ordonnez connoistront et Jugeront toutes causes , procez et dilTercnts , et cootraTentlons à Tedict de pacification , dont la cognolssance et Juridiction a esté attribuée & la chambre composée par Iccluy. Serviront deux ans entiers audit pays, et changeront de lieu et séance de six mois en six mois, afin de purger les provinces et rendre Justice k un cbascun sur les lieux, etc. •

2. Letlrts du Roy pour Vestablissement de la eour de justice en ses pais et duché de Guyenne, suivant ses edicis. Bourdeaux, par Pierre Ladlme, imprimear Juré de la dicte Tille, 16S2.

in d^Uaiem vêêiram^ que sont les propres et originaires ô* toyeus natift en icelle : les faisant tous esgalement participer, et leurs communiquans vos principaux honneurs de mairies, jurades, et autres dignitez et offices de laville. > Montaigne, maire de Bordeaux, quoique Périgourdin, n'aurait pas pu s'empêcher de prendre pour lui une part de ce eompliment. Halheureusement il n'assista point à la stenoe de clôture ; il était en cour pour les afEeùres de la viUe.

Suivant de Thou, la chambre de justice reçut ordre de se rendre à Agen pour y tenir séance après la Saint-Martin. C'est une erreur ; par lettres patentes du 3 août, le roi avait mandé à la cour de justice de Guyenne de se transporter au plus tôt à Agen et y tenir séance pour trois ou quatre mois. En conséquence, la cour rendit, le 23 août, un arrêt qui ordonna que l'ouverture de la plaidoirie serait faite le 1*' octobre prochain à Agen. (Pièces imprimées chez Ladime, à Bordeaux, 1582.) Toutefois, la séance d'ouverture ne put avoir lieu que le 11 octobre. Loysel, profitant du loisir des vacances, fit une copie de sa deuxième remontrance, et l'envoya, avec la lettre suivante, à Montaigne :

A MONSIBUa DB MONTAIGNB.

« Monsieur,

« Si vous pristes quelque contentement d*ouyr ce que je dis à l'ouverture de nostre première séance comme vous m'en fistes des lors quelque demonstrance, j'espère que vous en recevrez autant ou plus en lisant ce que vous trouverez ce que je vous envoyé avec la présente. D'autant mesmement que vous trouverez plus de particularitez de vos villes et pays de bordelois. Comme de faict ie ne scauroy à qui mieux addresser cette closture qu'a celui qui estant maire et l'un des premiers magistrats de Bourdeaux, est aussi l'un des principaux ornements non seulement de la Guyenne, mais aussi de toute la France. Je vous prie doncques la recepvoir d'aussi bon

/» 2dV.

cœur que ie tous FenToye : priaot Dieu, MoDsieiir, vont tenir en sa grice.

« VAgen, ce 1 novembre moluxii.

« Vostre très-humble et très-obéissant serviteuTi

« A* L'OisiL* »|

Le cél^re légiste rendit public ce témoignage de ses sen* timents m, l'insérant dans l'édition qu'il donna des dMx parties de sa remontrance de Bordeaux, et plus tard dans son livre intitulé la fifuyeims, comprenant le recueil de toutes les remontrances qu*il avait prononcées comme avocat gè* néral à la chambre de justice ^

t. Li leetnre de la lettre de LVML ne pemiet pee de douter qaeledlaefHtis qu'a tnroyiit et dédlelt à Hontalgiie ne soit la Meoode renoatrance» «eUa qal fnt prononcée à la séance de clôture du 22 août 1582. Qaude Jolj (Vie de L*Olsel, en tête des Opu«cules Uré$ âêt Mémoires de M. intotne VOUel) no 8*7 est pas trompé t et « continua l'arsument da cette reaHMMttattOO on la BsesoM TlUe de Bourdeanz le 22* Jour d'aoust et suivant : et l'envoya à monsieur de Hontaigne, maire de Bourdeaux, auteur du livre des JBssais^ qui luy avolt tesmolgné avoir pris plaisir à entendre la première. » 11 n'y a point d'^ qulvoque possible devant l'édition Isolée des deux remontrances de Bordeaux, réunies dans une brochure petit in-S", Paris, chez Langelier, 1595 , sous la titre : De Tœil des rois et de la justice, La dédicace à Monuigne estimprimés à la fin de la brochure. M. Payen, premiers Documents^ P> 81 f •'«t méprie quand il a dit : « En 1582, L'Oisel dédia à MonUlgne un écrit intitulé : An^ nestiê, ou de Vouhliance des maux faiets et reeeus pendant les troubles f publié d'abord en 1595 in-8*, et Inséré en 1606 dans le recueil publié sous le titra de La Guyenne y où 11 forme la troisième remontrance. » Cette erreur s'e»* pUque par la mauvaise disposition typographique du volume La Guyenne, Le livre dans son ensemble est dédié an garde des sceaux. La première remontnmce. Intitulée : De Vml des Bùys et de la iustiee , n'est précédée d'aucune dédicace; pour la seconde, on Ut d'abord le titre : Continuation de Vosil dis noys et de la justice; puis vient une lettre de L'Oise!» du 31 mars 1582, I M. le premier président de Harlay, qui avait demandé à voir la premiers remontrance; après cela le sommaire, et enfin le texte de la remontrance faite è la clôture , le 22 août. La pièce suivante a d'abord ce titre : Àmnestie^ ou de Vùubliance des maux faiets et reeeus pendant les troubles et à Too» cof ton iftceuff, Agen. Puis vient la dédicace à JTonmur de Montaigne^ datée d'Agen l*' novembre 1582 ; enfin, le sommaire et ie texte de cette remontrance «^ faite en la viUe d'Agen, à l'ouverture de la chambre de Justice, le 11 octobre 1582. » Il semble résulter de U que c'est la troisième et non la seconde remontrance que L'Oisel dédia i Montaigne; mais la preuve du contraire est incontestable. U est impossible que la seconde ail été dédiée à M. deHarlay, car elle n'a été prononcée que le 22 août, et la lettre d'envol au premier président est du 31 mars précédent C'est Indubitablement cette seconde que L'Oisel a

Ayant le départ de la chambre de justice pour Agen, les élections municipales avaient eu lieu à Bordeaux, le 1*' août; les trois nouveaux jurats nommés furent HM. d'Alesme, Galopin, Reynier. (Damai.)

Dans le cours de cette année 1582 , le roi fit une concession importante. La traite foraine, c'est-à-dire des droits de douane imposés sur les marchandises entrant ou sortant , existait à Bordeaux. Pendant les deux années 1553 et 1554 (c'est à cette dernière que commence la maison de Pierre Eyquem), « on remarque la suppression de la traite foraine accordée par le roi, en faveur des habitants de Bourdeaux, moyennant deux mille écus qu'on paya aux coffres de Sa Majesté à l'espargne. » (Damai.) La suppression n'était que temporaire : la ville aurait voulu l'abrogation définitive ; M. de La Rivière, maire, fut député en 1556 ou 1557 , avec M. le premier président Largebaton , pour solliciter, entre autres choses, « l'absolue suppression de la traite foraine. Il fût envoyé du vin de Grave à la cour, le nombre de vingt tonneaux, pour distribuer à messieurs le cardinal de Lorraine, connestable, etmareschal de Saint-André. » (Damai.) La ville, malgré ses libéralités, ne parait pas avoir réussi alors; car nous voyons la chronique mentionner, à l'année 1582, « l'extinction de la traite foraine accordée par le roy. » On ne dit pas si Montaigne était parvenu à obtenir, dans l'intérêt de sa ville, une suppression absolue : le mot d'extinction pourrait le faire présumer.

On ne sait pas non plus si c'est pour cette aflaire que Montaigne se rendit à la cour. Ce fut, en tout cas, pour une afiTaire importante et compliquée; on en peut juger par cette

dédiée à Montaigne. Il annonce à celut-cl qu'il y trouvera des particularités sur le Bordelais : elles sont dans la seconde, prononcée à Bordeaux, et nullement dans la troisième, prononcée à Agen ; Il dit qu'il adresse à Montaigne cette clôture^ ce qui s'applique au discours du 22 août, et non à celui du 11 octobre, prononcé à l'ouverrure des séances d'Agen. Ce n'est donc pas VÀmnestiê^ mais bien la Conf tnuaa'on de l'œil des Roys que l'auteur a envoyée à Montaigne. L'arrangement vicieux qui a Induit M. Payen en erreur est d'autant plus étrange que La Guyenne (1605) a été Imprimée du vivant de L'Olsel , mort seulement en 1617.

mention de la chronique : • Monsieur de Montaigne» maire, envoyé en cour pour les affaires de la ville, avec amples mémoires et instructions. » Il partit au mois d'août; il emportait avec lui une copie des privilèges de la ville de Bordeaux, lesquels paraissaient engagés dans la question soumise au roi , et un mémoire contenant les articles des demandes; un de ces articles, le onzième, semble avoir eu plus d'importance que les autres. Montaigne réussit dans sa mission : le roi rendit une ordonnance favorable, qui fut expédiée au mois de juillet de Tannée suivante. Jf'ai trouvé la preuve des faits que je viens de rappeler dans le texte même de Tordonnance , qui était restée inaperçue dans un recueil relatif à la ville de Bordeaux ^ Il est à regretter qu'on ne possède pas le manuscrit de cet acte , et les pièces qui y étaient annexées ; on y verrait quelle était l'affaire grave qui avait conduit Montaigne à la cour dans l'intérêt de ses administrés. On saurait aussi quel était cet article onzième qui avait été spécialement octroyé , et compris dans la formule générale de renouvellement des privilèges ; les villes , surtout au commencement des règnes, demandaient souvent des confirmations de ce genre : comme elles n'étaient pas gratuites, la couronne les octroyait volontiers.

« Henry , par la grâce de Dieu , roy de France et de Pologne : à tous présens et advenir, salut. Comme entre autres remontrances que nous auroient fait nos chers et bien amez les maire et iurats de nostre ville de Bourdeaux, au mois d'aoust dernier, celle-ci sera l'une des principales, que pour les causes et considérations qui auroient peu nos prédécesseurs roys leur octroyer plusieurs grands et beaux privilèges, confirmez par nostre tres-honoré seigneur et père Henry, que Dieu absolve, y adioutans les grandes pertes et travaux par eux receus et soufferts depuis vingt-quatre ans en ça, au moyen des guerres advenues en cetuy nostre

1. Pritilesges des bourgeoù de la ville eî cité de Bourdeaux^ oetroyes et approuves par U$ ro^^e tris chrestiens Henry //, Charles II ^ Benry III ^ Henry IV et Louis llll, d*heureuse mesmoiVe, reveus et imprimés de nouveau eu 1607 ; Bordeaux, 1667, iii-4\

f M MOlfTAIGNE MAIRB DE BORDEAUX.

roTamne, il nous pleut leur accorder la confinnation de leurs dits pri^eges , pour en iouir par eux et leurs successeurs, ainsi qu'Os ont cy^deyant : ce qu'après meure ddiberation nous aurions ordonné. Nous , à ces causes , et en sutrant nostre dite ordonnance escrite en la mai^e de Ponzième de leurs articles, dont la copie est cy-attachee afec eoppie de leurs dits privilèges , sous le contressel de nostre fhancellerie, de nostre grâce spéciale, pleine puissance et anthorité royale, avons confirmé, approuvé et continué, et par ces présentes, confirmons , approuvons et continuons tous et cbacuns lesdits privilèges, pour par les exposans et . leurs sucoesseurs en jouir ainsi qu'ils ont fait cy-devant bien et duement , jouyssent et usent encore de présent. Si donnons en mandement à nos amez et féaux les gens tenans nostre cour de parlement audit Bourdeaux, etc....

« Donné à Paris, au mois de iuillet, l'an de grâce 1583, et de nostre règne le dixième, et sur le reply, signé par le roy, Aimeras, et sceUé du grand sceau de dre verte en lacs de soye à double queue. >

L'année 1588 qui avait commencé à Bordeaux par l'inauguration de la chambre de justice, se termina durant la tenue d'une autre assemblée, qui ne' manqua pas d'intéresser Montaigne. L'archevêque Antoine de Sanssac, affligé des progrès de l'hérésie dans la Guyenne, et du dérangement que les troubles de l'État avaient introduit dans la discipline de son clergé, convoqua, au mois de novembre, un synode provincial. « En iceluy, dit de Lurbe, sont arrestez plusieurs beaux et saincts règlements pour les ecclesiastiques. • Les désordres étaient gravesS et le pape Grégoire XIII félicita le prélat de ses efforts pour y remédier*.

1. Abm 15SS CêlebrtTlt Bardlgite concllinm proTlncItte ad tuUndan 6de0 •rUiodoum «dvertus biireies tuoc gniMotts potUsimun in AqulUnU, r«til« tuendainque ecdeslasUcam disciplinam, et emendandos deri cl populi mores; canonesque hoc In ctttu condiU ab apostolica sede approball sont. (Co/ita efcrttltaiiajl,p. 8&0.)

t. Hoc ad Antonium arebicp. acripalt Gregorius XIU. Incradlbiliter Ict^ti •umut aynodum provtneialen a taa fraternitate ad noa mlaMn p«rfectain esse tanu cum pletate, quantum et rcs ipsa flagllabal, et aelus tuus poliicebator;

Tk

MONTAIGNE XAIRE DE BORDEAUX. t58

Montaigne avait dignement représenté la ville; il y avait maintenu l'ordre et la tranquillité, et en avait heureusement conduit les affaires; aux élections du i^ aoAt 1583 il Ait donc nommé de nouveau. Les trois nouveaux jurats furent MM. Ramond de La Roque sieur de Budoz, JeanLaPeyre, et Jean Claveau; le sieur de Budoz étant mort dix mois après son élection, fut remplacé par M. Baude de Moncucq. ( Damai , ChrùMque , et cmissions de la ekrtmique. )

La réélection de Montaigne et la nomination des trois nouveaux jurats donnèrent lieu à des incidents et à des actes qui sont restés jusqu'à présent inconnus de tous les biographes.

Ces élections avaient excité des animosités; les mécontents les avaient d'abord attaquées devant le parlement de Bordeaux ; mais ils semblent n'avoir pas compté sur le succès de cette procédure , qui n'aurait pas pu continuer sans devenir contradictoire, et qui aurait échoué devant des magistrats également bien informés de la teneur des statuts de la ville et de la valeur comme de la conduite des personnes élues. Ils se désistèrent donc avant d'avoir fait assigner le maire et les jurats, et ils portèrent leur réclamation au conseil d'État. Ils présentèrent la continuation de la mairie de Montaigne comme contraire aux statuts et à Tordonnance de 1550; ils paraissent avoir signalé comme vices de l'éleetion des trois nouveaux jurats l'absence ou l'msufflsance du concours de la noblesse , et l'emploi de manomvres pratiquées poiu* obtenir des suffrages. A l'aide de ces allégations, non contredites, ils obtinrent une décision qui ne leur donna pas entièrement gain de cause ; la réélection de Montaigne ftat maintenue; la nomination des trois nouveaux jurats fut annulée , et il leur fut fait défense de s'immiscer dans leurs fonctions avant d'avoir été entendus par le conseil. Sur mes indications, l'avis du conseil d'État et les lettres patentes du roi ont été trouvés aux archives de

qno noodoe te plurlnl fecînast Ubi, provtactalIbiisqtM tnfs OMOit a Mbit imitemc cliarlutls officia deberl agnoscimus, elc. DaU RoonB.M. die 8 deoembris M. IMS. [CiUl. christ., eod.)

la yille de Bordeaux; ces deux actes , datés du même jour, 4 février y 1584 , m'ont été communiqués par Farchiviste de la ville» M. Detcheverry ; les voici reproduits textuellement :

Extrait des registres du Conseil d' Estât.

« Sur la requeste que Sa Magesté a renvoyé dans son conseil d*estat laquelle ceulx de la noblesse et plus saine partie des naturels bourgeois et citoyens de la ville de Bourdeaulx luy ont présenté, tendant à ce que Teslection faicte le premier jourd*aoustdela personne du sieur de Montaigne pour estre continué maire de ladicte ville les deux années prochaines après l'avoir este les deux précédentes, et que Teslection aussy faicte le mesme jour, des personnes des sieurs de Budos, de Laspeyre et Claveau pour estre nouveaulx jurats de ladite ville seront l'une et l'autre declairée nulles et abuzives et comme telles cassées et annuUees et ce faict estre procède a nouvelle eslection d'autres maire et jurats de ladite ville. Semble aux sieurs dudict conseil qu'irdoibt estre remys à Sa Magesté d'ordonner sur ce contenu en ladite requeste sellon son bon plaisir et vollonté, bien estimant pour aulcunes bonnes considérations qu'il sera bon que l'eslection dudit Montaigne pour ceste fois demeure conQrmee et luy continué en ladite charge de Maire, les deux ans qui luy sont prorogez sans ce tirer a conséquence défendant aux habitans de Bourdeaux de plus user de semblables prorogations en l'eslection dudict maire oultre et par dessus les deux ans qui sont à ce préfixes par l'ordonnance du feu roy Henry en l'an mil cinq cent cinquante sy non que par expresse concession de Sa Magesté il leur ftist permis en user ainsy, et quant aux sieurs Budos Laspeyre et Qaveau qu'ils doibvent estre assignes audit conseil pour eulx oys et vérification sommairement faicte des faicts propozés contre leur ellection, estre par Sa Magesté ordonné ce que de raison, enjoignant aux dits habitants de garder aux susdictes ellections la forme des estatutz de ladicte ville, sans reschercher par praticques et moyens indeubs les voix ou soufraiges des elizans, et que dores en avant ceulx de la

noblesse de lailîcle yille y soient appelles pour y aïoir voix et baillés ieors soufraiges et y estre admis et estre elleuz an dictes chaînes comme les autres habitante, et leur y estre deffendu sellon leur rang et qualité, la regnier, sur peyne s'ils ne sont duhement appelles, que lesdictes ellcctions seront declairees nulles et en marge et dessous, le Roy entend que ledict adyis soit suyyy et d'abondant qu'il soit defFendu aux susdicts Budos, Lapeyre et Glaveau de s'imiscer en ladicte charge de jurats que au préalable ils n'ayent este oys et que Sa Magesté n'en ayt ordonné. Faict audict Conseil d'Estat tenu à Sainct Germain en Laye le quatriesme jour de feb?rier mil dnq cent quatre vingts et quatre.

« Signé Guibbrt. »

•» HENRY par la grâce de Dieu roy de France et de Pologne au Seneschal de Guyenne ou son conseil à Bourdeaulx salut. Nous vous mandons et ordonnons que Tarrest dont extraict est cy attaché soubz le contre sel de nostre cbancel- Ifer aujourd'huy donné en nostre Conseil d'Estat vous ayés à faire mestre à pleine et entière exécution sellon sa forme et teneur usant à ces fins des moyens et contrainctes accouslumees en tel cas nonobstant opposition ou appellations quelconques pour lesquelles et sans preiudice d'icelles ne voulons estre diffère, mandons en oultre à nos huissiers ou sergent premier, sur ce requis, assigner iour certain et comportant aulx sieurs de Budos, de Lapeyre et Claveau denommés au susdict arrest à comparoir en nostre Conseil d'Estat pour eulx oys et vérification sommairement faicte des faicte proposés contre leur eQection, estre par nous or-* donné ce que de raison leur faysant cependant tres-expresses deffenses de s'imisccr en ladicte charge de jurate que au préalable ils n'ayent esté oys, et aux habitante de ladicte ville de Bourdeaulx de cy après procéder à telles prolonga^ tions, ains gat*der aux subsdictes ellections la forme des estatute de ladicte ville sans reschercher plus par praticques et moyens indeulz les voix et soufraiges des ellecteurs et que doresenavant ceulx de la noblesse y soient appelles pour y

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28§ M0HTA1GHS VAIRfi M BORMAUX.

av(^ voix et bailler leurs soufiraiged et estre admis et éBeuz aux dictes charges comme les autres habitants de ladicte ville et leur estre deffendu sellon leur rang et qiMlité k regnier, sur peyne s*ilz ne sont duliement appeUés que les» dictes ellections seront declairees nulles, et qu*il sera par nostre dict huissier ou sergent signifié à toutes les personnes et commuoaultés qu*il appartiendra et dont sera requis sans qu'il soit tenu deouffider aulcune penmssion placet ni pareatis car tel est nostre i^ysir. Donné à Sainct Germain en Laye, le quatriesme jour de febvrier, Tan de grâce mi! cfaiq cent qmtre vingt quatre et de nostre règne le dixiesme. Signé par le Roy en son conseil, Guibert et sellées du grand sel de cire jaulne à simple queue. »

Le maire et les jurats» blessés dans leur honneur» et réduits à un nombre qui rendait leurs fonctions beaucoup {dus onéreuses, voulurent députer à la cour le procureur syndic de la ville pour obtenir le maintien de Télection des jurats; le maréchal de Matignon leur ayant représenté que la présence de tous était nécessaire à Tadministration de la ville, ils se bornèrent à adresser au roi la requête suivante, qui se termine par une demande concernant une affaire étrangère à l'élection *•

« Sire,

« Ayants aucuns de cestc vostre ville pour des passions puliculieres appelé de l'élection et contination de maire en la personne du sieur de Montaigne, et élection de trois nou« veaulx iurats faite au mois d'aoust dernier, et £iit poursuite de leur appel en vostre cour de parlement, ils auroient en se départant de leur première poursuite sans nous faire assigner, présenté requeste à Vostre Maiesté tendant à nouvelles fins, plaine de plusieurs faulx faicts, et à nostre défaut obtenu arrest de vostre conseil d'Estat par lequel entre

1. Ce document te trouve à la Bibliothèque Impériale, collection de HaHay,

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autres choses lesdicls nonveaulx iurats auroient esté interdictsde l'exercice de leurs charges iusquesà ce qu'ils eussent esté ouys en \ostre dit conseil ; « Sire, « Si nous eussions eu cet heur que d'estre entendus en nos raisons nous eussions espéré taire paroistre à Yostre Maiesté que toutes les formes contenues par nos statuts et privilleges ont esté soigneusement et religieusement gardées en ladite élection, et qu'il fust fait le choix de vingt quatre preudhommes, bourgeois notables et non suspects, lesquels par ensamble auroient faict due eslcclion des dicls iurats, personnes de bien et d'honneur, comme nous aurions cognn par experiance de leurs deportements en leurs charges. L'interdiction leur a depuis esté signifiée, sans pourtant les assigner en vostre conseil, en manière que de six iurats il ne nous en reste plus que trois en service qui en demeurent d'aultant surchargés, et le service publicq retardé, chose qui requiert prompte provision et règlement que nous supplions très humblement Vostre Maiesté vouloir ordonner pour la conservation de nostre honneur en ladite élection, et des droicts et privilleges de ladicte ville, esquels nous avons esté maintenus parles rois vos devanciers que Dieu absolve, et par Vostre Maiesté iusques à presant, et ne permettre qu'à l'avenir telles divisons soient toUerees, lesquelles ne peuvent engendrer que desordre, confusion et mespris de nos charges, ains que les règlements pourtés par les arrests de vostre cour de parlement, donnés en semblables matières et confirmés par Vostre Maiesté soient efiectués nous eussions envolé près Vostre Maiesté le procureur et syndic de vostre dicte ville pour vous faire entendre nos plainctes et doléances sur ce fait et autres plus amplement, n'eust esté que monsieur le mareschal de Matignon a iugé selon sa prudence n'estre expédiant que pour le presant aucnng de nous abandonnast le service de vostre ville.

« Sire, « Il y a une instance pendant en vostre conseil d'Estat entre les iuges presidiaux de cesle dicte ville et nous, tou-

chant nos preceances. Nous supplions très htimblemeiil Yostre Maiesté de faire surseoir la poursuite de ladicte instance pour cinq à six mois, et iusques à ce que les affaires nous permettront envoïer ung de nous près Yostre Maiesté pour luy représenter que le droict que nous prétendons en cela n*est autre que celuy qui nous a esté attribué par les edîcts des roys vos prédécesseurs et par vous confirmé et auquel nous avons esté maintenus par les arrests de vostre dicte cour de parlement donnés toutes parties ouyes, et sur i'asseurance que nous avons que nos tres-humbles requestes qui ne tendent qu'au bien de vostre service et plus seure manutention de ceste vostre dicte ville sous vostre obeyssance nous seront accordées par vostre delK»inaireté plus que paternelle.

« Sire,

« Nous supplierons tres-humblement le Créateur donner perpétuel accroissement aux prospérités et félicités de Yostre Maiesté.

« Bourdeaux, ce 5 mars 1584.

« Vos très humbles, très obeyssans et très devotieux subiects les maires et iurats de vostre ville de Bourdeaux»

« Db PlCHON*. »

Cette requête embarrassa la cour ; elle fut communiquée au maréchal de Matignon, que le secrétaire d*État Yilleroy pria, par une lettre du 16 avril, de donner son avis sur l'affaire*^, de Matignon répondit le 27; son opinion fut en faveur des jurais attaqués : il parait que l'on n'insista pas à l'égard de celui qui avait été pris dans la noblesse, M. de Budos; on abandonna la première décision prise contre

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