JGO LA MF. RURALE
Que celte voyageuse, en nos vallons perdue,
Sur le blé du hangar qui touche à la maison,
V mis au monde un fils, un beau petit garçon.
Pendant que l'ouragan secouait la muraille,
Que les gouttes de pluie y tombaient sur la paille,
11 est né cette nuit sans se faire annoncer.
lin vérité, petit, c'est beaucoup se presser.
Mais n'importe, chacun se sent Fâme touchée;
On accourt, on s'empresse autour de l'accouchée.
On rit au nouveau-né, dont le vagissement
A côté des brebis semble un doux bêlement.
Ma femme est là, riant et pleurant; elle assiste
La mère qui lui rend un beau sourire triste.
EWq fait appeler le médecin du lieu.
Elle bénit l'enfant qui vient au nom de Dieu.
Le pauvre ange! il est nu : certe, il faut qu'on rhabille:
Et l'on court au trousseau qui servit pour ma fille,
A ces chers souvenirs que chacun reconnaît.
On reprend au tiroir les langes, le bonnet,
Ce beau petit bonnet de guipure un peu rousse
Où Ton respire encore une odeur vague et douce ;
Le manteau baptismal qui retombe à longs plis,
Tout ce linge adoré, de la couleur des lis.
Si bien que le marmot, ange qui bat des ailes,
LA CRliCITE. '261
Est magnifique à voir en robe de dentelles.
Qui que tu sois, enfant, digne objet de pitié,
Pâle fils du hasard qui nous est confié,
Puisse le Dieu propice au néant qui l'implore
Te faire un avenir plus sûr que ton aurore.
Qui sait ce que le ciel réserve pour destin
A ce berceau, mêlé de paille et de salin?
Nous vivons dans un temps qui semble un vaste rêve :
Ce qui fut haut descend, ce qui fut bas s'élève.
Un vent terrible fait osciller l'univers.
De rois déshérités les chemins sont couverts.
A qui sera demain le sceptre et la puissance?
Qui sait, ô mendiant dont je plains la naissance,
Si mes enfants un jour, sans aide et sans soutien,
N'iront pas de leur toit s'abriter sous le tien !
AUBE IVTnVER
— Allons, Muse, debout! le jour à la croisée Recommence à blanchir. N'es-tu pas reposée ?
— Non, je suis lasse encor; laisse-moi sommeiller. Quel étrange démon te pousse à m'éveiller?
Je t'ai, depuis un mois, dicté presque un volume. Laisse-moi. Quand, le front sur Toreiller de plume. Je demeure au matin, les yeux à peine ouverts. Mes rêves, tu le sais, valent mieux que tes vers.
— J'entends. C'est toujours là que mène cette pente On était paresseuse, on est impertinente.
VLBE DU I VER. 2G:J
iMais les propos oiseux font les moments perdus. Retournons au plus vite à nos vers suspendus. Alerte! il est urgent d'achever la besogne.
— J'ai froid! l'air est glacé ce matin, le vent grogne ; Souffre au moins qu'au foyer je rallume ton feu. Quand les pieds sont transis l'esprit s'échauffe peu; C'est d'ailleurs une tache où ma main fait merveille, De rendre l'étincelle au tison de la veille.
Se bâtir un bon feu, rien n'égale cet art !
Sous trois larges quartiers de chêne ou de foyard,
On jette une broussaillc, on y met l'incendie
Avec quelque brouillon d'ancienne tragédie.
Puis devant les chenets on reste là rêvant;
On regarde la braise, on écoute le vent,
On voit cent visions dans la flamme apparaître.
— C'est bien; le feu pétille, enfin tu vas peut-être Entamer le travail!
— Encore un bref sursis!
Le temps de regarder les cieux mal éclaircis. Laisse, laisse-moi voir, de ta vitre mouillée. Cette aube sans rayon, pâle, jaune, embrouillée,
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Qui perce avec effort lo ciel bas et couvert.
Comme c'est triste à voir, une aurore d'hiver!
Sous son épais rideau teint d'une clarté louche,
On dirait qu'elle bâille et regrette sa couche.
Vois, mon ami; l'azur est maussade aujourd'hui;
Dieu le Père est absent, dirait-on, de chez lui.
Tout est gris : au dehors, le froid sévit sans doute.
Regarde ces rouliers qui passent sur la route :
Serrés dans leurs manteaux et soufflant dans leur main.
Ils suivent tristement l'ornière du chemin,
Et font aller, d'un pas moins lent que de coutume.
Leurs chevaux essoufflés dont la narine fume.
— • Or çà, vas-tu jaser ainsi jusques au soir?
— J'aime ce doux portrait, qui touche à ton miroir!
— Laisse là ce portrait.
— 11 est assez fidèle; Mais combien le crayon resta loin du modèle ! Ami, te souviens-tu de la première fois Que tu la vis? C'était à Sorrente, je crois, Sous les vieux orangers de la m:iison du Tasse. Elle se promenait sur la haute terrasse. La mer chantait au bas, cet immense flot pur