‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 139 sur 140 · ELOGE DE L'HIVER · texte numérisé non relu

ELOGE DE L'HIVER

Bcnedicite, gelu et frigus, Dominu Bencdicito, glacies et iiives!...

(Daniel, m, OU, ~U.)

Quatre mots de latin, copiés d'un prophète, Coinuiencent bien l'éloge et sont un digne cn-tête. Oui, le sauvage hiver lui-même a ses attraits; Vainement ton pinceau, calomniant ses traits, Lui prête un masque sombre aux yeux chargés de larmes: Moi qui l'ai vu de près, je connais mieux ses charmes, Et je puis te le peindre, ami, non sans raison, Comme une bonne et douce et clémente saison !

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Ce n'est plus, il est vrai, les beaux jours et leur joie; Ce ne sont plus les fleurs sous qui la branche ploie ; De l'herbe et du ruisseau ce n'est plus la chanson; Le riche éié qui dort, couché sur sa moisson; Ce n'est plus même, avec ses tristes harmonies, L'automne couronné de guirlandes jaunies; C'est toutefois encor, dans son austérité. Un temps dont s'est épris quiconque l'a goûié!

11 est, il est surtout, par un ciel de décembre,

Des jours de douce paix, des jours aux reflets d'ambre.

Où l'âme, à la clarté du pâle rayon d'or,

Comme une fleur d'hiver, s'épanouit encor.

On peut, même en foulant le froid tapis de givre.

Marcher d'un pas joyeux et s'applaudir de vivre !

On peut, devant un feu qui pétille au foyer.

Voir, sans ombre au cadran, les heures ondoyer. —

Moi-même, devançant l'aube qui va renaître.

Que de fois de mon lit je passe à ma fenêtre !

A travers mes vitraux, que de fois, attentif,

Je vois poindre là-haut ce ijremier jour furtif

Oui, de mes froids coteaux rasant les silhouettes,

Propage à l'orient ses clartés violettes! —

Des vapeurs de la niiii émcr-eauL par degrés.

3(m L\ VIR lillRALR.

Les sommets tour à tour pointent, mieux éclairés,

Jusqu'à cette minute où l'astre qui s'épanche

Couvre de sa splendeur toute la plaine blanche.

0 lumière! ô réveil ! — En vain, de son manteau,

L'âpre saison rcvêl la plaine et le coteau ;

En vain mes hauts tilleuls, sans feuille et sans murmure,

Découpent sur le ciel une aride ramure ;

A ce divin rayon qui plonge du ciel clair,

Tout s'est transfiguré dans un immense éclair,

Et chacun des troncs nus oi^i le reflet se pose

Semble, dans un saint temple, une colonne rose!

Puis viennent des moments de tranquille douceur : La prière attendrie, et Tétude sa sœur; Quelque poëte ancien, vieux maître dont soi-même On se chante tout haut le passage qu'on aime; Quelque sage inspiré, — Marc-Aurèle, Augustin, Platon, — que l'on feuillette un peu chaque matin. On compare, on médite, on relit une page. L'esprit qui de tout voile importun se dégage. Dans un clair demi-jour, voit mieux se détacher La vérité qu'il fut si longtemps à chercher. L'heure pourtant s'écoule, et le soir tombe vite, Dont la cloche à prier de nouveau nous invite.

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