A L.N ABSENT
Lue plaine au soleil, dont, pendant tout un jour, Le plus rude arpenteur ne ferait pas le tour. Nombreux sont vos troupeaux, nombreuses sont \0-i fermes; Vous avez des jardins aux fleurs de tous les germes; Vous avez des coteaux où, plantés par milliers. Vos ceps donnent un vin connu dans les celliers. Mais que vous sert, bêlas! tant de magnificence? Le manoir est fermé, triste de votre absence. Du maître qui l'oublie accusant l'abandon, Le seuil en est couvert de ronce et de chardon. La tour de vos aïeux s'écroule pierre à pierre; Au dedans, au dehors, tout est deuil et poussière ! Dans l'alcôve assombrie oi^i fut votre berceau, La paisible araignée achève son réseau.
Dans le jardin, témoin de vos jeunes folies, Les roses du printemps s'effeuillent non cueillies. L'eau tarit; l'arbre meurt; livrés à tout hasard, Vos champs sont cultivés sans mesure et sans art; D'avides laboureurs aux terres surmenées Arrachent dans un an le fruit de dix années; Le rustc s'accomplit en quelques soins grossiers. Vous le dirai-je enfin? vos libres tenanciers, Disposant à leur gré du bien de vos ancêtres, Finiront un malin par s"cn croire les maîtres ! II. 22
Pourquoi cet abandon, ce long délaissement? Seul possesseur du droit que votre oubli dément, Loin du champ, loin du parc, du jardin, du toit sombre. Quel charme vous retient depuis des jours sans nombre? Ce charme, on le connaît; bien d'autres s'y sont pris : Ce charme tout-puissant, on l'appelle Paris. Paris, le rendez-vous des foules idolâtres ; Paris a les bazars, Paris a les théâtres; il a les salons d'or, où janvier de retour De chaque sombre nuit fait un radieux jour; Des triomphes de l'art il a toute l'ivresse; Enfin, la joie immense... et l'immense détresse!
Oui certes, l'Opéra, j'y consens, est à voir; Il est doux, quand son lustre, ardent soleil du soir,. Éclaire sur trois rangs, le long des galeries, Les femmes au sein nu chargé de pierreries, Quand la scène procède à ses enchantements, Il est doux d'écouter, parmi les instruments, A travers les parfums et les clartés du lustre, La voix de la chanteuse et du ténor illustre! Mais, par un tiède soir de la belle saison, Quand la lune apparaît, suave, à l'horizon. Qu'elle vient éclairer, mystérieuse et pure,