‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 140 sur 140 · ÉLOGE DE L'HIVER · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE L'HIVER

Ah! pour de pareils jours, trop rapides instants, Combien je donnerais de vos jours de printemps!... Jours de paix solitaire, oii le sage s'enferme; Jours de repos fertile et de travail en germe, Où, comme le sillon couve son grain, Tesprit Prépare sa moisson qui dans l'ombre mûrit!

N'en est-il pas de même, ô vieil ami, d"un âge Où la tombe, déjà, se montre au voisinage? Quand la mort, qui vers nous s'approclie doucement, Nous dispose au sommeil par le recueillement! L'âme, à cette saison, se replie et s'apaise; Sous la neige des jours qui descend et lui pèse, Elle est encor légère, et, fuyant tout bas lieu, Elle se sent monter, toujours plus près de Dieu ! Un air plus transparent l'enveloppe et la baigne; La terre n'a plus rien qu'elle désire ou craigne; Et, du côté des cieux, l'iiorizon plus ouvert Lui montre cej)rintemi)s ([ui va suivre Thivcr !

L'aurais-je cru, mon Dieu, quand la jeunesse folle M'entraînait, le front ceint de sa blonde auréole, Que je verrais venir, sans plainte et sans ennui. Cette rude saison qui se lève aujourd'hui?

Eh bien, si je n'ai plus ces ivresses de l'âine

Que la fièvre des sens échauffait de sa flamme ;

Si je n'ai plus l'élan qui pousse aux fiers travaux,

D'un autre âge plus mûr je tiens des dons nouveaux.

Si je n'ai plus l'éclat du matin qui se lève,

J'ai la sérénité du jour, quand il s'achève.

Si je n'ai plus l'espace ouvert sur l'avenir,

A défaut des longs vœux j'ai le long souvenir!

Je vous revois passer à travers une brume.

Tristes bonheurs d'un jour, perdus sans amertume !

Comme le voyageur, sorti d'une cité

A l'heure où vient la nuit dans sa tranquillité,

A chaque pas qu'il l'ait dans la sombre étendue.

Saisit moins la rumeur derrière lui perdue,

Ainsi vous expirez, à ce tomber du jour,

0 voix que la distance affaiblit tour à tour !

Ainsi vous expirez ; et, tandis que j'avance,

J'entends mieux les conseils que Dieu donne au silence.

Tandis que du passé les fantômes trompeurs

S'en vont l'un après l'autre, ainsi que des vapeurs,

Le vrai, de plus en plus, me montre sa figure.

Il se fait dans mon âme, et plus haute et plus pure,

Ce doux je ne sais quoi de grave et de pieux,

Qui se répand du c(Pur sur le front des aïeux ! —

KLOGK DE L'IIIVF.U. 399

Comme un navire en mer, déjà voisin des côtes, Voit les cimes vers lui venir toujours plus hautes, Je vois, de jour en jour, s'approcher et grandir Les cimes du tombeau aui semblent resplendir!

U Dieu ! si près du bord, sur les eaux endorniies,

Prolonge-moi le cours de ces heures amies :

Aprè'S tant de faux biens goûtés confusément,

Laisse-m'en savourer le chaste enivrement.

Seul en ce coin désert, lieu que j'aime et qui m'aime,

Oublieux de la terre, oublié d'elle-même,

Permets que, sous tes yeux, plus calme chaque jour.

Je m'apprête en silence aux fêtes de l'amour,

Et que mon âme enfin, semblable à rhirondellc.

Au rivage sacré s'élance à tire-d'aile !

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TABLE

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