‹ La vie rurale dans l'ancienne FranceChapitre 21 sur 21 · INFLUENCE BIENFAISANTE DES CURÉS DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

INFLUENCE BIENFAISANTE DES CURÉS DE CAMPAGNE

Aux indications que nous avons données plus haut sur le rôle bienfaisant des curés de campagne, nous pouvons ajouter quelques exemples, tirés d'un recueil d'économie politique et sociale, publié au dernier siècle par Dupont de Nemours, sous le titre d'Èphémérides du Citoyen. Ces exemples, pris sur divers points de la France, s'appliquent pour la plupart à des localités

déshéritées. Ils montrent quelle influence sérieuse et bienfaisante pouvaient exercer de bons, prêtres, doués d'un vif esprit de charité, de dévouement et d'énergie.

Voici d'abord M. Geofiroi, curé d'Auribeau, village situé dans les montagnes stériles qui dominent Grasse. Les habitants y vivaient de rapines, comme des barbares. Le curé, sur ses ressources modiques, fit habiller les enfants et donna des encouragements aux meilleurs travailleurs du pays. Des terres furent déôichées et mises en culture; les habitants les moins robustes recueillirent les fraises qui poussaient sur leur territoire, pour aller les vendre à la ville. Le village fut transformé. « Ces bonnes gens, dit un témoin oculaire, sont devenus bons, sages, frères et riches. Ils adorent leur curé, le regardent comme un père et sont parfaitement généreux... » Le curé était âgé de 78 ans. « On ne parle de lui, ajoute-t-on, même les jeunes gens, que comme d'un patriarche. »

Le curé de Chanteix, dans la partie la plus sauvage du Bas-Limousin, trouva, comme le curé d'Auribcau, des paroissiens à demi-barbares ; le vol était leur industrie; les coups de bâton et de hachereau, leurs exercices; le blé noir leur mets ordinaire. En vain il essaya de leur prêcher le respect du bien d'autrui, le travail et la charité. Ses sermons n'étaient pas écoutés. Il résolut d'agir. Il trouva quatre robustes jeunes gens disposés à le seconder; il leur fit faire la police, et quand un voleur était pris en flagrant délit, il le faisait amener dans l'église et lier au pied de la chaire. Les cloches étaient alors sonnées, le peuple s'assemblait, et quand Téglise était remplie, le curé interrogeait le coupable, le^ forçait à avouer sa faute, et après l'avoir adnaonesté fortement, il le renvoyait couvert de confusion

â68 APPENDICE

<]an9 sa cbaumièro. Plusieurs exécutions de ce genre produisirent un tel efTet que les actes de maraude cessèrent, que les propriétés respectées furent cultivées avec plus de soin, que la défiance fit place à la sociabilité, et qu'on peu de temps, la paroisse fut transformée au point de vue matériel et moral.

M. Paye, nommé curé du Crest, en Auvergne, n'eut pas à lutter contre le caractère des habitants de sa paroisse, mais contre la misère eflrayante qui y régnait. Le Crest est situé au milieu de rochers escarpés. M. Paye commença par faire ouvrir par ses parois^siens un chemin praticable pour les voitures. D vendit une partie de son patrimoine pour en employer le produit à faire défricher un sol Âpre et stérile ; il fit des avances aux paysans pour acheter des outils et des bestiaux. Pendant Thiver il donnait à ses paroissiens des leçons pratiques d'agriculture et d'arithmétique; il enseignait à lire et à écrire aux enfants. « Ce respectable pasteur, écrit-on, est parvenu à défricher en cinq ans Tesprit et les terres ingrates de ses paroissiens. Il les a rendus travailleurs, intelligents, riches et bons, et sa. cure est présentement estimée miUe écus. » U est certain que le curé, qui s'efforçait d'améliorer la condition de ses paroissiens, améliorait aussi la sienne, puisque son revenu consistait surtout dans la dîme des récoltes; il trouvait souvent ainsi, sans l'avoir cherchée, la rémunération temporelle de ses actes généreux.

Dans le pays de Labour, le curé de Bardos voulait faire défricher 2,000 arpents de terrains incultes. Il sollicitait dans ce but l'appui de l'État. Le curé de Saint- Denis-sur-Sarthon, près d'Alençon, instituait des prix pour stimuler l'agriculture et l'élevage des bestiaux ; il

créait une école de filles, un bureau de charité, et grâce à lui, les mendiants disparaissaient dans sa paroisse.

Le curé de Saint- Victor de Chrétien ville, près, de Bemay, était fils d'un brigadier des gardes du corps, M. Du Hauray de Bois-Gruel. Il trouva plus de 80 mendiants en arrivant dans sa paroisse. Il donna des rouets et du chanvre aux filles ; il les fit aller à Técole ; il plaça des garçons chez des tisserands ; il fit enseigner, par des ouvriers qu'il fit venir spécialement, Tindustrie du tissage, et en créant une véritable manufacture dans le village, il en bannit complètement la mendicité.

Le curé de SaintrGilles, dans le pays de Caux, établit aussi des ateliers pour occuper ses paroissiens pendant l'hiver. Il faisait bâtir tous les ans quelques petites maisons pour les nouveaux mariés. Il dépensait -le revenu de sa cure, qui était de 2,000 à 2,500 livres, pour le soulagement des habitants de son village, et refusa, pour ne pas les quitter, une cure de 8,000 1. « Aussi, disaitr-on, toute la paroisse le regarde comme un père, il prévient les querelles, il unit les familles, il règne sur tout son troupeau par l'amour et la vénération qu'il inspire. »

Un autre curé, celui de Colombe en Dauphiné, avait introduit dans sa paroisse l'industrie de la toile d'ortie et du tissage de la laine, et avait ainsi procuré aux habitants des ressources qu'ils n'avaient pas auparavant.

A côté de ces pasteurs bienfaisants, les Èphémérides du Citoyen citent un riche bénéficier, l'abbé de Fénelon, qui s'était retiré dans son bénéfice de Saint-Cernin. Il commença par affranchir ses serfs de la main-morte ; il

fll bAlir une église et un presbytère dans son village, ouvrir des chemins à prix d'argent, bâtir des ponts et construire un aqueduc*. Ces travaux utiles, suscités par des prêtres bienfaisants, étaient la meilleure manière de remédier à la pauvreté et d'assurer la prospérité des paysans ; ils y réussissaient mieux que les aumônes, même lorsqu'elles étaient le plus largement réparties.

1 Ephémérides du Citoyen ùu Bibliothèque raiiùnnée des Sciences morales et politiques, 1770, 111, 215 à 217 ; 1767, VI, 106 ; 1771, XI, 226 à 228 ; 1767. IV. 182, V, 118 ; 1771, Vffl, 184, 194 ; 1768, XII, 194 à 210, etc.

TABLE ALPHABETIQUE

Abondance, p. 118, 119.

Abstinence, p. 110, 112.

Age des mariés, p. 248, 249.

Agriculture (Etat de F), p. 135 à

Aînesse (Droit d*), p. 242.

Aire neuve, p. 215.

Aisance^ p. 135 à 154, 225.

Alcôve, p. 44, 194.

Alimentation, p. 99 à 121.

Almanachs, p. 92, 304.

Anes, p. 26, 127, 161.

Anneaux, bagues, p. 72, 95, 160,

Anoblis (Laboureurs), p. 151, 152.

Apothicaire, p. 168, 169. Apparitions, p. 300.

Appentis, p. 23.

Arche ou coffre, p. 249, 354, 355.

Architecture, p. 13, 14, 310.

Ardoise (Toits d'), p. 15.

Argent monnoyé, p. 145, 146, 149,

Argenterie, p. 41, 42, 149, 153,

Armes, p. 36 à 38, 178, 334, 341,

Armoires, p. 33, 50, 51, 175.

Arpenteurs, p. 167.

Artisans, p. 91, 146, 147.

Assemblées, p. 203.

Assiettes, p. 40.

Assises, p. 38.

Attachement aux seigneurs, p.201,

Aubergistes, p. 153, 154.

Avarice, p. 146, 266.

Bacheleries, p. 212.

Bagues, voir Anneaux.

Bahuts, p. 60.

Bailli, p. 172, 173.

Baillive, p. 173.

Bancs, p. 33, 38, 349.

Baptêmes, p. 200, 280, 291.

Barbier, voyez Chirurgien.

Bas, p. 60, 88, 94, 96, 345, 347.

Basse goutte, p. 26.

Bâton du seigneur (coup de),

Battues au loup, p. 37.

Bavolets, p. 76.

Bénédiction nuptiale, p. 250, 251,

Bergers, p. 218, 230, 255, 260,

Bergerie, p. 23.

Bestiaux, p. 25, 30, 33, 127, 129,

Bêtes à laine, p. 30, 114, 361, 362.

Voir Brebis.

Beurre, p. 104, 109, 115, 344.

Bibliothèque bleue, p. dOA.

Bijoux, p. 71 à 74, 95, 160, 173,

Blaudes, blouses, p. 62, 63.

Blé (prix du), p. 129, 135, 138.

Bœufs, p. 149, 311, 341, 361.

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