‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 106 sur 140 · EDUCATION · texte numérisé non relu

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Que tardons-nous? partons : sous un nuage gris, La première hirondelle arrivée à Paris M'annonçait ce matin, en messagère alerte, Que chez nous, au pays, la terre est déjà verte, Que l'on a déjà vu, sous de tièdes soleils, Fleurir la pâquerette et les boutons vermeils! c( Qu'attendez-vous ici? partez! » me disait-elle. Et sur ma sombre vitre elle frappait de l'aile.

Hâtons-nous donc : la ville au ciel toujours si laid Ne vaut plus maintenant les honneurs d'un délai :

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D'un hiver de six mois voici bientôt le terme. Déjà plus d'un salon se dépeuple ou se ferme; Et les Italiens, gens épuisés de voix, Donnaient hier Mosc pour la dernière fois. Faisons comme eux : souillons nos dernières bougies; Du rhume et de la toux cessons les élégies; Fuyons les plafonds bas et les murs étouffanls, Et partons, et surtout emmenons les enfants.

Emmenons les enfants! Aux deux bords de la Seine,

Pour eux plus que pour nous l'atmosphère est malsaine.

A de si tendres cœurs, à de si doux esprits,

Abrégeons par pitié la prison de Paris.

Sauvons, d'un soin jaloux, sauvons ces purs organes

Du tableau des laideurs mesquines ou profanes;

Sur ces premiers matins veillons pieusement!

Tout dépend ici-bas de son commencement.

Le jour sera mauvais si l'aurore est obscure ;

Amer sera le fruit, touché d'une piqûre;

On trouble tout le fleuve en troublant le ruisseau;

L'homme enfin tout entier se ressent du berceau!

L'enfant que l'on retient dans le cachot des villes

Porte en germe un cœur lâche et des membres débiles.

Qui de nous en passant n'a reconnu l'écueil.

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A voir, dans un faubourg, sur quelque pauvre seuil. De ces êtres chétifs aux traits maigres et hâves, Enfants pareils aux fleurs qui poussent dans les caves; Nourrissons de la fièvre et de l'épuisement, Sur qui la mère pleure et tremble à tout moment! Quel homme, parmi ceux que la ville emprisonne. Même entre les puissants dont le nom brille ou sonne. Sentant croître le ver de sa prospérité. Ne s'est dit mille fois ; « Que ne suis-je resté. Que n'ai-je, les pieds nus, grandi sur les collines, A travers les sentiers de cailloux et d'épines, En butte à tous les vents du ciel et de la mer?» Moi-même, au fond du cœur, je l'ai, ce deuil amer! Tout orphelin n'est pas celui qui, solitaire, Près d'une double tombe est resté sur la terre. D'une pitié semblable il en est que je plains : 0 nature, ô soleil, ce sont tes orphelins! C'est vous tous qui, dans l'ombre où pas un jour ne brille. N'avez jamais connu cette heureuse famille Que le Dieu paternel fit pour l'enfant joyeux Avec les fleurs des bois et les rayons des cieux! Tout le bonheur, hélas! ne tient pas dans un livre. S'il est bon de savoir, il est urgent de vivre; Et, devant tout penseur dont l'œil n'est point troublé,

iNiil chef-d'œuvre ici- bas ne vaut le grain de blé ! Qu'il aille donc, ce fils qu'à veiller Dieu nous donne, Qu'il aille vivre aux lieux où l'atmosphère est bonne; Qu'il grandisse, affranchi du poids des longs travaux. Parmi les jeunes daims et les jeunes chevaux; Fier, la ciinière au vent, qu'il mesure sa force A gravir le rocher et rar])rc à rude écorce, \ chevaucher les bœufs qui vont à l'abreuvoir, A donner les bons coups comme à les recevoir! Tel homme dont l'histoire a gardé Tombre illustre. Longtemps, fils du vallon, ne fut qu'un joyeux rustre. Le collège en plein vent fut toujours le meilleur. « Sois libre! » dit l'oiseau. « Reste pur! » dit la fieur; Et l'herbe qui (Icurit, l'abeille qui bourdonne. Instruisent mieux l'enfant que toute une Sorbonne.

Ce fut dans un jardin, paradis enchanté,

Seul et trop court berceau de la félicité,

Qu'un jour l'homme reçut, comme il venait de naître,

Sa première leçon de Dieu son premier maître.

Écartant les rideaux fermés à l'œil humain.

Dieu parut. Dieu le prit lui-même par la main,

Dieu lui fit visiter cet enclos de délices.

Et partout lui montrant les fleurs aux doux calices,

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